
bert071 paris, France

2 juin 2008 à 18:41
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par Olivier GUILLARD (IRIS, 29 mai 2008) Dans une atmosphère festive contrastant avec le caractère solennel du moment, le peuple du Népal célèbre ce jour les dernières heures de la monarchie constitutionnelle et la fin des 240 années de règne ininterrompu de la dynastie Shah, fédératrice historique d’un pays que tant de choses divisaient alors (150 langues et dialectes ; 50 ethnies différentes ; etc.). Une page de l’histoire du royaume est en train de se clore. A quelques heures du basculement vers la « République », que doit entériner aujourd’hui 28 mai 2008 la première séance de travail de la toute nouvelle Assemblée Constituante – une inauguration par ailleurs repoussée à deux reprises dans la journée… --, cet engouement populaire laissera toutefois l’observateur songeur, tant la future équation politique nationale est plus porteuse d’interrogations et de limites que de certitudes. De la monarchie constitutionnelle… à la République maoïste. En validant le « ticket maoïste » lors des élections d’avril dernier (un succès électoral aussi confortable qu’inattendu par les maoïstes eux-mêmes…), l’électorat népalais, lassé de l’incurie de ses politiciens, meurtri par une décennie de guerre civile avec la « guérilla maoïste » (13 000 victimes entre 1996 et 2006) et ne se reconnaissant plus dans les lumières royales d’un souverain honni de tous ou presque, a plébiscité cette « rupture » avec deux siècles d’histoire. Sans pour autant en attendre monts et merveilles. Avec raison probablement. Le bénéfice du doute. De l’insolite à la demande ; de quoi y perdre son népali. La toute prochaine configuration politique en sera le reflet : si portée par le vote populaire massif en sa faveur (220 sièges sur 601) l’ancienne guérilla entend (sans l’avouer vertement…) s’arroger l’essentiel de l’autorité et du pouvoir (une situation plus propice à la frustration et aux excès qu’à la concorde nationale), elle a pour l’heure promis de composer avec ses nouveaux « partenaires » (parti du Congrès ; parti communiste du Népal ; parti Madhesi) et de prendre en compte les aspirations de chacun. Une « inspiration » bien vue pour la période intérimaire qui s’ouvre, censée prendre fin lorsqu’un prochain texte constitutionnel aura vu le jour, alors que le métier de « gouverner » lui est encore largement étranger, et que les observateurs nationaux et extérieurs s’interrogent avec circonspection à son sujet. A Katmandou, dans les couloirs -- en ébullition -- du pouvoir, alors que les desideratas antinomiques des uns et des autres témoignent du ciment artificiel agrégeant l’improbable future équipe gouvernementale, s’esquisse une première répartition des rôles et des fonctions : au mouvement maoïste reviendrait le poste de 1er ministre, la Présidence (sous un format encore cérémonial) au parti du Congrès, la Présidence de l’Assemblée Constituante au parti communiste (CPN) et enfin, la vice-Présidence au représentant de la population Madhesi (Madhesi Peoples’Rights Forum), jusqu’alors écartée des arcanes du pouvoir. Une ventilation destinée à ménager les susceptibilités des diverses formations et de leurs électeurs, tout autant qu’à rassurer la nation, la communauté internationale, sur la « bonne volonté » des dirigeants maoïstes. Mais existait-il seulement des raisons d’en douter… Palais royal. Ce matin, le souverain Gyanendra apprit qu’un préavis de deux semaines lui était généreusement alloué pour quitter son Palais Narayanhity (lequel se transformera en Musée National) et se trouver un autre lieu de résidence ; une décision qui n’aura guère surpris ou ému le monarque. Juste aiguisé davantage le ressentiment d’une partie de la population, attachée au principe monarchiste plus qu’à la personne du roi lui-même, et guère confiante en les capacités des maoïstes de mener à bien les (nombreux) chantiers prioritaires dévolus au prochain gouvernement. Attribuées à un mouvement nationaliste hindou hostile à la disparition de la monarchie tout autant qu’à la laïcisation de l’Etat promise par les « camarades » maoïstes, les quatre explosions (2 blessés) ayant « salué » dans la capitale Katmandou l’ouverture de ce chapitre républicain démontrent s’il en était besoin l’existence d’éléments réfractaires au « nouvel ordre ». Actuellement minoritaires, royalistes, militaires, bureaucrates, milieux d’affaires, en constituent le ferment principal. Relégués à la périphérie du pouvoir, alors que le sens de l’histoire semble leur tourner le dos, ces derniers n’ont pas abandonné tout espoir de reprendre en mains, à terme, les destinées de la nation, fussent-elles républicaines… Une feuille de route (trop) chargée. Rédaction d’une nouvelle Constitution, intégration (ou non) des ex-combattants maoïstes dans l’armée nationale et la police, réflexion sur le caractère fédéral du pays, retour des fonctionnaires et des symboles de l’Etat dans les districts, fin de la violence politique et de l’intimidation, précarité des conditions de vie d’une population déjà affligée (1), relations avec les pays donateurs et avec le voisin indien, échaudé par ce « succès maoïste » sur ses marges stratégiques immédiates (2), mise en place « mesurée » de la laïcisation de l’Etat, relance (un bien grand mot du reste) de l’économie, modernisation du fonctionnement bureaucratique, etc. : autant de thèmes prioritaires à l’appréhension délicate sur lesquels le consensus, avant même étude, n’ira pas de soi. Une trame politique, sociale, administrative, économique et humaine par nature complexe ; plus encore lorsqu’on l’éprouve au cas du Népal, où mauvaise gouvernance, lenteur et résistances bureaucratiques, rivalités politiques et tensions, querelles d’égos, agendas idéologiques antinomiques, réflexes « de caste », absence d’état de droit et corruption atteignent des sommets. Une courte période de grâce. Exsangues et excédés après deux « décennies perdues » (3), les 30 millions de citoyens népalais, dans leur majorité, sont prêts à suivre, un temps, le cours confus et incertain d’une future République d’inspiration maoïste. Ayant promis changements radicaux (pour le mieux…) et améliorations en tous genres, les futurs gestionnaires de la nation savent pouvoir compter sur un soutien populaire fort ; fort mais à durée déterminée. Un soutien qu’une incapacité manifeste à œuvrer de concert, qu’un retour inopiné de l’insécurité et de l’indiscipline dans les provinces, qu’une dégradation – si cela est encore possible …--- des conditions de vie quotidiennes des classes paupérisées, auraient pourtant tôt fait de compromettre. Une perspective qu’attendent sereinement, tapis dans leur opposition, sans empressement, divers acteurs au destin actuellement tourmenté (royalistes, souverain, armée). (1) 40% de la pop. active au chômage ; 1 Népalais sur 3 sous le seuil de pauvreté ; inflation préoccupante ; renchérissement des produits alimentaires et de l’énergie. (2) Alors même que le « péril maoïste » constitue, selon les propos du 1er ministre indien Manmohan Singh lui-même, la menace n°1 pesant sur l’Union indienne. (3) Instabilité gouvernementale entre 1990 et 2005 ; insurrection maoïste et « guerre civile » entre 1996 et 2006.
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