
Loopkin
Lyon, France

31 mai 2005 à 12:18
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Première vague de correction. Je suis à Buenos Aires, il fait gris et frais, je suis arrivé hier. Je vais tenter de voir Hergé. En attendant, je me repose un peu, et en profite pour enfin, faire un debriefing, avec mes vagues (voire nulles) connaissances en analyse de texte. Pfffff.... Vous avez le droit de rigoler, mais soyez indulgents, s'il vous plait. Klokette: Klokette privilégie surtout la vue pour décrire son arrivée à La Paz, ville mythique pour lui. Son récit est rempli d'émotions et de subjectivité. L'utilisation d'autres descriptions sensorielles un peu plus rares, comme le sens du sacré (ou pour le moins du transcendant), de l'orientation, et de l'autre, complètent bien le tableau et donnent une idée précise de l'espace tel qu'il fut perçu par Klokette. Précision de la subjectivité, un paradoxe? Pour la géantropie, non. J'en frissonne. Dès le départ, l'émotion est là. Et elle fait plus appel au sens du transcendant qu'aux autres sens. J'écarquille les yeux, la vue, à saturation, goûlument. dans un ailleurs inconnu ou je me sens bien, qui me parait familier, ou parait me correspondre totalement dans le sens ou j'ai l'impression enfin de me trouver et de rattraper mon destin. Espace nouveau perçu de manière transcendentale. Idée d'énergies positives et compatibles avec Klokette. Le vertige: sens de l'orientation. Rarement utilisé dans les descriptions. Un plus indéniable. A la fin, Klokette nous parle des gens qui occupent l'espace décrit. C'est ce qu'on peut appeler le sens de l'autre, qui est incontournable, surtout dans un espace aussi habité que La Paz!!! Zabinouk: Le récit de Zabinouk est extrêmement dense en indications tactiles. De plus, ces indications sont très précises, variées, et poétiques. Ce récit est, selon moi, une perle de représentation spatiale. Je vais tenter de le décortiquer linéairement ci-après pour le prouver. Ce récit est celui qui m'a le plus projeté dans l'espace qu'il décrit. Et avec délice. Les différents sens (même les sens un peu plus difficiles à cerner que les 5 sens) se relaient tour à tour, se superposent, s'entremêlent, pour donner un tableau complet, bien plus complet, évidemment, qu'une carte, de ce qu'est le delta de l'Okavango. Afrique! Dès le début, les indications sont extrêmement précises. Heures, température, sons. L'univers sonore est très développé et les idées passent parfaitement. On s'imagine l'herbe haute, les insectes qui vrombissent sous la chaleur déjà forte et inquiétante du petit matin, et la nuit passée à guetter et tenter de deviner la source de chaque son incongru et inquiétant. Le toucher est à la fête lorsque Zabinouk décrit ce qu'elle ressent dans la tente avant de s'extirper de son duvet. Mais l'ouïe n'est pas pour autant délaissée, gràce à trois petites lettres: zip. Inspection des sanitaires à cause des bébettes et de la saleté. Visuel. Pour la première fois. Etonnant. En général, le champ visuel est le premier et le plus utilisé. L'effet obtenu est bon car il suit l'ordre naturel du réveil. D'abord le son, le toucher, l'odeur (description des cuisiniers qui préparent le petit déjeuner), puis la vue et le goût. En général. Parfois, l'odeur ou le toucher peuvent intervenir en premier s'ils sont les sources du réveil. Le toucher intervient très souvent. Béton frais et rugueux, indications de températures lors de la douche, puis du petit déjeuner. Enfin, le goût arrive en force. Puis encore le toucher, et toujours accompagné d'expressions ou de comparaisons très précises et justes (la tasse en émail qui fait rêver mais qui brûle, c'est tellement vrai!). La poussière, qui gène, c'est encore le toucher. La chaleur déjà insupportable, c'est toujours le toucher. Le sens de la vue revient, mais carrément saturé par les reflets sur l'eau. La vue vient lorsqu'elle est nécessaire. Je cherche une place à l'ombre est accompagné d'indications visuelles sur le mouvement des plantes et de la faune. De sens normalement passif (sauf si on ferme les yeux), dans ce récit, la vue est transformée en sens actif, c'est à dire volontaire. Je regarde ce que je vois, je vois si je veux voir. Le toucher revient vite. La poussière se cole sur la crême solaire. Tellement vrai, cela aussi! On vit la chose grâce à ces petits détails. Ces détails qui changent tout. Ces détails qui donnent vie et qualité littéraire à un récit. Direction vers l'Est. Indication de direction (sens de l'orientation). Important, car cela change la perception visuelle: réverbération terrible. Le visuel est volontairement imprécis, car le paysage est imprécis, dans cette rencontre fractale entre terre, eau, et végétation (espèce de lagune, ébauche de canaux, par où va-t-on passer?). Pendant qu'elle y est, Zabinouk donne une petite touche de toucher dans le canal, fouettée par un roseau. Indication non réellement nécessaire, mais qui, une fois encore, change tout à la précision de la description. C'est réellement dense et étroit, l'affaire. Puis le son revient. D'abord pour justifier une scène visuelle (envol des oiseaux), puis pour décrire une sensation (Il n' y aurais pas le bruit du moteur, j'aurais la vision d'un matin de commencement du monde). nous la traversons d'Ouest en Est, sur une courte distance, mais quand on ne sait pas ou l'on vas les distance paraissent toujours énormes. Indications d'orientation et de désorientation. Le sens de l'orientation modifie la perception de l'espace (de la distance, ici). Idée intéressante. Les description du matériel (fond de la pirogue, tasse de thé, sol de la douche, tente) sollicitent surtout la vue, mais aussi le toucher. Deux en un. Très efficace, et encore une fois, cela permet de mieux rendre compte de ce qu'elle a vécu en ces lieux. En mokoro, la vue est toujours aussi floue, à cause de la complexité du terrain. Et le mouvement (toucher) est insolite. La description qui suit est visuelle, et plus précise. Les couleurs apparaissent, mais on ne s'en rend pas compte à la première lecture, tant elles ont toujours été là dans le récit, même si jamais elles ne furent nommées (sauf le thé noir et quelques éléments verts). Grâce à l'utilisation des autres sens, Zabinouk nous a livré des cargos entiers de couleurs depuis le début. Même dans la nuit inquiétante qui a précédé son réveil. Et le toucher reste là, indélogeable, pour donner une indication de température et de différence. D'unique différence avec un style de peinture suffisamment connu pour qu'on puisse y avoir recours pour décrire un lieu sans risquer de donner une indication incompréhensible. Artifice facile, certes, mais pourquoi s'en priver si la scène est si proche de ce que Monet a peint avec ses Nimphéas? Zabinouk, dans un soucis d'équité, rend ensuite vite hommage à l'ouïe, par le silence interrompu parfois. Là encore, on s'y croirait. C'est précis, tellement réel, mais poétique à la fois. Zabinouk arrive dans un endroit plus dégagé. Changement d'ambiance. C'est très visuel. Mais aussi émotionel. Plus que jusqu'alors. La description précise, un brin trop rigoureuse (mais sans perdre en poésie) laisse la place à l'émotion. Mais toujours avec précision. Les points touchés sont la gorge et les yeux, pas loin de rendre larme. Mais le soleil est impitoyable. Il faut revenir à la réalité, à cause des coups de soleil, de la sensation d'oppression que le caractère imprécis du terrain exèrce, et de la position inconfortable (toucher, vue, toucher). en gardant surtout les mains à l'intérieure. Sens du goût? Celui que sentiraient les crocos si la consigne n'était pas respectée? Sens de l'autre, plutôt. Sentiment d'une présence hostile. avec vue magnifiquement dégagée sur nul part: j'imagine que cette figure de style porte un nom. Je ne les connais malheureusement pas (et je sens que ça me fait cruellement défaut dans ce décorticage). Ce qui est certain, c'est que l'effet escompté est là et renforce cette sensation de dépaysement et d'étrangeté que le sens de la vue transmet (plus que les autres sens, dans ce récit). Merci Zabinouk, tu nous a livré non pas un récit, mais un morceaux de notre planète de la taille d'un delta de grand fleuve africain. Pour que dalle. Juste le prix d'une connexion à internet, le temps de prendre le temps de lire cet espace. Opai: C'est beaucoup plus court, mais aussi dense en indications sensitives. Et aussi, voire encore plus, poétique. Les indications de sens sont précises même si elliptiques comme ici: Cette monotonie est quelquefois rompu par un âne amoureux ou en colère. Nulle part dans cette phrase n'intervient directement un mot du champ lexical sonore. Mais on comprend qu'il s'agit des cris des ânes (un cheval hennie, mais un âne? aidez moi s'il vous plait, mon français s'érode ces temps-ci, si loin de la France). Le réveil, une fois encore, est décrit dans l'ordre des signaux. D'abord les sons. L'idée du changement de l'espace à travers le temps alors qu'Opai est resté rigoureusement au même endroit plusieurs heures est intéressante et prouve que la notion de temps est indissociable de celle d'espace. Et qu'un espace n'est représentable ponctuellement que pour un temps donné. A t + dt (un peu plus tard), l'espace n'a rien à voir. Et ce, que ce soit en ville ou dans la nature. Je fais une pause, je parlerai des autres après manger, mon estomac se tortille avec une forme malicieuse et moqueuse. Comme si écrire était plus important que manger!!! Il se marre le gars. Jaune. Jaune gastrique. ------- Geantropie, Vivre l'espace http://geantropie.free.fr
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