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noiramc
Clermont ferrand, France

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Description de la photo/image: au burkina faso


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Sur les routes d'Europe

1 octobre 2009 à 15:02
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allez je me lance...voilà mon carnet de route de cet été , version intégrale ( désolée c'est un peu long...).
Traversée de l'Europe, de la France à la Moldavie en stop. Tous les commentaires sont les bienvenus! Merci
Marion

Sur les routes d’Europe

Prélude au voyage

Et voilà, c’est parti pour un nouveau voyage, une nouvelle aventure…je crois que je ne peux plus m’en passer ! Sitôt retournée sur les bancs de la fac je pensais déjà au prochain été, à mon prochain voyage. Ce ne sont pas les destinations qui manquent, ni les idées ! L’Asie du Sud-est, le Népal, le Tibet, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, l’Amérique du Sud, l’Irlande….autant de pays qui me font rêver ! En fait je crois que peut importe la destination, l’essentiel c’est d’en rêver, d’en avoir envie, d’y penser jour et nuit avant le départ puis de concrétiser son rêve, de venir à bout de son projet et de revenir des étoiles plein la tête.

J’avais également envie de travailler dans une réserve naturelle, comme l’année dernière, mais à l’étranger cette fois. En Roumanie, dans les Carpates ou dans le delta du Danube…. Et puis une idée a commencé à germer dans ma tête : en Roumanie, j’irais en stop, pour traverser tous les pays, les ressentir au fond de moi, pour faire des rencontres…et puis une fois en Roumanie je travaillerais quelques semaines dans une réserve. J’avais envie d’aller en Slovénie pour rendre visite à des amies rencontrées en Irlande, ça serait l’occasion !

C’est donc parti pour les recherches sur Internet, le début de l’aventure….mais je n’arrive pas à trouver de réserves qui recherchent des bénévoles, encore moins qui ne parlent pas un mot de roumain ! J’abandonne donc l’idée, mais le projet de traverser l’Europe en stop reste bien ancré dans ma tête et ne veut pas en sortir, je ne sais pas pourquoi…pourtant je n’ai jamais fait de stop, même en France, alors se lancer dans un tel projet….Mais c’est impossible d’arrêter un rêve, et celui là est trop bien implanté, comme une adventice tenace que même la raison, puissant désherbant, ne saurait en venir à bout ! J’en parle donc à Elise, car je ne veux pas me lancer sur les routes toute seule. Et puis le voyage seule, j’adore, cela permet une liberté totale, des rencontres plus fortes, mais le voyage à deux, cela a ses avantages aussi…c’est plus rassurant, cela permet d’être moins tout le temps aux aguets, de se reposer un peu sur l’autre, et puis de partager une aventure à deux !

Elise est d’accord, elle aussi a envie d’aventures et puis la Roumanie c’est son pays de cœur….

Ne reste plus qu’à tout organiser. Entre mes dates d’examens, son boulot, mon boulot, nos recherches d’appart, on arrive à caser 5 semaines entre juin et juillet.

Le projet mûrit, on a envie d’aller dans les Balkans aussi, et puis Elise continuerait bien jusqu’en Moldavie, retourner là où elle a vécu un an, raviver les souvenirs et revoir des amis.

Mais cinq semaines c’est court, très court : il faut faire des choix…on décide de sélectionner des pays où on a envie de rester et d’autres que l’on traversera juste. Le choix se fait naturellement : la Slovénie, pour ses rivières et pour le parc national du Triglav. La Bosnie, pays mystérieux dont le nom a des consonances amères de guerre, dont on veut mieux comprendre l’histoire. Et puis la Roumanie, les Carpates …

Quelques recherches pour trouver des gens pour nous héberger, mais sans plus : on a la tente, on veut être autonome le plus possible.

Et puis voila, entre les cours, les exams, un soir, on y est, on part demain matin. Les sacs sont faits, on fait encore quelques recherches, on parle et on s’endort, demain débute l’aventure !

Lundi 8 Juin 2009 : « Un chemin de mille lieues commence toujours par un premier pas » Lao Tseu

C’est sous un ciel nuageux que notre aventure commence. Les sacs ne sont pas trop lourds, on a réduit au maximum les affaires, encore que l’on a réalisé au cours du voyage que l’on aurait encore pu réduire plus…

Derniers préparatifs juste avant le départ, on prend un bout de carton, premier parmi des centaines, Elise me conseille de prendre un pantalon imperméable, impossible de le trouver, ce n’est pas grave, je pars sans…je le regretterai bien par la suite !

Papa nous amène au premier péage sur l’autoroute, en direction de Lyon. Pas d’angoisse, pas de stress, juste de l’excitation…voilà bien longtemps que je rêve de ce voyage et nous y voilà ! Voyager à deux enlève un peu de peur, ce n’est pas plus mal pour moi, grande stressée de la vie !

Donc nous voilà à ce péage, on se demande combien de temps on va attendre avant qu’on nous prenne, c’est un peu comme si tout dépendait de ce moment là…si on met quatre heures à décoller de Clermont-Ferrand, cela remet un peu en jeu notre périple.

Mais les craintes sont infondées car à peine cinq minutes après que l’on ai commencé à tendre fièrement le pouce et quelques sourires désolés de routiers, un homme s’arrête. Il va à Lyon, c’est bon pour nous ! Ce père de famille, ingénieur en électroménager suit une formation développement durable à Paris, vit à Orléans et travaille à Lyon. Un habitué de la route, quoi ! Il s’était levé très tôt ce matin pour arriver à son boulot à Lyon en début de matinée, mais ce n’était pas son jour : il avait fermé sa voiture en laissant les clés à l’intérieur et ne pouvait donc pas partir...déjà en retard à son boulot, ayant annulé tous ses rendez-vous, il fait un petit crochet pour nous déposer sur une aire d’autoroute à 80 kilomètres de Chambéry.

On casse la croûte dans un coin d’herbe après avoir cherché partout un ouvre boite pour ouvrir notre conserve de rillettes…finalement c’est un vieux monsieur dans un camping-car qui manque se couper la main en l’ouvrant avec un couteau et une pierre….ah ben oui cette technique est assez efficace aussi…

On retourne sur la route, avec un nouveau panneau « Chambéry- Aix les Bains ». Là également une voiture s’arrête très rapidement. Un beau monsieur en uniforme s’arrête : c’est un pilote d’avion. Ouah…pilote d’avion !!! La classe !!! On discute de son boulot, de la société, de politique (un peu)…comme il dit « on refait le monde, il ne manque plus que les bières ! »

On arrive à 14h30 à Aix les Bains : on ne pensait vraiment pas arriver si tôt, on a eu une chance incroyable ! On va déposer nos sacs chez Ives et Isabelle, l’oncle et la tante d’Elise, chez qui on passera notre première nuit.

On va visiter la ville, c’est charmant, il y a un bal musette dans un parc, on y reste un moment en attendant de retrouver Anna et Antoine son amoureux…On va boire un coup, bières blanche, blonde, Monaco et bière cerise…on parle notes : et oui Anna m’apprend qu’on vient d’avoir nos résultats : c’est bon j’ai mon année !

J’ai laissé tous les dossiers de Master à mes parents pour qu’ils les envoient mais je ne suis toujours pas décidée de ce que je vais faire l’année prochaine…peut être ce voyage me portera conseil, j’en doute, moi et mon avenir c’est quelque chose de très flou dont je n’aime pas trop penser !

Petite virée rapide au bord du lac du Bourget puis Anna nous ramène chez l’oncle et la tante d’Elise. C’est peut être la dernière fois que je la vois, Anna, l’année prochaine on va tous être éparpillés au quatre coins de la France et on ne se reverra sûrement pas très souvent…c’est dommage, on s’entendait tous bien dans cette promo, mais le changement c’est bien aussi !

Isabelle nous prépare une bonne soupe, on fait un tour sur Internet pour choisir nos futurs hôtes … « Ah oui, lui il est mignon… », « Ah non il est trop jeune », « Lui il fait peur et puis il est vieux en plus », « Ouais mais là y’a plus personne alors tampis on tente ! » Ah Ah, durs choix ! Surtout qu’on ne sait jamais trop quoi dire aux gens pour les dates : le stop, c’est imprévisible, mais comme on a la tente on ne se stresse pas trop !

Isabelle veut regarder « Autant en emporte le vent » à la télé. Fidèle au livre, le film est incroyablement long et assez « boring », nos yeux se ferment, on finit par aller se coucher.

Mardi 9 Juin 2009 : petit aperçu de la Suisse

Douche, visite de l’immense jardin d’Yves et Isabelle, on voulait partir tôt mais on s’éternise un peu…ce sera comme ça pendant tout le voyage, on met le réveil tôt mais on ne part que trois heures après, le temps de prendre un dernier café, de dire au revoir…

Isabelle nous amène au péage pour aller en direction de Bern. Dernières recommandations :

« Faites attention, hein, et si jamais vous avez besoin d’argent, vous demander, tenez, voilà de quoi vous payer un café … » et elle nous tend un billet de 20 euros !

Au début du péage, avec notre panneau « Annecy Genève ». Après même pas cinq minutes d’attente, un jeune routier s’arrête. Il est marrant, téléphone à son pote « Et devine quoi, j’ai deux autostoppeuses ! Ben ouais qu’est ce que tu veux, c’est ça la chance, je sais pas comment tu te débrouilles…attends tu me crois pas ? J’vais les prendre en photos » « Ca vous dérange pas les filles si j’vous prend en photo ? Sinon il me croira pas ! »

Il sort son portable, nous prend, retéléphone, regarde sa carte, fait des grands écarts vers le fossé, reprend le volant à la dernière seconde…youhou c’est la fête!

Il nous dépose à la sortie de l’autoroute, vers Annecy. On est prise par une dame en minibus qui nous approche de Genève. Elle est gentille mais nous dépose dans un carrefour pas possible, super dangereux : il y a des routes qui se croisent de partout, les voitures roulent hyper vite et il n’y a pas de bas coté pour s’arrêter…super, on a peur de créer un accident, et puis les gens ne s’arrêteront jamais !!!

Mais le voyage nous apprendra qu’il ne faut jamais dire jamais et que c’est toujours au moment où l’on commence à se décourager que tout s’arrange. En fait on attend juste une demi heure mais comparé aux cinq minutes auxquelles on s’était habitué on trouve ça super long ! Par la suite on apprendra à être plus patientes…

Bref, heureusement, Juliette, dans sa petite voiture automatique, voyageuse dans l’âme, prend le risque de s’arrêter et nous dépose à Genève, en faisant même un détour pour nous amener vers la bonne route. Hey, nous voilà en Suisse, déjà !!!!

Pause casse croûte vers le Lac Léman, il fait beau, Elise donne à manger aux pigeons.

Sur la route, en direction de Lausanne. Personne ne s’arrête, les voitures tracent, certaines personnes nous font un petit sourire ironique….pff…aucune pitié vraiment !!! Y’a des fois on a vraiment l’impression de faire l’animation du quartier…au moins on sert à quelque chose !

Au bout d’un moment un gars s’arrête, il nous dit qu’il peut nous amener quelques mètres plus loin, où les voitures s’arrêteront plus facilement. On grimpe dans sa belle voiture, vitres tintées, il bosse à l’ONU. On aura vraiment été prises par tous les types de personnes !

Il avait raison…à peine le pouce tendu dans ce nouvel endroit un camion s’arrête. Memet, turque, qui transporte des kebabs (le gros cliché…) peut nous déposer à Bern. On parle mi-allemand, mi-français, il est sympa, on file à travers la Suisse sous un beau soleil, les Alpes sur la droite, le lac Léman sur la gauche, tellement grand qu’on croirait la mer. La musique dans le camion, je me sens vivante, heureuse d’être là, dans ce camion, à ce moment précis….Memet insiste pour nous offrir des glaces et des boissons sur une aire d’autoroute, on est un peu gênées par sa gentillesse. A la suite du voyage on nous aura tellement donné et offert que l’on ne sera plus du tout gênées !!

On arrive à Bern, on fait la sieste dans un parc, j’écris dans mon carnet. Elise se moque un peu de moi mais au final à la fin du voyage elle sera autant à fond que moi pour rédiger chaque soir notre journée dans mon petit carnet et faire des commentaires. Moi ça me rappelle mes voyages Zellidja, c’est une habitude que j’ai prise, d’écrire mes voyages.

On appelle Myriam et Steph, nos hôtes de ce soir, on les rejoint dans une heure, en attendant courses, échange de monnaie et balade dans Bern. La capitale de la Suisse, où les voitures anticipent lorsqu’un piéton ou un cycliste veulent traverser une rue. Je n’ai jamais vu ça, comme les automobilistes sont polis et partagent la voie avec les autres usagers.

On prépare le repas avec Steph, on mange sur le balcon. C’est un couple adorable, très ouvert, on se sent tout de suit très à l’aise. Ils ont beaucoup voyagé, on passe la soirée à partager nos expériences, nos aventures. Steph philosophe « dans un voyage, l’essentiel, c’est d’être conscient du danger, il en est ainsi diminué de moitié »

Et oui, on en est conscientes, ce qu’on entreprend est un peu risqué mais justement, on anticipe le danger, alors rien ne devrait nous arriver ! Croisons les doigts !

Mercredi 10 Juin 2009: Salzburg….yes we can!

Réveil très matinal : on a un long trajet à faire : ambitieuses, on voudrait arriver à Salzburg ce soir, soit environ 600 kilomètres. On arrive assez rapidement vers Zurich, grâce à un vieux couple, le mec sympa mais la femme un peu sèche qui n’a pas l’air d’apprécier notre compagnie. Ils nous déposent sur une aire d’autoroute. De là on veut aller à Saint Gallen, vers la frontière autrichienne. Saint Gallen…ah on s’en souviendra ! Ca a l’air d’être la destination où personne ne va ! Un endroit écrit sur une carte mais où personne n’habite, où personne ne se rend… Saint Gallen, le Saint Graal de deux jeunes voyageuses, un endroit qu’on espère, auquel on aspire, mais dont on ne sait vraiment si on y arrivera un jour…

C’est notre première petite galère de voyage.

On attend environ une heure, personne ne nous prend, d’un coté très peu de personnes s’arrêtent sur cette aire…on désespère un peu quand arrive un camion. Moises a pitié, il ne peut pas nous amener à Saint Gallen car il doit bosser mais il peut nous amener vers l’aéroport, il pense que de là on aura plus de chance. Bon de toute façon ça ne peut pas être pire qu’ici …On partage un bout de pain, du jambon, Moises repart et nous laisse vers cet aéroport. Franchement, c’est pas mieux…les minutes passent, personne ne semble aller jusqu’à Saint Gallen et puis c’est un peu dangereux ici, les voitures roulent vite, on peut provoquer un accident en distrayant les conducteurs…Au bout d’une heure on est toujours plantées là, il faut chaud. Moises revient, il voulait vérifier que l’on était bien parties…eh ben non…

En fait apparemment il y a un accident en plus sur l’autoroute qui mène à Saint Gallen, des gros bouchons…on n’est pas arrivées à Salzburg !!!!!!!!

Moises nous offre à boire et nous propose de nous amener encore un peu plus loin, il n’a pas trop le temps mais contourne le bouchon par des petites routes et nous dépose sur une aire, en nous souhaitant bonne chance. Et recommence l’attente, interminable…peut être que quand Moises aura finit son boulot, ce soir, il nous retrouvera encore ici, complètement déshydratées !

On nous avait prévenu, la Suisse en stop, c’est un bourbier…ouais ben on voit ça !! Pour l’instant à chaque fois c’est plus d’une heure d’attente pour 15 minutes de route, et encore grâce à Moises ! On est de moins en moins motivées, on tend notre pancarte nonchalamment, à moitié assises…on chante pour s’occuper.

On va voir les voitures, les camions, on les aborde, pour leur demander si ils y vont, eux, dans ce foutu Saint Gallen !

Au moment où on se demande vraiment si notre aventure ne va pas se terminer là, en Suisse, à quelques kilomètres de la frontière autrichienne, un mec s’arrête : danseur professionnel (de salsa en plus !!), il a un entraînement ce soir à Saint Gallen ! YAHOU !!!!! Comme quoi ce n’est pas une ville fantôme !!!!

La musique à fond dans la voiture : Amy Macdonald, This is the life. Ben ouais c’est ça la vie, c’est ça les voyages : les galères, et ensuite l’explosion de bonheur quand on sort enfin de ce pétrin ! Je me sens revivre, j’ai envie de rire, de danser, de chanter, d’embrasser ce gars qui nous amène à Saint Gallen que nous essayons d’atteindre depuis plus de quatre heures ! Les paroles de la musique semblent écrites pour nous « Where you gonna go, where you gonna go, where you gonna sleep tonight?”

Ben on n’en sait rien où on va dormir ce soir et je m’en fous! Ca m’étonne même…moi qui aime généralement que tout soit prévu, planifié, là je m’en fiche, on dormira là où on pourra, on verra bien ! Sûrement pas à Salzburg, quoique l’espoir fait vivre…

A Saint Gallen, enfin. On refait une pancarte : Österreich, rien que ça !! Deux femmes, une serbe, une croate, s’arrêtent très vite. Elles parlent allemand, c’est dur de s’y remettre. Il ne reste plus grand-chose de nos sept ans d’allemand, déjà qu’à l’époque le niveau n’était pas bien haut…mais peu à peu les mots nous reviennent, on arrive à bredouiller quelques phrases. Mais pourquoi est ce qu’on apprend des trucs débiles au collège, genre « Wo ist Strubbel, das Meerschweinchen ? Er ist hier, in garden ! » Enfin bon le genre de phrase qu’on ne ressortira jamais de notre vie…

Enfin elles sont gentilles comme tout, on traverse des villages, des pâtures, Bodensee à notre gauche…et on arrive en Autriche ! Il est 16 heures : plus de huit heures pour traverser la Suisse….

Sonja et son amie nous déposent à la frontière, nous couvrent de baiser, nous disent de repasser au retour (Nein, wir konnen nicht, schade, zuruck mit bus…ouais bon on se débrouille comme on peut !!), elles nous disent de bien faire attention à nous, et nous donnent chacune 20 francs suisses, soit l’équivalent de 30 euros !! De vraies mères, elles nous expliquent qu’elles ont des enfants, donc ça les inquiètes un peu de nous laisser partir…

Ah, la frontière autrichienne, on l’a rêvé, espéré, on y est ! Enfin ! Les dernières rencontres nous ont reboosté. Pause chocolat (bah ouais, c’est de la région quand même), remplir les bouteilles d’eau, toilettes dans un bar…and let’s go !

On revoit à la baisse notre objectif de ce soir : Salzburg c’est impossible, on se rabat sur Innsbruck, qui est quand même assez loin. On décide d’avancer de villages en villages, il y a bien une autoroute directement pour Innsbruck mais on a l’impression que les gens n’y vont pas…du moins personne ne s’arrête. On prend plusieurs voitures qui nous avancent à chaque fois de quelques kilomètres, jusqu’à la prochaine ville…on va de l’homme d’affaire, au jeune étudiant, à la mère qui nous parle sans arrêt de sa fille qui est chanteuse, à Tania, qui va rejoindre son copain en Italie.

Tania nous avance bien, puis nous dépose à un péage d’autoroute, elle prend une autre direction. On est crevées, il est tard, il y a une petite étendue d’herbe à coté du péage où notre tente se plairait bien, il y a des WC, c’est parfait…on décide donc de passer la nuit ici, à coté de l’autoroute, notre petite tente dominée par les montagnes, on est pas mal, juste un peu à la vue de tous les gens, qui doivent penser que c’est un endroit assez bizarre pour bivouaquer…

On continuera sur Innsbruck demain.

Jeudi 11 Juin 2009 : Ville romantique, ville d’artiste, Salzburg !

Réveil matinal sous un ciel brumeux et une petite pluie fine. Il a fait froid, je n’ai pas très bien dormi malgré mes pulls et mes chaussettes de laine…

On plie la tente, et c’est parti mon kiki ! Une voiture s’arrête vite fait, elle peut nous amener à Innsbruck et en discutant un peu on se rend compte qu’elle passe même par Salzburg, comme elle va à Vienne ! La chance nous sourit, surtout qu’avec ce temps ce n’est pas très agréable d’attendre des heures sur le bord de la route…

Grosse sieste, on se laisse bercer par le mouvement de la voiture.

De nouveau sur une aire d’autoroute, à quelques kilomètres de Salzburg. La petite bruine de ce matin s’est transformée en grosse pluie, on se réfugie dans la station service en attendant une accalmie. Mais le temps ne se décidant pas à changer, on se motive quand même pour essayer le stop. En mois de cinq minutes je suis trempée, je regrette mon pantalon K-way, mes chaussures ne sont pas du tout étanches et mon imperméable n’est pas très étanche lui non plus. Super….C’est trop bête de rester coincées là, à quelques kilomètres de notre objectif…Notre panneau « Salzburg….yes you can !! » est en piteux état.

On arrive dans le centre de Salzburg avec un gentil monsieur qui a fait un détour. C’est beau, la ville est traversée par la Salzach, dominée par la forteresse et les montagnes. Ville d’artiste, où Mozart est né. Beaucoup de touristes mais pas de voitures : on se déplace à pied ou à vélo, trop bien !

On rencontre Pamina, une amie d’Elise qu’elle avait rencontrée en Moldavie. Elle nous fait visiter Salzburg à vélo, on monte à la forteresse, puis on va manger dans un petit resto thaïlandais. Le temps est lunatique : averses, soleil, averses, ce qui nous permettra de voir un magnifique arc en soleil tandis que le soleil se couche et illumine la forteresse. C’est beau !

PHOTO 1

On accompagne Pamina à son entraînement de gym, puis son père nous guide dans Salzburg, ville dont il est follement amoureux. Il nous raconte l’histoire de cette ville, qui a fait richesse sur le commerce du sel, l’histoire de chaque statue, de chaque bâtiment…

C’est une famille d’artiste dans une ville d’artiste : Pamina danse, peint, fait de l’acrobatie ; son père est acteur et chanteur d’opéra…

Originaires de Pologne, il nous prouve les similarités entre cette langue et le français… Enfin disons que certains mots sont communs mais ne veulent absolument pas dire la même chose. Meilleur exemple, Baisemoncu, qui veut dire farine en polonais. Toujours bon à savoir !

Vendredi 12 Juin 2009 : On veut garder nos reins !

Petit déjeuner gargantuesque préparé par le papa de Pamina : œufs, pain, fromage, confiture…et en cadeau, pour chacune, une petite boussole. Pour pas que l’on se perde, c’est gentil…encore faut il savoir s’en servir, ce qui n’est pas mon cas. Elise s’amusera à la sortir pendant tout le voyage, pour repérer le chemin vers la Moldavie…

Il nous dépose sur une aire d’autoroute en direction de Villach, vers la frontière slovène. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui s’arrêtent sur cette aire alors on décide de remonter un peu sur l’autoroute pour que les gens nous voient et s’arrêtent. On est vite repérées par des policiers, qui nous font signe de les rejoindre sur l’aire…on retient un fou rire en s’avançant, ils contrôlent nos passeports, nous parlent allemand « Es ist verboten !!!! », on fait style qu’on ne comprend pas, on leur fait des yeux tout innocents…Ils nous rendent nos passeports, après encore un peu de morale. Oui bon ok ce n’était vraiment pas très prudent mais on ne va pas rester sur cette aire toute la journée ! Ils repartent, ils auraient au moins pu nous amener plus loin à un meilleur endroit!!

Enfin bref, du coup on va demander directement aux gens sur l’aire, si on les prend à parti, il y a plus de chance qu’ils nous prenne…

Un couple de petit vieux a pitié. Ils nous parlent allemand, on essaye de leur expliquer où on veut aller (non, on ne veut pas aller dans le centre de Villach, juste à coté, en direction de la Slovénie), ils ne comprennent rien, on ne comprend rien, c’est un peu un dialogue de sourd mais c’est marrant ! Ils nous déposent sur une petite route aux alentours de Villach, en nous tendant un billet de 20 euros ! Non mais on doit vraiment faire pitié…pour l’instant on a plus de recettes que de dépenses, c’est hallucinant !

Il fait beau, on attend un bon moment au bord de la route mais ce n’est pas désagréable, on discute, il y a des fleurs, des papillons, les gens nous font des petits signes…

David, jeune slovène, nous embarque dans sa petite voiture. On parle de politique, d’économie, apparemment les prix en Slovénie ont également bien augmenté depuis le passage à l’euros…il nous raconte des histoires assez glauques, nous déconseille d’aller en Italie : là bas, selon lui, c’est monnaie courante que l’on kidnappe les enfants ou que l’on s’attaque aux routiers pendant leur sieste pour leur prendre leurs reins (« You wake up, you feel sick, you go to the doctor and he tells you that something is missing… ») Ah ben ouais c’est flippant mais ça ne se passe sûrement pas qu’en Italie ! On apprendra par la suite que les relations en la Slovénie et l’Italie sont assez tendues, ce qui explique ces paroles…

Enfin il continue « ben ouais, moi je pourrais être n’importe qui, vous ne savez pas, je pourrez tirez un bon prix de vos reins… » Ouais, so funny, il est sympa mais c’est pas hyper drôle ce genre de discussion, on sait que il y a un risque a faire du stop, pas la peine de nous le répéter…

On grimpe tout en haut d’une montagne, sa voiture peine, on redescend et nous voilà en Slovénie ! David nous amène jusqu’à Bled, nous laisse son numéro pour qu’on se voit ce soir…mouais…on en a pas follement envie…si c’est pour qu’il nous dise qu’il pourrait nous vendre à la mafia italienne ou autre…

Bled est un petit village autour d’un charmant lac à l’eau bleue pure, avec une petite île au milieu sur laquelle est implantée une église. Paysage de carte postale…

PHOTO 2

On va cacher la tente dans la foret, on allége nos sacs et on part se balader autour du lac. On s’allonge dans l’herbe, un peu de repos, ça fait du bien ! Le soleil joue avec les nuages, des gens font de la barque, les canards se disputent, de la musique vient chatouiller mes oreilles…que c’est bon d’être en vacances !!!

Concours de Sudoku, puis petit tour en ville. On tombe sur un charmant marché aux touristes, on papote avec les vendeurs. Internet café, puis il est l’heure de rentrer. On se presse un peu, la nuit tombe rapidement et il pleuviote. Le retrouvailles avec la tente sont laborieuses : on n’avait pas pris de repères, a part « bon alors y’a trois arbres disposés en triangle, un qui fait une fourche, et puis là y’a un bout de ferraille rouge… »

La galère, avec ma petite lampe de poche, pour fouiller toute la foret pour essayer de trouver ce bout de ferraille ! Heureusement, les lucioles dansaient dans le bois, lui donnant un aspect magique. Je n’avais jamais vu autant de lucioles de ma vie !!!

Elise vous dira que j’avais les pétoches…non, pas vraiment, mais je m’en voulais de pas avoir plus repéré les lieux…une forêt, c’est grand, et les arbres se ressemblent tous en fait !!! On s’en souviendra…

Samedi 13 Juin 2009 : Objectif lac

Au bord du lac Jézéro (sur 20), à Bohinj, un peu au Sud de Bled.

On savoure le soleil, la beauté du lac…on a mis tellement de temps à le trouver ce lac !! Après avoir caché nos affaires dans les broussailles on est parties sur des sentiers de rando pour aller au lac, à une dizaine de kilomètres. Il aura fallu cinq grand-mères, trois paysans, une adolescente, deux anglais de Manchester et un couple de slovène plus tard pour le trouver. On aura gagné un jus d’orange dans nos détours offert par une petite vieille, perdu quelques grammes, jouis de beaux paysages montagneux parsemés de chalets en bois…pas de regrets !

On apprendra par la suite que « Jezero » veut dire lac en slovène, ce qui explique les regards bizarres des gens quand on leur demandait le chemin pour aller au lac Jezero…

PHOTO 3

L’eau du lac est froide, mais Elise ne résiste pas à la tentation de faire une baignade éclair. Quand à moi je me lave juste les cheveux, en essayant de ne pas me mouiller le reste du corps, j’ai gardé mes vêtements, j’opère avec les bols en plastiques dans lesquels on se fait des bonnes salades de tomates-maïs …vous imaginez la scène ! On lave nos vêtements, j’ai encore l’impression qu’on fait l’animation pour les touristes…Glace, concours de sudoku acharné (j’ai gagné !!! winner, winner !!!), repos, puis on prend le chemin du retour. Je ne me souvenais pas que c’était aussi long…on raconte des histoires, moi la sorcière du placard au balais que je connais par cœur pour l’avoir si souvent entendue et si souvent racontée aux enfants ; Elise elle invente l’histoire de Smouffy l’écureuil à qui il manque une oreille et ses péripéties pour trouver le grand sage écureuil qui aura la réponse à ses questions…

On retrouve la tente cachée dans les broussailles sans difficulté et la plantons là, dans un petit espace herbeux à coté de la route, au bord d’une rivière, l’endroit parfait !

Dimanche 14 Juin 2009 : Les slovènes, un peuple en voie de disparition !

Démontage de la tente que l’on cache au même endroit qu’hier, toilette rapide dans la rivière (elle est froide !) et nous partons en balade. Il fait un soleil éclatant, le ciel est bleu, sans un nuage. Les fleurs dans la prairie sont comme milles tâches de couleur que les papillons butinent, les vaches paissent tranquillement, les paysans font les foins, ça sent bon l’herbe fraîchement coupée. Je voudrais habiter à la montagne plus tard…

On traverse quelques villages avec leurs charmantes petites églises, on suit des sentiers un peu au hasard après moult discussions concernant le chemin à prendre. Rien n’est indiqué, c’est au feeling, et on n’a décidément pas le même sens de l’orientation ! On coupe à travers champs, demandons notre chemin. Les foins sont mis à sécher sur des espèces d’échelles en bois.

Pause à midi au bord d’une rivière, on fait de la lessive puis on repart à Bohinj récupérer la tente. Surprise en arrivant : un pécheur est juste devant, bronzant à moitié à poil sur une chaise longue, et nous on sort nos mille cinq cent sacs des fougères juste devant ses yeux…burlesque, gros fou rire !

C’est reparti, on quitte Bohinj pour Tolmin. Je râle : une voiture tous les 10 minutes, on est pas arrivées !!! Elise fait le pari qu’on nous prend dans moins d’une demi-heure. Je suis sure de gagner, je m’assois sur mon sac, me tartine de crème solaire…moins de cinq minutes plus tard, deux jeunes slovènes, drôles et beaux, qui s’arrêtent. « You looked so desesperated… » Ouais bon ok j’ai perdu mon paris!

On se marre bien, il y aurait selon eux une nouvelle tendance selon laquelle de plus en plus de filles slovènes sont lesbiennes, donc les pauvres mâles n’arrivent plus à trouver femelle …les slovènes, une espèce en voie de disparition ? Histoire à suivre…

On traverse les rivières Jezera et Soca, l’eau est bleue mais d’un bleu laiteux incroyable, c’est irréel, je n’ai jamais vu ça !! Nos questions quand à l’origine de cette couleur resteront sans réponse…ou du moins si mais avec des réponses si différentes que l’on ne sait toujours pas laquelle est la bonne…voilà en bref quelques explications reçues :premièrement, ce serait dû aux arbres qui bordent le lac qui se reflètent dans l’eau ( explication stupide : tous les lacs qui sont bordés d’arbres n’ont pas cette couleur…bref), deuxièmement ce serait du aux roches calcaires de la région, et troisièmement au plancton ( ouais, mais phyto ou zooplancton ???)

Déçue que ma curiosité scientifique ne trouve pas de réponses valable, on décide d’en inventer une : la Slovénie a une surpopulation de vaches (profitant des niches écologiques libérées par la diminution de l’espèce humaine pour les raisons citées plus haut) et donc elles déversent leur surplus de lait dans la rivière (ben ouais, y’a plus assez de slovènes pour en boire, et les vaches ne régulent pas encore bien leur production), ce qui explique sa couleur bleu laiteux. Hum hum…

PHOTO 4

Campement un peu plus loin, au bord de la rivière. Repas salade-tomates-avocat, ça change de l’éternel pain-jambon-crème bonjour (genre de crème tartare que l’on trouvera partout en Europe de l’est) que l’on mange midi et soir depuis trois jours…

Concours de sudoku arrêté rapidement pour cause d’ennui profond (c’est quand même pas bien passionnant…) et d’éclairage insuffisant.

Elise dors à la belle étoile avec les lucioles, moi je préfère la tente, mon duvet n’est pas bien chaud !

Lundi 15 Juin 2009 : Pas de plage …

Voilà une semaine que notre périple a commencé : des centaines de photos, de rencontres, de sourires, des centaines de kilomètres, de villes traversées, quelques kilos en moins, quelques boutons de moustiques en plus…

J’adore le voyage, cette sensation de grande liberté, penser que l’on peut aller où on veut, avec notre maison sur le dos. On ne dépend de rien, à part de la volonté des gens, de leur gentillesse. J’ai l’impression d’être débarrassée de tout le stress, de toutes les choses qui nous conditionnent en France : la fac, le tram, les horaires…même la faim, sensation en fait dictée par notre estomac à heure fixe même sans réel besoin de nourriture, commence à disparaître. On ne mange pas grand-chose, et notre estomac s’est habitué à ce régime, on n’a pas faim, on ne pense pas à avoir faim !

On cache nos sacs dans les broussailles, on devient expert dans l’art du camouflage ! Petit déj en ville, dans un parc, où on est vite délogées par une horde de gamins surexcités. On décide de retourner vers nos sacs par des chemins détournés pour visiter Tolmin et ses environs. On se perd un peu ( étonnant) et atterrissons sur une charmante petite plage avec des statues sculptées dans du bois, une petite maisonnette, et cette eau, toujours si bleue, toujours si pure, mais si froide que l’on dirait que des milliers de couteaux nous transpercent les mollets…On longe la rivière, coupons par la forêt, traversons la rivière sur un pont, demandons mille fois notre chemin, faisons un peu d’escalade…et débarquons à Tolmin, vers là où on avait quitté après le petit déj…nous retournons à la tente par la route cette fois ci !

Nos deux mignons slovènes nous avaient vanté le très bon Kebab de Tolmin…on se fait plaisir, on veut voir si il est si bon que ça.

On repart le ventre plein en direction de la mer Adriatique, à Piran. Soleil implacable, on avance, lentement mais sûrement, de village en village (vous remarquerez l’utilisation du singulier…). Pour passer le temps on fait des sudoku en même temps que l’on fait du stop, c’est toute une technique ! On passe par un petit jeune, puis deux gars, puis un autre jeune qui nous parle de 2012, la fin du monde, des Illuminati…, puis un petit vieux et enfin un jeune rappeur peu bavard. Au fil des kilomètres on longe la Soca (ouah cette couleur, on le répétera jamais assez !!), on traverse des villages puis tandis que l’on se rapproche de la mer les montagnes et les forets de hêtres laissent la place aux pins maritime et aux roches affleurantes couleur claire. L’influence de la mer se fait sentir, en une centaine de kilomètres on a complètement changé de paysages ! La Slovénie est un tout petit pays plein de contrastes !

Le rappeur nous laisse à la gare routière de Koper. On est à une dizaine de kilomètres de Piran, on est fatiguées et pressées d’arriver à la mer, on prend un bus …on arrive au coucher de soleil, sur la mer, c’est beau, y’a pas à dire !

On rêvait d’une petite plage tranquille où on pourrait dormir à la belle étoile…mais pas de ça ici ! Ce ne sont que des digues, des rochers…problème ! Piran est touristique, on est entourées d’hôtel quatre étoiles et de casino. Il fait nuit, où va-t-on dormir ??

Après plusieurs repérages de bout de terre, ou d’herbe à peu près plats (genre dans des bosquets ou dans le parc d’un casino…) on finit pas trouver un parc. On décide de dormir à la belle étoile ici ; j’ai un peu peur qu’on se fasse emmerdées, on est à cinq mètres d’un hôtel, on a vue sur les salles de bain, on s’est déjà fait repérées ! Les gens de l’hôtel nous regardent à travers les rideaux tandis qu’on étale la couverture de survie, sortons nos sacs de couchages, et mangeons notre pain à la lueur d’un réverbère.

Néanmoins la nuit s’annonce belle, les étoiles brillent sous le ciel. La journée a été fatigante, beaucoup de soleil, d’attente, mais de nombreux fous rires !

Mardi 16 Juin 2009 : vive le couscous…

Réveil matinal, la nuit a été courte. Je n’ai dormi que d’une seule oreille, guettant le moindre bruit, le moindre mouvement, me redressant au bruit d’une feuille qui tombe, au froissement de la couverture de survie, à la course d’un lapin.

On dépose les sacs dans un café et partons se balader dans Piran. Lorsqu’on quitte le centre avec ses hôtels et ses casinos, Piran est une jolie petite ville aux maisons aux façades ocre et sable. Des allures de petite Venise, c’est vraiment le sud, le linge étendu sur la terrasse, c’est joli…

On s’allonge au bord de la mer sur des rochers, il fait chaud, l’eau est bonne, mais les maillots de bain sont restés dans nos sacs, tant pis.

Un bon melon dégusté sur les digues et c’est reparti, on quitte déjà la mer, on part vers Divaca, petite ville en direction de Ljubljana où se trouvent des grottes.

Il fait lourd, c’est fatigant de faire du stop sous ce soleil ! Après trois gars un peu louches (dont un qui n’arrête pas de me toucher le nez…je réveille vite Elise qui dort au fond de la voiture et on sort assez vite) on arrive vers Divaca. On ne s’installe pas très loin de la route mais on est cachées par des taillis, on se trouve à proximité d’une forêt. Le sol est assez cabossé mais on est trop fatiguées pour chercher un autre endroit, on a juste envie de se reposer ! Les chênes nous font de l’ombrage, les fourmis et araignées nous escaladent tandis que l’on fait la sieste.

Elise dort encore, je vais me promener dans la forêt. Des papillons s’envolent à chacun de mes pas tandis que les zygènes, imperturbables, continuent de s’accoupler sur les fleurs. Les fleurs sont belles, je prend plein de photos, mon coté biologiste ressurgit !

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Pour changer un peu de l’éternel pain-fromage, on a acheté du couscous. L’eau est brûlante avec ce soleil, ça devrait faire l’affaire. Sauf que…on a très peu d’eau, on mange le couscous à peine gonflé avec une sauce au poivron, vraiment pas fameux !!

On s’endort à la belle étoile. Au milieu de la nuit le vent se lève, des éclairs illuminent le ciel, l’orage n’est pas loin. On plante la tente rapidement et nous rendormons à l’abri.

Mercredi 17 Juin 2009: du lac des cygnes au rock de Metelkova.

Les grottes de Skocjanske (nom imprononçable !) se trouvent à quelques kilomètres de là où on a passé la nuit. On fait du stop mais on n’est pas très motivées, si une voiture ne nous prend pas dans une demi heure, on n’y va pas ! Mais le sort en décide autrement, une voiture nous amène directement aux grottes. Toilette et vaisselle des bols dans les WC publiques, et c’est parti, on suit le guide avec d’autres touristes, la plupart anglais. La guide parle seulement en anglais, elle ne traduit même pas en slovène, c’est quelque chose que l’on ne verrait pas en France !

Ce site classé de l’UNESCO est impressionnant, des kilomètres de souterrain, des cascades, des stalactites et stalagmites…on ne comprend pas toutes les explications mais bon !

On repart en début d’après-midi pour Ljubljana dans un camion. Ne pouvant pas rentrer dans la capitale le camion nous dépose à quelques kilomètres du centre ville. Il nous faut marcher. Les chaussures de marche neuves d’Elise lui font des ampoules, et mon sac me lacère les épaules. On devient irascibles, c’est fou comme la fatigue, le poids d’un sac ou la chaleur peuvent changer le comportement des gens. Je ne suis pas patiente, je marche vite, on serra plus vite arrivées comme ça. Un arrêt de dix secondes pour traverser une rue m’énerve, c’est dix secondes de trop à porter ce fichu sac. Je ne parle pas, je trace. J’ai l’impression que mes jambes faiblissent, tremblent, que mes genoux travaillent trop, que ma colonne vertébrale n’apprécie pas ce que je lui fait faire. Le mental, tout est dans le mental.

Allez Elise, remet un pansement, serre les dents, on arrive !

On retrouve Nezka, rencontrée en Irlande durant mon séjour en temps qu’au pair. Cela fait deux ans que l’on ne s’était pas vu, en Irlande on n’avait jamais passé trop de temps ensemble, mais le courant passe très bien, cette fille est géniale !

Nezka… Elle a l’air d’une enfant dans sa petite chemise rose boutonnée, d’une enfant bien sage, posée, tranquille. Mais elle a de la force, du courage et de la volonté. Une grande intelligence aussi. Elle s’intéresse à plein de choses. Elle partira cet été toute seule, voyager en train vers l’Europe du nord et de l’ouest. Nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de nous croiser.

Un petit extrait de ses pensées : « At the moment I don't want to go in a relationship yet because maybe I enjoy too much my single life but I leave all paths open. Sometimes I still get very lonely and it is then that I start to think about boys seriously or at least daydreaming which is my favourite habit:) I don't have problems with that, I learnt to make difference between dreams that are just dreams and dreams that may come true one day and are the thing for which is worth living. And isn't life all about that??:) For myself I wish to live happy life, to be myself as much as I can and find some occupation which would satisfy me.

J’aime sa façon de penser…

On dépose nos sacs dans sa chambre étudiante, avec 3 lits, on prend une bonne douche (cela faisait 6 jours que l’on en avait pas pris, on commençait à vraiment puer !!), on lave nos vêtements : ouah, ça fait du bien !

Enfin propres, rafraîchies, on part dîner puis visiter la forteresse qui domine Ljubljana. La nuit tombe, les lucioles brillent, de la musique classique est jouée dans le centre ville : elle provient d’un ballet joué en plein air. On va y faire un tour, c’est le lac des cygnes de Tchaïkovski. Les ballerines dansent superbement bien, les gens regardent, de tout âges, de tous milieux, ce spectacle plein air est une superbe idée : peu de gens auraient l’idée ou l’argent pour aller voir un ballet et là cela permet de faire partager cette culture avec tout le monde.

A la fin du spectacle on part à Mételkova, un squat en plein cœur de Ljubljana, dont certains bâtiments ont maintenant un statut légal. Centre culturel indépendant où se retrouvent plusieurs groupes et associations, où se déroulent des concerts, des événements festifs et culturels, c’est énorme, grandiose. Elise et moi ayant fréquenté un peu les squats de Clermont, on est impressionnées par celui-ci, par sa taille et son organisation.

On assiste à deux concerts, buvons quelques bières puis crevées allons nous coucher, dans un bon lit moelleux !

Jeudi 18 Juin 2009 : C’est reparti, pour Maribor

Dur réveil après cette bonne nuit ! On traînasse au lit, finissons par nous lever, on visite un peu Ljubljana. Cette ville m’enchante, il y a l’air de s’y passer plein de trucs, une ville étudiante qui bouge bien…enfin d’un coté c’est la capitale, c’est normal !

J’aimerais rester plus longtemps, Nezka est adorable, et j’en ai un peu marre de bouger tous les jours, c’est fatigant, j’ai l’impression de tout survoler…surtout en Slovénie, on a vraiment fait du stop tous les jours !…mais non c’est reparti, Blanka nous attend à Maribor ! Blanka, c’est ma petite slovène, rencontrée en Irlande elle aussi. Ma meilleur amie pendant mes premiers mois comme au pair, quand je ne parlais pas encore bien anglais. C’est elle qui a eu la patience de m’écouter alors que je ne pouvais pas aligner trois mots sans fautes, on passait tous nos week end ensemble, on est allées a Dublin, on a visité Cork en long en large et en travers pendant les longues après midi pluvieuses d’hiver…bref, elle m’a manqué, mais je me demande si le courant passera aussi bien cette fois-ci…

On prend un bus pour sortir de la ville, et nous retrouvons dans un carrefour juste avant l’autoroute pour Maribor, l’endroit pas tip top pour que les voitures s’arrêtent mais on a désormais un dicton d’auto-stoppeur « si les voitures veulent vraiment s’arrêter, elles le pourront toujours ! »

Une dame nous prend, ne parlant ni anglais ni allemand. On ne parle pas, mais des fois ça fait du bien de ne pas être obligées de faire la conversation…conversation d’ailleurs assez souvent superflu avec les gens qui nous prennent en stop, entre autre à cause de la barrière de la langue. On en a un peu marre de répéter tout le temps la même chose : on est étudiantes, moi en biologie, Elise va reprendre les études en septembre pour apprendre le français aux étrangers, on va jusqu’en Moldavie, 5 semaines, on habite à Clermont Ferrand, non, pas Paris, Clermont c’est plus au sud de Paris, juste in the middle of France, les pneus Michelin, vous connaissez ??

On a pensé à s’inventer une nouvelle vie, mais en fait on ne l’a jamais fait, peut être car on se dit que les gens qui nous prennent en stop ont le droit de savoir qui on est…encore que l’on trouve que juste parler de nos études c’est vachement réducteur pour connaître une personne…

Bref, la dame nous dépose directement à la gare de Maribor où l’on retrouve Blanka et son copain Marko. On va manger dans un resto mexicain puis manger une glace énorme !! Comme d’habitude je m’en mets partout et suis obligée d’aller me laver dans un bassin. Un jour, peut être, j’arriverais à manger une glace correctement…

On grimpe au sommet d’une colline pour avoir une vue d’ensemble de Maribor, on est devenues accro des points de vue avec Elise !

On rentre, discutons sur le balcon de choses et d’autres, de la Slovénie, des études, des voyages…

Vendredi 19 Juin 2009 : Une ville médiévale, des bières, une fiente de pigeon…mais pas de danse !

Petite grasse mat’, gros petit déj’, puis promenade dans Maribor et à la station de ski la plus proche où se déroule en ce moment même la coupe du monde de Mountain bike ! On assiste à l’entraînement, il fait une chaleur à mourir, on ne s’attarde pas trop.

On part dans l’après midi vers Ptuj. Aux revoirs à Blanka mais au final on a un peu hâte de partir…Blanka fait des études de médecine qui lui prennent beaucoup de temps et on sentait que le temps qu’elle passait avec nous était du temps en moins pour réviser et que ça la stressait un peu. Et puis la situation n’étant pas la même qu’en Irlande et ayant changées toutes les deux on avait moins de choses à se dire. Néanmoins j’étais bien contente de la revoir !

Ptuj est une petite ville médiévale plein de charme, des ruelles pavées, des maisons anciennes aux façades colorées, des parcs, la rivière, un château qui domine le tout. Le soir on assiste à un spectacle de jonglage et de musique orientale à la terrasse d’un bar. Je me fais chié dessus par un pigeon. Super, comme si j’avais des tonnes de fringues pour me changer…

On boit quelques bières, on a envie de danser, de discuter avec les jeunes du bar qui ont l’air bien sympa, mais on n’ose pas, on préférerait que ce soient eux qui viennent vers nous, mais faut pas rêver…comme personne ne danse on reste assises nous aussi, c’est un peu dommage.

Il est tard, on va récupérer la tente laissée dans des buissons dans le parc d’un monastère, parc où on avait prévu de passer la nuit. Mais il s’avère que ce parc est le lieu de rendez vous de tous les jeunes de la ville pour boire et fumer la nuit. Après avoir avalé rapidement un bout de pain à la lueur d’un réverbère, on part à la recherche d’un autre endroit où dormir.

Ce n’est pas facile, c’est soit trop visible, soit trop pentu… Elise planterait bien la tente n’importe où, dans des parcs à la vue de tous le monde, vers des lotissements, moi j’insiste pour que l’on se cache un peu plus. On finit par trouver une étendue d’herbe avec des arbres assez gros pour se cacher derrière et montons la tente à la lueur de ma petite lampe frontale.

Samedi 20 Juin 2009: bouillottes improvisées en Croatie

Réveil sous la pluie. La température a bien chuté, le moral aussi. On est déjà trempées à peine la tente pliée. Elise qui n’a que des grosses chaussures de marche et des sandales en cuir cassées, qu’elle s’est (enfin) décidée à jeter, voudrait trouver une autre paire de sandales. Shopping donc, elle finit par trouver des tongs en plastique, qu’elle ne mettra au final pas souvent car elles lui arrachent la peau des pieds !

Le stop sous la pluie….c’est jamais très agréable, mais là en plus on veut traverser la frontière avec la Croatie, et les frontières c’est toujours pénible à traverser !

On est trempées, gelées, on grelotte, personne ne s’arrête, d’un coté on dégouline tellement que je comprends que les gens soient réticents à nous voir grimper dans leur voiture !

J’ai perdu la housse étanche de mon sac, j’en fabrique une avec un sac poubelle, j’aimerai bien pouvoir m’enrober moi aussi dans des sacs poubelles !

Une dame nous amène à quelques kilomètres plus loin, à un rond point, on attend encore longtemps, puis deux jeunes nous font passer la frontière ! Nous voilà en Croatie mais on a tellement froid que l’on ne se réjouit même pas. Ils nous laissent juste après la douane, nous nous allons à Zagreb mais eux partent dans une autre direction…snif !

Ils nous offrent un parapluie, au moins on pourra se protéger un peu. C’est gentil….

Bon il y a des centaines de voitures qui passent par là, la plupart doivent aller jusqu’à Zagreb, on se dit que dans cinq minutes on sera au chaud dans une voiture ! Tu parles…les gens partent en vacances, les voitures sont blindées, personne ne s’arrête.

Attente interminable, je ne sens plus mes pieds, on ressemble à de vieilles serpillières dégoulinantes, notre carton « Zagreb » tombe en loque, se déchire…on est pathétiques ! Allez les gens, ayez pitié ! Merde ! Il y a des toilettes à la douane, on remplit nos bouteilles d’eau chaudes pour se faire des bouillottes, petit réconfort…

Mais malgré le froid et le découragement je ne donnerais ma place pour rien au monde, je ne voudrais être nulle part ailleurs. C’est ça que j’aime dans les voyages : on a faim, on a froid, on est malades, mais au moins on se sent libres, vivantes, et puis les galères c’est éphémère, et quel bonheur une fois que l’on s’en sort ! Car comme d’habitude on finit par tomber sur un ange gardien, Tina, qui téléphone même à nos hôtes de Zagreb et arrange un rendez vous. C’est ainsi que l’on retrouve Maya et son copain Zoran, qui nous conduisent chez eux, et nous laissent l’appart pour l’après-midi, eux ressortent. Douche chaude !!!!!!!

Maya est une fille pleine de vie, qui ne se sent chez elle nulle part. D’origine serbe elle ne se sent pas serbe pour autant, encore moins croate, elle déteste Zagreb, rêve d’autres horizons. Elle critique avec beaucoup d’humour la musique folk d’ex-Yougoslavie, où les jeunes dansent en boite les bras levés comme si ils étendaient du linge…ben moi j’aime bien cette musique !

Maya et Zoran nous font découvrir Zagreb by night, on va boire des bières dans un bar, Johnny Cash en fond. L’attente sous la pluie de cette après midi est totalement oublié, mes pieds sont au sec, je les ai enrobé de sacs plastiques.

Dimanche 21 Juin 2009 : Une fête de la musique…déconcertante

Bien dormi ! Zoran nous prépare un bon petit déjeuner, œufs, fromage, tomates, pain. On s’habitue aux petits déj salés, en fait c’est carrément bon !

Comme Maya part cette après midi en Allemagne elle ne peut pas nous héberger ce soir, on va donc chez un autre contact, Igor. Il part bosser mais nous laisse les clés de son appart, on y dépose nos sacs. C’est super gentil et juste ce que l’on voulait. Certains hôtes veulent des fois absolument tout faire avec nous, nous faire visiter, nous offrir à boire, et c’est parfois assez pesant. Aujourd’hui, on a juste envie de se balader tranquillement dans Zagreb et donc cette solution est parfaite !

On a envie de profiter de Zagreb, de passer une bonne soirée, peut être y a-t-il même des concerts, après tout c’est la fête de la musique en France ! Mais on déchante vite. On est dimanche, tout est fermé. On a presque plus d’argent croate, toutes les banques sont fermées, les magasins aussi. Il fait gris, il pleuviote, on tourne en rond dans la ville, on n’a pas d’argent pour manger, pour boire un café. Le moral n’est pas bien haut…notre plus longue rencontre avec un croate est de 3 minutes chrono, il nous demande si on « enjoy Zagreb ». Bof bof…

Enfin c’est ça aussi les voyages : des hauts, des bas, la fatigue, des coups de blues…toute l’énergie dépensée en Slovénie, à être à mille à l’heure tout le temps se fait sentir, on se sent épuisées, vidées. Mais je voudrais quand même danser, faire la fête, que cette journée vide se termine bien…mais il n’y a vraiment pas un chat dans cette ville, à part quelques touristes qui prennent en photo l’église dont nous squattons les marches, affalées. On chante sur le parvis de l’église, on fait notre propre fête de la musique, peut être nos voix séduiront un gentil croate…même pas ! Snif !

On erre dans Zagreb pour trouver un resto qui accepte les euros, on finit par aller dans un resto chinois. Nouilles et riz, cela faisait longtemps et ça fait du bien ! Il y a un feu d’artifices ce soir, assez tard, Elise serait relativement motivée pour y aller, moi je suis claquée, j’en ai marre…On décide de rentrer, un peu dépitées par cette journée.

Lundi 22 Juin 2009: il pleut, il pleut, bergère…

Le ciel est nuageux mais il ne pleut pas encore, on part rapidement, Igor dort encore. On s’en va comme des voleuses, en lui laissant les clés et un petit mot de remerciement.

Pas facile de sortir des grandes villes ! On prend le tram sur quelques arrêts, on marche un peu et on se retrouve à la sortie d’un rond-point, sur une trois voies : ce n’est vraiment pas le meilleur endroit pour faire du stop mais on ne voit pas trop où on pourrait aller !! Ne reste plus qu’à espérer qu’on ne provoque pas un accident !

Une voiture de police s’arrête à notre hauteur, contrôle des passeports…un rapide coup d’œil, quelques questions puis ils repartent aussi vite qu’ils étaient arrivés. Bizarre…ms au moins on a maintenant la certitude que les voitures peuvent s’arrêter si elles le veulent !!

Nos pronostiques en stop ne sont absolument jamais vérifiés : dans les endroits où les voitures peuvent s’arrêter facilement et où on pense que l’on va attendre 10 minutes maxi on peut parfois attendre des heures, et inversement quand on se retrouve dans des endroits pas possibles on attend parfois pas tant que ça…une voiture nous prend donc assez rapidement, c’est un jeune couple qui nous avaient vus mais n’avaient pas eu le temps de s’arrêter et qui ont donc fait demi tour exprès !

La femme a apparemment fait beaucoup de stop dans sa jeunesse. Elle sait ce que c’est…

Ils nous déposent à Karlovac, il pleut maintenant franchement.

On arrive à Slunj avec un vieux monsieur qui parle fort, on arrive à se comprendre avec nos quelques mots respectifs d’allemand.

La région de Karlovac était en première ligne pendant la guerre, les maisons ont gardé les traces des impacts des balles et les champs sont minés. A partir de ce monsieur, toutes les personnes que l’on croisera nous parleront de la guerre, cette putain de guerre qui est encore si présente, physiquement et moralement. On en prend un coup, on rentre dans la réalité. Le fait que l’on ne comprenne pas grand-chose à part « Krieg, War, Mines, Tot » rend ses mots encore plus fort. Lui était un ancien soldat, il sait de quoi il parle…

Comme on lui a expliqué qu’on voulait aller a Plitvice, endroit incontournable en Croatie, une succession de lacs et de cascades, mais qu’on était pas sures de faire la visite par cause de mauvais temps, il nous amène voir les cascades de Slunj, en répétant « Little Plitvice, little Plitvice ». Bon c’est vrai que c’est joli, ces little Plitvice !

On se balade dans Slunj, pic nique sous le toit d’un gymnase (il pleut toujours…), on longe une rivière en compagnie d’un petit chiot très affectif, qui nous suit partout. On le baptisera Slunj (original). On grimpe vers les ruines d’un château, château où Napoléon passait ses vacances ! Mais on n’est pas très rassurées, on s’est mis en tête qu’il y a avait des mines partout alors on ne préfère pas s’éloigner trop des sentiers !

Après un bon chocolat chaud dans le bar où on avait laissé nos affaires, on se motive, allez, c’est reparti, sous la pluie, oui, il faut y aller, courage, ouh c’est dur, allez, hop ça y est, on est dehors, ah, il fait froid !!!

Sous le regard amusé de l’épicier du coin on attend sous une petite pluie fine en dansant et en exécutant des pas de danse pour se réchauffer. Alors que j’étais en plein dans une Mazurka une voiture rouge s’arrêtent et en sortent deux hommes, la cinquantaine, barbus, genre sortant de la campagne. Je ne suis pas très rassurée, ils ont l’air un peu louches, il n’y a pas de porte à l’arrière et le fait qu’ils sortent une tronçonneuse de la voiture pour la mettre dans le coffre ne me met pas plus en confiance ! « Fur arbeit, fur arbeit », nous assurent-ils devant nos airs effrayés. Bon allez courage, on monte dans la voiture, il ne va rien nous arriver, on ne se fera pas couper en petit morceau !

Et oui on arrive vivantes et entières au parc de Plitvice, refusant l’invitation à dormir chez un des gars : non non, on préfère dormir dehors sous la tente, oui, même si il fait sacrement froid et qu’il pleut !!

Il est déjà 19 heures, la nuit tombe tôt aussi, on va dans la forêt, débroussaillons le terrain autant que possible à l’opinel et plantons la tente. La nuit va être froide, mes pieds sont déjà gelés, pourtant je les avait bien enrobés de sacs plastiques ce matin pour les préserver de l’humidité mais ça ne fait pas tout !

Elise essaye d’aller récupérer du carton pour dormir aux petits vendeurs à l’entrée du parc, sans succès.

On passe la soirée à écouter de la musique et la pluie tambouriner sur la toile de la tente.

Mardi 23 Juin 2009 : La guerre….

On le répétera jamais assez : la pluie, ça mouille…

Et comme il pleut et qu’on ne veut pas être mouillées, on feignasse sous la tente une bonne partie de la matinée. On abandonne l’idée de visiter les chutes de Plitvice, sous la pluie ça ne vaut pas vraiment le coup ! Du coup, direction Bosnie directement !

Au bord de la route, le pouce tendu, on regarde les touristes défiler dans leur K-way colorés, décidés malgré la pluie à visiter le site. Pour se donner du courage on mange de la tapenade qu’Elise transporte depuis la France, avec le pain tout ramolli par la pluie. Miam, les olives ça me fait penser au sud, au soleil…au soleil…allez le soleil, quoi ! Mais le soleil ! Enfin ! Revient quoi !! Soleiiillllllll !!!

Elise essaye de m’apprendre comment courir sur un mur, je lui apprends la chanson « Dans sa maison un grand cerf ». Ah, l’échange de savoir et de culture en voyage !!

Alors qu’on commence à en avoir marre d’attendre et qu’on se dit qu’on serait aussi vite à la frontière à pied, une voiture s’arrête. C’est un instit de Slunj, très gentil. Lui aussi nous parle beaucoup de la guerre…

On apprend que la frontière est à plus de trente kilomètres. Ah…ben à pied on était pas près d’arriver alors ! Il nous amène à une dizaine de kilomètres et l’attente recommence, toujours avec notre tapenade, mais le pot se vide dangereusement !

Un ancien militaire nous fait traverser la frontière. Contrôle des passeports, et nous voilà en Bosnie ! Ouais !!

Arrivés à Bihac, ce chouette monsieur nous paye un thé, bien chaud, ça revigore. La communication est assez limitée, mais un thé, ça fait toujours plaisir !

Le centre de Bihac est assez petit, gris, l’église (appelée Big Ben) est en partie détruite, la mosquée est en piteux état. On se promène un peu, appelons Dolorès, qui doit nous accueillir ce soir, et en l’attendant allons boire un chocolat chaud dans un bar. Il n’y a que nous avec le barman, du coup on fait connaissance. On discute bien, lui était gosse pendant la guerre, l’âge où il aurait dû s’amuser. Il nous explique comment c’était, il nous parle des colis qu’il recevait d’Europe, les fameux colis de denrées non périssables qu’on emmenait à l’école.

Pour moi ça a toujours été assez flou, la guerre, les relations entre serbes, bosniaques et croates, le massacre de Srebrenica, les casques bleus…Mais d’entendre les gens en parler, encore marqués, sous le choc, ça donne un tout autre sens à ce que l’on a pu apprendre à l’école. J’ai envie de mieux me renseigner, envie de comprendre l’histoire des Balkans, envie de comprendre pourquoi les gens s’entretuent à cause d’une histoire de religion, mais ça, je crois que je ne pourrais jamais le comprendre…

On rejoint Dolorès dans la soirée ainsi que Nathan, son prof d’anglais, un jeune américain qui enseigne depuis plus de deux ans maintenant à bihac. Dolorès est en fait dans l’incapacité de nous héberger ce soir, mais Nathan nous propose de squatter son canapé.

Ils sont bien sympa tous les deux mais ils sont de toute évidence attirés l’un par l’autre, on croirait assister à un premier rendez vous entre amoureux, je leur donne pas longtemps pour finir ensemble ! On se sent un peu de trop avec Elise…

On va manger dans un resto, puis direction l’appart à Nathan, c’est cool, je n’avais pas envie de planter la tente dehors par ce temps !

Mercredi 24 Juin 2009 : camping onéreux = tu trouvera mille fois mieux !

Réveillées par les bruits des travaux dans l’immeuble. Nathan est déjà parti au boulot. On le retrouve avec Dolorès à midi pour boire un coup.

La pluie s’est arrêtée, il y a encore des nuages mais ils laissent entrevoir le ciel bleu et passer quelques rayons de soleil, ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs jours !

On n’a vraiment pas envie de rester enfermées dans un bar, surtout que Nathan et Dolorès parlent encore principalement entre eux. On les quitte donc assez vite et partons se balader sur les bords de la rivière Una. Cette promenade est malheureusement assez rapidement raccourcie car le petit sentier qui longe la rivière s’arrête d’un coup et les berges deviennent impraticables. Dur de trouver des chemins de rando dans ce pays ! Ce n’est vraiment pas un sport pratiqué, contrairement en France où l’on trouve des chemins de rando un peu partout. Mais ça se comprend, pour nous les balades sont un moyen de s’aérer alors que l’on est en permanence à l’intérieur, de faire du sport alors que l’on est trop souvent assis. Mais dans ces pays, les gens n’ont pas besoin de s’aérer, de faire du sport pour le plaisir, passant déjà une majeur partie de leur temps à travailler à l’extérieur, dans les champs ou autres. Alors, quelle utilité d’aller marcher juste pour le plaisir ??

On s’arrête sur les rives pour pique niquer, on se fait vite rejoindre par deux gars. L’un genre skinhead assez terrifiant, l’autre qui parle anglais « my friend, who is very ugly (sympa pour son pote…) but who he is a good guy, is really hungry and would like a sandwich”

Elise se prépare donc à lui faire un sandwich mais il se jette littéralement sans attendre sur notre pain et notre saucisson, engloutissant le tout à une vitesse incroyable.

Ils sont vraiment bizarres, pas très rassurants, nous font des recommandations « Attention, les Balkans, c’est pas l’Europe, c’est dangereux pour des filles seules… »

Ils restent un moment, on finit par leur dire qu’on voudrait continuer à se balader, mais seules.

Le skinhead m’offre en cadeau sa boucle d’oreille, plastique imitation diamant. C’est trop touchant, mais vraiment, ce n’était pas la peine !!

Je ne sais pas trop quoi penser de toutes ces recommandations. Depuis que l’on a quitté l’Autriche les gens nous préviennent : attention, en Suisse et en Autriche il n’y avait pas de dangers mais après…

Ce qui nous fait rire c’est que les gens rencontrés dans chaque pays nous disent que dans le leur il n’y a pas de danger mais que ensuite par contre…

En Slovénie : « la Slovénie, ça va, pas de danger, c’est l’Europe, mais à partir de la Croatie, attention ! »

En Croatie : « Ici, il n’y a pas de problèmes, mais attention dans les Balkans, et puis la Roumanie, houlà, c’est dangereux ! »

En Bosnie : ah ben non, là, même leur propre pays ils le qualifient de dangereux. C’est pas très rassurant mais on n’est bien décidés à ne pas se laisser impressionner par toutes ces recommandations, on a eu de la chance jusque là, et on a pas l’impression de se mettre en danger, je ne crois pas que ce soit plus dangereux de faire du stop dans les Balkans qu’en France !

Pour ce soir, Dolorès, qui ne peut toujours pas nous accueillir chez elle, nous a conseillé un camping, à la sortie de Bihac. Il va vous plaire nous assure t’elle, la rivière n’est pas loin, c’est très calme, dans la nature…ah oui, ça c’est sur, le camping est sympa, le prix l’est moins lui par contre : 16 euros par personne ! Pour un bout d’herbe !! Ah non, vraiment, merci bien !

On se débrouillera autrement…

Ici, ce n’est plus la Slovénie, le risque de sauter sur une mine nous retient d’aller planter la tente n’importe où. On avise le village le plus proche, on demandera aux gens si on peut planter la tente dans leur jardin. Ce n’est pas si facile d’expliquer ce qu’on veut ! A force de gestes, d’explications, de sourires, de mise à contribution de la petite voisine qui bredouille quelques mots d’anglais, une famille nous invite à prendre le café, et accepte de nous prêter leur jardin.

Cette famille est formidable : la mère est adorable, elle a deux enfants, l’un de 26 avec sa copine, l’autre de 12 ans. Le père rentre plus tard du travail. La mère nous expliquera qu’il porte une prothèse, ayant sauté sur une mine.

On passe la soirée avec eux, sur leur terrasse, enchaînant les cafés turcs et le jus de cerise fait maison. Miam ! Le café turc…on est devenues accro avec Elise avant la fin du voyage !

La communication n’est pas facile cependant chacun y met du sien, essaye d’expliquer des choses, mime, et ainsi on arrive à se comprendre.

Plusieurs fois, la mère nous demande si on n’aura pas froid cette nuit et nous assure que l’on peut dormir chez eux si on veut. Toute la famille s’entasse déjà dans une seule pièce, c’est vraiment gentil de nous proposer cela. Mais on préfère notre tente.

Au bout d’un moment, la mère nous propose d’aller faire un tour. On s’entasse donc tous dans la vieille voiture, en direction de Bihac, où il y a la fête foraine. On passe une bonne soirée, glaces, pop-corn, et retournons nous coucher.

Jeudi 25 Juin 2009: Here, we’re like in jail!

Dernier café et hop c’est parti ! Nous repartons à pied vers Bihac : c’est long, la tente pèse lourd…

On fait du stop jusqu’à Banja Luka où l’on arrive assez rapidement. Le stop se pratique vraiment bien en Bosnie, pour la première fois, nous voyons d’autres auto-stoppeurs, pas des voyageurs comme nous, mais des grands-mères, des mères de familles qui rentrent du marché, des hommes qui vont au boulot. Tous attendent sur le bord de la route, c’est limite si on ne forme pas une file d’attente ! Au début ça nous inquiétait un peu : beaucoup de concurrence, c’est pas bon ! Mais au final ça fait du bien de voir que l’on est pas les seules, on fait moins l’animation dans le village, et puis les voitures s’arrêtent et au final on part tous assez vite !

Au fil des kilomètres on longe la rivière Una, traversons plusieurs villages. Des maisons sont entièrement détruites, d’autres reconstruites, d’autres en construction : les murs rouges briques, les façades pas encore peintes, des traces d’impacts de balles encore présentes.

Ca fait froid dans le dos…

Bientôt, les églises orthodoxes aux toits brillants et arrondis succèdent aux mosquées dont les minarets s’élançaient vers le ciel nuageux. On rentre dans la république serbe de Bosnie.

Dans les rues, les panneaux d’indications sont écrits en cyrillique. On a l’impression de changer de pays !

On a fait la connaissance de deux jeunes profs, dans la dernière voiture qui nous a pris.

Très sympa, ils nous expliquent le fonctionnement et la politique de la Bosnie, et le déroulement de la guerre. Pas facile à comprendre…la Bosnie est constituée de deux entités, la Fédération de Bosnie et Herzégovine à majorité musulmane (bosniaque) et catholique (croate) et la République serbe de Bosnie à majorité orthodoxe (serbe).

Chaque communauté est représentée par un président. (Ça doit être la foire là haut au gouvernement…)

Leur rêve, que la Bosnie rentre dans l’Union Européenne.

On s’étonne : pourquoi cela ? Si la Bosnie entre dans l’UE, cela induirait une hausse des prix non ? Quel bénéfice pourraient-ils en tirer ?

Sans hésitations ils nous répondent qu’ils pourraient voyager, comme nous. Là, il leur faut un VISA, c’est trop compliqué. Ils concluent : ici, on est comme en prison !!

Comme quoi, la liberté n’a pas de prix !

Mais comme on nous l’avait déjà expliqué en Croatie, la Bosnie et la Croatie attendent que la Serbie entre en premier dans l’Union européenne. Ensuite, peut être, ils pourront suivre…Ah, moi j’aurais pensé que la Croatie serait la première, mais apparemment ils sont tous d’accord sur ce point : la Serbie rentrera d’abord…

Banja Luka : belle ville, les toits étincelants des églises orthodoxes, les inscriptions en cyrilliques, la grande place où des gens vendent des petits chiens en peluche qui aboient, des hommes qui jouent à un échiquier géant à quelques rues de là, un vieux château en ruine…

On téléphone à Daniel, qui nous accueillera ce soir et décidons de profiter de cette après-midi pour aller nous baigner : Elise avait noté qu’il y a un aquaparc pas chère et on a bien envie de profiter du soleil ! Let’s go ! Mais en fait d’aquaparc où on s’imaginait des toboggans, des jacuzzis, c’est une piscine tout ce qu’il y a de plus simple, à un détail près : l’eau est gelée !!

Cependant cela fait du bien !

On traîne et devons retraverser la ville en courant pour récupérer avant la fermeture nos sacs laissés dans l’office de tourisme, et retrouver Daniel. Elise en tong décide de les enlever pour aller plus vite et patauge dans les flaques pieds nus ce qui lui vaut quelques regards surpris…

Daniel est un jeune hollandais qui fait un service volontaire ici à Banja Luka ; il aide à organiser le projet écotopia bike tour 2009, une rando à vélo à travers les Balkans de deux mois, avec des actions militantes écologiques. Beau projet !

Il est super sympa, drôle, mais qu’est ce qu’il parle vite !!

J’ai du mal à suivre…

On dépose nos sacs chez lui, cueillons des cerises dans son jardin et repartons assister au vernissage d’un célèbre peintre serbe. Champagne, petits fours…je crois que je suis « a little bit drunk » !

On va manger dans un resto avec d’autres étrangers qui habitent à Banja Luka ou qui sont juste de passage, comme nous. Plein de nationalités se mélangent, on parle anglais, français, allemand, bosniaque…ce mélange rappelle à Elise les soirées entre volontaires en Moldavie, moi l’Irlande et mes précédents voyages.

Vendredi 26 Juin 2009: Banja Luka

On se réveille avec Marcha, la colocataire de Daniel, hollandaise elle aussi et qui bosse sur le même projet. Un café, quelques biscuits et nous partons avec Elise visiter la ville. On rentre dans quelques églises orthodoxes : de l’or partout, de gigantesques peintures murales très colorées, ça brille, on est loin de nos églises catholiques !

On retrouve Daniel pour manger qui nous annonce une bien triste nouvelle (mode ironique) : Michael Jackson est mort. Mon dieu, journée de deuil international, au moins !! C’est la seule nouvelle de l’extérieur que l’on aura durant notre voyage. Des fois on se dit qu’il pourrait y avoir une troisième guerre mondiale on ne serait même pas au courant… mais de la mort de Michael Jackson, si !

On devait se balader avec Ugi, un bosniaque rencontré hier soir mais un imprévu l’empêche de venir, on se baladera donc seules avec Elise, au bord de la rivière Vrbas qui traverse la ville. Enfin au bord….on est en Bosnie, donc pas de sentiers de rando aménagés, on est souvent obligées de retourner marcher sur la route ou de passer à travers des buissons…

On rencontre Mirza, sur son Dajak. Passionné, amoureux de cette ville, et surtout de cette rivière, il fait du Dajak depuis qu’il est tout petit, et retourne ici chaque vacances pour « nettoyer son corps et son esprit » en transpirant sur son Dajak. Un Dajak, c’est un bateau très allongé, genre pirogue, sur lequel on avance en se propulsant à l’aide d’un long bateau qui se plante sur le fond de la rivière. Bateau endémique de Banja Luka, nous explique-t’il : il n’y a qu’ici où se mode de propulsion se fait sur de l’eau vive.

Il nous propose de faire un petit tour : ah ben ouais, pourquoi pas !

On se met d’accord sur un rendez vous pour demain, il veut nous faire remonter la rivière jusqu’aux sources chaudes un peu en amont, où on pourra se baigner.

On mange avec Daniel, le soir il y a un concert d’une célèbre chanteuse serbe dans le château de Banja Luka. Tous les jeunes (et nous aussi) qui n’ont pas pu se payer le billet d’entrée se massent à l’extérieur du château, d’où l’on entend parfaitement la voix de la chanteuse. C’est comme un concert en plein air en fait ! Même la pluie ne les empêche pas de chanter en chœur les paroles.

Je ne suis pas en forme, un petit coup de blues…je réfléchi au pourquoi du voyage, et au fait de voyager seule ou à deux. Même si j’adore voyager avec Elise, je crois que je préfère les voyages où je suis seule. J’ai tendance à m’effacer quand je suis dans un groupe, même de trois personnes. Je me mets naturellement à l’écart. Ca ne me dérange pas, j’observe, j’écoute les conversations. Je parle assez peu. Mais en voyage, j’aime rencontrer de nouvelles personnes, échanger, et quand je suis seule je ne peux pas me permettre d’être en retrait, je sors de ma réserve, je suis une autre personne, je me découvre. Là, avec Elise qui a le contact plus facile que moi, je la laisse mener la conversation, je me retranche et je n’aime pas ça. Un peu d’égoïsme sans doute, je voudrais les gens rien que pour moi…

Samedi 27 Juin 2009 : voilà pourquoi j’aime les voyages !

On passe la matinée avec Daniel et Marcha à boire du café, à manger la tarte aux cerises qu’Elise a gentiment préparé en se levant une heure plus tôt que tout le monde, et à faire des acrobaties dans le jardin (on monte chacune notre tour debout sur les épaules de Daniel, c’est la première fois que je fais ça, c’est géant comme sensation ! Petit jonglage avec des pommes en plus, toujours sur ses épaules…papapapalalapapa , voilà le cirque de Banja Luka !)

Il est l’heure de partir, on a déjà repoussé le rendez- vous avec Mirza, faut pas abuser non plus…durs adieux pour Elise qui s’était bien accrochée à ce petit Daniel !

Mirza est venu avec un de ses copains, Elise n’est pas très confiante, moi je le sens bien. Ils nous proposent de laisser toutes nos affaires dans leur voiture, nos papiers aussi, il y a un risque qu’ils prennent l’eau sur le Dajak. On ne sait pas trop quoi faire, laisser nos papiers dans la voiture d’un inconnu c’est pas hyper prudent…au final on les prendra sur nous, dans des sacs plastiques, contre l’avis de Mirza qui ne veut en aucun cas être responsable si nos passeports prennent l’eau.

Avant de partir on avait laissé son numéro à Daniel, et nous avons appris le numéro de Daniel par cœur : on est jamais trop prudentes…

On remonte le courant sur le Dajak, Elise est à l’avant, Mirza à l’arrière qui peine un peu : transporter quatre personnes, ce n’est pas rien ! On passe quelques rapides, le Dajak se remplit d’eau, on écope avec des éponges.

Un héron nous précède, s’envolant quelques mètres plus loin au fur et à mesure que nous nous approchons, des poissons font des bonds dans l’eau, on se laisse transporter, c’est magique !

Le ciel se couvre, c’est commun en Bosnie : on a toujours le droit à une averse, voire un gros orage à 14-15 heures. Il pleut, c’est énorme cette sensation...on est en train de voguer sur une rivière, en Bosnie, sous la pluie ! On chante pour encourager Mirza. Petite pause sous un balcon, en attendant que l’averse passe, Mirza nous offre du chocolat et du coca cola…

Le soleil revient, on repart et on atteint assez vite les sources chaudes, qui sont les bienvenues car on n’avait pas si chaud que ça ! (Sauf Mirza, bien sur, le seul qui a fait du sport !)

On se baigne toutes habillées dans ces petites piscines où l’eau avoisine les 30°C, ce qui étonne Mirza mais pas question de se mettre en maillot, on est toujours un peu parano, on ne veut pas attiser les convoitises…

Il plaisante, il pourrait nous vendre, en tirerait un bon prix, on est jeunes, nos reins sont en bon état (sauf ceux d’Elise qui n’arrête pas d’aller faire pipi…). Mais enfin arrêtez avec ces histoires ! Ca nous fait pas vraiment rire, le pire c’est que ça dévoile une triste vérité : le trafic d’organes, ça existe bien, et ça a bien marqué les gens ici, pour qu’ils en parlent sans arrêt…en France, un gars qui veut plaisanter dirait « je pourrais vous violer », mais il ne penserait pas au trafic d’organe ! Ici apparemment, c’est monnaie courante…

Enfin bref, Elise lui dit d’arrêter de plaisanter avec ça, déjà qu’on n’est pas toujours rassurées, ce n’est pas la peine d’en rajouter une couche ! Il arrête, s’excuse, et nous explique que si il voulait vraiment le faire il n’en plaisanterait pas…n’empêche ! c’est pas drôle !

On parle d’autre chose, il nous raconte son enfance, quand ils ont fuit en Croatie sous l’occupation serbe, son père se faisant pousser la barbe et se vieillissant pour se faire passer pour le grand père mort quelques années auparavant afin de passer la frontière incognito.

Il a dû quitter sa chère Vrbas, son Dajak, les sources d’eau chaudes où il venait se baigner en plein hiver alors que tout était recouvert par la neige…

On commence à avoir froid et Elise et moi voulons reprendre la route ce soir, nous repartons donc. Le retour est bien plus rapide, on file sur la rivière, entraînés par le courant. Les hérons, canards et bergeronnettes s’envolent de tout cotés. Le soleil a encore disparu derrière les nuages, j’ai froid, je claque des dents, mais je suis heureuse. Mirza et son ami nous chantent des chansons traditionnelles bosniaques, avec la voix qui tremble et tout, c’est trop beau et romantique ! La situation est assez irréelle !

On va se changer chez Mirza, qui nous assomme de recommandations : vraiment la Bosnie, la Serbie, la Roumanie, c’est dangereux, surtout pour deux jeunes filles. Il veut que l’on reste cette nuit à Banja Luka pour que son ami nous amène demain à Sarajevo. Mais non, nous on veut partir ce soir. C’est sur, ces recommandations perpétuelles nous font un peu peur, mais après tout, est-ce si dangereux ?

Il finit par nous laisser partir quand même, après tout il nous aura mis en garde, il ne peut pas nous empêcher de partir, mais il nous laisse quand même le numéro d’un de ses amis à Sarajevo, si jamais on a un problème.

Très vite, un vieux monsieur nous prend. La vallée de la Vrbas se rétrécit en canyon, en contrebas la rivière dégage de la vapeur d’eau qui forme une épaisse couche de nuage. On se croirait dans un autre monde, un peu mystique. On roule vite sur la petite route sinueuse, et comme dans toutes les voitures en Bosnie il n’y a pas de ceintures, mais j’ai confiance en notre chauffeur. On écoute du folk et du hip hop bosniaque, on discute : il parle anglais et est super sympa il nous raconte sa vie, il a beaucoup d’humour. On change encore de région, quittant la République Serbe et repassant en Fédération de Bosnie et Herzégovine. Qu’est ce qu’on est bien, on voudrait rester dans cette voiture, malheureusement il doit bifurquer à un moment…il nous dépose dans un village, il est déjà tard, il y a une fête. De la musique, des masses de personnes sur les trottoirs, on se laisse entraîner par le flot humain vers la sortie du village, recommençons le stop sans s’attarder : on voudrait être à Travnik rapidement, la nuit commence à tomber.

Un père et son fils s’arrêtent, ils habitent Travnik. Yahou ! Le fils parle bien anglais, on fait connaissance, il traduit les questions de son père. Ils nous demandent où on pense dormir, le problème c’est qu’on ne sait pas justement, est ce qu’ils connaissent des gens qui ont un jardin où on pourrait planter notre tente ?

Ils nous offrent alors de dormir chez eux. Re-yahou ! Quelle journée !

Il fait nuit noire lorsque l’on arrive. On fait connaissance de toute la famille, la mère qui parle très bien anglais et Martha, la fille de 10 ans qui s’y essaye avec timidité.

Un café turque, une soupe, du fromage (le célèbre fromage de Travnik !), une bonne douche, un tour sur internet….le paradis !

La mère s’inquiète pour nous, n’est pas rassurée pour notre sécurité : « vous avez eu de la chance de tomber sur nous ! »

Elle nous parle de la guerre, j’en ai des frissons : « on n’avait rien, je me souviens, je n’avais qu’un seul tee-shirt que je lavais quand je le pouvais. On recevait de temps en temps des colis de nourriture, mais c’était rare. Comme je parle anglais, je servais d’interprète pour échanger les otages ». Elle faisait partie de l’armée, son mari aussi. Elle est fière d’avoir défendu son pays mais s’indigne contre la guerre. Stupide guerre…elle est triste qu’il y ait encore des tensions entre les différentes communautés en Bosnie, comme si la guerre n’avait rien appris aux gens. Des milliers de morts de tous les cotés pour rien : les conflits, les tensions sont encore présents, même entre les enfants, à l’école. Pour elle comme pour d’autres bosniaques rencontrés, il ne serait pas étonnant de voir une autre guerre éclater d’ici peu. Triste….pourquoi les Hommes ont-ils besoin tout le temps de se battre, de prouver que leur vision de penser est la meilleure ? Ces guerres de religion m’ont toujours dépassé !

On passe le reste de la soirée avec Martha, qui a complètement dépassé sa timidité du début et qui parle anglais sans s’arrêter, du moins avec les quelques mots de vocabulaire qu’elle a, mais ce qui est déjà énorme pour son âge ! On fait des concours de dessin, et vers 2 heures du matin, la fatigue se faisant bien sentir, on va se coucher après cette super journée.

Ah oui et autre bonne nouvelle : je suis admise au master de Paris ! Reste à prendre une décision : Paris ou Perpignan ? Perpignan ou Paris ? Deux villes, deux master bien différents, avec chacun leurs bons et mauvais cotés…je ne sais pas quoi choisir !

Je hais ces décisions qui vont plus ou moins décider de mon avenir !

Dimanche 28 Juin 2009: Sarajevo et son histoire

On se réveille assez tard, c’est raté pour voir les ours qui, d’après le guide du routard qu’Elise avait lu avant de partir, viennent s’abreuver à la rivière de Travnik. Mais notre famille nous assure qu’ils n’ont jamais vu le bout du museau d’un ours, donc pas trop de regrets…

Le petit déjeuner est prêt quand nous sortons du lit moelleux de Martha, nos vêtements mis à sécher hier sont repassés…incroyable !!

Après nos remerciements et quelques photos souvenirs avec la famille, la mère nous amène en voiture au centre de Travnik. Petite balade au marché aux souvenirs et à la cascade qui surplombe le tout, on offre un coca à une petite fille tzigane, on se pose, le temps pour ma part d’écrire la merveilleuse journée d’hier dans mon carnet et pour Elise de rédiger quelques cartes postales. On repart en direction de Sarajevo après avoir essuyé la traditionnelle averse bosniaque de début d’après midi.

Le gars qui nous amène est sympa, il nous propose de nous héberger pour 10 euros à Sarajevo, on prend son numéro, on ne sait jamais. On a également le numéro de Mustafa, un couch surfer, mais on n’est pas sures qu’il puisse nous héberger ce soir, car il n’a pas répondu à notre dernier mail.

C’est toujours un bordel innommable pour appeler les gens comme on n’a pas de portable. On rentre dans des bars, demandons si ils savent comment on peut téléphoner. On nous dit d’acheter une carte téléphonique, mais c’est dimanche, c’est fermé, et puis juste pour un appel, ça ne vaut pas le coup…vraiment, ils ne connaissent pas un bar d'où on pourrait appeler ? A force d’insister, on nous propose généralement de nous prêter un portable. Après plusieurs essais, on finit par joindre Mustafa. Rendez vous ce soir, 19h, au Sebilj, la célèbre fontaine en plein cœur de Sarajevo où picorent des centaines de pigeons.

PHOTO 6

On a donc quelques heures pour se balader dans la capitale, nous laissons nos sacs chez une vendeuse de glace où nous en achetons pour la remercier…la belle excuse !

La rue marchande est pleine de touristes, ça parle anglais, allemand…ça nous fait bizarre ! Des boutiques d’où dépassent de magnifiques tissus colorés, des jupes, des sacs, des sarouels…une toute autre face de la Bosnie que ce que nous avions pu voir avant !

Le vieux quartier est d’origine ottomane, quelques rues plus loin on sent l’origine austro-hongroise : les pavés ont cédé la place au goudron et les grands magasins de vêtements trop cleans et bien rangés ont remplacés les petites échoppes en bois pleine de vie. En cinq minutes on passe de la Turquie à l'Autriche !

Une ville à double face, cosmopolite, attirante. Les styles architecturaux des maisons se mélangent avec harmonie, retraçant l’histoire de cette ville. Les différents édifices religieux, mosquées, cathédrales, synagogues, se mêlent également pour créer une atmosphère particulière.

Cette ville chargée d’histoire en a vécu une dont elle garde les tristes traces : la guerre qui a fait rage ici. Maisons détruites, à reconstruire, façades criblées de balles, la bibliothèque nationale, magnifique bâtiment de style ottoman de plus de 200ans, qui a brûlé entièrement. Plus de 40 000 livres partis en fumée…une grande affiche indique que différents pays d’Europe aident au financement de sa reconstruction.

Un immense cimetière s’étend à perte de vue sur les collines qui entourent la capitale. Des milliers de tombes blanches, gravées de symboles arabes : des milliers de jeunes, âgés d’une vingtaine d’année, qui ont péri dans cette guerre.

Et puis, dans un coin de rue, un pierre gravée : « A cet endroit, le 28 juin 1914, Gavrilo Princip a assassiné Franz Ferdinand, l’héritier du trône austro-hongrois, et sa femme Sofia. » Des souvenirs, les cours d’histoire du collège, le début de la première guerre mondiale. A cause d’un meurtre qui s’est passé ici, où je me tiens. A l’époque, au collège, Sarajevo était juste un nom pour moi, une capitale que je savais à peine situer sur une carte. Et aujourd’hui, j’y suis, dans cette ville qui vibre de son lourd et riche passé.

A 19 heures, on attend sur les marches du Sebilj. Mustafa n’est pas encore là, on attend, attend…on n’y croit plus vraiment, il ne viendra pas.

On a quelques plans de secours, les chambres à 10 euros du gars qui nous a pris en stop, et puis un mec rencontré dans la rue aujourd’hui nous a proposé de nous héberger gratuitement. Mais Elise ne lui fait pas du tout confiance.

Mais je persiste, têtue, à re-téléphoner à Mustafa: il a dit qu’il viendrait, il a intérêt de venir ! J’emprunte le portable d’un couple super sympa, leur expliquant notre situation, la fille téléphone même à ma place. Ah ben Mustafa est encore chez lui, il arrive dans 15 minutes.

On ne le sent pas trop….

Finalement il arrive, s’excuse du retard, il était à une fête, a un peu bu.

Il nous conduit chez lui où il y a aussi sa copine en ce moment, Milena, d’origine serbe.

En fait, une fois notre énervement passé suite à l’attente et le fait qu’on ait cru qu’il nous posait un lapin, on découvre un gars super drôle et attachant. Milena et lui sont adorables, naturels, on se sent tout de suite super bien chez eux.

On ressort avec Elise manger nos premiers Burek de Bosnie, sorte de pâte cuite fourrée au fromage, à la viande ou encore aux épinards : miam !

On passe le reste de la soirée avec Mustafa et Milena, à faire connaissance ;

Mustafa se moque de l’accent des français quand ils parlent anglais. Il nous fait voir une vidéo sur youtube qui caricature les italiens parlant anglais (italien ou français, question niveau d’anglais, c’est pareil..). On se marre bien:

“I went to a restaurant and on my table there were a spoon, a knife but no fork! I went to the waitress and said: I want a fork!”

“Everybody wants to fuck!”

“You don’t understand, I want a fork on my table!”

“You’re not going to fuck on your table, you son of a bitch!”

Et pareil pour “I want a sheet on my bed = I want to shit on my bed”

Lundi 29 Juin 2009 : Les vaches font meuuuuuhhhh

Gros petit déj tardif : tomates, feta, beignets au mais préparés par Milena, crème, olives…et bien sur café turque !

On part avec Enis, un copain de Mustafa, pour visiter Sarajevo. Premier arrêt dans une ancienne maison ottomane, tout en bois, avec de magnifiques gravures. On visite la partie réservée aux femmes, celle des hommes…Enis nous explique tout, c’est un bon guide.

On grimpe au château surplombant la ville pour avoir une vue d’ensemble sur Sarajevo. Cette capitale est dans une cuvette, entourée de collines, Enis nous explique que les tireurs serbes étaient positionnés sur ces collines et qu’ils mitraillaient la ville sans aucune défense.

On refait le monde tous les trois, on discute beaucoup. Enis est serbe et n’a aucune rancune envers les bosniaques, il est juste triste de voir que des enfants, des jeunes aient été tués pour des raisons ridicules. Si tout le monde pouvait penser comme lui…

Cette discussion, alors que l’on a une vue imprenable sur le cimetière, me marque beaucoup.

On se sépare un moment, Elise et moi voulons faire du shopping, la visite du centre hier nous a donné envie !

Le chant du muezzin appelle à la prière, ça me rappelle le Burkina. Les gens vont prier dans la grande mosquée centrale, se lavent pour se purifier avant de dérouler leur tapis.

On retrouve Enis quelques heures plus tard, sous la pluie. Il nous conduit à un autre château encore plus haut puis au mont Trebevic. On se balade un peu, on a secrètement envie de voir des ours…il y a du brouillard, le sol est gorgé d’eau, on marche dans la montagne, on demande mille fois à Enis si il est sur qu’il n’y a pas de mines…

On passe pour les grosses citadines qui ne sont jamais sorties de chez elles, entre nos envies de voir des ours à quelques kilomètres de Sarajevo, nos peurs des mines, et surtout quand Elise déclare avoir entendu des vaches après avoir reconnu le son de leur cloche. Et c’est là qu’Enis, tendant l’oreille et d’un air très sérieux, sort la phrase désormais culte : « No, it’s definitely not a cow ! Cow makes meuuuuuhhhhh, not ding dong! » Ah ah oui merci Enis du renseignement !!

On rejoint Mustafa et Milena dans la soirée pour aller dans un bar latino danser la salsa. Ah ça faisait longtemps que je n’avais pas dansé la salsa, ça me manquait !!

On s’éclate, on continue la soirée dans le salon de Mustafa, on se couche tard, vers 4-5 heures, après cette belle journée.

Mardi 30 Juin 2009 : come ooonnn

Dur réveil, on veut partir assez tôt mais Mustafa et Milena nous ont fait promettre hier de les réveiller quand on part ; du coup on traîne un peu, le temps d’un dernier café, de dire au revoir.

Direction Pale ! Petite ville entourée de montagnes, dans un parc national.

On fait quelques courses, on veut racheter du couscous pour varier un peu. Impossible à trouver. On demande, bientôt dix clients se mettent à chercher pour nous du couscous dans tous les rayons sans savoir exactement ce que c’est. C’est énorme, hilarant, ils déambulent dans les rayons répétant « Cous, Cous, what is Cous ?? ». No, not just cous, it’s couscous !

Finalement on repartira avec du pain…

C’est moi qui avais insisté, je voulais me balader dans un parc…mais comme d’habitude, il se met à pleuvoir…

On a quand même eu le temps de marcher un peu dans la nature, traversant des petits villages, le foin sèche en gros tas dans les jardins.

Chocolat chaud dans un bar à la musique trop forte, ça m’énerve très rapidement, je le bois vite et sort dans la rue m’asseoir sur un bout de trottoir écrire dans mon cahier. Elise n’est pas dérangée par la musique, elle reste au chaud écrire des cartes postales.

On retrouve Nole, notre hôte pour ce soir dans un square. Il nous offre un deuxième chocolat chaud, avec plein de chantilly, je suis un peu écoeurée !

On est crevées par la soirée d’hier et on voudrait bien juste se reposer mais Nole nous a prévu tout un programme. Il nous amène dans son village, Podgrabb, nous présente à ses parents et ses sœurs. Il est gentil mais il en fait un peu trop, il est limite stressé, comme si c’était un grand honneur d’accueillir deux françaises et qu’il fallait que tout soit parfait…c’est gênant !

Après le dîner il insiste pour que nous ressortions se promener dans le village et boire une bière. Il nous présente à ses copains, fier de s’afficher avec deux filles françaises. Et si on avait été de Slovaquie ? Ou de Lituanie ? Est-ce qu’il nous aurait accueilli de la même manière ? Je ne comprendrai jamais vraiment cette réputation qu’à la France, comme si notre pays valait mieux que les autres !

Enfin voilà, on n’a pas plus d’accroche que ça avec Nole, peut être est-ce dû à notre fatigue, ou à son embarras de nous recevoir chez lui, ou alors à son affreux « come oooonnn », qu’il sort à chaque phrase, en insistant bien sur le oonnn, le faisant venir du fond de la gorge.

C’est resté dans les anales….

Mercredi 1er juillet 2009 : BANG !!!

Programme chargé aujourd’hui : journée stop ! On veut traverser la Serbie pour être demain en Roumanie, à Craiova, où des amis d’Elise nous attendent. On a donc deux jours pour traverser la Serbie, c’est largement faisable, mais il ne faut pas traîner.

Mais apparemment le sort en a décidé autrement…on galère pour avancer, on se rapproche lentement, très lentement de la frontière serbe, attendant chaque fois une heure pour être avancées de quelques kilomètres…on nous a quand même offert des biscuits à la cerise et au chocolat et avec les immenses tablettes de chocolat que la mère de Nole nous a donné ce matin, on a de quoi se réconforter !

Mais il fait chaud, on cuit. Le soleil tape en ce début d’après midi, cela fait des heures que l’on est dans ce même village à une dizaine de kilomètres de la frontière, on a déjà demandé de nombreuses fois au bar à coté de nous remplir nos bouteilles d’eau.

Je ne sais pas ce que je préfère entre le stop sous la pluie ou sous le soleil implacable !

Ah, enfin, un routier s’arrête. Il va jusqu’au milieu de la Serbie à peu près. Bingo, ça valait le coup d’attendre !! On hisse péniblement nos sacs dans le camion, heureuses : ça va le faire, on sera en Roumanie demain !

On démarre, mais on est très vites arrêtées. Contrôle de police. Papiers du véhicule…je vois nettement notre chauffeur glisser un billet dans ses papiers. Corruption ? A-t-il quelque chose à se reprocher ou est ce que c’est monnaie courante de filer de l’argent aux flics pour ne pas qu’ils créent de problèmes ?

On repart…mais à peine cinq kilomètres plus tard, on entend un gros BANG. Un Bang inconnu, bizarre, inhabituel, qu’est ce que cela peut bien être ??? Le chauffeur freine, s’arrête, va voir. Le verdict tombe : un pneu a éclaté…

Ce n’est décidément pas notre jour de chance !

Notre routier ne parle pas un mot d’anglais, ça ne facilite pas la communication, mais apparemment on en a pour une heure d’attente environ, les dépanneurs sont à 70 kilomètres de là.

On décide d’attendre, après tout, on va peut être attendre une heure, mais on est sures d’arriver au milieu de la Serbie ce soir !

On se pose à l’ombre, on sudokute, on mange du chocolat tout fondu.

Une heure…l’espoir fait vivre ! Ca fait plus de deux heures qu’on attend et toujours pas de « vulcanizare » (« réparation » en Serbe, et oui on ne perd pas notre temps, on a même appris les chiffres de un à dix pendant toute cette attente !)

On est retourné dans le camion après s’être fait invitées au resto par notre chauffeur, à une centaine de mètres. Frites, viande, tomates concombres, bières, coca. Elise est un peu soule mais ce n’est rien comparé à notre chauffeur qui a englouti des litres de bières. Finalement, si la dépanneuse n’arrive pas tout de suite ce n’est pas bien grave, on n’a pas spécialement envie qu’il reprenne le volant maintenant !

La pluie tombe, normal, il est 15 heures passées, l’heure des averses en bosnie.

On est à l’étroit dans ce camion, le chauffeur s’est allongé derrière, a même proposé à Elise de s’allonger avec lui…

Cependant on se sent assez en sécurité, même si le fait qu’il ait insisté pour nous payer bières sur bières est peu rassurant.

On a feuilleté un magazine de tourisme dans le resto, et vraiment, je comprends que des gens participent à de tels voyages mais ils ne savent pas ce qu’ils perdent : tout ce qu’on vit ici est unique, inégalable. L’incertain…on suit le court du voyage comme un radeau suit le cours de l’eau, on se donne pleinement au hasard et aux risques qu’il contient…mais il nous rend tant en retour !

On commence à se demander si le chauffeur a vraiment appelé les secours ou si ce n’est pas un piège : 70 kilomètres, en trois heures, ça se fait quand même ! Ils ne viennent pas à bicyclette !

Ou alors ils ont crevé à leur tour…

On joue au pendu. Mon mot : « dépanneuse ». Celui d’Elise, pas des plus optimiste, est « fin du voyage »…

Grâce à des dessins plus que sommaires, on arrive à demander au chauffeur le temps que cela prendra de changer la roue. Vingt minutes nous assure t-il. Et nous, naïves, on y croit encore, que ces dépanneurs vont arriver, que la roue sera changée en 20 minutes, qu’on sera en Serbie ce soir…

Ah enfin un gars arrive, en marcel, un pneu de secours, une clé à molette… alors c’est ça les vulcanizare ??

Avec Elise, on veut se rendre utile, on fait ralentir les rares voitures qui passent en agitant notre bras.

Au bout d’une heure et demi, ça y est, on repart enfin. Il est 19h15.

On va enfin la traverser, cette putain de frontière !!!!!!! Musique à fond, on retrouve le sourire, on n’avance pas bien vite, le camion traînant sa lourde charge, mais enfin a point où on en est !!

On arrive à la frontière, coté Bosnie, on n’était vraiment pas loin ! Contrôle des passeports, cela dure encore 15 minutes. Quelques mètres plus loin, même frontière, coté serbe cette fois.

Notre routier prend nos passeports, va vers la douane, on attend, assez longtemps, bon sang mais qu’est ce qu’il fait ???

Il revient, nous tend nos passeports, et nous annonce : « Problem, phytosanitat Kontrol… »

Il nous fait comprendre qu’il va donc passer la nuit dans son camion, à la frontière, il doit passer un contrôle sanitaire.

Non mais c’est quoi ce bordel ?? Un contrôle sanitaire, à cette heure ?? On a attendu plus de cinq heures pour finalement se faire plantées là, à la frontière ??? Je rêve…

Le chauffeur nous propose de dormir dans son camion, il repart demain vers 9 heures, il peut nous amener…

Mais bien sur. On vire parano, la corruption des flics, le coup de la panne, et maintenant le contrôle sanitaire, ça fait un peu beaucoup !

Enfin il a l’air d’en avoir aussi marre que nous, le pauvre !

On passe la frontière à pied. Il est tard, la nuit tombe. On trouve un champ où planter notre tente, la première grand-mère à qui nous ayons demandé de planter la tente dans son jardin ayant refusé.

On ne se décourage pas, demain sera un autre jour…

Les lucioles clignotent de tous les cotés, c’est joli. On fait un footing pour se dégourdir les jambes et se libérer un peu de la tension qu’a provoquée l’attente…

On n’a rien à manger mais on n’a pas faim, il nous reste encore le chocolat de la mère de Nole.

On est heureuses, on est en Serbie, le pays d’Emir Kusturica !…. » Il en faut peut pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire. Oh yeah ! »

Jeudi 2 juillet 2009: wir sind nicht curva !

Lever aux aurores, à six heures ont est déjà sur la route, le pouce tendu.

Je râle, avec une voiture toute les 15 minutes on ne va pas aller loin !

Un bus arrive, on monte, il veut nous faire payer : 4 euros pour 30 kilomètres. C’est cela oui !

On redescend cent mètres plus loin. Dire qu’on doit traverser toute la Serbie, on n’est pas arrivées !

Une voiture. Inspecteur de police, il va chercher un jeune délinquant à Belgrade. On embarque et s’endormons aussitôt toute les deux, Elise au fond, moi à l’avant, chose normalement interdite dans notre règlement interne d’autostoppeuses : il en faut toujours une de réveillée (généralement c’est moi, Elise sombrant toujours dans le sommeil, bercée par la voiture et le ronronnement du moteur…)

Au bout d’un moment on s’arrête, il est 8 heures, on est dans une ville nommée Cacak, notre chauffeur nous offre le petit dej. Poulet, tomates, choux, café…

On discute. Sa femme est morte pendant la guerre, ses potes aussi. Ceux qui ont survécu ont bien du mal à trouver un boulot qui les fasse vivre. Lui a de la chance, il gagne assez bien sa vie. Mais c’est plus pareil qu’avant…

Il nous achète également du chocolat, du jus de fruit, des biscuits. C’est trop, c’est gênant, mais il ne prend pas en compte nos « c’est gentil mais on n’en a pas besoin, vraiment ! »

Il est gentil, mais un peu trop tactile : main sur la cuisse, il caresse la joue d’Elise…on ne veut pas s’inquiéter, il est dur de savoir si ce sont juste des gestes amicaux ou si il veut plus.

Aussitôt remontés dans la voiture, il se fait plus insistant, j’enlève plusieurs fois sa main sur ma cuisse, le repousse.

Son regard insistant et pervers m’inquiète. Je suis aux aguets. J’interdis à Elise de dormir derrière, mais elle aussi a repéré son manège et ne le quitte pas des yeux.

C’est alors qu’il me sort: « Du und ich (toi et moi)», puis geste international et très romantique à l’appui, me signifie qu’il veut baiser. « Für funfzig euros »

Sidérée, je ne veux pas y croire.

Naïve, peut être, ou pensant que si je fais semblant de ne pas comprendre il n’osera pas redemander, je bredouille un « ich verstehe nicht ( je ne comprends pas)… »

Il re-insiste : « Du und ich » « Für Funfzig euros », traçant de son gros doigt boudiné un 5 et un 0 sur le tableau de bord.

Ah oui oui, là il y a plus de doute, il me prend pour une pute !

Elise s’énerve à l’arrière : « Stoooooppppp ! Wir gehen ! Wir gehen !!! »

Il répond qu’il ne peut pas s’arrêter, des voitures le suivent derrière.

Elise s’emporte pour de bon, hurle « Stooooopppppp », il finit par s’arrêter.

On récupère nos sacs dans le coffre vite fait, sous ses « I’m sorry, I’m sorry. »

Sorry mon cul, oui !

Elise lui balance, mi russe mi allemand : Wir sind nicht curva !!!!!! (On n’est pas des putes !)

Il ne veut pas repartir, insiste pour que nous prenions les jus de fruits et les biscuits qu’il nous avait achetés. Elise refuse, moi je les veux bien…

Il finit par repartir.

Je rie nerveusement.

Cinquante euros, je pensais valoir plus, je suis déçue. C’est con d’avoir ce genre de pensée dans des moments pareils…

On re-attaque le stop direct, on a peur que si on se pause un moment on n’ait plus le courage de continuer.

On décide de changer d’itinéraire. Ca ne vaut pas le coup d’aller à Belgrade, ça nous rallonge un peu le chemin.

Par petits sauts de puce, mais sans attendre jamais très longtemps, on passe par des villes aux noms exotiques : Trstenik, Krusevak, Paracin, Zajecar…

On se fait offrir des pêches, une carte plus précise de la Serbie, un jus de fruits.

On se souviendra de la Serbie et de ses conducteurs. On double sans regarder, à la dernière minute, des voitures arrivent en face, coup d’accélérateur, ça passe, ouf ! Et jamais de ceintures…

On est prises en stop par un flic international ( arggggh ! encore un flic !) et un militaire, qui nous passent leur numéro de téléphone, à appeler en cas de problème, dans n’importe quel pays. On est placée sous haute protection ! Sauf que…on n’a pas de portables.

Réactions du flic : quoi ??? Vous êtes deux filles, vous partez en stop, dans les Balkans, sans portables ! Vous avez de la chance si il ne nous arrive rien !

Après ce qu’il vient de nous arriver on prend conscience que oui, cela peut être dangereux, mais qui ne tente rien à rien, et je crois bien qu’on a une petite étoile qui veille sur nous…

Petite frayeur à un moment : on monte dans une voiture, faisons quelques kilomètres quand Elise réalise qu’elle a oublié son sac avec passeport, argent, bref le truc à ne surtout pas perdre, sur le bord de la route ! Demi tour !!! Ouf le sac était bien toujours là…

En s’approchant de la frontière roumaine, de moins en moins de voitures passent. C’est la malédiction de frontières…photos débiles au bord de la route en attendant, on mange les biscuits offert par l’inspecteur de police de ce matin, qui sont de la marque « Pardon ». Ca nous fait bien rire, comme si il avait prévu son coup…

On finit par arriver à la frontière à la tombée de la nuit. Changement d’horaire, il faut avancer notre montre d’une heure. Ca ne nous arrange pas…

La frontière ne pouvant se passer à pied, on grimpe dans la voiture d’une jeune couple. Elise est contente, c’est des roumains, elle peut s’exercer à parler ! Elle discute avec eux, moi je suis un peu à coté de la plaque, je ne comprends pas grand-chose, à part « Periculos, Periculos », que la femme répète avec de grands gestes théâtraux. Souvenirs du collège, en latin…Periculos= danger.

Ca m’énerve, elle sur joue, faut pas abuser, c’est pas si dangereux.

Son mari est plus réservé, je le préfère, lui au moins ne nous juge pas…

Ils sont inquiets : il fait nuit, il reste encore 150 kilomètres jusqu'à Craiova où Tica, l’ami d’Elise, nous attend. Ce n’est pas prudent de faire du stop à cette heure, on le sait bien.

Ils nous amènent à la gare. Mais le train pour Craiova nous ferait arriver trop tard, et est assez cher.

On téléphone à Tica, on lui explique notre situation, on ne sera que demain à Craiova, on va dormir ici.

On pense planter la tente dans un champ, mais ils refusent : c’est dangereux, il y a des tziganes…Ils appellent alors la mère de la sœur du mari, ou quelques chose comme ça, bref on ne comprend pas tout, on nous amène d’abord chez des gens, puis on échoue chez une grand-mère, avec un potager, les toilettes sèches au fond du jardin, et neuf mètres carrés de béton pour planter notre tente.

Voilà où on va dormir. Elise fait la conversation en roumain, moi je ne dis pas grand-chose, je suis dans un autre monde, un peu mise à l’écart par la barrière de la langue, et puis j’ai envie de me coucher…

Vendredi 3 Juillet 2009 : Le début de la gloire

Réveillées par le pépiement haute fréquence sonore d’une saleté de poulet. Quelques pommes du jardin pour le petit déj, un café, et en route, Tica nous attend.

A Craiova, c’est le bordel pour trouver un café internet et encore plus pour échanger nos dinars que l’on avait retirés inutilement en Serbie, comme on n’a rien dépensé.

Aucune banque ne les accepte, même quand Elise s’écroule de tout son long dans l’entrée de l’une d’elle, s’étant pris les pieds dans son pantalon…rien de grave…mais so funny !

On rejoint Tica qui nous amène au studio de TV d’une chaîne régionale pour laquelle il travaille en tant que chauffeur.

Une journaliste réalise un mini interview de notre voyage. Elle pose les questions en anglais, on répond en français. Questions bêtes : « quel pays avait vous préféré ? Est-ce que vous aimez notre pays ? » Que répondre ? Oui, je suis arrivée seulement hier soir en Roumanie, mais je trouve les roumains très accueillants et gentils…pff…

Enfin bref, c’est le début de la gloire, on nous filme marchant avec nos sacs à dos, puis assises sur un trottoir.

On pue, on est crades, cela fait un petit moment qu’on n’a pas pris de douche, on est fatiguées…de vraies images de voyageuses, qu’ils ont eu !

Tica nous amène dans son village, à Malu mare, une maison qu’il a construit lui-même, avec un immense jardin. Il nous présente sa femme, qui a des airs de Meryl Streep dans Sur la route de Madison. Douche, lessive, repas, sieste.

Quelques verres de vin et ça y est je suis partie, la contrepetrie d’Elise me donne des fous rires pendant longtemps :

En hommage à notre ami commun Nicolas Dole et à notre hôte Nole :

Dole Nicolas

Nole dit « colas »

Comment ça ce n’est pas si drôle ??? J’en ris encore…

Devant mon hilarité elle en invente une autre :

Nole me soûlait

Nole se moulait

Bref bref…

On ressort le soir à Craiova, il y a un concert de rock en plein air dans un parc. Les collègues de Tica sont là, on boit des bières, on discute.

Elise est déçue, lors de sa première rencontre totalement due au hasard avec Tica, l’année dernière, elle s’était très bien entendu avec lui, avait passé un week end magique. Ils avaient gardé contact par internet, voilà des jours qu’elle est pressée de le revoir.

Mais il semble plus distant, plus réservé.

Peut être que cela fait comme avec moi et Blanka. Il ne faut pas chercher à reproduire des situations…certaines rencontres sont magiques car on est dans un certain état d’esprit, dans un certain contexte. Vouloir revivre la même chose, avec la même personne, des années plus tard, ce n’est pas si simple…

Samedi 4 Juillet 2009 : VISA or not VISA ?

Des amis à Tica nous apprennent qu’il faut maintenant un VISA pour la Moldavie ! Quoi ? J’y suis allée l’été dernier, pas besoin de VISA…du coup on ne s’est pas renseignées, cela aurait-il changé depuis ?

Cela bouleverse tous nos plans, il faudrait aller à l’ambassade à Bucarest, et puis est ce que cela vaut bien le coup de prendre un VISA juste pour quelques jours, avec le prix ? Elise veut absolument aller en Moldavie, elle a prévu de revoir les gens qu’elle a connus là bas, ce serait trop dur de ne pas y aller alors qu’on est si proches…

Moi je ne suis pas sure de vouloir encore y aller si il faut un VISA, je préférerai rester les derniers jours en Roumanie, pour me balader dans les Carpates. On envisage de se séparer du coup dans quelques jours…

Sacré coup au moral, mais il ne faut pas se laisser décourager, on part se balader dans la campagne, on ira vérifier cette après midi à Craiova pour l’histoire du VISA, car c’est louche quand même…

Les paysans travaillent la terre, il fait chaud, ils nous demandent ce qu’on fait. On a entendu parler d’un lac, on voudrait y aller…une mémé nous y conduit sur un bout de chemin, puis une famille nous prend en voiture. La petite fille, trop choupinette, demande à Elise si elle connaît son cousin Diaro…

Le lac n’est pas des plus appétissants, on est loin de la Soca ! Tentatives ratées d’acrobaties

(Daniel ! revient nous montrer comment on fait!)

Le pouce tendu sur la route de Craiova, la deuxième voiture s’arrête. Internet café. Pas besoin de VISA ! Soulagement ! En fait le VISA est obligatoire maintenant pour les roumains depuis les émeutes qu’il y a eut à Chisinau suite aux élections en avril dernier.

Mais pour les français, pas de changements.

Privilège…

On déguste une glace dans un parc, où je me fais vite rappeler à l’ordre car je ne suis pas assise correctement sur le banc. C’est vrai que le paraître prend beaucoup d’importance dans ces pays, surtout en Moldavie où je n’avais jamais vu autant de filles en minijupes, talon hauts, à croire que l’apparence est plus importante que tout…

Mal à la tête, on rentre, on ne connaît pas la route de Malu mare, on demande, on erre. On prend un bus, puis un autre, puis auto-stop. Les trottoirs sont partagés entre les piétons et les chiens errants ; les rues entre les charrettes, les voitures et les camions. Contraste…

Dimanche 5 Juillet 2009 : Un sacré couple !

Tica nous fait faire un bon bout de chemin pour aller jusqu’à Ramnicu Valcea, on fait le reste en stop.

Le premier gars qui nous prend nous a vu hier à la télé ! Célébrité, quand tu nous tiens…

Comme Elise parle roumain, je suis toujours un peu laissée pour compte. Ce n’est pas grave, ça ne me dérange pas plus que ça, et puis c’est pratique d’avoir quelqu’un qui parle la langue. On s’en sortait très bien en Serbie à bredouiller de l’allemand et de l’anglais, mais les rapports sont quand même plus constructifs quand on arrive à se comprendre.

Et puis elle est mignonne, elle me traduit tout !

Mais là pour la prochaine voiture elle a décidé de faire comme si elle ne parlait pas roumain, et puis c’est moi qui passe devant. Mais le vieux ne comprend pas que je ne comprenne pas, et au lieu d’articuler et de parler plus lentement, il hurle tant qu’il peut. Ca m’énerve, ce n’est pas parce que tu cries que je comprendrais mieux mon petit père….

Bref, à la prochaine voiture, je laisse Elise remonter devant !

Ah ben tiens, celui là, il nous parle d’un français qu’il connaît, un expatrié qui habite vers Ramnicu Valcea. Daniel. Daniel ? Mais on va chez un Daniel nous justement ! Oh ben quel hasard, c’est le même, il se trouve que l’on est tombées sur le voisin de notre prochain hôte, rencontré sur internet !

Daniel et sa femme Constance nous donnent rendez vous dans une pizzeria puis nous conduisent en 4*4chez eux, dans le petit village de Smeurat sur une route de terre défoncée. Des creux, des bosses, des portails en fer forgé, des gamins et des vaches qui traînent dans la rue.

Daniel et Constance sont un couple pour le moins…étrange !

Lui, dés les cinq premières minutes, nous raconte toute sa vie : l’orphelinat, puis récupéré par sa mère avec le beau père qui le battait, 2 mariages ratés, alcoolisme, ces filles qui ne lui parlent plus…son seul bonheur dans cette vie : son camion, quand il était routier, et puis maintenant un jeune roumaine qu’il considère comme sa fille.

Elle, sacré caractère, toujours en train de jurer, de râler « Ah c’te con là, c’te gros lard, non mais c’est pas vrai… » Roumaine, elle est venue en France après un échange de quelques lettres et de photos avec Daniel. Mariage arrangé…selon Daniel, aucun roumain n’aurait voulu d’elle : trop de caractère…

Ils s’engueulent, lui s’écrase, on n’entends qu’elle qui jure.

Non mais sur qui on est tombé ??

Enfin on a un petit appartement particulier, deux lits bien moelleux, les toilettes sèches au fond du grand jardin. On ne va pas se plaindre…

Daniel nous emmène visiter un monastère orthodoxe. Il nous raconte encore des histoires glauques : il s’est fait accuser de viol par une petite fille du village, un tel se fait battre, l’autre est toujours soul, tel ami routier est mort dans un accident…

Il ne doit pas souvent pouvoir se confier, et avec son monstre de femme ça ne doit pas être facile tous les jours, alors il se lâche, enfin quelqu’un pour l’écouter…

Mais enfin c’est assez triste tout ça, on dirait qu’il n’a retenu de sa vie que les malheurs…

Lundi 6 Juillet 2009: Monastère orthodoxe dans les carpates

Daniel est condamné à jouer au taxi-man pour amener sa femme chez une tireuse de carte. Ca ne l’enchante guère mais il n’a pas grand-chose à dire, il aurait préféré nous accompagner en rando, il aime bien ça la rando mais il n’a pas souvent quelqu’un pour l’accompagner.

Enfin voilà, on part seules avec Elise se balader dans les Carpates, un peu soulagées quand même que Daniel ne soit pas venu avec nous, son enfance et ses histoires avec Constance, comment dire…c’est pas qu’on s’en fiche, mais parler que de ça à la longue, c’est déprimant !

Il est déçu aussi que l’on ne reste pas plus longtemps, mais nous, on est comme des oiseaux de passage, on effectue notre grande migration vers l’est, jamais plus de deux nuits au même endroit.

On traverse un charmant petit village, les façades peintes de couleur vive, jaune, ocre, vert, les portails en fer forgé aux motifs de cœur, de losange.

Ca grimpe, un peu, pas trop, mais on n’a plus l’habitude. On s’arrête aux fontaines, aux petites chapelles orthodoxes parsemées le long du chemin.

Les framboises dans les fourrés nous donnent du courage.

On arrive à un grand monastère, les prêtres dans leur longues robes et le visage mangé par une barbe épaisse coupent du bois, on les entend travailler plus haut.

Pour nous, pause casse croûte. A peine fini, il se met à pleuvoir. De plus en plus fort. On est trempées. Ca rafraîchit, j’aime bien la pluie, mais là il pleut quand même un peu trop souvent !!

On ne traîne pas, reprenons le chemin du retour.

Deux petits chats abandonnés miaulent dans les fourrés, ils sont mignons, un peu farouches, on leur offre notre reste de pique-nique. On voudrait pouvoir les garder, il y a peu de chance pour qu’ils s’en sortent dans cette forêt.

Peut être que notre pain et nos sardines en boite n’ont fait que retarder leur cruel destin…

De retour au village, on téléphone à Daniel pour qu’il vienne nous chercher. Elise discute avec une vielle dame. Elle raconte qu’elle a vu un ours, un jour, alors qu’elle cueillait des myrtilles. Cette révélation excite notre imaginaire, on rêve d’en voir depuis la Bosnie ! Allez, on a encore un peu de chance, on n’a pas dit notre dernier mot !

Visite des cures d’Olanesti avec Daniel, l’eau est infecte, soufrée. Parait que c‘est bon pour la santé, certaines personnes doivent en boire des litres par jour. Pouah !

Cependant si cela pouvait guérir mon genou…je me suis fait mal je ne sais pas comment, je n’arrive plus à le plier sans une atroce douleur.

Bizarre, espérons que ça passera vite !!

Mardi 7 juillet 2009 : La route, propice aux réflexions

Nous voilà reparties, des oiseaux de voyages on vous dit ! Daniel nous fait faire un bout de route, Constance râle…malgré leur hospitalité incontestable, je n’aurais pas pu rester plus longtemps. Lui et ses histoires, elle et ses râleries…le couple de l’année !

Stop sans problèmes pour arriver à Sighisoara. Elise dort, moi je regarde le paysage en laissant mes pensées vagabonder.

J’ai deux décisions à prendre…premièrement, je dois décider de ma date de retour. Le 11 ou le 15 ? Mes dossiers de master attendent, puis la recherche d’un appart, et ensuite boulot comme animatrice à partir du 29. Elise, elle, est moins pressée, elle déménage aussi, dans le Sud, mais peut prendre son temps. Elle n’est pas sure de prendre le bus de retour avec moi. Peut être restera t-elle plus longtemps en Moldavie, si elle n’a pas le temps de rendre visite à tout le monde, si les souvenirs se font trop présents, trop forts et qu’elle a envie de se ressourcer dans son pays d’adoption. Elle ne peut pas se décider maintenant.

Autre décision : quel master ?? Il faut que j’aille sur internet aujourd’hui pour informer mes parents de mon choix, et qu’ils puissent envoyer une confirmation pour l’un ou l’autre des master. Paris, c’est disons le « master de mes rêves », une alliance entre ethnologie, anthropologie et écologie. Comprendre le lien entre les sociétés humaines et leur environnement…ça fait rêver, cela a l’air super intéressant mais…c’est à Paris, ville qui me rebute particulièrement, et puis, c’est un master recherche, et je veux au contraire choisir une voie plus profesionnalisante, j’en ai marre des théories, des cours en amphi, la licence m’a largement suffi comme ça !

Perpignan, master pro, biodiversité et développement durable. Le programme a l’air bien, mais moi ce que je voudrai vraiment faire c’est bosser dans l’environnement à l’étranger, dans un pays en voie de développement, pourquoi pas en Asie…mais surtout je veux prendre en compte le réel besoin des habitants autochtones. Bien souvent les occidentaux sont allés dans des pays du Sud pour les aider soit disant à se développer. On sait ce que ça donne…

On traverse les Carpates du Sud, la campagne avec de mignons petits villages colorés et vivants, on croise des charrettes. On nous dépose dans une ville. Tant mieux, ma vessie était sur le point d’éclater et chaque bosse, chaque creux de la route était un supplice.

Ca me fait penser à un livre que j’ai lu il n’y a pas très longtemps, une autobiographie d’une tibétaine qui racontait son enfance dans les hauts plateaux, puis l’occupation chinoise, ses transferts de camps de détention en camps de détention, la torture, l’autocritique…bref, dans un de ses déplacements, alors qu’ils étaient entassés à l’arrière d’une camionnette en direction d’un camp, elle racontait son envie de satisfaire ce besoin élémentaire, de vider sa vessie. Je ne sais pas pourquoi je pense à ça, on est pas des otages là, je peux pisser comme je veux, tiens d’ailleurs on a demandé à des gens dans la rue si on ne pouvait pas utiliser leur toilette.

Vessie vidée, on mange quelques pommes qui nous restaient de notre première nuit en Roumanie, cadeau de la grand-mère, puis on retrouve un camion pour Sighisoara.

Superbe ville, dominée par une citadelle qui me donne aussitôt envie de m’y balader.

Mais le temps de faire deux trois courses et d’engloutir vite fait nos quelques tranches de pain tartinées de crème fromage, notre régime depuis des semaines, il se met à pleuvoir. Et pas qu’un peu. La visite de la citadelle est remplacée par la recherche d’un café internet. On nous envoie dans des directions opposées, on tourne en rond, on courre sous la pluie, on glisse sur les pavés mouillés…et on finit par trouver.

Ce sera Paris, décision envoyée. Mon petit mail flotte dans les airs jusqu’en France.

Ensuite, achat de mon ticket à Eurolines. Pour le 15.

Toutes ces décisions prises, je me sens mieux, je peux repartir en mode vacances, voyage, je ne pense plus à rien, je vide mon cerveau de toute ma vie française. Les études, l’appart : je m’en fiche. On verra ça en temps voulu. Mode voyage j’ai dit !

Stop de nouveau. J’en ai un peu marre, c’est le bordel à chaque fois pour sortir de la ville, on n’a pas envie de marcher avec nos sacs, et j’ai toujours mal au genou. On nous amène au rond point à la sortie de la ville. On attend, des gens s’arrêtent, ils ne connaissent pas le petit village où on veut aller. On regarde sur la carte. Nous on a qu’une carte de l’Europe, alors les petits villages…eux en ont une plus précise. Ah ben ouais, on est dans la mauvaise direction. Demi tour….on nous place sur la bonne route. Heureusement que pour deux filles, le stop marche bien ! C’est au moins la dixième voiture qui nous prend aujourd’hui !

On arrive vite à Apold.

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Dans ce village, des allemands ont monté un projet, Elise en avait entendu parler en Moldavie et ça lui titillait d’aller voir. C’est juste énorme. Dans une grande maison entièrement retapée, ils accueillent les enfants et les jeunes du village, font des activités, des échanges avec d’autres villes. Jardin pédagogique, douche extérieure chauffée au soleil (il est où le soleil aujourd’hui ?), toilettes sèches.

En ce moment, il y a un échange entre les jeunes d’Apold et des jeunes de la partie hongroise de la Roumanie. N’ayant pas la même langue, pas la même culture, les roumains des deux parties, Sud et Nord, peuvent être assez hostiles les uns envers les autres. Cet échange culturel permet donc de supprimer les à priori et les tensions.

Musique, chants, feu.

On est bien

On part se balader, on cherche un coin sympa pour manger avec Elise, tranquillement. On est vites encerclées par une bande de gamins. Ils sont mignons. Ils nous accompagnent un bout de chemin, partant un à un, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un, le plus petit, à peine cinq ans. Sourire malicieux, yeux rieurs, plein d’énergie il nous tient par la main, genre gamin à qui tu cède tout avec sa gueule d’ange, mais petit monstre au fond…

Il est tard, ses parents vont s’inquiéter (qu’on pense…), on demande aux gens du village où il habite, lui étant incapable de nous répondre. Apparemment c’est dans notre direction aussi.

Arrivés vers notre tente, en fait, quelqu’un nous dit que c’est de l’autre coté, la première maison du village. D’où on vient quoi…on repart, il fait presque nuit, c’est dangereux de le laisser rentrer tout seul.

Mal au genou…

On arrive à sa maison, on sonne. Personne. Il est 22h passé, personne ne s’inquiète pour lui ? On le confie à la vieille voisine. Vraiment, c’est différent de chez nous. J’imagine que si à cinq ans mes parents ne savaient pas où j’étais si tard le soir ils auraient déjà rameuté tout le village et appelé les flics…

Soirée au coin du feu avec les allemands et les jeunes, vite abrégée pour moi. Je suis vannée…

Mercredi 8 Juillet 2009 : un ours je vous dis !!

Retour à Sighisora pour une visite de la ville, abrégée hier par la pluie.

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Collines verdoyantes. Rues pavées, maisons colorées de jaune, ocre, rose ou bleu pâle. Eglise orthodoxe blanche aux coupoles noires. Sculpture de Romulus et Remus. Tiens, qu’est ce qu’ils font là ceux-là ? Tziganes, beaucoup de tziganes. Qui demandent de l’argent ou à manger. Les femmes avec leur bébé dans les bras.

On donne un billet. Cinq minutes plus tard, la même femme. Son bébé a faim, elle veut à manger.

Elise parle avec elle, on vient de lui donner de l’argent, elle peut acheter à manger avec. La discussion s’anime, Elise veut comprendre, pourquoi toujours mendier, et ne pas travailler ? Ce qui la tue, c’est de voir les roumains trimer dans les champs, bosser, et à coté les tziganes qui ne font rien et dépendent des autres. La femme ne s’énerve pas, toujours très fière, mais ne s’en va qu’après avoir craché sur Elise.

On reste sur le cul.

Les tziganes…peuple fier, mystérieux. On a du mal à les comprendre et pourtant ce peuple nous fascine. Un peuple libre, voyageur. Enfin, plus tellement voyageur maintenant, les tziganes, du moins en Roumanie, sont pour la plupart sédentarisés.

Ce qui nous dérange peut être, c’est qu’ils ne rentrent dans aucune case, ils ne correspondent pas à notre monde. Ils ne travaillent pas, vivent au jour le jour, dans un monde où on est de plus en plus matérialistes. Chassés, rejetés depuis tout temps. J’essaye de comprendre. A quoi est due la haine qu’on leur porte ? Les roumains les haïssent. De nombreuses fois, on nous a dit de faire attention aux tziganes. Tica est même allé jusqu’à dire qu’ils avaient le sang sale. Une telle déclaration me sidère. Comment peut on encore dire quelque chose pareille au XXIème siècle ?

Et pourtant, il n’y a pas à dire, ce peuple, depuis les quelques jours que nous sommes en Roumanie, nous énerve déjà. Accrochés à nos basques, pleurnichant d’une manière théâtrale pour de l’argent, ils jouent de nous, ça les amuse. Un peuple fier, incernable, qui ne se laisse pas approcher par nous, les gadjé. Ils s’en foutent de nous en fait. On les fait rire…faut dire qu’il y a de quoi rire aussi. A la poursuite de l’argent, toujours, on amasse, on fait des réserves, on prévoit. Voilà. On est les fourmis, ils sont les cigales.

Mais certaines cigales aiment bien avoir de l’argent elles aussi, de l’or, des choses qui brillent, de belles baraques, des baraques que les fourmis qui bossent dur toute la journée n’auront jamais.

J’ai du mal à comprendre….

On reprend la route, on a un long chemin. Nous aussi, on se plait en nomade…

En stop, les routiers, c’est le pied. Avec leur radio, ils peuvent savoir où sont tel ou tel collègue, et donc nous organiser notre trajet. On descend d’un camion, un autre nous attend. Perfect timing !

Le paysage évolue. Les villages ne sont plus colorés comme dans la région de Sighisora, mais ils ont énormément de charme aussi. En particulier les portails en bois, sculptés de différents motifs.

Une voiture peut nous amener directement à Pietra Neamt. On traverse les Carpates, je guette les ours. On s’enfonce dans un canyon, c’est magnifique. Le chauffeur est sympa et s’arrête à chaque point de vue pour que l’on prenne des photos. On arrive à Pietra Neamt assez tard, le trajet était long. On mange dans un restau franchement pas super, comme dirait Constance « c’est pas qualité ! ». Rien ou presque dans les assiettes, pas de pain, pas d’eau, pas de sauce avec la salade. Pour une fois qu’on se payait le restau, on est déçues !

La nuit tombe, on doit trouver un endroit où dormir. Pietra Neamt est entourée de montagnes, on devrait pouvoir cacher notre tente facilement. On se dirige donc vers la forêt. On traverse un parking d’hôpital, les gens nous regardent, ils doivent se demander ce qu’on fout là, avec nos sacs à dos. On entre dans la forêt, c’est vraiment glauque, il y a des déchets partout, des restes d’os. Il fait noir, ce n’est pas rassurant, des gens nous ont vu rentrer ici, alors on s’enfonce de plus en plus, à travers les broussailles. On trouve un endroit, pas rassurant, parmi les os et les branches mortes, mais enfin il fait déjà nuit, alors on n’a plus le choix.

Le gars qui nous a amené a dit qu’il avait vu un ours fouiller dans les poubelles en pleine ville une nuit, je ne suis pas rassurée. On va mettre la poubelle un peu plus loin, dans un arbre.

Elise dort. Je ne sais pas comment elle fait pour s’endormir tout le temps n’importe où.

Moi vraiment cette forêt me donne la chair de poule, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je ne suis pas tranquille. Je dors un peu, me réveille. La pluie tombe. J’essaye de me rendormir.

Mais un grognement terrible me fait dresser tous les cheveux sur la tête et mon cœur bat à cent à l’heure. Jamais entendu un grognement pareil, ça donne la chair de poule. L’ours !! J’en suis sure, c’est lui. Peut être à 100, 200 mètres, j’en sais rien, peut être plus, ça doit avoir de la portée le grognement d’un ours…En tout cas ça a réveillé tous les chiens du quartier, concerto d’aboiement en ré mineur!

Je secoue Elise, j’ai un peu peur, elle dort profondément. Je me fais des films, on a laissé le pain dans la tente, c’est pas attiré par du pain les ours ?? Et puis, si on ne fait rien, ce n’est pas méchant ! Je pourrais même sortir, aller voir…

Un peu plus tard, deuxième grognement, plus fort, plus proche. Putain merde ! C’est l’ours !

Je réveille Elise, mais quand elle émerge c’est trop tard, le grognement est fini et je ne l’entendrai plus. De toute façon, elle s’est déjà rendormie.

Elle ne me croira qu’à moitié, mais j’en suis sure, en tout cas ce grognement c’était une bête sauvage, et a part un ours je ne vois pas trop…

En tout cas pour moi, impossible de me rendormir. Qui a dit que j’étais peureuse ??

Jeudi 9 Juillet 2009 : un campement pour le moins insolite

Pas mécontente de quitter cette forêt !

Direction la Moldavie. On arrive assez rapidement à Iasi, près de la frontière. Je me suis endormie dans la voiture, me sentant en sécurité avec cette mère et son fils. Je n’aurais pas dû, je suis complètement dans le brouillard maintenant. Ils nous ont déposé à la gare routière. Un moment on hésite à prendre un bus pour la Moldavie, on est fatigué, et c’est toujours galère les passages de frontière…mais finalement non, question de fierté, on est arrivé jusque là en stop, on ne va pas craquer maintenant !

On va au marché, on nous a dit qu’il y avait pas mal de moldaves qui venaient ici pour vendre leurs fruits et légumes, peut être qu’on pourra passer la frontière avec eux.

Un jeune accepte de nous prendre mais il a encore de la marchandise à écouler. « Je pars d’ici une heure ou deux »

C’est bon pour nous ! On attend dans un parc, mangeons des Placinte, souvenirs de l’été dernier.

Frontière, contrôle des passeports, fouillage rapide des sacs, quelques questions sur les raisons de notre venue en Moldavie, tampon, on nous laisse passer.

Yiihhhhhhaaaaaa ! Moldova ! Last destination !

Déposées à la frontière. Il fait chaud, il fait soif. J’essaye de demander de l’eau dans un bar. Eau, un des seuls mots que je sais dire en roumain (avec les formules de politesse bien sur, sans oublier le fameux « ou sont les toilettes ? »)

On me renvoie bouler, Elise va donc tirer l’eau du puits de l’autre coté de la rue. Elle est dégueulasse….

On s’entasse dans une vieille voiture au milieu des pommes de terre et autres légumes. Ils nous amènent à Balti (prononcer Bêêêlltze, comme les moutons).

Balti, la raison pour laquelle Elise voulait absolument aller en Moldavie. Pour son architecture splendide ? Ses plats gastronomiques hors du commun ? Sa vie culturelle trépidante ?

Non, pour sa prison. C’est là qu’est enfermé son ami Slava, qu’elle a connu dans le centre pour réfugié de Chisinau. J’ai de bons souvenirs de Slava aussi, quand je suis allée en Moldavie l’année dernière. Un mec patient, très gentil, fou amoureux d’Elise aussi.

On va à la prison se renseigner sur les horaires de visite. De 8heures à 17h. Il est 17h15….on reviendra demain matin.

En attendant, comme tous les soirs, on doit chercher un endroit où dormir. On avise un terrain, on sonne chez les gens pour leur demander. Finalement, c’est le mari de la voisine qui nous propose de nous amener dans un endroit, selon lui très sûr, où on peut planter la tente sans problèmes.

Après quelques questions, il s’avère que cet endroit très sûr est un aéroport. Il en est le patron. On a dû mal comprendre…mais aéroporto, ça doit bien signifier aéroport non ? Echange de regards interloqués avec Elise. Il nous amène planter notre tente dans un aéroport ??? On ne risque pas de se faire atterrir dessus en pleine nuit ?

On comprend mieux après avoir vu l’aéroport en question.

Un grand terrain vague avec une dizaine d’avions Air Moldova tous plus pourris les un que les autres, rouillés, certains sans hélices, d’autres ans ailes…parait qu’il y en a quand même 3 ou 4 qui volent. Ben je ne me risquerais pas à monter dedans !

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On est aux anges. Cet endroit est magique ! On plante notre petite tente au milieu de ces tas de ferrailles, le soleil se couche, le patron nous prête une couverture et nous offre des abricots.

Un gardien reste toute la nuit pour veiller sur ces coucous. On se demande bien pourquoi…

Vraiment, c’est l’endroit le plus insolite où on a dormi !

Vendredi 10 Juillet 2009 : Grosse déception mais…we did it !

Café servi par le patron de l’aéroport dès notre réveil !

On remballe vite, la prison nous attend. On stresse un peu, on fait attention à comment on s’habille, pas de pantacourts, pas de débardeurs, on se couvre bien.

La prison. Un grand portail, on voit dépasser les têtes de militaires, debout sur les chars.

A gauche du portail, une petite porte. L’accueil. En roumain, Elise explique notre situation. Contrôle des passeports, demande d’autorisation écrite, on nous fait passer le premier portail. On entre dans la salle d’attente. Des femmes, des hommes, vieux, jeunes, enfants. Tous attendent pour rendre visite à quelqu’un. Ca servait bien qu’on prenne autant de précautions pour les vêtements. Les femmes sont en mini jupe et débardeur à grand décolleté.

On attend un long moment. On s’en fout, on va revoir Slava !

Mais la dame de l’accueil nous rappelle. Ce n’est pas possible de rendre visite à Slava, il nous faut l’autorisation spéciale du chef. Comment ça, et on l’obtient comment cette autorisation ? Elise insiste. La dame de l’accueil, gentille et compatissante, arrange un rendez-vous avec le fameux chef. On attend encore, on fait connaissance avec un couple. Il s’avère que leur fils est dans la même cellule que Slava. Ils donnent des conseils à Elise ; il va falloir être convaincante, supplier le chef. Dire qu’on vient de France exprès pour voir Slava. Et puis, discrètement, prenant Elise à part, chuchotant, l’homme ajoute : « si besoin, glisser un peu d’argent… » Ah ben oui, tout le monde est corrompu ici. Mais quoi, ça veut dire que si on ne donne pas d’argent, aucune chance de voir Slava ? Pour se faire une idée, on demande : combien faudrait il donner ? L’équivalent de 10 euros…une fortune ici !

On ne veut pas rentrer dans ce système pourri...je me souviens de ce que nous racontait Vova, l’été dernier, au sujet de la corruption. Tout se paye. Impossible d’obtenir un diplôme universitaire sans corrompre le correcteur. Les flics, les médecins, tout le monde, tout le monde est corrompu. Comment lutter ?

Elise peut rencontrer le chef. Moi, je dois rester. L’attente est longue. Je vais demander à la dame à l’accueil, dans un roumain plus qu’approximatif. Où est Elise ? Et moi, est ce que je peux y aller ? Non, moi je dois attendre. Alors attendons….je ne me sens pas à l’aise ici, je ne sais pas où est Elise, je ne comprend rien à ce qui se passe autour de moi.

Enfin, elle revient. En larme. Le chef est catégorique, on ne peut pas voir Slava. Il faudrait une autorisation de Chisinau. Bien sur…il l’avait, le pouvoir de nous laisser entrer !

Si on avait donné de l’argent, est ce que ça aurait changé quelque chose ? On ne saura jamais…

Grosse déception. Mais si on ne peut pas voir Slava, on peut toujours lui faire passer un colis.

Courses au supermarché puis retour à la prison. Il faut détailler par écrit tout ce qu’on amène. La quantité de chaque conserve, chaque paquet de gâteau. Mais on ne peut pas faire passer de mot.

On refait des courses pour nous. Un tzigane nous aborde dans la rue, il a faim. Voyant qu’il attend à la sortie du supermarché, on lui achète un pain. Il le refuse violemment, lui voulait du lait. Il nous suit encore un moment, on finit par s’énerver un peu. On peut lui donner du pain, c’est tout, on ne va pas racheter du lait !

On finira par donner ce pain avec de la viande à une petite vieille qui nous remerciera comme si on était tombées du ciel. C’est triste…recevoir la bénédiction d’une dame pour un bout de pain !

On retourne chercher nos sacs laissés dans un bar, et comme on ne prend jamais un café sans le rentabiliser à fond, on s’approprie les toilettes pendant un moment : vaisselle, lessive, brossage des dents, toilette rapide.

Direction Chisinau, notre dernière ligne droite. On est émues. Notre dernier trajet en stop…

On attend un peu, puis deux gars s’arrêtent, belle voiture. Ils peuvent nous amener à Chisinau, mais pour 100 lei, soit plus de 6 euros. On marchande, arrivons à faire diminuer le prix de moitié. Ca m’énerve de payer ce trajet ! Les gens qui n’ont rien nous emmènent gratuitement et eux, dans leur belle bagnole, ils nous font payer. J’ai envie de refuser mais Elise est ok pour monter, et puis on a hâte d’arriver à Chisinau.

Ces deux gars sont hautains, arrogants. Ils s’en foutent de nous, on rapporte du fric, c’est tout.

Je les déteste dès le premier regard. Je suis déçue que ce soit sur eux qu’on soit tombé pour notre dernier trajet. Et puis ils roulent lentement, trop lentement, les kilomètres défilent peu à peu. Ils font un détour dans un petit village pour apporter quelque chose à leur famille, au moins on visite la campagne moldave !

Les villages ont changés, les portails sont maintenant en fer forgé, bleu ou vert, avec des motifs de losange ou de cœurs, un peu comme à Ramnicu Valcea en Roumanie.

A l’entrée de la capitale, il y a une grande sculpture, « Chisinau » écrit en grand.

On demande aux deux gars de nous déposer ici. Photos souvenirs ! On est contentes d’être arriver ici, sans problèmes. Tout s’est bien passé, même très bien !

Toutes les recommandations de la famille avant le départ et les éternelles mises en garde dans les Balkans avaient fini par nous faire croire qu’on entreprenait en effet une dangereuse aventure…mais ce qu’on vient de faire prouve bien que non, ce n’est pas plus dangereux que ça, il y a un risque certes, mais mesuré si l’on fait un peu attention…

Souvent, les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas, peur de l’inconnu. Mais à vivre constamment dans la peur, on finit par ne rien faire.

On retrouve Octovian, un ami d’Elise, directement chez lui, conduites par un gentil jeune homme qui a fait bien des détours pour nous emmener, nous a prêté son portable pour appeler Octovian. Finalement, c’était lui notre dernier conducteur !

Octavian parle anglais, c’est cool, Elise n’est pas obligée de faire la traductrice et je peux m’exprimer comme je veux ! Et puis l’anglais me manquait, en Slovénie on le parlait tout le temps avec les gens, on avait fini par se parler en anglais avec Elise même quand on était que toutes les deux. Dans les Balkans on le parlait aussi, avec Dolores, avec Daniel.

Mais depuis la Roumanie, le français et le roumain avaient pris le dessus et donc oui, l’anglais me manquait ! J’aime parler anglais, je trouve que ça donne un autre sens au voyage.

Soirée tranquille avec Octavian et son cousin, on discute de choses et d’autres.

Samedi 11 Juillet 2009: la vie à Chisinau

Chisinau n’a pas changé.

Ses trolleybus rouges et bleus avec leurs portes grinçantes, et les femmes qui vendent les tickets toute la journée, l’œil aux aguets pour surveiller les nouvelles montées, se déplaçant difficilement au milieu de la foule compactée à l’intérieur. 1 lei le ticket, prix dérisoire, 15 lei valant 1 euros.

Ses affiches en russes, les autres en roumain, révélant la mixité de la Moldavie. Pro-russes et pro-roumains qui vivent ensemble, non sans heurts.

Ses vieux immeubles gris et moches de l’union soviétique.

Ses filles ultra maquillées, talons et minijupes, qui nous font prendre conscience plus fortement de nos allures de clochardes.

Ses grandes affiches de publicité, en particulier les bancs rouges KIT et KAT dont la présence m’a étonnée dans un pays à régime communiste.

Son parc Stefan Cel Mare, lieu de rendez-vous de toute la ville, qui me rappelle de bons souvenirs l’année dernière, quand, Elise à l’accordéon et Slava à la guitare, jouaient des airs de mazurka et que Nico et moi dansions.

C’est d’ailleurs dans ce parc que nous retrouvons Sabine, une française qui fait un SVE à Chisinau, amie d’Elise. Une petite boule d’énergie, pétillante, drôle, joyeuse. Nous qui commencions avec Elise à se lasser un peu du voyage, des rencontres, de défaire et refaire nos sacs tous les jours, elle nous rebooste largement !

Bière pour fêter notre arrivée et le départ imminent de Sabine.

Eurolines, on achète le ticket d’Elise, qui part au final le même jour que moi, super !

Sabine fait une good-bye party ce soir, dans un grand parc. Tous les volontaires sont là, des moldaves aussi. Ca parle anglais, roumain, français, allemand, russe, c’est sympa.

Je discute longuement avec deux filles moldaves, deux sœurs, qui parlent un français impeccable.

Les filles moldaves, de ce qu’on nous a dit et de ce que l’on peut voir, attachent beaucoup d’importance à l’apparence. Elles sont, on pourrait dire, superficielles. Préféreraient ne pas manger pendant deux jours pour s’acheter le dernier tube de rouge à lèvre.

Mais elles, les deux filles avec qui je discute, sont l’exception qui confirme la règle. Elégantes, mais pas provocatrices, elles sont surtout très cultivées. On parle politique, cinéma, livres…elles me conseillent des auteurs roumains. La soirée passe vite, la nuit tombe, elles s’en vont.

Je continue la soirée à discuter avec Octavian, Kenzo à coté joue de la guitare et chante en russe, Elise discute avec Gheorghe.

Octavian est un mec qui rêve de liberté, qui rêve de continuer ses études de sociologie ailleurs. Il en a marre de sa vie en Moldavie, marre du gouvernement, marre d’être coincé là. Il habite chez ses parents, qui passent leur temps à s’engueuler, qui ne se supportent plus mais qui ne divorcent pas, par lassitude ou habitude. Ca le soule. Il est parti l’été dernier faire un SVE en Islande, pour bosser avec les sans-abri. Une belle expérience, pas facile.

Il me propose d’aller nous balader, de nous éloigner un peu du groupe. Il fait bon, on entend de la musique jouée dans un bar pas loin. Je ne sais pas trop comment, on finit par se retrouver allongés dans l’herbe, côte à côte, s’enlaçant et s’embrassant. Je ne réfléchi pas en voyage, j’arête de me poser milles questions sur ce que je devrais faire ou ne pas faire, contrairement à ma vie en France où je pense beaucoup trop. J’écoute seulement mon coeur et mon instinct. Et là ils me disent juste de profiter du moment présent, même si ça ne mène à rien, et tant mieux d’ailleurs. Je n’attends rien.

Il est tard, la pluie commence à tomber, quelques gouttes d’abord, puis de plus en plus fort. On remballe tout, les couvertures, les bouteilles, la nourriture, on va tous se réfugier chez Julie, une autre volontaire française. La soirée continue au sec. Jeux de cartes, papotages, puis on tombe tous les uns après les autres dans le sommeil, alors que le soleil est près de se lever. Je m’endors dans les bras d’Octavian à même le sol.

Dimanche 12 Juillet : Madame poulet

Nuit trop courte…Octavian s’en va en début de matinée chercher des affaires chez lui, les autres suivent, seules Elise et moi restons chez Julie qui a un peu trop bu hier et a une bonne petite gueule de bois.

Le trolleybus et le machoutka nous ramènent chez Octavian dans l’après midi. Petite sieste bien méritée.

On se retrouve tous, les volontaires et autres, dans la soirée, à essayer de trouver un bar qui n’est pas fermé. On finit par en dénicher un. L’alchimie est bonne, tout le monde discute, échange ses opinions et ses connaissances. Max et Gheorghe nous font des tours de magie, tandis que je me lance dans une grande explication sur la sexualité des poulets et l’adoption interspécifique chez les tourterelles. Cours d’éthologie de l’année dernière….en tout cas, en anglais c’est vraiment pas facile à expliquer et je pense que personne n’a compris ce que je disais, m’empêtrant toute seule entre les émissions haute fréquence sonore de telle poule et les attirances de tel anatidé pour Monsieur Lorenz…enfin ils sont gentils, au moins ils font semblant d’avoir assimilé quelque chose à mon charabia…

Elise se rapproche de plus en plus de Gheorghe, mais non, elle a un copain en France…mais elle doute, son copain, elle n’est pas sûre d’en être vraiment amoureuse, il n’y a pas cette petite flamme, ce petit pincement de cœur dès qu’elle le voit. Pourtant ils ont les mêmes opinions, s’entendent à merveille sur tout, mais il manque quelque chose…

Avec Gheorghe, elle l’a, ce petit quelque chose, et ça lui fait tourner la tête…

Lundi 13 Juillet 2009 : Chisinau d’en bas et Chisinau d’en haut

Sensées se réveiller assez tôt, prendre un bus pour aller dans un village et passer la nuit là bas. Mais voilà, quand on se lève et que l’on voit les gouttes de pluie glisser sur les carreaux on se recouche aussitôt, et rattrapons le manque de sommeil accumulé pendant le voyage. Mais enfin on est à Chisinau, notre but ultime, alors maintenant qu’on y est autant en profiter ! On décide donc d’aller dans le centre dans l’après midi. Mais à Chisinau, Elise va me tuer quand elle lira ça, mais je prends le risque… donc, à Chisinau disais-je, il n’y a pas énormément de choses à faire. On déambule dans les rues, on va faire une sieste sur un banc dans le parc Stefan Cel Mare mais le froid a raison de nous.

On va voir la maison du parlement qui a subi bien des dégâts lors de la révolte étudiante en avril dernier. Meubles et ordinateurs brûlés et saccagés, vitres brisées. Les jeunes ont protesté contre la victoire du PC aux législatives, et exigeaient un nouveau décompte des bulletins. Cette révolte s’est soldée par une victoire des manifestants puisque des nouvelles élections vont avoir lieu dans quelques jours !

On monte dans un trolleybus, le premier qui passe, ce qui nous permet de visiter d’autres coins de la ville à travers les vitres. Et puis il s’en passe des choses dans le trolleybus. Les gens montent, descendent, des mamies chargées de paniers de légumes que je n’arrive même pas à soulever gravissent péniblement les marches, les hommes cèdent automatiquement leur place aux femmes plus ou moins jeunes, et nous on fait nos touristes. En fait, le bus, c’est un peu le miroir de la société de chaque pays.

On rejoint Sabine et Gheorghe dans la soirée et décidons de monter sur les toits pour observer le soleil qui se couche sur Chisinau. C’est beau, le ciel se teint de rose, éclairant les vieux immeubles décrépis à l’architecture typiquement soviétique. Les voitures défilent en bas à toute vitesse, traînées de lumières jaunes et rouges. On est haut, j’ai un peu le vertige, mais c’est une sensation grisante.

Le Rock’n roll café nous ouvre ses portes un peu plus tard. Octavian nous a retrouvé, on s’amuse à gribouiller sur un billet de un lei des messages anti-communistes. Il fait parti des dizaine de milliers de manifestants anti-communistes, qui, comme lui, rêvent de l’entrée de la Moldavie en Europe. Ils n’en peuvent plus de ce pays sans liberté, de la politique pro-russe du président Vladimir Voronine, du taux de chômage important, de la pauvreté du pays engendrant un exode massif de la communauté active vers les pays de l’UE.

Il est tard, on rentre chez Octavian. Je m’endors dans ses bras. C’est notre dernière nuit à Chisinau, demain on reprend la route vers la France, c’est la fin de notre voyage. Déjà.

Mardi 14 Juillet 2009 : Je n’ai pas peur de la route

Fête nationale aujourd’hui en France, discours du président, feux d’artifice et tout le bordel…comme ça me semble loin ! Et qu’est ce que c’est bien d’être coupé du monde, de ne pas savoir ce qu’il se passe.

Avec Sabine on va faire un tour dans la grande friperie de Chisinau puis on se quitte. Elle nous offre un petit cadeau de départ, un livre qu’elle a adoré. Tziganes ça s’appelle, c’est le témoignage d’en enfant gadjé qui a vécu avec les tziganes. Peut être ce livre nous permettra de mieux comprendre cette communauté qui nous fascine en même temps qu’elle nous dérange.

Dans un bar avec Gheorghe et Octavian, on boit des bières, on se soule un peu. Gheorghe sort un jeu de cartes, la serveuse accourt aussitôt. Pas le droit de jouer ici, les cartes, c’est un jeu d’alcoolo, elle veut préserver la réputation de son café. Elise et moi tombons des nues. On veut partir, de quel droit nous empêcherait-on de jouer ? Mais les gars sont blasés, habitués à ce manque de liberté, et ont la flemme de bouger…alors on reste. Mais sans faire d’efforts pour bien se tenir. Esprits provocateurs sans doute, on s’amuse à s’écrire dessus.

Le bras d’Elise est décoré d’un gros « Jos communist » au marqueur noir, tandis que l’on peut lire « Jos Sarkozy » sur celui de Gheorghe. A bas les communistes, à bas Sarkozy…à chacun ses problèmes…

Il est l’heure de partir. N’ayant aucune envie de rentrer en France, j’ai cependant envie de reprendre la route et de partir d’ici. Peut être à cause de ma relation avec Octavian…notre relation s’est trop vite officialisée, à se tenir par la main et à s’embrasser dans les rues, et je n’avais aucune envie de ça. Ses déclarations, ses « tu vas me manquer » m’énervent. Bien sur que non, je ne vais pas lui manquer. On se connaît depuis quoi, quatre jours ?

J’aime les relations en voyage. Parce que l’on sait que cela va être éphémère. Pas de promesses, pas de plans pour le futur, pas de préoccupations, juste vivre le moment présent, sans se poser de questions. Et là, ce n’est pas ça, lui voudrait que notre histoire continue quand il obtiendra son VISA pour venir en France, et moi, sans oser lui dire vraiment, je n’en ai aucune envie.

Les au revoirs sont en fait plus difficiles entre Elise et Gheorghe.

On est dans le bus. On ne parle pas beaucoup, chacune dans ses pensées. On repense à notre voyage, nous remémorons parfois quelques anecdotes, partageons quelques réflexions, mais globalement on a besoin chacune de se retrouver pour une analyse rétrospective de notre voyage, pour prendre du recul.

On a parcouru plus de 4000 kilomètres, je n’ai pas l’habitude de ce genre de voyage où l’on repart sitôt arrivé, j’aime généralement rester au même endroit plusieurs jours, plusieurs semaines, pour vraiment apprécier l’ambiance d’un lieu et favoriser les rencontres plus profondes.

Cependant ce voyage m’a beaucoup appris, et j’ai vraiment apprécié le fait de ressentir tous les kilomètres au fond de moi, de voir les paysages évoluer lentement, de sentir l’histoire de chaque pays traversés.

J’écoute de la musique. Noir désir, « je n’ai pas peur de la route, faudrait voir faut qu’on y goûte, des méandres aux creux des reins et tout ira bien… » Oui, j’ai goûté à la route, à ses plaisirs, à ses mauvais cotés aussi. Je n’ai pas peur de la route. J’aime la route.

On arrive à la douane. On doit descendre du bus, contrôle des sacs. Le douanier compare d’un œil sévère la photo du passeport avec la tête du détenteur, fait ouvrir quelques sacs au hasard, pose des questions. C’est là qu’Elise se rend compte qu’elle n’a plus son passeport.

Comment ça plus de passeport ? Non mais merde, quoi, Elise, on est à la douane, on rentre dans l’UE, sans passeport, on ne franchit pas la frontière ! Elle retourne dans le bus, fouille sous tous les sièges, vide son sac, demande aux gens, refait le chemin inverse, pas de passeport. Petite panique, mais finalement le chauffeur de bus l’avait retrouvé par terre et donné directement au douanier. Ouf ! C’est seulement la deuxième fois que tu nous fais le coup du passeport, Elise…

On repart. Comme il n’y a pas grand monde dans le bus on squatte à toutes les deux les sièges du fond, pouvons nous allonger et dormir un peu. Il est 4 heures du matin quand on arrive à Brasov, la ville en Roumanie d’où on repartira dans quelques heures avec un autre bus.

Mercredi 15 Juillet 2009 : Une mamie tu secourras, des gâteaux tu mangeras !

Elise se déguise en superwoman et sauve une petite mamie en détresse ! Le bus Eurolines pour Lyon, celui que l’on prend, part à 8h30. Mais la mamie qui était dans notre bus hier et qui a dormi avec nous pendant les quelques heures de transit dans la gare routière a un billet pour Paris. Or sa fille l’attend à Lyon ! C’est la panique, branle bas de combat, tout le monde y met du sien, la rassurant, allant au guichet Eurolines, demandant au conducteur…mais personne ne peut nous dire si il y a de la place de libre dans le bus pour Lyon et donc si elle va pouvoir échanger son ticket !

Elise se propose d’échanger son billet avec le sien, car on n’imagine pas trop cette mamie qui ne parle pas un mot de français ni d’anglais débarquer dans la capitale, le soir, sans adresse où dormir et avec sa fille qui l’attend à des centaines de kilomètres. Elise, elle, pourra toujours se débrouiller.

Mais, comme dans toutes les belles histoires, tout fini par s’arranger, la mamie peut échanger son billet, c’est la fête, tout le bus est soulagé, on embarque, go !

C’est parti pour trente-six heures de bus…

Pas grand-chose à faire à part dormir, lire, écouter de la musique, manger, dormir encore. Le bus s’arrête toute les deux heures. Comme on a jamais d’argent pour aller aux toilettes on supplie les dames pipi dans tous les pays traversés. D’un coté comment pourrait on avoir des pièces moldaves, roumaines, des euros et des francs suisse ? On se rend compte de l’augmentation du coût de la vie rien que par le prix des toilettes. C’est pas bon de revenir vers l’ouest…on n’avait plus l’habitude de ces tarifs !

Jeudi 16 Juillet 2009 : “I am a poor lonesome cowboy”

Bonne ambiance dans le bus, on nous offre à manger des sandwichs et des gâteaux, tout le monde se parle, enfin moi je ne comprends pas grand-chose mais ce n’est pas grave !

L’inscription sur le bras d’Elise suscite bien des commentaires, et les gens sont curieux de savoir ce que l’on est allées faire en Moldavie.

Seule la musique affreuse, diffusée bien sur dans les enceintes au-dessus de moi, m’horripile. J’arrive quand même à lire un peu, j’ai fini mon livre sur la Lituanie ainsi que le livre d’Elise sur le colonialisme en Afrique, très bon livre d’ailleurs, qu’elle n’a par contre pas aimé.

On retrouve les lieux déjà traversés, pancarte indiquant Saint Gallen, ça ne vous rappelle rien ? Lausanne, le lac Léman, les Alpes qui se profilent à l’horizon, se rapprochent, on arrive bientôt !

On est même à Lyon plus tôt que prévu. Au lieu d’attendre le prochain train, on décide de tenter le retour sur Clermont-Ferrand en stop. Accros, nous ?

Pas facile de sortir de Lyon, mais on finit par être déposées sur la nationale en direction de Clermont-Ferrand. Il est 19h30. Et là on réalise…qui, non mais qui, pourrait bien aller à Clermont à cette heure si, un jeudi soir, et par la nationale en plus ?? Y’a pas de problèmes, les voitures sont nombreuses à s’arrêter, mais c’est des gens qui habitent à 5 ou 10 kilomètres, qui bossent à Lyon la journée et rentrent chez eux le soir...personne ne va à Clermont-Ferrand maintenant !

Franchement, après les 48 heures de bus, on a vraiment envie de rentrer chez nous, de prendre une douche, mais j’ai comme le pressentiment que l’on va camper ici ce soir ! Sans rien à manger…

La dernière fille qui nous a pris nous avait proposé de dormir chez elle, on a refusé, on est connes…

Heureusement l’instinct féminin n’est pas toujours vérifié et une petite voiture s’arrête devant nous. Edmée, qui va jusqu’à Aurillac, est même prête à faire un petit détour pour nous déposer à Clermont ! On discute, c’est elle-même une voyageuse, elle est allée au Vietnam entre autre, on en parle, on se remémore les noms de ville, l’ambiance de ce pays. Illustratrice de livres pour enfants, elle fait quelques aquarelles pendant ses voyages. De fil en aiguille on réalise qu’elle a rencontré mes parents l’hiver dernier en Laponie alors qu’ils faisaient du ski de rando ! Le monde est petit !

Un terrible orage nous surprend aux environs de Noirétable, on est obligés de s’arrêter dans une station service tellement la visibilité est réduite. Je ne crois bien n’avoir jamais vu de ciel bleu à Noirétable ! Il doit y avoir une micro dépression qui reste toujours dans ce coin !

On se rapproche de Clermont, la pluie s’est arrêtée, on assiste à un magnifique coucher de soleil sur la chaîne des puys. La silhouette noire et allongée des volcans se détache du ciel rouge. C’est beau. On est bien contentes de rentrer quand même, contentes de cette fin, comme dans Lucky Luke, quand il s’en va sur son cheval vers le soleil couchant après une belle aventure. « I’am a poor lonesome cowboy… ».  

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McCandless
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Re: [noiramc] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

2 octobre 2009 à 5:28
  Répondre

 
Quel périple !!

J'admire ton courage, c'est vraiment original comme concept de voyage ! Beaucoup d'entre nous rêveraient d'entreprendre un tel road-trip , mais de la à le faire , c'est une autre paire de manches.

Super carnet,

Merci ,

McCandless

Jack London est roi !

mlefevre
Nancy, France

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Re: [noiramc] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

2 octobre 2009 à 8:30
  Répondre

 
Merci Marion pour ce carnet très rafraîchissant et très bien écrit.
Je me suis régalée!
Marie

Nos voyages en images : http://www.sibellelaterre.fr/index.html

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noiramc
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Re: [mlefevre] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

3 octobre 2009 à 14:59
  Répondre

 
Merci pour vos commentaires...et quel courage à vous pour avoir lu tout mon carnet!


mlefevre
Nancy, France

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Re: [noiramc] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

3 octobre 2009 à 15:08
  Répondre

 
Ce n'était pas du courage mais de la gourmandise!
Marie

Nos voyages en images : http://www.sibellelaterre.fr/index.html

pjuh
Nice (Breton de coeur), France

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Re: [noiramc] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

3 octobre 2009 à 15:40
  Répondre

 
Merci Marion, pour ce bout de route et la qualité du récit qui ne manque pas d'humour, Pascal.


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Colorianne
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Re: [noiramc] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

6 octobre 2009 à 8:18
  Répondre

 
Merci pour ce carnet très sympa, riche de réflexions intimistes qui fleurent bon l'honnêteté et la simplicité, comme je les aime. Et bravo, vraiment, pour avoir osé ce ce voyage ! Que n'ai-je eu envie de faire la même chose quand j'étais en fac et que j'avais le temps... C'est un parcours que je ferais volontiers aujourd'hui, mais plutôt en train... Un jour, peut-être, j'espère.


Olistan
Sars-la-Buissière, Belgique

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Re: [noiramc] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

8 octobre 2009 à 7:18
  Répondre

 
Ah cette attirance vers l'Est. Cette traversée d'Europe est si fascinente, si variée en quelques centaines de kilomètres, qu'on ne sait jamais où donner de la tête : avancer ou rester. Car reprendre la route, c'est être très vite déboussolé à force de passer toutes ces frontières.

Ce fut en tout cas un vrai moment de plaisir que de te lire, merci à toi !


noiramc
Clermont ferrand, France

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Description de la photo/image: au burkina faso


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Re: [Olistan] Sur les routes d'Europe (en réponse à...)

8 octobre 2009 à 12:21
  Répondre

 
merci à tous pour vos commentaires, je suis contente que mon carnet vous ait plu.
colorianne: C'est sur que la fac a au moins l'avantage que l'on a beaucoup de vacances, et donc porte ouverte aux voyages!!
olistan: l'appel de l'est...une attirance indescriptible...si j'avais pu j'aurais poussé plus loin, jusqu'en Asie...en prenant plus mon temps! un futur voyage peut-être...


 

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