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23. Tables glaciairesLe lendemain matin nous quittons le camp de base (CB) pour aller explorer plus en avant en direction des faces nord et essayer de trouver une solution pour les jours prochains. Nicolas reste au CB pour se reposer et nous ne prenons que des sacs légers pour la journée ainsi qu’un seul brin de corde de 60 m. On ne compte pas faire des exploits mais seulement s’avancer et reconnaître le terrain. La progression dans les blocs de la moraine latérale n’est pas aisée mais nous parvenons à gagner du terrain et bientôt nous sommes sur le glacier lui même. Celui-ci étant assez plat et couvert de débris rocheux, nous pouvons marcher sans les crampons. Cette gigantesque avenue de glace nous permet d’avancer rapidement et le col séparant les deux jumeaux se rapproche. En chemin nous croisons de très belles tables glaciaires (voir photo) qui semblent veiller sur nous comme des vieux grand pères gardiens immémoriaux d’un sanctuaire oublié. En tout cas pour nous c’est autant de repères en cas de brouillard ! Le spectacle est superbe, je me sens bien, presque chez moi, aucun danger ne nous guette ici. Bientôt la vue sur la base du pic Karl Marx s’ouvre entièrement et nous découvrons un glacier suspendu qui semble pouvoir mener à un grand col neigeux perché tout là-haut dans le ciel. De ce col, si nous parvenons à le rejoindre, il y a de bonnes chances pour que nous ayons la vue sur tout le reste de l’itinéraire jusqu’à l’arête nord ouest sommitale. C’est le point à atteindre. Vu d’ici cela paraît possible de gravir le glacier suspendu mais quand même en y regardant attentivement on voit bien qu’il y a des zones menacées par des séracs instables et d’aspect rébarbatifs. Plus haut, loin au dessus du glacier suspendu, des grandes falaises de glace menacent peut être tout l’itinéraire si jamais elles venaient à s’effondrer… Qui peut prédire la trajectoire que suivraient les tonnes de débris de glace dans un tel cas ? Il faudra être méfiant pour la suite et passer aux bonnes heures de la journée pour que le gel fige tout cela ou au moins limite certains risques. Car un sérac, qu'il fasse froid ou chaud, jour ou nuit : il s'effondre quand ça lui chante ! Pour le moment nous nous transformons en terrassiers d’un jour et construisons deux plate-formes au milieu des pierres de la moraine. Le travail nous occupe un long moment mais bientôt nous sommes satisfaits du boulot accompli et décidons de redescendre au CB. La corde, les piolets et quelques vêtement sont abandonnés en ce lieu, cela sera toujours ça de moins à se trimballer demain ! Nicolas qui nous voit rentrer de loin, allume un feu de bouse de yacks et bientôt nous sommes tous les trois réunis autour d’une gamelle de riz-pémican bien roborative. Nous racontons la journée à Nicolas et nous nous préparons pour une nouvelle nuit dans ce très sympathique camp de base.

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Image postée par le membre olive31 dans la discussion «Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale».
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24. une nuit agitée !!! En pleine nuit je suis réveillé par des bruits étranges que je prends d’abord pour du raffut venant des yacks un peu trop curieux qui reniflent les tentes et poussent des grognements juste à côté de nous. En réalité je m’aperçois vite qu’il s’agit d’autre chose. Au camp de base nous avons deux tentes, je dors seul dans la mienne et Jérôme et Nicolas dorment ensemble dans la leur juste à côté. Je peux ainsi profiter de leurs querelles de vieux couple et les entendre s’injurier pour un oui ou pour un non. " Pousse toi, tu prends toute la place ! ", " où t’as mis la frontale ? ", " ca pue, tu pourrais te retenir ! " … Bref ils n’arrêtent pas et moi je suis bien tranquille dans ma tente avec tout l’espace qu’il me faut pour étaler toutes mes affaires. Aussi, en entendant ces bruits nocturnes je me dis qu’il doivent encore recommencer leurs scènes de ménage mais c’est pas tout à fait ça non plus . Nicolas qui est atteint de turista depuis le début du voyage ne prend pas vraiment le chemin de la guérison ces derniers temps et je comprends assez vite à ce que j’entends du fond de mon demi-réveil qu’il n’a pas vraiment pu s’extraire de son duvet avant de sortir de la tente pour soulager ses intestins . La catastrophe ! ! ! Je ne peux m’empêcher de rigoler en entendant Nicolas geindre et commenter en direct ses déboires ainsi que les remarques bien tranchées de Jérôme qui n’apprécie pas vraiment tout ça. Nico est au bord des larmes, il fait nuit et froid et il est à poil dehors en mauvaise posture ! Je crois bien qu’il en a vraiment plein le c.. de cette virée dans le Pamir et que là c’est trop pour lui. Si je comprends bien il s’en est mis plein la jambe et son duvet ainsi que l'entrée de la tente n’ont pas été épargnés dans sa tentative de sortir en rampant au plus vite ! Jérôme est scandalisé, il couvre Nico de tous les noms d’oiseaux possibles et moi je suis tordu de rire, c’est trop drôle . On entend Nicolas s’éloigner en tremblant de froid. Quelques minutes s’écoulent et il revient nettoyé mais complètement transi d’une petite toilette et d’une lessive nocturne . On ne peux pas lui en vouloir de ses problèmes de ventre et au final ça le rend encore plus sympathique . Les grands montagnards barbus peuvent aussi avoir l’estomac fragile ! Fallait pas se forcer à finir le kéfir l’autre jour à Javshanguz ! Dès que Nicolas est enfin recouché au chaud près de Jérôme le silence reprend vite ses droits. Tout rentre dans l’ordre, ce n’était qu’une anecdote de plus à ranger dans nos souvenirs. A présent seuls les grognements lointains des yacks et le bruit encore plus lointain des avalanches de séracs nous parviennent de loin en loin. La condensation de nos respirations gèle au contact de la toile extérieur de la tente. Ca caille bien, les étoiles doivent briller de milles feux.

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25. On gagne du terrain ! La journée qui suit cet épisode nocturne mouvementé nous chargeons sur notre dos les gros sacs avec vivres et matériel pour 5/6 jours. Nous emportons les 2 tentes et cachons quelques affaires inutiles dans les blocs d’un pierrier proche du camp de base. Monter au camp 1 nous prend une bonne partie de la journée, le terrain étant vraiment peu propice à une progression rapide. Les champs de blocs empilés ne sont pas faciles à négocier avec le poids que nous avons mais c’est sans problème que nous parvenons jusqu’aux emplacements aménagés la veille pour les tentes. Une fois celles-ci montées et entourées d’un muret de protection nous pouvons nous préparer pour la nuit qui se passe tranquillement. Le lendemain, nous préférons partir seulement à deux avec Jérôme pour laisser Nicolas récupérer. Encore une fois nous avons de petits sacs pour la journée et nous allons explorer la suite de l’itinéraire vers le grand col. La montée vers la base du glacier suspendu se fait dans un terrain bien pourri de terre agglomérée avec des blocs de toutes tailles. C’est le gel qui assure la cohésion des matériaux. Toujours très méfiant et vigilant aux bruits de la montagne, je monte le nez en l’air les yeux fixés vers les séracs qui nous menacent indirectement. Le mauvais rebond d’un gros glaçon pouvant être dangereux. Mon angoisse redouble lorsque je m’aperçois que le nez de ce glacier suspendu présente non pas une partie raide comme il nous avait semblé depuis le camp 1 mais carrément un dévers de glace… Jamais on ne passera par là à moins de se lancer dans des manœuvres d’escalade artificielle laborieuses. Seule solution : passer par le flanc du glacier où la pente d’attaque n’est plus que de 70° d’inclinaison mais directement sous la menace des séracs latéraux. Autant vous dire que je ne traîne pas pour gravir cette première longueur et que je ne perds pas trop de temps à placer des broches à glace surtout que mes deux engins s’ancrent parfaitement dans cette glace refondue en surface : c’est du vrai sorbet par endroit ! Mes crampons à lanières bien affûtés mordent à merveille et c’est un plaisir que de « taper la glace » dans ces conditions. Au bout de 30 à 40 m je peux enfin déboucher sur le glacier lui-même et me décaler pour ne plus être menacé par les structures fragiles du dessus. Je pose une broche dans une petite crevasse à l’endroit où la glace est vraiment dure et franche et, ainsi abrité dans ma petite caverne, je fais monter Jérôme. J’en profite pour forer deux Abalakov bien au frais à l’ombre de la crevasse en prévision de la descente . La suite devient plus aisée mais quelques portions réclament de nouveau la pose de broches à glace, nous nous relayons tour à tour en tête, l’esprit libéré de la menace des chutes de séracs. Au fur et à mesure des relais nous plaçons des doubles Abalakov afin de pouvoir descendre en rappel ensuite. Ce glacier suspendu est exposé à l’est et il fait déjà très chaud en fin de matinée lorsque nous débouchons sur un premier palier . La dernière partie qui mène jusqu’au grand col semble faisable mais à nouveau elle présente des dangers objectifs et nous décidons d’en rester là même si le dénivelé gagné aujourd’hui est assez faible. Ce palier adossé à des rochers est parfait pour monter un camp n° 2 d’où nous poursuivrons l’ascension du Karl Marx. La chaleur fait naitre de petits ruisseaux à même la surface du glacier, nous aurons de l’eau en plus d’un soleil couchant et d’une vue sur la face nord du Marx « comme si on y était ». L’endroit nous parait parfait pour faire le « siège » du sommet et nous repartons déjà vers le bas et le camp°1 où Nicolas nous attend. Il fait chaud, les séracs doivent commencer à s’affaiblir, il ne faut pas traîner. Nous enchaînons assez vite les descentes à pied où en rappel malgré quelques errances sur le glacier pour retrouver les Abalakov puis nous rejoignons le terrain instable sous le glacier. A cette heure de la journée le gel ne retient plus rien et nous passons chacun à notre tour pour ne pas nous bombarder de gros blocs. Arrivés à la tente, nous réalisons en nous retournant que nous avions mal apprécié les distances et les dimensions sur cette montagne. Notre petit glacier suspendu n’est pas si petit que ça et la suite promet d’être encore bien longue … Nicolas nous confirme tout ceci en remarquant que depuis le camp 1 on avait l’air de petites fourmis ! Note : Abalakov = cordelette que l'on passe dans deux trous forés dans la glace qui se rejoignent à 45°. On s'aide d'une broche à glace pour faire les 2 trous et d'un crochet à lunule pour ressortir la cordelette . Ancrage fiable si la glace est solide. Du nom d'un célèbre alpiniste russe.

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26. Une tentative La journée suivante nous plions bagage de bonne heure en emportant des vivres pour 3 jours environ. Seule une tente est démontée, l’autre restera au camp1 en attendant notre retour, nous y laissons un peu de nourriture pour la future descente au camp de base. Les sacs sont cependant assez lourds et c’est moins évident ce coup-ci de gravir les pentes de glace raides. Mais nous sommes quand même assez rapides, le fait de connaître le passage et d’avoir déjà les abalakov en place est un gros avantage. Sur le palier atteint hier nous tirons franchement à doite pour gagner des rochers dans lesquels nous aménageons un plat pour la tente. Nous dormirons tous les trois comme des sardines dans l'unique tente emportée mais ça ira, on se tiendra chaud ! L’endroit est très beau avec la vue sur le sommet au-dessus de nous. Il n’y paraît pas mais ce dernier est encore à 2000m au-dessus de nos têtes, en effet le camp 2 est à seulement 4700m d’altitude. Je suis bien conscient que notre acclimatation à l’altitude est très imparfaite en ce moment mais je pense qu’il est quand même plus judicieux de tenter le sommet depuis ici. En effet, la suite du parcours glaciaire au-dessus du camp 2 est encore un peu technique et dangereuse avant d'arriver au grand col . Peut être qu'un grand replat nous attend ensuite derrière le col pour permettre un camp 3 mais je n’ai pas bien envie de passer beaucoup de temps dans ce secteur risqué avec des gros sacs sur le dos qui nous ralentiraient. De plus rien ne dit qu'une fois passé la zone risquée on trouvera encore de l'eau comme c'est le cas pour le camp 2 où nous sommes. Vu nos besoins en eau et notre peu de carburant c'est plus prudent de faire le dernier camp ici, d'oublier l'établissement d'un camp°3 et de tenter le sommet depuis ici ! Je préviens Jérôme et Nicolas que à partir de maintenant et vue notre acclimatation on va vraiment faire connaissance avec les effets de l’altitude et que ça risque d’être bien dur physiquement de venir à bout de ces 2000 m. C’est leur première expé, il ne connaissent pas trop le monde de l’oxygène raréfié, je crois même qu’il n’ont jamais mis les pieds sur le Mont Blanc ! Ainsi averti, Nicolas préfère rester sagement dans la tente le lendemain matin alors que nous partons avec Jérôme. Je ne me sens pas en forme. Moi aussi j’ai des symptômes de " turista " comme Nicolas mais on y va quand même. On verra bien ! Passant au plus vite sous les séracs, gravissant quelques pentes raides et louvoyant entre les crevasses, nous débouchons enfin en vue du grand col. Devant nous le chemin semble des plus faciles et nous atteignons ce dernier rapidement . Au col nos soupçons se confirment : c’est bien un immense plateau neigeux sans difficulté aucune jusqu’au pied de l’arête nord ouest. Nous traversons ce grand plateau alors que le soleil se lève pile par-dessus le sommet du Marx et gagnons le pied d’une belle pente de neige raide à 50 ° environ. La neige est de moins en moins tassée au fur et à mesure que nous gagnons de l’altitude. Il faut faire la trace. Nous progressons sans trop de peine jusqu’au dessus de la pente raide qui nous permet de prendre pied sur l’arête nord ouest . Il ne devrait plus y avoir de surprise maintenant jusqu’au sommet si l’on se fie aux souvenirs que nous avons du pic Karl Marx vu de loin. Le spectacle est superbe, nous sommes sur l’arête à 300 m au-dessus du grand plateau et on voit nos petites traces. Plus loin vers le sud et l’est nous distinguons la vallée du Wakhan ainsi que les majestueuses montagnes de l’Indu Kush afghan. Indu Kush : pour moi ce n’était qu’un nom, à présent je peux mettre des formes sur ce nom et je suis émerveillé de voir ce massif qui me semble concentrer une quantité impressionnante de sommets à plus de 6000m. Pics immaculés et altiers à foison ! Si les Afghans de la vallée du Wakhan sont aussi accueillants que leurs voisins tadjiques il faudra leur rendre visite un de ces jours . En réalité, en plus de l’Indu Kush on doit bien apercevoir en même temps des sommets Pakistanais, vu la faible largeur du corridor du Wakhan en cet endroit. Ne serait-ce pas d’ailleurs le " Baba Tangui " qu’on aperçoit là-bas ? Pour l’heure nous cessons la contemplation et reprenons notre escalade. La fatigue se fait sentir, j’ai un mal de ventre pas possible. Je sens les gaz s ‘accumuler dans mes intestins sans doute à cause de quelque fermentation provoquée par des germes attrapés dans l’eau ou la nourriture mais impossible de se soulager, je repense trop à la mésaventure de Nicolas … Je laisse passer Jérôme devant, et très lentement nous progressons ainsi de longues minutes. A présent il faut vraiment faire une trace profonde et épuisante, nous n’avançons pas, la distance paraît encore tellement longue à parcourir, c’est décourageant. On fait dix pas et on s’arrête pour respirer longuement et se concentrer sur les 10 prochains pas. C’est sûr on est pas bien acclimatés du tout, on va en baver jusqu’au bout dans ces conditions ! Ne tenant plus au mal de ventre je me débarrasse du baudrier, et le cul nul dans la neige vous imaginez mon soulagement. C’est dommage de devoir parler d’histoires de ventre alors que nous évoluons dans un décor merveilleux mais la réalité est là et mes crampes occultent presque toute pensée poétique alors que péniblement je fais effort pour avancer. Plus haut sur l’arête et alors que je vois Jérôme bien épuisé lui aussi, je lui annonce que vu l’heure, vu les difficultés de la descente et vu notre fatigue on a déjà passé la limite raisonnable pour faire demi tour et que si on persiste ça pourrait tourner vraiment mal. Je vois bien que ça coûte à Jérôme de renoncer à cet endroit de l’ascension, nous sommes à 100m sous le sommet ! Mais ici la neige est vraiment profonde à brasser et malgré le faible dénivelé à parcourir il reste toute une longue traversée à faire à flanc de montagne pour passer de l’arête nord ouest où nous sommes à l’arête nord qui permet de contourner par la gauche les rochers sommitaux. Cette traversée dans notre état nous prendra des heures et nous épuisera totalement. Mes arguments sont justes et nous reprenons le chemin de la descente. Il faut à présent rester vigilants et je vois bien à quelques croche-pied que Jérôme se fait lui même qu’il est bien fatigué aussi. Après de longues heures de désescalade et une variante pour ne pas repasser par la pente raide (qui nous fera perdre du temps et ne s’avérera pas être une bonne idée) nous rejoignons enfin le grand col en fin de journée. La partie chaotique et séraquée du glacier qui nous sépare du camp2 est repassée à l’ombre : nous la descendons dans de bonnes conditions de gel. Rien ne dégringole et nous arrivons au soir à la tente. Pour le coup, Nicolas qui nous a observé toute cette journée nous informe qu’aujourd’hui on avait pas l’air de fourmis mais de microbes à peine visibles ! Malgré le manque de place dans la tente et les ronflements de trois barbus mal lavés, personne ne songe à se plaindre et le sommeil n’est pas bien dur à trouver après une telle journée !

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27. journée de repos La journée du lendemain est consacrée au repos, nous restons au camp 2 où nous faisons un point rapide sur la situation : Nous avons des rendez-vous à ne pas manquer : -au camp de base, le retour de nos jeunes muletiers, -à Javshanguz, le chauffeur de marshroutka. Les calculs sont simples : il nous reste un seul et unique jour pour tenter le sommet, ensuite nous n’aurons plus de nourriture au camp 2 et nous raterons nos rendez-vous si nous tardons à descendre. Ca sera donc demain ou jamais ! La journée est occupée à se reposer et se désaltérer, à dormir et à construire un abri pour nous protéger du soleil brûlant. En effet, dormir dans la tente est insupportable : c’est un four ! Avec un brin de corde nous entourons deux gros blocs et tissons un genre d’étendage multifils sur lequel nous plaçons les duvets. Le pare-soleil ainsi obtenu est idéal pour faire la sieste et la journée s’écoule tranquillement tout en contemplant la face nord du Marx et la voie suivie hier : vraiment on n’était pas loin du but ! 28. Le Sommet ! (le lendemain) : Toujours moyennement en forme et alors que nous nous levons très tôt dans la nuit, Nicolas décide de rester au chaud dans la tente. Il n’est pas monté avec nous lors de la précédente tentative et il ne s’est donc pas acclimaté comme nous aux effets de l’altitude. Il préfère ne pas risquer de nous retarder . Mais, alors que je passe la tête par l’ouverture de la tente, une mauvaise surprise apparaît. Le ciel est noir, on ne voit pas les étoiles, des nuages couvrent une bonne partie du firmament et surtout ces nuages semblent se rapprocher de nous. J’annonce mes observations à Jérôme et Nicolas et leur fait remarquer que depuis un mois que je suis dans le pays je n’ai encore pas eu de mauvais temps. D’ailleurs tous ces jours derniers nous n’avons eu que du grand beau ciel bleu (à part le jour de l’arrivée à Javshanguz). Ne connaissant pas ce que peut donner une tempête de neige dans le massif du Pamir mais pouvant très bien l’imaginer, je préfère dire d’entrée qu’il n’est pas raisonnable de tenter le sommet aujourd’hui. Non seulement on risque de ne pas y arriver (brouillard, vent, neige) mais en plus on prendrait de gros risques… Dépités et condamnés à l’échec (c’était notre seule chance) nous nous recouchons pour attendre le lever du jour et entamer la descente...................... Vers 5h30 ce matin là, je repasse la tête en dehors de la tente et là, je demande à Jérôme de sortir pour voir. En effet, avec le jour on voit mieux à quoi ressemble le ciel et il semble bien que les nuages soient moins nombreux, en tout cas ils passent assez haut, n’accrochent pas le sommet et ne paraissent pas trop menaçants. Nous restons le nez en l’air de longues minutes sans arriver à nous décider. Bon, finalement, qui ne tente rien n’a rien, on décide d’y aller, on verra bien, on scrutera les masses nuageuses et on fera gaffe. Il nous faut très peu de temps pour enfiler guêtres, baudriers, crampons et faire les anneaux de cordes. Nous reprenons nos traces de la veille et avalons la pente. Je me sens en bien meilleure forme côté ventre et je sais que nous avons quelques globules rouges en plus dans le sang grâce à l’effort fourni l’avant veille. Ca devrait pouvoir se faire cette fois-ci ! En effet, nous montons au pas de course et très rapidement nous pouvons prendre pied sur l’arête nord ouest. La vue sur l’Indu Kush est bouchée aujourd‘hui. En réalité le mauvais s’est accroché sur les montagnes afghanes et ca a l’air de bien barder là-bas ! N’est ce pas le tonnerre qu’on entend ? Les nuages s’arrêtent au dessus de la vallée du Wakhan et nous ne recevons que quelques bribes inoffensives. Pourvu que ça dure ! La trace que nous avions tant peinés à faire l’autre jour est tassée et nous pouvons la suivre et la remonter facilement et rapidement. Arrivé au point de notre demi-tour, l’optimisme est au plus haut, avec la patate qu’on a aujourd’hui c’est obligé d’y arriver. En effet nous nous relayons pour faire le reste de trace dans la grande traversée sous le sommet et bientôt sans beaucoup nous arrêter pour souffler longuement comme la dernière fois, nous voici contre les rochers sommitaux. Tout en bas, très bas, un tout petit point jaune est visible :la tente du camp 2. Est-ce que Nicolas nous voit d’où il se trouve ? Le glacier principal est très beau en vue aérienne et nous devinons la prairie du camp de base des yacks là-bas tout en bas : c’est la tache verte ! Pour contourner les rochers sommitaux une dernière pente et une facile arête de neige nous permettent le passage. La surprise du chef nous est réservée par une ultime crevasse camouflée par la neige fraîche et dans laquelle je passe une jambe...petite frayeur pour me rappeler qu'on n'est pas à la plage ! En réalité il s’agit d’une sorte de mini-rimaye qui sépare les rochers sommitaux de la pente de neige en dessous. Nous contournons cette crevasse par la gauche en sondant avec les bâtons télescopiques et dès lors que le bâton ne s’enfonce plus, nous montons tout droit. Ca y est plus que 15 mètres et on arrive. Quelques rochers très faciles matérialisent le sommet. Pas de croix, pas de drapeaux à prières, pas d’offrandes à la montagne comme sur tant d’autres sommets du monde. Non, ici, c’est la sobriété : Un tout petit cairn matérialise le sommet. Nous sommes bien contents, pas trop fatigués et nous sortons les appareils photos pour immortaliser l’instant. Puis c'est la contemplation du paysage pour quelques minutes, pas plus, rien ne sert de s’éterniser ici ! Une poignée de raisins sec plus tard et après avoir ingurgité un infâme morceau de chocolat russe, nous prenons le chemin de la descente. L’euphorie du sommet anesthésie la fatigue et nous dévalons les pentes à bonne allure . Cette fois nous choisissons de désescalader directement les 300 m de la pente raide sans chercher à l’éviter comme avant hier. Sans nous presser et en restant précautionneux cela se fait très bien et gagne beaucoup de temps. Nous sommes tellement rapides qu’une fois revenus au grand col il nous faut attendre allongés au soleil sur les sacs et nos vestes que les derniers séracs et ponts de neige fragiles repassent à l’ombre et regèlent en fin de journée. Une bonne sieste n’est d'ailleurs pas de refus, le soleil nous chauffe. Une grosse heure après, dès que le froid arrive enfin sur nous, la descente se poursuit sans encombre. Nous retrouvons Nicolas avec plaisir et sommes contents pour lui car même s’il n’est pas venu avec nous c’est une aventure qui s’est faite à 3 avec lui . D’ailleurs si nous n’avions pas ces rendez-vous je crois bien qu’on le motiverait avec Jérôme pour nous accompagner une deuxième fois au sommet. Mais là ce n’est plus possible, nous avons terminé notre nourriture et devons descendre pour retrouver les mules. Nico est quand même dépité et ne peut s’empêcher de se culpabiliser d’avoir été malade depuis le début. J’en connais pas mal qui ne seraient sans doute pas montés jusqu’à ce camp 2 dans son état, alors il n’a rien à se reprocher, il n’a jamais été un poids pour nous et il a porté sa part de matériel et de vivres dans cette histoire. Des montagnes il y en a plein de part le monde et il pourra en gravir d’autres dans sa vie ! Voir le compte-rendu de Nico et Jérôme qui bénéficiaient d'une Bourse "Expé" : http://www.laphotodusixiemejour.com/blog/?page_id=21

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