CARNET DE TATAOUINE « Ici les sources sont rares, pauvres et les palmeraies que l’on aperçoit de loin en loin n’ont rien de commun avec les grandes futaies du Djérid (le pays des palmes). » « Dans ce paysage aride survit des hommes fiers, les berbérophones, les touazines de Médenine, les oudernas et les jlidets de Tataouine. Ces berbères ont crées les ksour, les jessours et les habitations troglodytiques isothermes ; » « Au soleil tombant on éprouve un sentiment de solitude face à un tel défi architectural, quel triste destinée que celle de mon village, comme el Jem, Douiret est ruiné ! » Difficile de ne pas se faire l’écho de ces vers mélancoliques composés en hommage au hameau troglodytique de Douiret. « Ce calme c’est merveilleux, j’aurais toujours la nostalgie de la vie d’ici. Avant, il y avait des magasins, des centres de services et même un petit hôpital de campagne lors de la colonisation française » Latifah une jeune femme berbère gère avec sa sœur Hasna une activité hôtelière dans le village « Il est temps de développer un tourisme responsable et culturel pour contribuer à la revitalisation de ce patrimoine » estime le docteur Habib Belhedi qui vient d’implanter un écomusée à Chenini. « A Guermessa, Kamel Tarchoun né dans le village en 1966 a la nostalgie du paradis de son enfance ; ce quadragénaire est revenu fonder un gîte et un programme de randonnées pédestres sur les villages de crête. Pour nôtre premier voyage avec cléo âgé de deux ans, nous voulions une destination proche et simple, d’où notre choix pour le sud-est de la Tunisie. En lisant ces quelques lignes cet hiver sur le magazine Géo, nous avions pensés qu’une balade dans la région du plateau du Dahar , plus précisément dans le djebel Demmer s’avérerait une bonne approche et une belle expérience pour notre fils. Quelques noms notés sur un calepin, quelques repères cartographiés et nous sommes partis dans la montagne abrupte, travaillée par l’érosion du djebel Des paysages magnifiques s’offraient à nous dans une gamme de tons ocre et gris ; de petites bourgades endormies, quelques aménagements d’oueds, rigoles aux flans des vallées, des jessours et un calme merveilleux. Au détour d’une route poussiéreuse apparut le village forteresse de Douiret. Une vallée aride, des canyons profonds, des cuvettes sèches, un tracé sinueux mettait en valeur un promontoire sur lequel siégeait Douiret. Ces ksour de montagnes sont l’empreinte des hommes, une civilisation pastorale et rurale, intégrés parfaitement dans le milieu naturel et environnemental. Une jeune femme berbère sortit d’une habitation rénovée lovée au cœur d’un amoncellement de ruines, elle nous enlaça, nous embrassa et nous offrit l’hospitalité, un thé amer au romarin servit avec des cornes de gazelles Elle prit cléo dans ses bras et le plaça à l’ombre dans une ghorfa (cellule d’un grenier à orge), elle se présenta, Hasna de l’association ASNAPED (association pour la sauvegarde de la nature et protection de l’environnement de Douiret) Ce petit bout de femme énergique, dirigeait les ouvriers berbères rénovant des ghorfas voisines ; Hasna était la sœur de Latifah, nous lui parlâmes de cet article parut sur Géo magazine, elle sourit et nous précisa que Raouf le dernier berbère du village n’avait toujours pas trouvé sa gazelle mais qu’il ne quitterait jamais le village.parfois, elle lui montait son repas, discutant avec lui pour couper la solitude pesante du jour. Hasna qui travaille sous l’autorité de madame Khémira Habib, secrétaire générale de l’association, nous expliqua la vie de ce ksour de crête, difficile à détecter, épousant la structure et les couleurs du relief. Il s’agissait avant tout d’une citadelle refuge qui surplombait le village avec des habitations troglodytiques, des huileries souterraines, un ksour collectif pour le magasinage des réserves alimentaires. Ces ksour de montagne ont permis aux berbères de se maintenir malgré l’encerclement des tribus arabes qui occupaient les plaines. Aujourd’hui, Douiret est un lieu empreint de romantisme et l’association s’évertue à réhabiliter le site en espérant attirer de nouveau les jeunes générations en leur proposant des emplois de guides pour randonnées pédestres. En quittant Hasna, elle nous incita à rencontrer à Chenini, le docteur Habib Belhedi, président de l’association. Comme à notre arrivée elle nous couvrit de baisers et serra cléo dans ses bras. Le long d’une piste sinueuse, nous atteignîmes le village berbère de Chenini. Notre première impression nous découragea, un village de crête de toute splendeur surplombé par une kalaa (citadelle blanche) ; à ses pieds des habitations creusée dans la montagne, mais au bas du village l’horreur…. Un immense restaurant, des bus touristiques en provenance de Djerba, des 4x4 rouge à l’effigie de l’opérateur Marmara et une myriade de guides. Mais nous avions promis à Hasna d’aller à la rencontre du docteur. L’escalade des ruelles empierrées, ne fut pas commode avec une poussette et cléo fatigué de surcroît ; mais l’effort nous récompensa. A mi parcours de la crête, le restaurant de l’association Kenza, magnifiquement restauré, l’accueil chaleureux de Mohamed Lakrimi, membre de l’association, chef de cuisine et enfant du village, la quarantaine, une stature imposante, des moustaches épaisses, nous réconforta. Il nous servit une chorba, des briks à l’œuf, un couscous, un thé au romarin Je lui parlais du docteur Belhedi, il ne répondit pas, continuant à nous servir. Dans le restaurant Kenza, nous n’étions que cinq, bien loin de l’attroupement d’en bas. A la fin du repas, nous offrant des cornes de gazelles, il nous dit que le fils cadet du docteur Belhedi nous attendait pour nous guider à son père. Le parcours fut délicieux, le docteur avait envoyé avec son fils des berbères pour nous aider à monter cléo et la poussette, car sur le versant ou il travaillait, aucun chemin digne de ce nom n’existait encore. Cléo passa ainsi de mains en mains jusqu’à destination finale. Un homme menu, moustachu, portant des lunettes, s’avança vers nous, nous enveloppa dans ses bras, nous remerciant d’avoir cherché à le rencontrer L’homme était un passionné, il vivait dans la région de Tataouine depuis 30 ans ; originaire des îles Kerkennah et ayant exercé toute sa carrière professionnelle en tant que chirurgien dentiste, épris des villages berbères et de leur culture, il s’efforçait depuis de longues années à préserver ce patrimoine en voie de désertification. Chenini n’avait aucuns secrets pour lui, mais bien plus que les habitations du village, il nous invita à le suivre à l’intérieur des grottes en restauration ; la vue sur le village était à couper le souffle Il nous parla des vents circulaires apportant tantôt la fraîcheur, tantôt la chaleur ; chacunes des habitations troglodytiques du village avaient été conçu en fonction de ces vents. Ces habitations se sont faîtes traditionnellement dans des grottes creusées horizontalement ; une première pièce appelée « rhar », puis une seconde en enfilade dénommée « khzana ». Devant la grotte, une cour à ciel ouvert divisée en plusieurs compartiments, cuisine, toilettes, étable. Parfois le plafond en avant du « rhar » comporte des inscriptions et décorations Le « rhar » est consacré à l’habitat, la « khzana » est réservée au stockage des produits agricoles. Dans ce village, l’huilerie est aussi souterraine ;dans un premier temps les olives sont déposées en tas dans une ghorfa pendant un mois, puis lorsque les olives sont fermentées et perdent de leur poids, elles sont étalées à l’extérieur pour le séchage en vue de la fabrication de l’huile. Le docteur Belhebi court d’une grotte à l’autre, nous désignant le panorama splendide sur la kalaa Il espère finir quatre nouveaux logements d’ici à août, mois du début du ramadan Pour le mois de septembre, des balades à dos d’ânes seront organisées entre Douiret, Chenini et Guermessa avec son ami Kamel Tarchoun ;pour cela de jeunes berbères seront mis à contribution ;éviter coûte que coûte la désertification des villages , préserver l’environnement et un tourisme écologique, telles sont ses préoccupations. Le docteur est empli de générosité, de douceur ; président de l’association Asnaped, créateur du musée de la mémoire de Tataouine, cet homme mérite à lui seul cette visite à Chenini Nous nous quittons bien à regret, lui promettant de parler de l’association et de son combat « Surtout en reprenant la route pour Guermessa, juste après le virage à la sortie du village, arrêtez-vous à la mosquée des sept dormants, en fin de journée le lieu est magique ; à guermessa demandez Kamel, il est le dernier villageois ! » Guermessa ne se livre pas si facilement ; le nouveau village ne laisse pas présager de la merveille qui domine au sommet du piton C’est par une piste caillouteuse de trois kilomètres que nous arrivons à l’entrée du ksar de montagne Le lieu est romantique, désert, sauvage. Un jeune berbère qui garde un troupeau de brebis, nous fait signe, Cléo dort à poings fermés L’homme est assis au pied d’un muret de pierres qui fait suite à un mur de terre Intrigué, ce jeune homme m’explique l’intérêt du jessour Dans la région, les pluies sont rares et la terre ne retient pas l’eau de ruissellement provoquant en cela l’érosion des sols En travers des ravines, des oueds, les hommes ont progressivement construit des jessours Système hydraulique ingénieux, des murs de terre sont battis dans le lit de l’oued, sorte de petits barrages Cette élévation de terre, se poursuit par un muret de pierres sèches dont le but est de permettre tel un déversoir de ne retenir qu’une partie de l’eau, un peu à la manière des rizières de montagnes en Asie. Ainsi les jessours se succèdent le long de la ravine ; mais là encore ce savoir faire ancestral avec la désertification des villages est en proie à l’oubli. En repartant pour la plaine de la djefarra, nous songeons à ces belles rencontres. A elles seules elles ont justifiées notre venue dans le sud-est tunisien A Tataouine, comme un dernier appel de cette terre chaleureuse, nous observons dans les ghorfas du vieux centre, ces joueurs de « kharbga », coiffés du traditionnel chapeau en fibres de palmiers, le « mtallah » |