
casimir0
Menton, France
Photo/image personnelle du membre casimir0.
26 août 2007 à 11:06
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Bien sûr, le marché flottant c'est très sympa, mais j'ai eu l'occasion de voir à plusieurs reprises celui de Hong Kong, c'est pour cela que je n'en ai pas parlé. Amitiés. Ton message me permet d'ajouter mes impressions nocturnes sur Bangkok... C'est un peu long... Bangkok : impressions de voyage Je suis rentré fin juin de Bangkok, après un séjour en solo de dix jours, au cours duquel je devais rejoindre un ami d'enfance qui vit là-bas depuis une vingtaine d'années. J'écris "devais", car Bangkok est une ville à tel point tentaculaire, que nous n'avons jamais pu nous rencontrer ! Je me suis donc trouvé lâché, sans aucun cicérone, dans cette mégapole, inhumaine, en dépit de ses quelque dix millions d'habitants. Voici en vrac quelques impressions recueillies au fil de ce voyage, et quelques expériences vécues, de jour, comme de nuit. Mes multiples incursions dans la vie de BKK, et notamment, celles nocturnes, je les ai voulues guidées par les exigences que nécessite ma profession, - le journalisme -, à savoir, en priorité, la curiosité, l'esprit d'aventure, la ténacité et l'humilité. A mes yeux, le journalisme est le plus beau métier du monde. Mais dans Bangkok, - à Patpong comme à Sukhumvit -, les deux quartiers les plus chauds de la ville, "le plus beau métier du monde" a souvent cotoyé "le plus vieux métier du monde". Et à plusieurs reprises, face aux shows aguichants et scintillants des "gogo girls", mon âme a bien failli se perdre dans les flaques croupissantes, et les méandres sans fin des filets d'eau nauséabonds des caniveaux... Des milliards de gouttelettes en suspension 18 heures (13 heures en France). Je me repose dans la chambre du "First Hotel" au cœur de Pratunam, quartier central de Bangkok, où un taxi m'a déposé il y a un peu plus de trois heures. Et je me remémore mon tout premier contact avec la Thaïlande. À la sortie de l'aéroport de BKK, qui se trouve à une trentaine de km de là, l'intensité de la chaleur a surpassé toutes mes prévisions. Je suffoque. En deux minutes, mon T-shirt adhère déjà au sac à dos comme si une main facétieuse l'avait enduit d'une couche de glu. Nous sommes à la mi juin. C'est la saison de la mousson. Le ciel est couvert de nuages gris aux contours vaporeux. L'air est chargé de milliards de gouttelettes en suspension qui ne demandent qu'à s'agréger pour fondre sur la ville. Avant de quitter l'aérogare, j'ai changé 50 euros pour pouvoir régler le taxi, et le guichetier m'a donné 2250 bahts. Je me mets en quête d'un "taxi meter". Marchandage maladroit Les "taxi meter" disposent, comme en France, d'un compteur, ce qui, en théorie, permet d'éviter toute contestation sur le prix de la course. Je sais que, le montant du trajet doit s'élever à environ 400 bahts (350 pour les kilomètres parcourus, et 50 pour l'autoroute). Malheureusement, il n'y a pas un seul "taxi meter" dans le secteur. Arrive un visage avenant : - "Taxi ? Taxi ?" - "Yes ! Taxi ! I want to go to the First Hotel". - "OK ! OK ! No problem. It's seven hundreds". Ce n'est pas un "taxi meter". Bien entendu, je marchande. Mais maladroitement. Car la négociation se conclut sur la base de "six hundreds".... Un peu d'exercice Autant dire que dans ma chambre d'hôtel, je fulmine, mais un peu tard... Il est 18 h 15 maintenant. La nuit tombe. Je décide de me rendre à Patpong. Je dissimule la moitié de mon argent liquide sous le socle de la grande lampe de ma chambre, et je garde l'autre moitié avec moi. Je sors de l'hôtel. - "Taxi ? Taxi ? Where do you want to go ? Patpong ? Patpong ?" Il n'a aucun mérite à deviner mes intentions : tous les hommes venus à BKK en célibataire, se précipitent d'abord à Patpong. Je lui réponds : - "Yes ! Patpong ! Patpong !" Puis, j'ajoute, avec superbe : - "But no taxi ! I want to go with my legs ! I want to make exercise !" Je la tiens ma revanche ! Plan de la ville à la main, et sac au dos, résolu, mais vaguement inquiet, me voilà plongé, à pied, pour la toute première fois dans Bangkok by night, une ville de fous... A deux pas de Patpong Voilà une heure que j'ai quitté l'hôtel. Pendant dix minutes, j'ai pris la Phetchaburi Rd, vers l'est, puis, j'ai bifurqué sur la droite, vers la Ratchapharrop Rd, en longeant les jardins du Royal Bangkok Sport Club, pour me retrouver devant le Silon Complex. Je marche encore un peu ; il fait très chaud ; je dégouline de plus en plus. Qu'importe ! Il est 19 h 30, je suis pile poil à deux pas de Patpong, dont je distingue les deux principales rues, Patpong 1 Rd. et Patpong 2 Rd., toutes auréolées de néons. Et je jubile ! En effet, à BKK, la plupart des noms des artères sont écrits en thaï. Et traverser à pied, sans encombre, un quart de longueur de la ville, c'est quand même une sacrée victoire sur le taxi de tout à l'heure ! Dépliant tout frippé Dans Patpong 1 Rd, je suis assailli immédiatement par un jeune thaï, qui déploie un petit dépliant en couleur tout frippé : -"Body massage ? One thousand bahts !" Sur l'imprimé, une photo d'une quarantaine de filles dénudées. - "Very good ! You have the choice !" - "No ! No ! Thank you" Deux mètres plus loin, même manège... Avec la même photo... Chaque soir, dans tous les quartiers de la ville, le même scénario se répètera des dizaines de fois, avec, - me semble-t-il -, toujours la même photo ! Des pictogrammes très explicites Je parcours à peine dix mètres, et je me retrouve devant une boîte qui s'appelle en toute simplicité "Super Pussy". Cette fois, c'est une jeune thaï qui me tend un prospectus. - Ping pong show ! Erotic show ! Open pussy !" Son tract est illustré d'une vingtaine de pictogrammes, présentant de manière explicite chaque numéro.... Je jette un œil et crois comprendre que des balles de ping pong, des bougies, et des bouteilles de Coca sont les principaux accessoires du "spectacle". La jeune fille me dit avec un sourire candide : - "You know pussy can do a lot of things !" Je m'en doutais un peu, bien sûr. Mais tout ça ? Eh bien non ! Je ne le savais pas ! Je décline provisoirement l'invitation car je viens d'apercevoir à deux pas de là, un "gogo girls". Mailllots de bain noir et barres en métal argenté Un "gogo girls" est un bar où l'on peut boire un verre, tout en regardant des filles danser sagement. Elles ne prodiguent pas de "body massage", mais sont prêtes, à la demande, à des rencontres beaucoup plus intimes. À mon passage, trois séduisantes thaïs entrouvent le rideau qui masque la scène. Je distingue une dizaine de filles, qui se trémoussent, en maillot de bain noir, sur une musique syncopée, près de barres verticales en métal argenté. Vu d'ici, elles sont superbes. N'écoutant que mon professionnalisme, je me résous à franchir le pas de la porte... Calendrier bouddhique Une jeune femme me prend aussitôt en charge et m'invite à prendre place sur l'un des sièges du bar circulaire entourant la scène. Je suis aux premières loges : celle-ci n'est qu'à un mètre de moi... - "What dou you want ?" - "I want a drink... - "What do you drink ?" - "Just a Coca Cola"... Devant moi, les filles continuent de danser. Je mets mes lunettes de près... Confirmation : elles sont vraiment superbes ! Toutes sont majeures, cela va de soi. C'est-à-dire qu'elles sont nées avant... 2532, selon le calendrier bouddhique. La moyenne d'âge doit être de vingt à vingt-deux ans. Chacune porte clipsé sur son slip ou son soutien-gorge, un petit rond en plastique avec un numéro. Au total, il y en a sur scène une trentaine, et à peu près autant dans la salle. Pendant qu'on me sert mon Coca, je les dévisage les unes après les autres, et j'admire le corps de celles qui me séduisent le plus : la "314", la "26", et la "69" (ça ne s'invente pas). A l'arrière de son slip, la "26" a glissé un objet cylindrique que je prends, naïvement, de prime abord, pour une lampe de poche... Minces, corps superbes, petites poitrines, toutes les trois. Comme la plupart des autres, elles s'offrent aux yeux des spectateurs, avec un évident plaisir. Une fille de la salle s'approche de moi, me prend la main et me sussure une phrase en anglais dont je ne comprends rien... - "I want just a drink..." La fille n'insiste pas... 2000 baths pour un "shortime" En définitive, je n'ai bu qu'un verre (90 baht, deux euros). Enfin, deux, car j'avais vraiment soif. Et puis, j'avais du mal à m'arracher du spectacle... Bien sûr, pour two thousand and forty hundreds bahts (52 euros), j'aurais pu "consommer" autre chose. La "314", par exemple, ou bien la "69". Et même, la "314" et la "69" en même temps... Pour four thousand and eighty hundreds bahts (104 euros), évidemment. Pour ce genre de consommation, il faut impérativement passer par le Papa san ou la Mama san. C'est à eux, en effet, qu'il convient de régler les "services" : 2000 bahts pour un "shortime" (deux heures), auxquels s'ajoutent 400 bahts pour le "barfine" (indemnité de sortie de la fille). Pour un "longtime" (la nuit entière), il faut compter 3500 bahts (78 euros). Vous pouvez tout demander au Papa ou à la Mama san : que la fille s'habille en infirmière, blouse blanche et bonnet frappé au sigle de la Croix-rouge ; femme de ménage, avec plumeau et balayette ; ou "school girl", jupette bleue et socquettes assorties... C'est compris dans le prix. Ou bien encore, des tas d'autres choses, comme le "franchissement de la ligne jaune" (sic) dont la pratique doit relever autant de l'urologie que de la psychiatrie. Habitués à toutes les excentricités, rien ne les offusque... Pourboire royal A la sortie du "gogo girls", je suis de nouveau interpellé par un Thaï : -"Erotic show !" - "How much ?" - "Five hundred baths" Le type me raconte que dans les Patpong Roads, les filles ne sont pas belles, mais que, par contre, là où il veut m'amener, il n'y a que des canons. Je le suis... Au bout de cinq cents mètres qui me paraîssent interminables, il me fait pénéter dans une boîte, où, au premier étage, se tient un show permanent. Le lieu est minable. Au rez-de-chaussée, je m'acquitte du droit d'entrée. Je l'entends réclamer. - "Tip ! Tip !" Je lui donne un pourboire royal de 50 bahts (un peu plus d'un euro) car je n'ai pas de monnaie, et je grimpe l'escalier... La cerise sur le gâteau Sur la scène, une thaï grassouillette achève sa prestation sous les applaudissements d'un public enthousiaste, parmi lequel, nombre d'anglo-saxons, accompagnés de leurs compagnes, ce qui me met en confiance. Rassurez vous ! Je ne vais pas vous détailler chaque numéro ! Sachez tout de même que j'ai eu droit, entre autres joyeusetés, au "show banana" ; au décapsulage, impeccable, d'une bouteille de Coca ; à la découpe, en tronçons rigoureusement égaux, d'une bougie, épaisse comme un cierge ; aux ronds de fumée d'une cigarette ; et, cerise sur le gâteau, - si j'ose dire -, à l'extinction successives de la flamme des douze bougies d'un "birthday cake" ! Retour en "tuk tuk" Passablement écœuré, j'ai voulu regagner à pied mon hôtel. Mais cette fois-ci, je me suis perdu. Dans le "tuk tuk" (motocyclette taxi) qui me ramène à bon port, je me dis qu'avec ce que je viens de voir, j'ai touché le fond de Bangkok. Naïf que je suis ! La suite de mes aventures m'apprendra qu'il n'en est rien. Car à ce moment-là, je n'avais pas encore arpenté la sordide, mais fascinante Sukhumvit soi 4... Petit tour chez les mecs ! Avant de me rendre dans ce lieu maudit, je suis retourné le lendemain soir à Patpong. Mais, bien vite, j'ai eu le sentiment d'en avoir fait le tour complet. À un moment donné, las des multiples sollicitations accompagnant chacun de mes pas, je me suis entendu objecter, à l'un de mes interlocuteurs du bitume, pour tenter de mettre un terme à cette avalanche d'invitations : "Sorry, I prefer boys !" Pour satisfaire ce qu'il croit être mes intentions, le type me conduit dans une rue toute proche, fréquentée seulement par les garçons ! Et me voici donc propulsé dans une boîte de "gogo boys" ! Sur scène, sept ou huit gars, le corps luisant d'huile, et magnifiquement body-buildés, dandinent des fesses, vêtus seulement d'un mini "string". Je fuis sur le champ.... et me retrouve, juste en face, de l'autre côté de l'avenue, dans une rue parallèle aux Patpong Rd, où le système d'écriture qui y règne, est, à l'évidence, étranger au thaï. Le spécialiste linguistique distinguera sans peine qu'il se compose de deux syllabaires: les hiraganas et les katakanas. Bref ! Je me trouve dans le quartier japonais. Pas de mélange en pays nippon Je suis le seul Occidental. De nombreuses Japonaises font le pied de grue au bord des trottoirs. Certaines attendent le client, assises sur la selle d'une motocyclette. Je parcours la rue sur toute sa longueur, et je passe devant des restaurants, des bars et des boîtes, sans jamais être approché. Par jeu, je lance aux plus mignonnes des regards appuyés... Aucune réaction. Je refais la rue dans l'autre sens : même indifférence ! Je trouve cela bizarre ! J'aurai un peu plus tard l'explication. Ici, au pays du Soleil Levant, l'Occidental, l'Africain, ou l'Asiatique du continent, n'ont aucun espoir de nouer une rencontre, même tarifée... Chez les Japonais, la règle est rigoureuse : on ne se mélange pas ! "Monsieur Patpong" : un "bon" patron ! Pour engranger le maximum d'impressions sur une ville ou un pays, l'espace d'un court séjour, il faut aller à la rencontre de l'inconnu, et même renouveler ses expériences. C'est la raison pour laquelle, ce samedi soir, j'envisage une nouvelle fois de me replonger dans l'atmosphère interlope de Patpong. Peut-être, au détour d'une venelle, ou, au comptoir d'un bar sordide, glanerais-je encore une anecdote ? Peut-être en apprendrais-je un peu plus sur ce fameux Monsieur Patpong, le propriétaire mythique des deux rues principales, un Chinois richissime qui, - paraît-il -, depuis des décennies, surveille son territoire, depuis son nid d'aigle du building de la "Japan Airlines" ? Circulez ! Y a rien à voir ! 20 heures : dès la sortie, de l'hôtel, un taxi m'interpelle : - "Where do you want to go ?" - "Patpong"... Le taxi est visiblement surpris ! Il m'explique que les samedis et dimanches soirs, il n'y a rien à voir à Patpong, car tout le quartier fait relâche ! Monsieur Patpong laisse souffler le personnel. Monsieur Patpong est un "bon" patron ! Qu'à cela ne tienne, un "tuk tuk" propose de me conduire, à l'autre bout de la ville, dans l'un des salons de massages particuliers les plus prestigieux : le "Mona Lisa"... Le taxi-motocyclette roule comme un bolide. La pluie se met à tomber. Très vite, le goudron devient gras. Sur cette patinoire, nous sommes à deux doigts de chavirer... Mais voilà que le "tuk tuk" ralentit... À cinquante mètres de nous, sur la façade d'un immeuble de trois étages, se dresse une reproduction géante de "La Joconde"... L'"aquarium" du "Mona Lisa" A l'entrée du "Mona Lisa", qui s'ouvre sur un grand hall, je suis accueilli avec empressement par deux Asiatiques en costume et cravate. Ils ne se doutent pas que j'ai décidé de limiter ma visite à un simple tour d'horizon. Sur la gauche du hall, il y a un restaurant où sont attablés une vingtaine de personnes. Sur la droite, se trouve l'"aquarium". C'est ainsi que se nomme l'endroit où le client choisit la fille qui lui prodiguera le "body massage" pour environ 1500 bahts (33 euros). L'"aquarium" est séparé du hall par une vitre d'une dizaine de mètres de longueur, derrière laquelle, sur une estrade, sont assises une trentaine de jeunes femmes. Je balaie l'"aquarium" d'un regard rapide. Réparties sur trois ou quatre marches, les filles sont en maillot de bain, et portent chacune un numéro, comme dans les "gogo girls". J'évalue la moyenne d'âge à vingt-cinq ou trente ans. La plupart sont assez moches et plutôt bien en chair. Une seule pourrait me faire vibrer. Certaines tentent d'attirer mon attention par un sourire qui se veut prometteur. Le spectacle est pitoyable. Trente secondes plus tard, je suis déjà dehors... Sans bourse délier (sic)... Massages relaxants... A Bangkok, je me suis finalement laissé masser quatre fois. Massages "classiques", bien entendu. Les trois première fois, ce fut, dans une boutique située à deux pas de mon hôtel, d'abord, pour un "face massage" d'une heure quinze, au prix de 500 bahts (11 euros). Je ne le regrette pas ! La Thaï, connaissait visiblement son métier. J'en suis ressorti extraordinairement détendu. Cela m'a rappelé les bienfaits d'une séance d'aculponcture que j'avais suivie lorsque j'étais enfant. Le second massage, ce fut le corps en entier, - le sexe couvert d'une serviette lorsque j'étais allongé sur le dos, mais les fesses à l'air, dans l'autre position -. Il n'est jamais parvenu à me procurer la même sérénité. Le troisième, un massage du crâne, ne m'a rien apporté du tout. Pour finir, jai changé d'officine. Une nouvelle fois, pour un "face massage". Histoire de comparer... Et j'ai retrouvé les mêmes sensations que lors du premier. Dans la foulée, la fille m'a proposé un nettoyage complet des oreilles (250 bahts, 5 euros), ce que j'ai accepté. Après m'avoir placé des rondelles de concombre glacé sur le visage qu'elle a recouvert d'une serviette, elle a introduit des petits bouts de papier dans l'orifice de chaque oreille, et, lentement, les a tournés en vrille. Cela a duré trois quarts d'heure. J'ai eu l'impression qu'ils atteignaient mon cerveau. Ce n'était pas désagréable. Mais tout de même un peu surprenant... Bon ! J'ai essayé de retarder ma conclusion jusqu'au dernier moment. Mais, pour en finir, il faut bien que je vous raconte mon expérience de la Sukhumvit soi 4, qui se trouve au nord-est de la ville. Nourries aux loukoums... Pour m'y rendre, je suis passé, à pied, par la Nana Plaza, dont j'ai fait le tour à plusieurs reprises. Il y a dans le secteur des hôtels luxueux, comme le Sofitel, ou bien encore le Grace Hotel... Cet établissement est le point de ralliement des Musulmans qui viennent à Bangkok. Tout autour, les hommes, coiffés d'akal ou d'un simple calot, déambulent en chemise brussa et ample jellaba. Les femmes qui les accompagnent sont toutes habillées de noir, mais ne sont pas voilées. Leurs enfants portent souvent costume clair et cravate. Dans les restaurants et les étals des rues adjacentes, on peut déguster du chawarma (lamelles de boeuf mariné), de l'humous (purée de pois chiche et graines de sésame), et de nombreuses autres spécialités arabes dont je n'ai pas retenu le nom. L'alcool ne manque pas... Et les filles aussi... Elles se reconnaissent facilement : elles sont toutes bien grasses. On dirait qu'elles ont été nourries aux loukoums dès le sevrage... Pour rejoindre la Sukhumvit soi 4, je n'ai eu que la rue à traverser... C'est pourtant un tout autre monde... Jauger la bourse... Dans cette artère de cinq cents mètres de long, tout au long du trottoir, on trouve deux à trois cents prostituées thaïs (parmi lesquelles un tiers de jeunes étudiantes), une trentaine de bars, deux boutiques de change, deux points Internet, une supérette "7 Eleven", mais pas de "gogo girls". Au début de la Sukhumvit soi 4, mais en retrait de la rue, je découvre l'endroit le plus glauque. On y accède directement par un porche. Il est composé d'une vaste cour centrale, bordée d'une vingtaine de bars et de "gogo girls". De chaque côté de l'entrée, il y a un escalier sombre permettant d'accéder aux trois niveaux supérieurs, aménagés en coursives circulaires tout autour de la cour, sur laquelle on dispose d'une vue plongeante. A chaque étage, à touche-touche, des salons de body massage, et des "gogo girls". Et, dans tous les couloirs, d'avenantes jeunes filles, installées à la queue leu leu, si l'on veut bien me passer l'expression... Dans l'angle de l'un d'eux, quelques-unes, en string et soutien-gorge mettent une ultime touche à leur maquillage. Certaines ont les épaules ou les reins tatoués. Bien entendu, je suis sollicité tous les cinquante centimètres. Les filles me frôlent souvent. Au premier "tour de piste", sans doute pour mieux me jauger, l'une d'elle, s'enhardit même, au passage, à soupeser ma bourse... Pour être plus précis, cette expression devrait d'ailleurs être mise au pluriel... En dépit de la chaleur, je grimpe gaillardement quatre fois les trois étages... Finalement, j'entre au "Carnival"... Prémonition ? Je me remémore un vers de la "Divine Comédie" de Dante, quand celui-ci se trouve face à la porte conduisant aux Enfers : "Lasciate ogni speranza voi ch'entrate" ("Abandonnez tout espoir vous qui entrez"). Extraordinaire féminité Dans ce "gogo girls", une trentaine de Thaïs magnifiques se trémoussent sur scène. Elles sont jeunes, - 20 à 25 ans -, très minces et souriantes. Leurs corps dégagent une extraordinaire féminité. Je n'ai d'yeux que pour deux d'entre elles : la "1" et la "3". Tout d'un coup, je pense à un ami, Michel Barelli, journaliste à nice-matin, décédé tragiquement fin janvier, à 54 ans, à San Diego (Californie). Michel avait été invité par la General Motors, pour le compte du journal, dont il assurait avec brio la rubrique "automobile". Pour les lecteurs du quotidien, il devait assurer un reportage sur un nouveau modèle du constructeur américain. Hélas ! En procédant aux essais, Michel a eu un accident. Et, si son confrère du "Dauphiné Libéré" s'en est tiré sans une égratignure, lui, est mort sur le coup. Je pense à Michel, car quelques années plus tôt, cet excellent professionnel avait rédigé une remarquable série de reportages sur les prostituées de l'est de l'Europe, qui arpentent le quartier de l'Arénas, à Nice. Les "papiers" étaient "vécus", vivants, complets. Michel était un excellent père de famille et un catholique pratiquant. A la lecture des articles, je m'étais tout de même posé la question : par déontologie professionnelle, Michel était-il allé jusqu'au bout de son enquête ? La "1" ou la "3" ? ... Sur scène, la "1" et la "3" continuent de se dandiner... ... La "1" ou la "3" ? J'appelle une serveuse. Et, d'une voix qui ne me semble plus être la mienne, je me surprends à lui glisser : "J'aimerais inviter la "1" à boire un verre". L'employée en fait part sur le champ à la fille. "Moi ? Moi ?" Avec ses mains, la "1" montre sa surprise. Visiblement ravie, elle quitte la scène, me rejoint, et commande un Coca. Mon anglais étant des plus primaires, je suis incapable de lui expliquer ce que j'attends d'elle. D'ailleurs, à ce moment, je ne suis pas sûr du tout de vouloir mener l'aventure jusqu'à son terme. Qui va l'emporter ? Mes principes moraux ou ma conscience professionnelle ? Quelle que soit l'issue de cette alternative, je comprends, au bout de quelques palabres, que je dois m'acquitter de 2000 bahts (42 euros), montant d'un "shortime". Ignorant tout de la marche à suivre, je tends les billets à la "1", qui va elle même les donner à la Mama san. Mais elle tarde à revenir... Une autre employée s'approche et me rassure : "Patientez deux minutes, votre amie est en train de s'habiller"... Ce qui me surprend, car je croyais avoir payé pour qu'elle fasse l'inverse... De nature modeste.... Quelques instants plus tard, la "1" me rejoint. Elle a revêtu un T-shirt qui laisse deviner la pointe de deux petits seins, et un mini-short moulant en jean. Ses jambes sont extraordinaires. Cette fille a vraiment un physique qui correspond en tout point aux canons que je me fais de la beauté. Elle me prend par la main, me sourit, me fait sortir de la boîte, et, à quelques mètres de là, me conduit, par un escalier, à l'étage supérieur. A ce niveau, c'est le moment de repasser à la caisse... Une autre Mama san, antipathique, me réclame cette fois 350 bahts supplémentaires (7,50 euros) pour le "barfine". Puis, m'interroge sur le nombre de "condoms" souhaité. "Un", "deux" ? Par nature, je suis modeste... Je m'entends mécaniquement répondre "Un" ! "Vingt-cinq bahts" me répond avec indifférence la Mama san... Une fille pudique Je me retrouve dans une chambre d'une quinzaine de mètres carrés, coquette et très propre, disposant d'un WC et d'une douche. La fille règle à son goût le bouton commandant l'intensité de la lumière. Son choix me convient très bien. Pendant qu'elle m'invite à me déshabiller, elle fait, de même, dans son coin. Je jette un coup d'œil à sa culotte, qu'elle vient de jeter négligemment au pied de mes baskets. Elle est en fine dentelle, de couleur chair. Puis, elle me montre la douche. J'obtempère. La fille passe à la douche elle aussi. J'admire la courbure de ses hanches, le creux de ses reins, le galbe de ses jambes, le velouté de sa peau... Elle continue de se savonner, mais ne se tourne pas. Elle doit être pudique, et paraît même un peu gênée... Comme je le suis d'ailleurs, moi aussi... Au point où j'en suis, j'oublie mes vieux préceptes judéo-chrétiens. Je suis un être humain. Avec quelques qualités, peut-être. Mais, en tout cas, beaucoup de défauts. In peto, j'éprouve le besoin de demander pardon, à je ne sais pas trop qui, - ma famille, sûrement, et peut-être, au Bon Dieu -, car je me rends très bien compte que, désormais je n'ai plus la volonté de reculer. "In coda venenum" La fille a terminé de se doucher. Sur le lit, je l'attends... Elle vient face à moi... Dévoile sa nudité... Et, voici que le Ciel semble s'écrouler sur ma tête ! Car, désillusion suprême, je découvre que ce n'est pas une fille : c'est un mec ! Un travelo ! Si quelqu'un m'avait posé auparavant la question, je lui aurais répondu estimer, de toute ma vie, avoir aussi peu de chance de rencontrer un transsexuel qu'un centaure ! Eh bien, en face de moi, ce n'est pas un centaure... Pourtant, je vous l'assure, la "fille" était d'une sensualité et d'une féminité extraordinaires. Pas de pomme d'Adam naissante. Pas la moindre intonation rauque dans le timbre de sa voix. Pas l'ombre apparente de pilosité... Je suis atterré. Certes, les relations entre la "fille" et moi en sont bien évidemment restées là. Mais, devant cette Bérézina, je me sens humilié. Je me mets à penser aux femmes qui se sont faites violer, et à celles qui ont failli l'être. Jamais, je n'avais pu imaginer, jusqu'à présent, le traumatisme auquel elles ont été confrontées. Bien sûr, le choc que j'ai subi, ne peut se comparer au leur en aucune manière... Pourtant, de retour à l'hôtel, pour me laver de cet affront, j'éprouve le besoin de prendre trois douches d'affilée... Puis je repense à la Sukhumvit soi 4. Je revois les flaques croupissantes de cette rue ; les méandres sans fin des filets d'eau nauséabonds de ses caniveaux ; et puis ses trottoirs, désormais vides... Des trottoirs parsemés de mégots, dont la moitié, au moins, portent les stigmates colorés des sourires qui se sont fanés...
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