
voyageurasi au bord du Mekong, Issan, Thaïlande

21 avril 2008 à 21:02
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Un debut de discussion avait demarré en decembre sur vf cambodge...Aujourd'hui cette crise a déjà des consequences : le retour d'ouvrieres d'usine textile au village..leurs salaires (meme recemment augmentés de 6USD) ne leurs permettent plus de se nourrir!... Dans des economies d'autosubsistance, on s'en sort globalemmment mieux à la campagne qu'en ville, sous reserve de ne pas avoir vendu ses terres... malaise + profond que celà, Thaïlande, Laos et, Vietnam compris, au delà des mots....
http://www.grasset.fr/...1&ligneArticle=0 Le Papier Ne Peut Pas Envelopper La Braise : cette phrase, confidence d’une prostituée, a donné le titre à ce film parce qu’elle résume le tragique de la situation dans laquelle se trouvent ces jeunes Cambodgiennes, contraintes de vendre leur corps par la misère, par la faim, par la violence familiale, par la maladie d’un proche, par la drogue... Paysannes, peu éduquées, acculées à un besoin urgent d’argent, elles n’ont pas eu la “chance” de décrocher une place à l’usine. Pour être ouvrière, il faut acheter sa place : un mois de salaire. Mais l’argent pour corrompre ne suffit pas, il faut aussi pouvoir tenir un mois sans revenu. Mission impossible. Elles sacrifient leur virginité, leur honneur pour la survie de leurs parents qui ne manquent pourtant pas de les dévaloriser, de les culpabiliser ou de les humilier comme le font leurs maquereaux, leurs clients. Considérées par la société comme des êtres de seconde zone, elles ont perdu toute estime d’elle - même. Ce matraquage les jette dans l’impasse, elles ne voient plus comment sortir du cycle infernal. Toutes sont confrontées à la maladie, au cercle vicieux de l’endettement, à un lourd passé familial, à la trahison, au rejet, à la violence des rapports avec les clients et avec les patrons... Elles se heurtent aussi à des choix douloureux comme celui de l’avortement. En échange du sacrifice, la maquerelle les salarie à hauteur de 80 dollars par mois mais c’est rarement la somme qu’elles empochent du fait de leurs dettes ou de sanctions prises à leur égard. Parfois elles vont chercher de l’argent en travaillant à leur propre compte pour à peine 1 dollar la passe. Ces prostituées vivent en précaires, au Building blanc (au coeur de Phnom Penh), territoire dénaturé où elles se mettent en retrait de la société. Thida dite Da, 23 ans, Môm, 22 ans, Sinourn, 21 ans, Aun Thom, 22 ans, Mab, 19 ans, sont les occupantes d’un deux-pièces qui ressemble à un lieu de transit, juste amé- nagé de nattes en plastique dans la chambre, où des valises leur servent d’armoires. Elles ne possèdent rien, ne font pas d’économies, elles ne se projettent pas dans l’avenir. Le peu d'argent qu'elles reçoivent, elles le dépensent pour maintenir cette illusion : être intégrées à la société de consommation. Elles aussi peuvent s'offrir une mangue verte quand elles en ont envie. Une mangue verte, c'est peu de choses mais cela entretient l'impression de liberté. En réalité, elles jonglent, improvisent au jour le jour, avec courage, avec abnégation. Il leur est presque impossible de revenir de cet état où elles sont : “des débris d’ordures”, comme elles le disent. Non pas qu’elles trouvent ça facile d’être une putain et de ven- dre son corps, mais pour maintenir un commerce avec 5 000 riels de bénéfice par jour (à peine plus d’1 dollar), même si on arrive à nourrir sa famille tous les jours, cela suppose de maintenir l’espoir. Or ces jeunes femmes disent que lorsqu’elles ouvrent les cuisses, elles sont mortes, qu’elles ne sont que de la viande sur une planche à découper. Ces femmes-là ne vivent pas d’espoir tous les jours. Corps objets de transactions, vies violées, destins ravagés. Il ne faut pas oublier qu’au Cambodge, tout a recommencé en 1979, c’est-à-dire à la génération des parents de ces prostituées. À travers elles, le film interroge l’état de la société au Cambodge. Pays fracassé par des années de guerre, par un génocide sous le régime des Khmers rouges, par le règne de l’impunité, par la course à l’argent, par la corruption, par le fossé croissant entre pauvres et riches, par un abîme d’incompréhension entre le peuple et les puissants, par d’incessants et stériles rapports de force... Da, la prostituée qui est le fil conducteur du film Le Papier Ne Peut Pas Envelopper La Braise, appartient à cette génération d’enfants élevés dans les camps, et ses amies sont les enfants de l’après-guerre. Pour moi, elles auraient pu constituer, elles aussi, les forces vives de la jeunesse cambodgienne si elles n'avaient pas été si abîmées, si cassées par la vie. Dans un monde fait de mort, d’éclatement familial, de codes d’honneur, d’amours brisés, elles se débattent avec leur passé, celui de leur famille, celui de leur pays. Comme dans La Terre Des âmes Errantes où les ouvriers creusaient un fossé pour “planter” une fibre optique, comme dans “Les gens de la rizière” où la vie d’une famille de paysans bascule brusquement à la mort du père, ces prostituées questionnent les valeurs traditionnelles de solidarité, d’entraide, d’amitié, d’amour, de justice, elles s’interrogent sur leur place dans la société, sur l’avenir d’une jeunesse en mal d’identité, en quête de repères, qui représente aujourd’hui plus de la moitié des treize millions de Cambodgiens. Parce que le silence est toujours pour les “putains”, j’ai voulu qu’on entende celles et ceux dont on parle plus souvent en termes de statistiques, de rapports d’ONG, de population cible, ceux qui s’effa- cent derrière de vastes (et nécessaires) politiques de lutte contre le sida, contre le trafic d’êtres humains. J’ai voulu qu’on les regarde avec d’autres yeux. Un visage, une voix, un nom. Être avec. Pas dans les bars, pas dans les karaokés mais chez elles. Leur parole se lève ici contre la négation de l’humain. Rithy Panh
(Ce message a été modifié par voyageurasi le 21 avril 2008 à 21:05.)
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