
hialle Pau, France

29 janvier 2008 à 11:26
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Après cette escapade de 3 jours à pied, on avait prévu de louer une voiture une semaine et aller au grès des envies dans les villages en faisant une grande boucle à l’ouest de Chiang Maï. La voiture nous permettait de nous arrêter en fonction des envies, de sauter des étapes ou de rester plusieurs jours au même endroit. On retrouve l’agence dans laquelle on avait réservé la voiture, un 4x4. Au départ, on imaginait bien sûr un gros 4x4 comme on en voit dans nos villes, gros et tout noir … c’était pas vraiment notre genre, mais pourquoi pas, pour une fois on pouvait bien assumer nos contradictions. Arrivés devant la voiture, on était un peu surpris. Non parce qu’elle était blanche, mais parce qu’elle ressemblait plutôt à une 4L améliorée. Les pneus lisses furent changés à notre demande et heureusement, le klaxonne marchait parfaitement, ce qui est indispensable dans ces pays. On se demandait comment on rentrerait à 5 avec en plus nos 5 sacs à dos à l’intérieur. En se tassant un peu, ça devrait le faire. Comme dans les 2CV, une belle barre au milieu de la banquette arrière. Pas grave, on s’échangera régulièrement les places. Et nous voilà parti, l’Homme au volant comme dans toutes les « bonnes » familles. Ehhhh !!!! Xavier, on roule à gauche en Thaïlande … inutile de crier, la voiture nous arrivant en face fut plus efficace pour le lui rappeler. Direction Pai. En théorie, ou au moins sur la carte, il y a 135 Km. Avec les détours, on en fera beaucoup plus, histoire de prendre les chemins de traverse. Entre la conduite à gauche et les panneaux souvent illisibles, arriver au bon endroit tient de la prouesse et on essaye de décrypter les signalisations en comparant l’écriture thaï à celle de la carte. Mais cela devient vite un jeu d’enfant. La campagne nous étonne toujours autant, on traverse de grandes forêts de tecks, des rizières et s’arrêtons régulièrement dès que l’envie nous prend. La traversée des villages est toujours un moment très particulier. Les habitants n’ont pas l’air très habitué à voir une famille débarquer comme ça, mais après les premiers instants d’hésitation, un peu de dialogue peut s’installer. Pai est une petite ville sympa, plutôt un gros bourg, s’étalant le long d’une grande route principale et l’ambiance est calme. Peu de touristes, quelques restos à l’air accueillant. Trouver de quoi se loger est facile, des petits bungalows autour d’un minuscule lac font parfaitement l’affaire. Il n’y a plus qu’à faire une grande lessive familiale.
Le lendemain, un breakfast excellent nous permet de partir à pied sans trop s’inquiéter de faim précoce. Un truc qu’on aime beaucoup faire dans ces cas là, c’est de partir dans la campagne sans savoir où on va. Il y a beaucoup de villages autour de Pai, et c’est la surprise assurée à tous les coups. Certaines fois, on se sent un peu comme des inquisiteurs, d’autres fois, on nous accueille avec plein de sourires, d’autres fois, on a l’impression d’être presque inaperçus si ce n’est quelques coups d’œil. On nous propose de la ganja … mais nous ne sommes pas les bons clients. Sur les chemins, mêmes les insectes ont d’autres allures que chez nous et on passe beaucoup de temps assis au bord des chemins à regarder ces énormes fourmis au travail. On continue comme ça toute la journée, marcher au grès des chemins à travers les rizières et les villages ou découvrir des chutes d’eau derrière un virage. Le soir, on rencontre une famille avec deux enfants. Ils voyagent comme nous, mais en bus. Plus courageux !!! on a le temps de discuter, il tombe des seaux d’eau dans une nuit noire. On reprend notre superbe 4x4 direction Mae Hong Son. La route est montagneuse, mais notre voiture monte courageusement les côtes. Premier arrêt aux grottes de Tham Lod. Une rivière souterraine majestueuse (au moins dans le souvenir), qui a creusé dans la roche quantité de chambres où il est facile de se perdre. Stalactites et stalagmites à profusion. La région est aussi riche en sources d’eau chaudes. L’odeur n’est pas toujours extraordinaire, mais le spectacle vaut toujours le coup surtout si l’on tombe dessus un peu par hasard au milieu d’un champ. Pour imaginer la photo, il suffit de mettre une cocotte minute au milieu d’un tapis vert. Se sont en fait de petites marres d’eau chaudes. Des petits sacs sont immergés dans l’eau. C’est tout simplement des sacs de riz que les paysans mettent à cuire pendant la journée. Economie d’énergie. Comme d’habitude, repas dans un petit resto au bord de la route. C’est drôle comme on ne s’y arrêterait pas en France parce qu’ils ne sont pas toujours d’une netteté absolue. Mais la nourriture est toujours excellente, et tous les intestins sont en pleine forme. Les côtes s’accentuent et la voiture commence à avoir vraiment du mal à les grimper. On doit être à 10 Km de la frontière birmane. C’est toujours impressionnant d’avoir un pays en destination et d’en frôler d’autres, surtout celui-là. Il faudra attendre encore quelques années pour y aller. On arrive après bien des virages au village de Mae Lana. Superbe, blotti au milieu des rizières. Un seul regret, ne pas y rester plus longtemps et échanger davantage avec les gens. Mais une fois de plus, la barrière de la langue nous embarrasse et les gestes remplacent la parole, ce qui provoque toujours de franches rigolades. On retrouve la piste pour redescendre mais avec les pluies, ça glisse un maximum et devient même parfois un peu périlleux. Le chemin disparaît régulièrement sous l’eau qui le dévale. On respire en retrouvant la route principale de Mae Hong Son. Un certain nombre de cols sont franchis où des femmes attendent les touristes avec quantités de tissus colorés brodés. Les vues sont splendides sur la plaine et les montagnes même si le ciel est bas et on s’arrête de nombreuses fois pour rentrer dans des petits temples. On trouve une GH splendide tout en teck au bord du lac de Mae Hong Son, vraiment très belle, spacieuse et nickel. Un gros insecte nous nargue dans le coin d’une des chambres, mais on s’efforce juste de le chasser gentiment. Ne pas tuer d’animal, réflexe que l’on a souvent chez nous. La journée du lendemain est sans surprise au niveau du climat. Comme d’habitude, le ciel est couvert en début de journée, il se dégage ensuite montrant un bleu particulier pour se transformer en douche le soir. Première envie, aller au marché. Ces lieux sont toujours extraordinaires, la vie de tous les jours est là, on achète, on vend, on discute, on peut trouver de tout. C’est bruyant et coloré, très vivant. Un dilemme se pose à nous. A quelques kilomètres se trouve le village d’une population de réfugiés qui a une particularité. Les femmes se mettent des anneaux autour du cou, comme les femmes girafes africaines. Enlever ces anneaux leur briserait le cou. Le village des Long Neck Kayan Lahwi, membre de l’ethnie Karen, réfugiées de Birmanie n’est qu’à quelques kilomètres de Mae Hong Son. Fallait-il ne pas y aller comme le conseillait à l’époque le GR, soutenir l’exploitation indécente de ces femmes en y allant sans se poser de question, ou y aller pour ouvrir nos yeux à des coutumes tellement éloignées des notres ? Nous avons décidé d’y aller, en expliquant le sort de ces ethnies réfugiées à nos enfants. Le chemin pour s’y rendre est magnifique. On traverse la forêt en se croyant au milieu de la jungle, on croise un grand nombre d’éléphants et on franchit souvent la rivière à guet. Pour rentrer dans le village, première chose, acheter des tickets. Comme au zoo. Mais cet argent est reversé à la population. Il leur est en effet interdit de cultiver les terres, et le tourisme est quasiment la seule ressource. Au moment où on arrive, les quelques touristes encore présents partent, et on se retrouve tout seul dans ce village. C’est l’heure de manger. Alors on traverse le village en parcourant la rue principale. Quelques têtes sortent des maisons, et on voit les femmes et les jeunes filles avec leurs anneaux autour du cou. Notre premier sentiment est un certain malaise. C’est vrai que cela donne une tête haut perchée très étrange. Passé la première impression et quelques échanges de sourires, on continue la route comme si de rien n’était pour aller tout au bout du village. On s’assoit et un homme semblant assez jeune vient nous voir, rapidement rejoint par quelque gamins. Il nous intrigue, on l’intrigue, mais au bout de quelques temps, il voit en nous une famille somme toute comme toutes les autres. Alors tout heureux, il nous fait signe de l’attendre et revient quelques minutes plus tard tenant avec précaution un grand panier en osier. A l’intérieur, une petite tête brune dépasse, son premier enfant d’à peine quelques jours, un garçon. Il fallait voir la fierté de ce jeune père. On est resté longtemps avec lui et les gamins qui, curieux, se rassemblaient autour de nous. Des petites filles sans anneaux, libres de leurs mouvements, et d’autres un peu plus âgées à qui on avait déjà mis ces colliers étranges. En même temps, leur habit change, plus de tee-shirt de toutes les couleurs mais le costume traditionnel blanc brodé et une coiffe. Elles avaient sans doute passé l’âge de la puberté. Une mamie, avec ses 5 petits-enfants est venue discuter aussi un petit moment. Il fallu repartir. On a quitté ce village avec un mélange de joie et de tristesse. Heureux de ce moment passé où pendant l’espace de quelque temps, rien de différenciait les deux familles. Des parents, des enfants qui discutaient en riant. Mais un passé et un avenir tellement différent … comment imaginer qu’on puisse rester « parqué » de la sorte, sans liberté aucune, sans autre ressource que celle du visiteur qui vient en inquisiteur, pour voir, et repartir vers des lendemains si loin de leur vie de tous les jours. Cette privation de liberté nous a procuré un malaise bien plus grand que ces femmes au long cou.
Pascale.
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