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jfontanieu
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Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient

27 juillet 2009 à 7:19
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Ahlan, Shalom, Salam, Merhaba :cool:

C'est le moment de quitter le Moyen Orient ! Il y a eu pour arriver dans la région un très joli voyage musulman (d'Egypte aux Emirats en passant par l'Iran), à l'automne 2008. L'hiver fut passé à vélo, sur les sublimes routes omanaises. J'ai passé le printemps à découvrir quelques perles de la région, entre Abu Dhabi et Koweit, Doha et le Dhofar omanais. Il est temps de repartir.

Comme d'habitude, je copie/colle les écrits qui sont à l'origine mis en ligne sur mon blog. C'est un détail, mais avec la petite manipulation les légendes des photos (se dévoilant grâce au curseur de la souris) n'apparaissent plus. Pardon pour cette erreur technique qui mine de rien enlève une bonne partie de l'intérêt (je m'applique, sur ces légendes !!).

Ah et j'allais oublier, je me présente pour ceux qui ne me connaissent pas :nerd: Jérémie, 20 ans, aime la vie et l'humanité. Dans la région pour mes études, j'en sors avec une petite culture islamique et une bonne pratique de l'arabe et du fârsi ; le voyage à venir sera l'occasion de pratiquer l'hébreu et le turc, également appris. J'espère que le voyage vous plaira :)


jfontanieu
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

27 juillet 2009 à 7:20
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Sortie du Moyen Orient

Attention les jeunes ; mes biens chers frères, mes bien chères soeurs :nerd:

Il est temps d’annoncer officiellement le voyage de l’été 2010 et la fabuleuse sortie du Moyen Orient qui m’attend. On se tait et on regarde :love:



Plein sud, ce dimanche 2 août 2009 (et jour de mes 21 piges, allay). Traversée du Yémen en bus et, si j’en sors vivant, arrêt dans sa mythique capitale et son non moins sympathique sud. Après 10 jours environ, cap sur le Royaume saoudien et ses capitales religieuse et politique. Le passage par Médine, où est enterré le Prophète Mohammad, n’est pas encore décidé. Le nord en tout cas, jusqu’à la Palestine où je passerai 10 jours à nouveau. Ce voyage du retour devrait être conclu par deux petites semaines turques.

L’expédition sera bien plus incertaine qu’à l’aller, en tout cas : risques de kidnapping au Yémen, d’attentats un peu partout, de se faire recaler à la frontière cisjordanienne par les autorités israéliennes ou de ne pouvoir librement circuler sur les routes yéménites… Gageons que tout se passera bien, Inshallah kheyr, et ce dans la mesure où les autorités divines me guident encore et toujours, Allah ma’i. Ah et pour ceux que la langue arabe fatigue, réjouissez-vous : j’ai appris l’hébreu et le turc est en route. Hakol beseder ! :nerd:

Je conclus cette introduction par la révélation d’une photo prise au moment même du départ parisien, le 4 octobre 2008. Je prends la route, cette fois également, sans affaires ni vêtements. C’est parti :)


jfontanieu
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

3 août 2009 à 14:37
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Introduction : la traversée du vide

Afficher Sortie du Moyen Orient sur une carte plus grande

Ce voyage moyen oriental a une force incontestable, en comparaison avec celui de l’automne 2008: il démarre à même le sol, sans qu’un vol d’avion soit nécessaire et lui donnant une certaine classe, je trouve, comme si je partais de chez moi à pied découvrir le monde. On va voir que cette classe là se paie ! En apparence c’est bien départ Musqat, il est vrai, mais le Yémen étant le véritable début du voyage ces deux premiers jours ont constitué une sorte de longue introduction dont je suis venu à bout, tout de même, avec un certain bonheur. Voyons ce premier acte :)
Abdul Rahman m’a déposé à 7h à mon bus pour Salalah et ce fut ainsi le dernier des frères indiens à qui je disais au revoir, ce 2 août 2009. J’ai passé ce premier jour de ma 21è année assis, à refaire un trajet déja effectué il y a à peine deux semaines lors de mon petit weekend dans le Dhofar. Pas de larmes ni de peine pour autant, puisqu’il y eut le petit catalogue de plaisirs que les cohabitations si concrête avec les kopains du sous continent indien et, surtout, arabes, rendent inévitables. Parce que c’était moins pakistanais qu’il y à deux semaines, et que quelques familles omanaises, du sud, formaient une bonne minorité rivalisant avec les purs. Mon voisin fut l’un des seuls indiens du parcours et, à vrai dire, nous n’avons guère conversé. Il y eut deux films hindis assez bruyants mais plutôt sympathiques (ah ça, dès qu’ils se mettent à danser!) ; il y eut aussi ce sentiment de liberté soudain réalisé, plusieurs heures après le départ déjà ; il y eut surtout ce très joli silence qui précéda notre entrée à Salalah et, après l’excitation que suscita encore la traversée du nuage de la mousson et le début de la longue descente, un long moment sans bruit, à la fois paisible et de fatigue.

J’ai erré quelque peu ; j’avais un bus pour le Yémen le lendemain matin (6h) et pas grand chose à faire. J’ai tenté de changer de l’argent, en vain, et suis tout de même allé manger puis prier un coup. Et puis j’ai poussé jusqu’au point d’où partirait le bus et un petit groupe s’est formé autour de mon humble personne, regroupant notamment bengali, un pakistanais et un yéménite. Discussion insignifiante assez simple et sympathique, d’autant plus qu’elle aboutit sur une invitation de l’ami pur (c’est la deuxième fois je sais ; Pakistan signifie pays des purs!) à passer la nuit à la maison. Ce que je fis avec son ami qui venait de débarquer de Musqat, avec d’autant plus de joie que cela me permettait d’appliquer la consigne qu’à peu près tout le monde m’avait donné (y compris, à cet instant, le kopain bengali) : ne fais confiance à personne :nerd: . Sur place avons-nous quelque peu discuté et j’ai tranquillement bossé mon hébreu (j’ai pris des photocopies pour le Yémen :o), divers commentaires sur les combats de chien à la télévision (pakistanaise) et le Président Gilani venant mettre un peu de rythme. J’ai paisiblement dormi, quoi qu’à peine 4h30 après une dernière nuit à Musqat qui avait déjà été courte.






Le bus à 6h me donnait en effet l’opportunité de taper un peu plus dans le religieux avec la fameuse Salat al Fajr, première prière de la journée qui doit être éxécutée avant le lever du soleil (dont 5h du mat, allay). Mes kopains pakistanais m’ont joliment salué et je me suis rendu à la mosquée du coin. J’ai pensé qu’il faudrait que j’éclaire un petit peu sur certaines modalités qui sont intéressantes, je crois : il y a cinq appels à la prière par jour chez les musulmans (aube, midi, après midi, coucher du soleil et soirée) et à chaque fois ou presque, selon les mosquées et leur imam, un labs de temps pour que les soumis (musulmans) arrivent et se fassent le traditionnel brin de toilette. Or je suis arrivé au taquet, un peu trop tôt tout simplement puisque j’ai bien attendu un quart d’heure avant que la fête commence. Cet excès de zèle, que l’on me pardonnera, fut tout de même l’occasion de goùter au charme de l’arrivée progressive des frères et, notamment, de la récitation de la prière pour certains d’entre eux à voix distinctible, donnant à l’ambiance une musicalité assez superbe. Mon devoir acquitté, je suis allé prendre mon bus. Le coeur pur, comme me disent tous ceux qui parlent ici de l’Islam.

Je savais, en me rendant au coeur du Yémen par la route alors qu’à peu près tout le monde, y compris des kopains yéménites (Ambassade à Musqat) m’avaient conseillé de prendre l’avion, qu’il faudrait que je tape l’amitié dans les bus histoire de ne pas me faire kidnapper dès la pause pipi (:nerd:²). Je n’ai même pas forcé, pourtant, et c’est presque Salem qui est venu discuter et avec qui j’ai passé l’essentiel de cette deuxième journée de mon voyage ; le bus parti vers 6h30, nous avons pris une autre route que celle, magnifique mais certes assez technique, empruntée lors de mon expédition yéméno-dhofarite. Pas de montagne du tout, ainsi, et carrément l’opposé : le désert. J’ai déjà écrit sur le coeur géographique omanais, vide, et il a fallu attendre longtemps, ce lundi 3 août, pour en sortir. Car il n’y avait toujours pas les sublimes dunes du Rub el Khali (quartier vide, le désert de la péninsule) et seulement le néant, rien, la mort, l’ennui je ne sais trop quoi encore. Heureusement que la bande, à bord du véhicule, faisait monter l’ambiance : Salem avant tout, qui m’a surtout rassuré (il allait à Sayun lui aussi et m’a convaincu d’éviter le coeur du pays, nous en reparlerons), mais aussi deux kopains omanais et de djeunz émiratis assez classes. Nous nous sommes arrêtés pour manger, après le passage sans accroc de la frontière (j’avais tout de même purement et simplement barré “sifara faransiya” – ambassade de france, du visa édité par l’ambassade yéménite à Musqat ; histoire de ne pas aggraver mon cas bien sùr ! :love:).






Ce petit moment fut la première vraie bouffée yéménite. Village désolé, pauvre, sale, des hommes seulement à l’exception de bien noires (et jolies) gamines faisant l’aumône et allant jusqu’à chiper les restes des clients du restaurant. Nous faisions très touristes, avec les kopains émiriens, et sommes repartis dans le car sans trop rien dire. J’ai filé une bouteille d’eau à l’une des petites que mes mais j’ai pas d’argent yéménite! n’avaient pas convaincue.

Le désert à nouveau. L’ennui un peu, et vers 16h sombrais-je un petit peu après ces deux dernières nuits. Heureusement qu’il y avait cette pure musique de bédouin que mettait trop fort le chauffeur, et surtout que le paysage s’est enfin débloqué. La fin d’après midi pointait et après avoir roulé toute la journée le sol s’est comme ouvert et nous nous sommes retrouvés sur un plateau que d’immenses wadis perforaient soudainement, donnant à l’ensemble des allures lunaires assez impressionnantes. Et puis nous avons fini par nous engouffrer dans l’un d’entre eux, immense : le Wadi Hadhradamawt, long d’environ 50km et au coeur duquel se trouve la ville Sayun. Quelles émotions, quel plaisir de pénétrer cette immense vallée fertile après presque deux jours de désert ! Comme un paradis, que les habitants (enfin des yéménites!), tous arabes, rendaient si beaux. Des motocrottes partout, des camions, des gamins qui jouent au foot entre les plentations et la lumière parfaite de la fin de journée qui se glisse sur les immenses pierres qui entourent le wadi. J’arrivais à Sayun la nuit tombée. Epuisé, arrivé au bout de mon long prologue. L’aventure pouvait commencer.













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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

3 août 2009 à 15:25 · modifié par Mékong le 3 août 2009 à 15:37
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salut JF
très beau voyage que tu commences làSourire. j'aime bien ta manière d'aborder le monde qui t'entoure.
merci de le partager avec nous

"Voyager c'est s'attacher et s'arracher. On n'arrête pas de vivre ce couple de mots tout au long de la route" Nicolas Bouvier

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Re: [Mékong] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

5 août 2009 à 13:56
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Chukran akhi ! Le ton un peu personnel (et égocentrique) rend mon oeuvre un chouilla difficille d'accès pour ceux qui ne sont pas déjà mes proches, je crois... Merci donc :)

Je crois aussi que cela va être joli ce voyage. Après une longue introduction je suis arrivé à Sana'a et l'ambiance est vite devenue merveilleuse. Peut être croiserai je Phil :D


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

5 août 2009 à 14:04
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Mise en orbite

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Il faut ouvrir avec un mot sur Sayun, la première des mes hôtes yéménites, dans la mesure où j’y ai passé un petit moment le soir de mon arrivée, lundi 3 août, comme une partie du lendemain. L’immersion fut assez intéressante, évidemment, et je me suis vite retrouvé dans un restaurant, ce soir là, épuisé mais ayant tout de même faim (tout de même). La plupart des djeunz bossant se donnaient des ordres en hurlant et le boucan dans les cuisines ajoutaient un petit peu à l’anarchie sonore ; c’est donc à moitié assomé que j’ai dégusté mon foul, me rappelant au bon souvenir d’Alep. Je les ai longuement observés, les collègues. Des arabes, mais sans la joie ou le sourire particulièrement propres au Proche Orient, à la Syrie ; ce n’était pas aussi sombre que ce que j’avais vu lors de mon expédition il y a deux semaines, néanmoins. Je me suis ravi de ma première séance d’observation et ai rejoint des kopains dans une boutique de fringues histoire de s’intégrer un peu mieux. C’est qu’ici la plupart des hommes portent une sorte de jupe (ou serpillère avec de jolis motifs) qu’ils nouent simplement à la hanche, comme à la plage quoi :nerd: avec ce mewazz, généralement une chemise (comme en Syrie). J’ai acheté les deux et, souriant aux ma mouchkila ma mouchkila de l’un des collègues (qui assurait qu’il n’y avait pas de problême sécuritaire au Yémen), suis-je bel et bien allé me coucher.





Ma première vraie journée du voyage yéménite devait être forte en émotions avec la visite de Shibam, l’antique cité du wadi Hadhramawt, puis la poursuite de la route vers l’ouest afin de gagner, insha Allah, la capitale le soir même. La mission fut accomplie, et de manière fort honorable, pour Shibam. La ville, vieille d’au moins 2000 piges et dont les hauts immeubles (du XVIè siècle “seulement”) lui ont valu le nom de Manhattan du désert, est située à une vingtaine de bornes de Sayun et c’est donc en taxi que je m’y suis rendu. Le souci avec Shibam, c’est que de haut la ville rend super bien mais que en haut ce sont les montagnes qui entourent le wadi et que parfois des types fêtent l’escalade des touristes en s’y faisant sauter pour le plaisir (pour Al Qaida surtout, 6 sont morts début 2009) (d’ailleurs Ben Laden est originaire d’Hadhramawt, bigup!). Bref il a fallu expliquer au flic armé qui tenait à m’escorter que Shibam c’est super sùr, Allah ma’i et je vais pas me taper la visite du pays avec un type en kalash à côté de moi. Satisfait de ma prestation, je fus déposé tout seul à l’entrée de la ville, le chauffeur me souhaitant bonne chance (je n’ai pas compris d’ailleurs).

Le site même de Shibam est assez impressionnant avec ses petites ruelles dans l’ombre des tours, si je puis dire. Il faisait très chaud et il n’y avait guère que quelques chèvres et de timides gamins à saluer ; je n’ai pas été bouleversé par la visite de cette ville dont la beauté, pourtant, est assez évidente sur les photos. Il faut dire qu’elle est très sale, pauvre et que ses fils électriques gâchent un petit peu la fête ! J’ai pensé à Petra et les descendants des nabatéens dépourvus du génie de leurs ancêres. Un peu plus tard, j’étais de l’autre côté du wadi, dans la banlieue de Shibam (sic) qui donne accès aux fameuses montagnes. Des types ont insisté un peu lourdement pour monter en ma compagnie mais je leur ai expliqué que je ne voulais pas mourir aujourd’hui et, plus honnêtement, que je n’avais pas vraiment 2h à écouler pour prendre une photo. La famille se contentera des vues du sol.















Fin de matinée, ce mardi, et début de longues négociations pour rejoindre l’ouest du pays. Il faut faire un petit point sécuritaire : le cœur du Yémen, désertique (le wadi Hadhramawt est juste une parenthèse, en fait), échappe assez considérablement au contrôle des forces nationales et Al Qaida y est maintenant tranquillement implanté (les choses étant probablement parties pour s’empirer dans les années à venir au vu de la situation en Afghanistan/Pakistan). Les islamistes ne sont pas le seul souci de Saleh, le Président depuis la réunification forcée du pays en 1991 (république marxiste au sud et Saleh and co au nord), une opposition tribale s’étant constituée à Ma’rib, notamment, qui a le bonheur de se situer entre Sayun et Sana’a. Enfin comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, les chiites du nord du pays assassinent de temps en temps des militaires, alimentant un climat de guerre civile autour de Sa’adah, pas loin de la frontière saoudienne (heureusement que les wahabbites ont promis d’arrêter de bombarder hein !). Bref j’avais beau m’être rendu au bureau de la police touristique pistonné par Hassan, le sympathique Imam du quartier rencontré à la prière de midi, on m’a signifié que la route Sayun-Sana’a était bloquée. Bon. Salem, le kopain du bus de Salalah, m’avait presque convaincu d’aller à Mukalla, au sud, et de prendre la route vers l’ouest mais longeant la mer, loin du désert et des barbus. Le projet n’allait pas pouvoir se faire non plus puisque la voie en question était fermée jusqu’à nouvel ordre! Al Hamdu lillah et il était devenu inévitable, à moins d’attendre 6 mois que les choses se calment (ce qui n’est même pas sùr), de prendre l’avion. Le lendemain à Sayun ou le soir même à Mukallah. Terrorisé par la perspective de rester 24h de plus dans un coin dont j’avais fait le tour (et malgré les invitations d’Hassan comme d’un kopain flic à manger à la maison, etc), je suis monté dans un taxi collectif à destination de la petite ville 300km au sud.



Partis vers 14h, nous avons roulé pendant 4 bonnes heures tant la route pour sortir du wadi ne pouvait se traverser trop vite et vu qu’après le retour au désert, il fallut descendre à nouveau vers la côte. Nous n’avons pas trop discuté avec les kopains à bord ; à la fois parce que les yéménites ont un arabe épouvantable (j’éxagère un petit peu, mais chez la plupart l’effet est le même qu’en Egypte) et parce que j’étais un peu le blanc qui s’invitait au dernier moment dans la voiture (ce qui expliquait que nous étions trois à l’avant, par exemple :nerd:). Il fallut donc se contenter de la traversée du wadi, décidemment merveilleux, et du retour au désert, décidemment vide. Déposé à l’aéroport de Mukallah par la famille, je me suis dit que souvent, lors de mes voyages, ma forte mobilité pouvait compenser l’absence de véritable visite. Le constat s’imposait à nouveau, au moment d’attérir à Sana’a.










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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

8 août 2009 à 16:48
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Sana’a et ses alentours, un peu plus près des étoiles (1/2)

Bon, soyons honnêtes. Le début du voyage avait beau avoir offert quelques superbes moments et les jolies rencontres qui vont avec, le coup de l’avion m’était assez resté dans la gorge et il était promis, en attaquant la visite de Sana’a ce mercredi 5 août, que les choses passeraient à la visite supérieure. Ce qui fut fait, enfin ! Le début du bonheur en trois actes.

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Premier acte et la journée passée dans la capitale yéménite. Je suis sorti en fin de matinée de mon hôtel un chouilla miteux (l’hôtel, hein), ayant un petit peu récupéré de la fatigue de ces derniers jours. La perte de mon cable-téléphone à-la-con a eu le mérite, avec la poussive recherche du magasin high tech qui va avec, de me faire découvrir la “nouvelle ville” qui, comme à Damas ou au Caire, grossit à un rythme soutenu depuis quelques décennies. J’ai beaucoup pensé à Alep, en fait ; car il n’y avait ni ici la modernité de la capitale syrienne ni l’énergie de l’égyptienne : c’était un bordel assez arabe, tranquille, plutôt sympathique même et qui fut une intéressante introduction à la vieille ville, al madinat al qadimat.



Car mettons-le tout de suite par écrit : Sana’a, dans la catégorie “capitale qui représente”, met à peu près tout le Moyen-Orient par terre. Son immense classe est d’abord architecturale, ses innombrables et magnifiques immeubles formant un tissu urbain extrêmement dense ; tellement bien conservés, quasiment tous ornementés de superbes décorations de facades et aux fenêtres, ils font de la traversée de la ville un enchantement assez immense. Il faut ajouter à cette extraordinaire beauté des éléments propres aux centre-villes arabes : les jolies ruelles, le souq, quelques magnifiques mosquées. La préservation de Sana’a force le respect, inspire le vertige et donne raison aux soulants slogans touristiques faisant du Yémen le “joyaux de l’Arabie oublié par le temps”. C’est peut être un peu fort d’extrapoler mais dans ce coin de la région, une telle merveille, si pure, est vraiment inouie.

















Je crois sympathique de revenir sur quelques épisodes ; ce sont eux qui ont rendu la visite de la capitale yéménite un peu plus belle encore que la ville, dans sa sublime apparence, le promettait. L’entrée au moment de l’appel à la prière de midi ; la rencontre avec un nouveau Salem qui m’a emmené jusqu’au toit d’un hôtel d’où les vues étaient forcément magnifiques ; la visite de l’impressionnante Mosquée principale, l’une des plus vieilles au monde (et proche esthétiquement également de la sublime Omeyyade, à Damas), pleine d’environ 500 croyants au moment de la prière ‘asr (après midi). Plus tard dans l’après midi, déambulant à nouveau dans les rues de la ville que la lumière de fin de journée rendait un peu plus belle encore, plusieurs anciens m’arrêtaient. Hey mais t’étais à la mosquée tout à l’heure ! Fraih.





















Deuxième acte ce jeudi 6 août 2009. En fait Sana’a, déjà bâtie en altitude (2000m), est entourée par la chaîne de montagne Haraz ; cet environnement là fait qu’on atteint assez vite la campagne lorsque l’on quitte la capitale yéménite, certes en développement assez matériellement impressionnant (un peu comme au Caire). Il y a de jolies choses à l’ouest et au nord de la ville, et j’ai commencé la découverte de la banlieue de Sana’a (grande banlieue, mettons) par l’ouest. Il fallut tout d’abord trouver un taxi collectif (pijou, la version arabe de la marque de voiture française assez populaire ici, donc!) et attendre que celui-ci soit plein, comme au Proche-Orient. Ce qui fut fait mais tout de même assez tard ; je ne quittai la ville que vers 11h. Il y a à peine 100 bornes pour rejoindre le coin que je voulais visiter, ce jeudi, mais la route devient très vite compliquée, montagne obligeant. Il faisait bon et bien que nous ne parlions pas beaucoup, nous 10 (3 à l’avant, 4 au milieu et 3 à l’arrière ; :mdr: :nerd:), les jolies vues rendèrent les 2 bonnes heures de trajet agréables. Après le déjeuner, tous les collègues avaient sorti le paquet de qat et moi-même fus bien obligé de m’y mettre dans la bonne humeur. Il faut faire un point sur cette plante dont les feuilles sont continuellement machées par environ deux tiers de la population masculine yéménite, et particulièrement après le déjeuner donc. Le résidu, stocké dans un coin de la bouche (donnant aux hommes ici une apparence plutôt originale, la joue complètement gonflée – et les dents vertes :nerd:), donne ses effets au bout de quelques heures : légers vertiges, perte de la faim et sensation de planer quelque peu (et sourire idiot) ; bref si cette drogue fait des ravages assez incroyables (part assez sidérante du budget familial, démotivation totale pour bosser, sessions qat de 3-4h à ne rien faire etc) il s’agissait tout de même d’essayer en bon nerd sociologue que je suis. J’en avais acheté quelque peu la veille dans la vieille ville mais dans la voiture, en route pour Manakha, mes kopains me bombardaient de feuilles alors ai-je mâché de la même qualité qu’eux, probablement à tort d’ailleurs (comme toute dope, il en existe différents types, différentes qualités etc). L’expérience fut sympathique parce que collective, mais je dois avouer que le stock d’herbe (parce que ça a le goût de gazon en fait) ne m’a pas fait délirer tout de suite ; et après qu’on m’ait dit qu’il fallait que je passe l’après midi dessus, j’ai craché le tout et ai attaqué la découverte de la montagne. Je suis pas venu au Yémen pour me bourrer la gueule non plus :nerd:









On m’avait laissé sur le bord de la route Sana’a-mer Rouge, mais je n’ai pas attendu longtemps avant qu’un camion m’embarque aux côtés de types armés et, accessoirement, d’un natif de Ma’rib qui m’a proposé de me rendre au bled avec lui puisque sinon le projet ne pourra pas se faire (pays fermé, fusillade la semaine dernière dans la ville en question). La bande m’a déposé à Manakha, gros village surplombant bien comme il faut une vallée superbe mais dont la vue patissait des nombreux nuages, les hésitations de la météo (il avait bien plu une demi heure, lorsque nous étions en voiture) rendant la visibilité quelque peu limitée. J’ai poussé jusqu’à Al Hajjara, un village bien plus petit et isolé mais aussi joli, accroché au flanc de la montagne au dessus du vide et dont les maisons sont assez superbes, pour ne pas changer de Sana’a. J’ai rencontré dans ce bout du monde un français que je savais dans le pays, la légende Philippe Bichon, mais les deux-trois heures que je passai dans le coin furent si belles parce que solitaires, à vagabonder entre les plentations et à réaliser avec ô combien de plaisir que la vie ici n’a pas l’air d’avoir changé depuis quelques siècles. Le rural, tu peux pas test. La horde de gamins qui voulaient faire les guides touristiques (5-10 ans, certains d’entre eux m’ont même fait une démo de japonais) et quelqu’autres rencontres avec des jeunes du coin ont rendu la ballade assez magnifique. Enfin, comme si la conclusion se devait épique, c’est à l’arrière d’une moto, la musique à fond, que j’ai regagné Manakha puis la route principale. On se rappelle (tous) de la dernière expérience du genre, à quelques kilomètres de la frontière irakienne l’automne dernier ; ce tour là fut tout aussi jouissif ! J’ai quitté la montagne Haraz le coeur fort léger :)
























Sanaa7
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

10 août 2009 à 19:32
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Excellent ! Un récit vivant avec des passages très drôles...un vrai régal.

Par contre, quel est le nom de l'hôtel miteux ? Toujours bon à savoir...

Pour la mosquée, surtout le vendredi (y a t-il de la place pour les femmes ?)

Bonne continuation !


jfontanieu
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Re: [Sanaa7] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

11 août 2009 à 12:22
  Répondre

 
Salam oukhti !

Merci, ces gentils mots me font très plaisir.

Vrai que je ne donne pas beaucoup d'infos techniques (c'est ça, de vouloir être lyrique...) mais il n'y a aucun souci, toutes les questions sont les bienvenues. A Sana'a, c'est le funduq Jazira (l'hôtel de l'île), pas loin au sud de la Bab as Sabah (porte du jour). A 2000 rials la nuit (environ 8e), c'est à peu près raisonnable. Un peu chers les hôtels de la capitale yéménite ! :)

Pour la Jami'a, aucune femme apercue. Je vais écrire à ce sujet mais les femmes sont ici complètement, complètement voilées et les seules qui pénètrent les mosquées le font généralement pour mendier.. :/ je vais écrire sur les femmes au Yémen ; en attendant réjouis toi : dans le post qui suit j'évoque la sublime mosquée de Saleh, immense et qui a de grands quartiers réservés aux femmes :)


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

11 août 2009 à 12:36
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Sana’a et ses alentours, un peu plus près des étoiles (2/2)

J’ai regagné Sana’a assez tard, ayant quitté la montagne vers 18h ; l’épilogue fut assez sympathique pour être mentionné ici. D’abord souvent seul, parfois rejoint par des kopains pour un bout de route, avec le chauffeur d’un pijou ; un type assez sombre qui rompait les silences d’invocations religieuses (que les colocs, lorsqu’il y en avait, reprenaient d’ailleurs en chœur). Ensuite cet arrêt dans un marché sur le bord de la route, incroyablement crade : les stands dans la boue, les frères prenant leur robe ou leur muwazz à la main pour ne pas les dégoutanter, les tomates tombant dans les flaques (drôle, sinon). Mon idée sur le peuple yéménite s’affine peu à peu et cette expérience là fut de ce point de vue très intéressante ; il était surtout 18h passées et, invité par mon chauffeur, je suis allé taper la Salat al Maghreb (du coucher du soleil). Remercier le grand patron, après une telle journée, voilà qui fît bien plaiz.

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Troisième acte, vers le nord. Comme la veille, il s’agissait ce vendredi 7 août de faire un petit tour dans les environs de Sana’a et, pour choper un nouveau pijou, se rendre au bout de la capitale yéménite. Une introduction assez longue, mine de rien, tant la ville s’étend au point d’effrayer (jusqu’aux collines au pied desquelles elle fut à l’origine construite). Et voilà qu’il était déjà 11h au moment de prendre la route pour Shibam ; le souci c’est que dans la région, vendredi 11h n’est jamais un moment de grande mobilité et qu’il fallut se laisser convaincre d’embarquer en taxi collectif… tout seul, avec le chauffeur. Mouhammad était assez sympathique et il avait d’excellents goûts musicaux (notre sortie de Sana’a, sur fond de house libanaise répondant à de la musique trad khaleej, du Golfe, fut magnifique), mais j’étais assez fatigué et décoder son yéménite est vite devenu pénible, alors que le paysage ne valait guère encore les jolis monts de la veille. Ce n’est qu’arrivé à Shibam, le petit village au centre de la vallée où je me rendais (et qui porte le même nom que l’ancienne capitale d’Hadhramawt, certes), que les choses se sont emballées.







Ce n’est pas le bled lui-même, plutôt charmant mais assez crade ; mais Mo m’avait invité à manger et malgré les doutes (peu de temps, petite gêne en soi tout de même) avais-je accepté, pour ne pas paraître grossier surtout. J’ai attendu un petit moment dans la ghurfa istiqbal (litt. la chambre d’accueil, le salon où la famille mange et invite) jusqu’à que son frère apparaisse et, avec l’appel pour la grande prière (zhuhr, midi, tous les vendredis), je lui ai proposé que nous nous rendions ensemble à la grande mosquée. Il faut dire que la jami’a Shibam est l’une des plus vieilles du pays (IXè siècle, ma foi) et qu’elle a une gueule d’enfer ; il faut dire aussi qu’il ne convenait pas de sortir l’appareil photo. Grande première pour moi, la grande prière ! Elle diffère des autres salat par le petit speech que tape l’ancien et que les frères écoutent religieusement (c’est le cas de le dire), assis sur le tapis. Je ne comprîs pas grand-chose aux recommandations hebdomadaires de l’imam, pour être honnête, mais cet arrêt collectif, attente et écoute générales avaient quelque chose de très joli, de très serein. Ce fut bon et la suite, classique, de la prière (on se courbe puis on se roule par terre), fut tout aussi sympathique. Non, là où cette journée se mit à décoller c’est lorsque les festivités achevées, une dizaine de frères se tenaient autour de moi, chacun à son tour prenant ma main ou mon bras pour m’inviter à manger chez lui. J’étais assez heureux de l’honneur qu’ils me faisaient, tous, et c’est le frère de Mo qui finit par clore les débats en mettant ma main sur l’épaule, devant le reste des kopains déçus. C’est MON boyfriend :nerd: :love:





Repas à la maison, la classe tranquille. C’était bon, on va le voir, c’était surtout très sympathique avec mon chauffeur devenu ami, son frère et leurs gosses alors que les femmes, qui d’habitude mangent avec le reste de la famille, se planquaient à cause du guest (je leur lancerai un chukran jazilan, kana ladhidh dans le vide ; merci beaucoup, c’était super bon). J’avais dégusté pour la première fois la veille, en route vers Manakha, le plat national yéménite : as salta, une sorte de bonne bouillasse à base de poivrons, de pois chiches et de bœuf qui se mange avec d’immenses galettes de khoubz (pain arabe). La tradition fut maintenue, après quelques mezze (sic) genre soupe de légumes à l’ancienne, un peu de viande froide avec du yaourt ou du riz avec du poulet (beaucoup plus facile à préparer que le salta, c’est bien cela qui est le plus mangé dans le pays). Bref j’étais bien calé, dégustant l’inévitable café en conclusion, et les frères comprîrent, de manière très aimable, que je n’avais pas vraiment le temps (ni l’envie, pour être honnête) de fêter ce bon repas en se faisant une après midi qat. Mo me poussa même hors de chez lui pour que je prenne place dans la voiture : il ne me laisserait pas monter à pied à Kawkaban, le village posé sur le bout de la montagne qui surplombe Shibam. La montée vers le bled fut fantastique, de sublimes vues sur l’immense vallée se dévoilant à mesure que la sinueuse route prenait de l’altitude. Des plantations à pertes de vues, de temps en temps interrompues par des villages si parfaitement intégrés à l’environnement, se fondant si bien dans l’incroyable paysage d’une façon si yéménite. Le bonheur fut total arrivé à Kawkaban, d’où l’on dominait presque l’étendue de la plaine. Avec une lumière moins difficile que la veille, je me suis fait bien plaisir et c’est une joie de le partager.

















Il était 15h30, et avec les trois heures qui me restaient avant le coucher du soleil me fallait-il faire un choix : me rendre à Thulla, petit bled dans le coin accessible depuis Shibam, ou se rendre au fertile et très réputé Wadi Dhahr ? Mo a fait un sourire et m’a dit que je ferai les deux ; s’est levé et m’a dit yalla. A 800km/h, fonçant à travers les plantations la musique à fond la caisse, il n’y avait pas besoin de qat pour qu’une immense jouissance monte à mesure que mon projet initial, quasiment impossible au vu des conditions matérielles, se réalisait grâce à mon ami. Jesus (‘issa, mon prénom arabe) et Mahomet (Mouhammad) dans une voiture dont la porte droite s’ouvrait régulièrement pour que je lâche une salve de qat ; le bonheur yéménite tient à peu de choses finalement. Nous avons bien atteint le wadi à temps et, au pied du mythique Dar al Hajar, incroyable palais construit à même un immense rocher et qui est un peu au Yémen ce que la Tour Eiffel est à la France, je me suis tourné vers mon frère qui attendait dans la voiture, mâchant, imperturbable. Un peu plus tard me déposa-t-il à l’entrée de Sana’a, acceptant à peine que je lui règle la commission d’origine, la route jusqu’à Shibam. Là où il avait décidé de prendre ma journée en main pour la rendre sublime.































18h30, banlieue de la capitale et je sens en moi un appel fort pressant et qui tient en deux mots : Jami’as Saleh. La Mosquée qui porte le nom du Président yéménite, inaugurée fin 2008 à peine, et dont j’avais pu apercevoir les six immenses minarets la veille au soir, rentrant de Manakha. Un taxi m’a déposé au pied du bâtiment alors que les appels pour la prière maghrib raisonnaient dans le ciel de Sana’a mais, malgré le record du monde des ablutions (on se fait propre pour aller prier), l’imam terminait l’office. Chez les musulmans, lorsque des kopains arrivent à la bourre pour la grande fête, ils organisent eux même une nouvelle session, le plus inspiré des leurs s’improvisant imam bis (sic) histoire de montrer comment faire aux retardataires. J’ai joint les mécréants, ainsi, et quelle fut ma surprise, une fois les festivités achevées, de voir que nous étions bien 200 ou 300 dans mon cas ! Puisque j’avais bien envie de faire les choses proprement et que le labs de temps toujours limité entre les prières du coucher du soleil et de la nuit (‘aicha, vers 20h) me laissait le loisir de visiter la mosquée, j’ai entamé ma petite marche aux côtés de nombreux musulmans qui faisaient de même, sortant les appareils photos. Il faut dire que cette grande mosquée est tout simplement sublime, gigantesque, d’un luxe incroyable et d’une finition parfaite. Il y avait dehors de nombreuses familles tapant le pique nique islamique, sur le gazon (tiens, je crois ne pas l’avoir écrit : Sana’a étant en altitude, le temps est vraiment bon en journées, parfait en soirées) et je me régalais de découvrir le bâtiment sous tous ses angles et à mesure que l’on me saluait avec la surprise habituelle. Puis je suis allé me faire propre à nouveau. La tradition veut que les soumis se rendant à la mosquée fassent une prière préliminaire, tous seuls, avant de la taper avec le reste de la troupe. J’avais commencé mon bon devoir lorsque le muezzin, qui avait pris place, a débuté l’appel. Son Allahu Akbar est monté si haut que la sublime mélodie m’a empêché de poursuivre, comme si l’incroyable ensemble de plaisirs de ces derniers jours explosait en moi. Je me suis effondré à genoux, en larmes.




















Mékong
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

11 août 2009 à 13:30
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ben dis donc toujours aussi sympa ton voyage et le récit qui va bien avecSourire
ça fait plaisir de voir Phil, il a l'air hilareSourire

"Voyager c'est s'attacher et s'arracher. On n'arrête pas de vivre ce couple de mots tout au long de la route" Nicolas Bouvier

Lexa
ville du centre à visiter pas+, France

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Re: [Mékong] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

11 août 2009 à 13:37
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Citation ben dis donc toujours aussi sympa ton voyage et le récit qui va bien avecSourire
ça fait plaisir de voir Phil, il a l'air hilareSourire Citation


Oui on dirait un yéméniteRire, en tout cas avec les photos c'est excellents!

http://www.globecroqueur.com/ Le site de Phil vaut le coup d'oeil, chapeau!

A mon grand regret, je suis beaucoup moins présent sur le forum, je dois faire mes valises!Ih!Ih!

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Re: [Mékong] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

12 août 2009 à 14:21
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C'était un peu bizarre, tout de même : lui avec trois français en train de prendre un pot sur la terrasse au fond des montagnes yéménites, et moi qui passe par là, en train de lancer des "cassez vous les jeunes !" aux gamins qui voulaient faire les guides. J'ai dit "hey Phil :cool:", il n'a pas tilté. Ce n'est qu'après qu'il s'est rappelé qui j'étais :p "sympas tes voyages omanais, quand tu dors n'importe où et tout" :love:

Il m'a dit (c'était il y a une semaine déjà !) qu'il passerait un peu de temps dans les montagnes avant de prendre la route de la côte ouest. Mais vu la chaleur qu'il y fait (j'en reviens tout juste, je quitte le pays demain) je doute qu'il y reste longtemps. Du coup je me demande s'il aura le temps ou l'envie d'écrire depuis le Yémen !.. Anyway, vivement les scans :)

Nouvelle livraison en léger différé (moi aussi), et le récit de la traversée de l'intérieur du pays. Jolies mosquées et montagnes au programme :)


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

12 août 2009 à 14:24
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Un grand tour et puis s’en va (1/2)

Le samedi 8 août fut une journée de transition, essentiellement consacrée à la traversée vers le sud de l’ouest du Yémen pour atteindre le port d’Aden. J’avais en effet débuté un petit tour au coeur du pays et ces quelques jours de grande mobilité devaient clore, déjà, cette première partie du voyage avant de rejoindre l’Arabie Saoudite.

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J’ai passé, mine de rien, cette journée les fesses vissées au fond d’un bus, longtemps seul étranger me rendant avec la famille à Aden. Le voyage fut plutôt sympathique, d’abord parce que la géographie du Yémen rend les longs trajets diurnes assez captivants, mais surtout parce qu’une telle occasion de taper discussion et amitié ne fut guère manquée. Sarkozy, l’Islam et la France au programme des festivités, donc, avec un arrêt déjeuner sans histoires. Un peu plus tard, mes kopains m’ayant quitté, je discutai longuement avec un américain bossant depuis deux ans dans un camp de réfugiés somaliens, près d’Aden. Un type assez timide, joli comme tout, et dont le partage des expériences fut évidemment très enrichissant.





Je suis arrivé un peu trop tard à Aden pour goûter à la ville de jour ; d’un autre côté, avec les 10 degrès de plus et l’humidité en bonus par rapport à Sana’a je me suis dit qu’il valait peut être mieux se contenter d’une visite nocturne : tant pis pour les photos. En vrai, je me suis bien pommé dans cette immense ville, assez bruyante et dont les petits coins tranquilles (les coins qat évidemment, au bord de l’eau avec les jolis petits bateaux etc) furent poussivement atteints. Faisant preuve d’une patience dont je fus le premier étonné, j’ai fini par atteindre un coin assez populaire et plutôt sympathique. Faute de comprendre pourquoi la ville a une réputation “libérale” (quelques hijab cohabitant avec les niqab certes… concrêtement on ne voit plus juste les yeux mais tout le visage, ok), je l’ai surtout visitée le lendemain matin en taxi. Aden, c’est l’occasion de faire un point sur l’histoire du pays : le Yémen a eu son heure de gloire antique, un peu comme Oman lorsqu’il fonda un Empire débordant sur les côtes est africaines ; le Royaume de Saba (8è-2è siècle av. JC), basé à Ma’rib, fut riche au point d’être cité dans le Qu’ran (peuple qui ne croyait point et qui s’est donc fait owned). Non, ce qui est intéressant c’est qu’à l’époque des Califats (Empire musulman basé à Baghdad puis à Damas) on avait du mal à maintenir l’ordre dans la colonie, de même que les Ottomans (XIXè siècle) ne contrôleront jamais que quelques points du pays. Les britanniques et leur route vers l’Inde ont eux aussi tenté de mettre le pays sous tutelle mais il fallut se contenter du port qu’ils bâtirent, Aden, et dont ils conservèrent le contrôle jusqu’à la fin des années 1960s (tout de même). Bref côté ambiance “vous pouvez essayer de nous occuper mais vous risquez d’être vite blasés”, le Yémen fait un peu figure d’Aghanistan arabe et cette forte identité historique sera à nouveau évoquée lorsqu’il s’agira de dévoiler mes conclusions sur le charmant peuple yéménite. Revenons à ce dimanche 9 matin, tout de même, et la visite donc de la ville. C’est un peu crade, un peu trop grand Aden ; mais les signes de l’occupation britannique sont tout de même assez sympathiques.











Le petit tour expédié, il s’agissait de repartir vers le nord pour atteindre Ta’izz, assez culturellement riche, et Ibb, située dans sa périphérie (et qui est un peu le Manakha du sud). Le souci c’est que dans un pays aussi grand que la France, les petits déplacements prennent vite plusieurs heures et particulièrement lorsque l’on attaque le relief. Le voyage en bijou fut certes fort agréable, travaillant très sérieusement mon turc coincé entre le chauffeur et le copilote (:nerd:), mais j’ai mis bien trop de temps à me repérer dans l’immense Ta’izz, troisième ville du pays et dont l’anarchique développement urbain me rappela Amman, pour continuer la marche en avant au rythme espéré. Assez sonné, j’ai tout simplement décidé de temporiser.









Le reste de la journée fut donc passé à Ta’izz qui a bel et bien une vieille ville mais dont les charmes sont assez limités. Il n’y a en fait que quelques attractions, mais elles sont assez magnifiques : al Qalat al Qahira, château de la victoire surplombant l’ensemble de la ville et auquel une assez grotesque escalade me permit d’accéder (là haut, les vues eurent une gueule d’enfer) ; et les mosquées Al Ashrafiya et Al Muzafar, tapant toute les deux le millénaire d’existence (on dit que les premières pierres de la première auraient été posées en 628, avant même que le Prophète ait fini sa prédication ! – il meurt en 630). On m’a invité à boire un thé après la prière ‘asr et, en route vers la citadelle perchée, des gamins hurlaient how are u en dansant autour de moi (:nerdlove:). Quand j’ai fini mon escalade, sous les yeux assez effarés des familles (qui avaient pris la route, normal), j’ai soufflé en me délectant du joli paysage, une grande partie de la ville s’offrant à mes yeux.
























Sanaa7
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

12 août 2009 à 17:14
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Salam'aleikoum akhi !

Photos absolument sublimes ! Paysages, mosquée...bababababa !

C'est parce que l'on a droit à tout dans ton récit (simplicité, spontanéité, drôle)... et parfois si émouvant...que ça le rend captivant.

Citation Sana’a et ses alentours, un peu plus près des étoiles (2/2)

(...)

Son Allahu Akbar est monté si haut que la sublime mélodie m’a empêché de poursuivre, comme si l’incroyable ensemble de plaisirs de ces derniers jours explosait en moi. Je me suis effondré à genoux, en larmes. Citation


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Re: [Sanaa7] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

13 août 2009 à 13:54
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Ahlan, machkour encore une fois :)

C'est marrant mais hier j'ai pensé à toi alors que je dînais pour la dernière fois à Sana'a (retour forcé à la capitale pour prendre l'avion direction Jidah) : il y avait une occidentale qui mangeait avec des yéménites (parlaient en anglais). Je me suis dit allay, je vais saisir l'occasion pour poser quelques questions !

. la demoiselle ne portait pas le foulard à ce moment là mais le fait la plupart du temps, l'abaya (robe) de temps en temps aussi. elle m'a dit ne jamais être trop gênée
. je lui ai posé ta question : quid des mosquées de la capitale ? elle m'a dit qu'elle en avait vu 2-3 et qu'elle avait du se voiler complètement et entrer avec un homme, du coin apparemment (que les gens connaissent, histoire qu'il n'y ait pas de problême). Bref l'arabe devrait être assez indispensable sur place, en plus du sourire.

Voilà ! nouveau post sur la fin de mon grand tour yéménite. Paix et amour !


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

13 août 2009 à 14:08
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Un grand tour et puis s’en va (2/2)

Well on a déjà évoqué la taille du pays, assez grande, et les conséquences qu’elle a sur le plus modeste des trajets. L’idée n’a cessé de revenir, alors que ces jours progressais-je vers le nord, et en fin de compte plus de temps fut passé à rouler qu’à visiter. C’est un peu fatiguant, et au bout de cette semaine yéménite suis-je bien épuisé, mais il y eut de nombreuses jolies choses.

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D’abord le départ de Ta’izz, ce lundi 10 et la petite excursion que je comptais taper à Ibb et Jibla, 100 bornes au nord. Le départ lui-même fut aussi poussif que l’oblige la ville, mais c’est une petite discussion avec un membre de la police touristique yéménite (et les papiers qu’il me signa, on reviendra là-dessus en fin de séjour) qui me fit fort plaisir, sans parler du petit regain d’énergie grâce à une nuit anormalement longue. De manière tout à fait contraire pourtant, après le petit voyage, l’arrivée à Ibb fut un désastre : retard sur mon timing et surtout pluie hardcore qui s’était déclenchée à notre entrée dans la vallée. Enfin, d’une façon maintenant bien connue, je n’étais pas dans un petit bled sympathique mais un énorme centre urbain assez laid dont les rues étaient toutes, vraiment, pleines de flotte. J’ai accepté l’idée de me tremper et, après avoir une seconde imaginé renoncer à la visite de la ville (retour à Ta’izz, tout de suite ! glp), je suis allé taper la discute avec des djeunz (que le temps avait l’air de ravir). Ils ont tout de suite arrêté une moto pour que son chauffeur m’emmène à la vieille ville, à 5 bons kilomètres, et la route sous la flotte, roulant dans la boue et discutant avec le kopain (c’est super ce temps hein ! ouais bien sûr j’adore ! :nerd:), me remît d’aplomb. Arrivé au cœur d’Ibb, j’ai de même tout de suite rencontré un militaire qui m’a fait monter sur le toit de sa maison, avec de jolies vues puis a envoyé 10 gamins m’emmener à la Mosquée al Jalaliya (XVIIIè siècle ; bouh la honte). Après la prière zhur, on m’a encore guidé jusqu’au cœur du souq, incroyablement bruyant et ghetto au possible, et mes yeux se sont illuminés lorsqu’on m’a demandé si je connaissais le salta.

















Après le dej, même vif enchaînement des événements : un type en moto me ramène jusqu’à l’entrée de la ville d’où je trouve de suite un bijou vers Jibla, petit bled surtout connu pour avoir accueilli la reine Arwa (XIè siècle) dont les œuvres sont vite visibles : la ville compte près de cinquante mosquées alors qu’elle tient à peine sur sa colline. Visite assez brève, encore une fois, mais un peu de temps pour discuter avec les djeunz et un ancien d’une classe immense (que je félicitai pour son arabe d’une pureté bienvenue, dans cette jungle linguistique qu’est le Yémen ! :D). A fond la caisse, mine de rien, mais en rentrant vers Ta’izz, après quelques jolies rencontres (trois touristes saoudiens d’ailleurs, on reviendra là-dessus), je m’effondrais assez incroyablement, comme épuisé par tant de petits trajets. Le voyage vers Zabid, à l’ouest du pays et qui devait mettre un terme à mon exploration du Yémen fertile des montagnes, fut presque complètement passé en somnolant. Ah les jeunes !















En fait, je crois avoir payé au cours de ce grand tour le rythme assez fou des premiers jours et qui, pour être honnête, avait grandement aidé cette semaine yéménite à être si belle. Mon corps ne tenait plus vraiment, néanmoins, et je m’étais fixé comme programme de cette journée du mardi 11 août la seule visite de Zabid, troisième site Unesco du pays (Sana’a et Shibam Hadhramawt en tête, bien évidemment), et atteindre Hudayda, 100 bornes plus haut et par où passent les bus yéménites qui se rendent en Arabie Saoudite. Il y a fort à dire sur Zabid, incroyablement pauvre et sale (du sable partout, mes poumons ont bien souffert), désolée et dont je me suis longtemps demandé le pourquoi de la notoriété. Il a fallu pénétrer dans une grande et vieille mosquée, rencontrer un groupe de touristes yéménites (hey mumtaz ton arabe, parfait qu’ils ont dit ! :love:) et découvrir grâce à un djeunz l’une des maisons de la ville. C’est que, du toit de la masjid (mosquée ; le terme jami’a, déjà employé, vaut également), j’avais aperçu ce dont parlait le guide papier : l’intérieur, les bâtiments très joliment décorés. Il a fallu virer toute une famille (à qui j’ai présenté des excuses en partant, encore un cri d’amour dans le vent pour les femmes yéménites !) pour que le papa nous montre le salon et les murs assez sublimes il est vrai. Et ce serait comme ça dans tout le bled ou presque, ma sha Allah! Avec le nouveau kopain ai-je ensuite tapé la prière zhur (pour la note : dans la mosquée Al Sha’ir, construite en 630, avant même que le Prophète ait fini ses prédications !! la gloire passée de la ville tient à ses nombreuses madrassas, écoles coraniques), certes à nouveau, non sans que mon état physique en décomposition me fasse hésiter à m’effondrer carrément entre deux Allahu Akbar (ce qui aurait donné les frères à réfléchir sur l’Islam en France :mdr:). J’avançais maintenant à moitié sonné, la gorge nouée dans la poussière du souq de Zabid et j’ai fini par prendre un bus tout de suite pour Hudayda grâce à mon jeune et magnifique ami : j’avais failli m’évanouir en voyant le bordel à la sortie du bled et les cris de la cinquantaine de yéménites mangeant dehors, tranquilles, sous 45 degrés. Je déjeunerais plus tard..















C’est qu’après les joyeusetés en relief, Sana’a, Ta’izz si agréables, regagner la west coast (sic) me donnait un bon aperçu de ce qui m’attend probablement au royaume wahabbite, dont les températures en août avoisinent tranquillement les 40-50 (la routine à l’omanaise en fait). Il faisait très chaud, je suais comme un cochon et j’ai passé l’après midi à tenter de canaliser ma transpiration ; impossible en fait, et il a simplement fallu prendre exemple sur les yéménites : s’en foutre ! Arrivé à Hudayda, m’effondrant sur la table d’un petit restaurant (pas miteux pour une fois, j’avais décidé de me soigner un peu tout de même), j’ai demandé l’aide des frères au sujet d’éventuels bus à destination saoudienne. Je voulais tout de même visiter la petite ville, modeste station balnéaire au bord de la mer rouge, avant de conclure cette aventure yéménite. De réaliser soudainement qu’il me fallait, pour des raisons administratives que l’on passera sous silence, rejoindre le royaume par la voie des airs. Fin du parfait timing, retour prévu à Sana’a le 12 pour un avion pour Jiddah le lendemain. D’un autre côté, vu l’état dans lequel m’a mis cette fabuleuse semaine yéménite, ce n’est pas plus mal.






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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

15 août 2009 à 6:42
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Fin de la balade yéménite

C’est drôle mais en relisant mon premier carnet de voyage, de l’automne précédent, m’étais-je étonné à la fois du faible nombre de photos, des descriptions de tailles inégales des villes, comme de ma timidité à pousser l’analyse un peu plus loin avant que l’Iran aide à la décision. Si le premier point est, me semble-t-il, est en légère amélioration, le troisième doit l’être concrêtement dès maintenant puisque cette petite note sera tout simplement consacrée au Yémen, à ses habitants et à ce qu’il convient de retenir de mes 10 jours entre Oman et l’Arabie Saoudite.





Je dois admettre avoir longtemps hésité sur la manière de percevoir le peuple yéménite et sur ce qui le distinguait de ses voisins arabes. L’âme du pays ne s’est dévoilée qu’à force de longues discussions, de futils arrêts et de trajets communs en bijou. On avait évoqué, au sujet des habitants du Sultanat d’Oman, la sorte de bulle dans laquelle ces joyeux drilles évoluent, comme dans un joyeux autisme que les conditions matérielles (pétrodollars) et le régime (volonté de maintenir un rythme développement raisonnable, discretion diplomatique etc) expliquaient. Contre toute attente, alors que dès les premières heures au Yémen la comparaison devenait presque insoutenable, ce constat d’isolation peut être partagé pour la jeune République. Parce que le pays est le seul du Golfe a ne pas disposer de ressources liées aux richesses énergétiques ; parce que son médiocre développement en fait un territoire peu favorable à l’investissement étranger ; parce que son peuple a d’arabe qu’il évolue dans une sorte de tranquille et superbe insouciance, indifférence, le Yémen est aussi un pays qui vit dans une bulle. Sa capitale a de sublime qu’elle illustre si bien l’état presque entier de la nation, sa préservation suscitant d’immenses, incalculables et insolvables interrogations. Le mot est lâché : préservé. Un pays dont l’état des villes, de la religion et de la population semble avoir echappé au temps et qui, malgré sa pauvreté, semble s’en satisfaire. Il faut bien saisir cette idée, pour que le reste de la réflexion suive. On va voir à quel point ce concept de préservation compte dans la revue des points qui, à mon humble avis, valent la peine d’être développés.



Commençons par l’Islam. Le Yémen, de par sa proximité avec les terres d’où émergèrent la troisième grande religion monothéiste, fut parmi les régions les plus rapidement conquises, ayant le plus vite embrassé l’Islam. Le fait se constate de manière assez incroyable au vu du nombre prodigieux de mosquées dont l’ancienneté force le respect. Pour ce qui est de la pratique même de l’Islam, autrement dit des musulmans, la religion arabe n’est pas juste omniprésente, incontournable : elle est en chacun de ses habitants, inscrite en formules sur presque tous les véhicules du pays, résonnant non pas seulement à travers les appels à la prière des muezzin (comme partout ailleurs dans la région) mais aussi dès qu’un téléphone sonne, dès que la radio s’enclenche, dès qu’une conversation s’engage. Le Yémen, sans avoir la frénésie islamique de l’immense Egypte, est un pays qui a comme intégré l’Islam en lui et que l’absence d’évolutions économiques et sociales majeures (autrement dit, sa préservation) rend terriblement puissant. Prierait-on ici comme aux premières heures de la religion des soumis (Islam signifie d’abord soumission) ? J’ai plusieurs fois été étonnéé par les jeunes frères, ceux le plus susceptibles d’être attirés par l’hédonisme et le sécularisme (sic), tant certains d’entre eux témoignaient d’une foi certaine, regardant des vidéos religieuses sur youtube ou, à la mosquée, priant avec une frappante ferveur.




Un tel constat amène tout de suite à évoquer la condition féminine, que l’on sait particulière dans la pensée idéologique musulmane. Au Yémen, environ 80% des femmes portent le niqab, cette longue robe noire couvrant l’ensemble du corps à laquelle est ajouté le voile et un tissu supplémentaire ne laissant paraître plus que les deux yeux. Le reste des femmes se contentent de l’hijab, laissant apparaître leur visage entier, et cette minorité là concerne surtout les plus âgées d’entre elles. Le constat est assez frappant, quoi que le sud d’Oman avait donné une indication assez claire de la pratique féminine de l’Islam dans le coin. Non, là où mes petites recherches ont produit de passionnants résultats c’est la mesure dans laquelle ces femmes là, complètement cachées, n’ont pas le comportement qu’un tel accoutrement suppose : jeunes se tenant la main, ayant des regards parfois soutenus, mères de familles faisant les courses comme n’importe quel homme ou hurlant après les gamins… en fin de compte c’est comme si la nature des femmes ici n’était pas singulièrement changée, comme si elles portaient tout simplement le niqab parce que c’est comme ça qu’on a toujours fait et que les choses, ici, ne changent guère pas. Une simple question de norme, alors ? En France, scandale si l’on sort dans la rue apwal. C’est la même ici, et les yéménites (il n’y a pas de mot français pour désigner les femmes du pays, c’est un peu triste) ne semblent pas plus dérangées de renoncer à la liberté de sortir les cheveux à l’air que les français de sortir les fesses au vent. Ainsi le niqab ne semble pas porté comme il peut l’être en Oman, par conviction : il l’est d’abord parce que c’est comme cela que l’on fait ici, et parce que les pratiques sociales au Yémen ont comme été gelées dans le temps. Je ne doute pas qu’il existe des femmes que ce couvrement total rassure, à qui le niqab plaît sincèrement. Je ne doute pas non plus que certaines d’entre elles sont frustrées par la totale et l’état social du pays. De la masse féminine, voilà ce qu’il y a tout de même à dire. Un mot, tout de même, sur l’esthétique. On ne voit quasiment rien des femmes yéménites, ainsi, et il est impossible de juger leur physique ; mais les jeunes filles ici ne sont voilées que lorsqu’elles atteignent la puberté et il est donc possible, à travers elles, d’avoir une idée sur la beauté des adultes. Et de ce point de vue là, quelle surprise ! Les gamines sont assez magnifiques, formant un tout d’une forme assez impressionnante. C’est ainsi par procuration qu’il faut admettre que les femmes yéménites sont, et d’assez loin, les plus belles qu’il m’ait été donné de voir parmi les arabes. Ca n’a pas l’air de grand chose, mais cela fait tout de même très plaisir.



Abordons maintenant des points plus généraux à propos du Yémen, à commencer par son état économique et la situation sécuritaire.

Que le pays soit le plus pauvre de la région ne saute pas directement aux yeux et la plupart des villes yéménites ont cette sorte de crade, bordel tranquille qu’ont la plupart des villes arabes et qui les rend d’ailleurs fort sympathiques. Difficille de saisir aussi, à travers la multitude des petits jolis bleds cachés dans les montagnes du pays, que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté (ou est illétrée). La précarité se dévoile sans fards, sans gamins morts dans les rues : elle s’exprime tous les jours, dès qu’un véhicule s’arrête à un carrefour et qu’une horde d’adolescents accoure pour demander de l’argent ; l’aumône, un nombre assez fou de femmes, mères la font quotidiennement, parfois en vendant du maquillage ou des bouteilles d’eau comme le font souvent les enfants, parfois en tendant simplement la main. D’une manière plus générale, l’absence de boulot et d’argent se font vite ressentir dès qu’une discussion s’engage ou après un bout de chemin passé avec un collègue. Les petits services débouchent souvent sur un billet. Enfin, il n’est aucune ville qui échappe au fléau national, la coupure de courant dans tout le quartier. Intervenant à intervalles régulières (2-3 fois par jours), pour des durées entre 2 et 4h, les extinctions des feus donnent aux villages de montagnes un charme sympathique, aux grandes villes un côté assez inquiétant.



Difficille de ne pas lier le sujet au bordel intérieur du pays, en proie, on l’a déjà dit, à des maux que l’on peut qualifier de triples : la résistance politique du Yémen sud qui refuse la réunification forcée du pays il y a bientôt 20 ans, la jeune contestation chiite du nord du pays, et, dans le coeur du pays, le plus profond problême de l’implantation progressive d’Al Qaida. Concrêtement, pour le jeune nerd qui souhaite sortir de Sana’a pour découvrir le pays, il faut toujours être auparavant passé chez les forces de l’ordre pour leur donner un itinéraire et des dates plutôt précises : les copies du papier officiel ainsi obtenu sont lâchées à chacun des checkpoints (tous les 100 kms environ ; dans la pratique cependant, le contrôle est assez relâché et, les derniers jours, j’avais la flemme de passer chez les kopains policiers et donnais aux militaires des permis de circulation périmés :mdr:). Plus sérieusement ai-je dû renoncer aux visites de Ma’rib ou de Sa’adah (centre et nord du pays), les routes étant tout simplement interdites aux étrangers voyageant seuls (ce qui m’obligea à prendre l’avion pour atteindre Sana’a, on l’a vu). Bref le Yémen c’est un peu chaud sur le papier et, de manière fort malheureuse, les choses risquent de s’emballer à mesure que le conflit s’exacerbe un peu plus au nord, côté afghan. Le flux de djihadistes risque de faire un mal fou à un pays dont les autorités, comme confessé par l’un des kopain-flics à Sayun, ne contrôlent guère l’ensemble des routes. Cette insécurité dans l’air, qui n’inquiète pas vraiment pour autant, il faut avouer qu’elle donna à mon entrée dans le pays, dans sa région la plus instable, un côté assez flippant après avoir aperçu les premiers pickup avec une mitraillette à l’arrière ou, plus ordinairement (dans le sud surtout), de jeunes kopains avec une kalash sous le bras. On n’a jamais vraiment peur, mais ces quelques signes là comme les régions interdites rappellent qu’il convient vite de délaisser le ton provocateur ou fluet au sujet de la sécurité au Yémen. Je termine le paragraphe avec une anecdote du kopain ricain rencontré en route vers Aden, et qui s’était fait braquer deux jours auparavant sur la route, étant obligé de lâcher sa voiture et ses effets aux ravisseurs (ce qui n’était pas la première fois, hein). L’ami m’avoua avec un sourire ne pas avoir trop paniqué, sachant que de toutes façons, comme à chaque reprise, le gouvernement donnerait aux résistants ce qu’ils voulaient et qu’il finirait par récupérer sa voiture. Tout de même !



Enfin je ne saurais conclure ces 10 jours yéménites sans rendre hommage à ce peuple magnifique, qui a donc d’arabe, on l’a vu, cette simplicité favorisant tellement l’amour gratuit qu’ils doublent d’une sorte d’indifférence, je m’enfoutisme qui leur est assez propre et qui a rendu ma traversée du pays assez impressionnante, en a fait un régal somme toute. Dans son espèce d’autisme materiel, historique, idéologique et social, le Yémen constitue un pays véritablement extraordinaire que la classe de ses habitants achève de consacrer au zénith des nations arabes.


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

16 août 2009 à 12:35
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Douce arrivée saoudienne

L’arrêt de deux jours, en bout de parcours yéménite, a eu les vertus bel et bien espérées et, somme toute, c’est au quart de tour quoi que la petite boule au ventre que j’ai quitté le Yémen. La peine de quitter la magnifique République ? Non pas vraiment, quoi que la sortie de Sana’a, encore une fois musicale (pop égyptienne cette fois, ils sont vraiment buens ces yéménites), fut assez lyrique. Non, c’est qu’après 10 jours passés comme une fleur, grugeant aux checkpoints et négociant pour ne pas me faire escorter dans le wadi Hadhramawt, il y avait comme un violent retour au sérieux à l’aéroport de Sana’a, vol pour Jeddah. Avec l’entrée en Arabie Saoudite, plus personne ne rigole et les nombreux pélerins, en tenus dès l’embarquement (on va revenir là dessus, mais pour la note : les musulmans qui viennent se recueillir à la Mecque doivent être au taquet avant même d’attérir puisqu’ils passent concrêtement au dessus du lieu sain et qu’ils doivent donc être dans l’état sacré ihram, au sujet duquel et du reste davantage sera très vite écrit), rappelaient que l’entrée en terre sainte, avec le comportement sévère des autorités saoudiennes (pas seulement l’Islam wahabbite hein, le pays est juste inaccessible) (sauf pour moi bien sùr :nerd:), invitaient à stresser un bon coup. J’ai jetté ce qui restait de mes liens avec la culture hébraïque (les photocopies de l’Assimil hébreu sont dans la poubelle du hall d’attente numéro 1 :nerd:) et ai inspiré un bon coup quand mon jeune voisin saoudien a cru bon de me dire qu’il n’aimait pas les juifs. Allez, c’est parti.



Très vite, le glorieux retour des communautés expatriées du sous continent indien m’ont fait sentir mieux (c’est d’ailleurs un bengali qui m’a déposé dans le centre ville). Jidah, Jeddah, carrefour islamique mondial brassant une quantité assez folle de pélerins puisque la ville et son aéroport international sont situés à moins de 100 bornes de la ville sainte de la Mecque. L’ambiance, dans les rues de la ville, est assez sympathique et les discussions tournent vite à l’invitation à taper la prière à la masjid al haram (la mosquée sacrée number one dans les coeurs). Car très vite, après le petit coup de sang du matin, il y a eu comme un soulagement au vu de ce centre urbain assez immense, mais dont le coeur vit à un rythme plutôt tranquille, son vieux marché entre de superbes mais terriblement dommagées maisons trads et son bord de mer, les dhows, les familles qui viennent pickniquer etc. Cool Raoul !

















Bref j’ai beaucoup marché, ce jeudi 13 après midi et je me suis surtout officiellement débarassé de mes chaussures du plateau (de Vanves, le bled!), à qui il convient de rendre un bref hommage (le voyage de l’automne 2008, les explorations omanaises, le Yémen, ce sont elles :love: quoi que ce qu’il restait d’elles, pour le Yémen :nerd:). Tongs halal au pied (qui correspondent à la loi islamique : le pélerinage se fait sans chaussettes mesdames et messieurs), j’ai rencontré quelques saoudiens, ai eu grandes difficultés à distinguer les femmes du royaume des nombreuses africaines (le hijab, en tout cas, contre attaque). Il y a tout de même un doux parfum dans les rues de Jeddah et celui-ci a un goût drôlement international. Un peu de Dubaï, un peu d’Abu Dhabi ? J’ai tout de même longtemps marché avec un kopain saoudien avant de trouver la seule mosquée du quartier, Salat al Maghrib. Allez, on ferme les yeux et inspire un grand coup.












Sanaa7
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

16 août 2009 à 18:33
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Quel bel hommage rendu à ce si beau peuple du Yemen et notamment aux femmes !...

Et merci de t'être renseigné pour moi, concernant les femmes à la mosquée. C'est vraiment sympa d'y avoir pensé.


Sanaa7
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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

16 août 2009 à 18:48
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Alors enfin, ça y est ! Tu es sur le territoire de ce lieu qui nous est si cher !....

Je sais bien que la Mecque n'est pas un lieu touristique, mais Médine fait-elle partie d'une de tes destinations ?

Oui je sais, tu as mis au tout début de ton carnet de voyage, une carte avec les points de chute...je l'ai consulté au début histoire de...mais je ne me rappelle pas avoir vu Médine entre autre.

Bonne continuation !


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Re: [Sanaa7] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

18 août 2009 à 5:21
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Si, je crois qu'on peut parler de lieu touristique au sujet de la Mecque... tourisme spirituel peut être, certes :D, mais j'y ai passé un (merveilleux) moment comme auparavant dans d'autres lieux n'ayant pas la même importance religieuse. Well, je mets tout de suite en ligne le texte avec les photos :)

Passer à Al Madina, où repose le Prophète Mahomet, n'était pas sùr (sur la carte d'origine) mais je m'y suis bien rendu, hier soir d'ailleurs. Ce fut tout à fait intéressant, j'écrirai à ce propos évidemment.


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

20 août 2009 à 3:07
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Dites donc j'écris j'écris et j'oublie de mettre le carnet à jour !

Trois gros posts d'un coup, en conséquence : le magnifique passage à la Mecque, la traversée un peu moribonde du pays et Riyadh. En attendant le plus beau, Mada'in Salih !!! :)


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Re: [jfontanieu] Sana'a, la Mecque, Jérusalem, Istanbul: sortie du Moyen-Orient (en réponse à...)

20 août 2009 à 3:17
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La Mecque, ouverte


Afficher Sortie du Moyen Orient sur une carte plus grande

On va tout d’abord, de manière fort académique, taper le petit rappel culturel afin que mes private jokes soient comprises et, accessoirement, que cette modeste tribune aide à une plus grande connaissance de l’Islam. La religion musulmane compte cinq piliers : la profession de foi, l’aumône, les cinq prières quotidiennes, le jeûne (ou ramadhan) et le pèlerinage (ou Haj). Le mot Haj désigne en fait un mois du calendrier islamique et le grand pélerinage, celui que tout musulman doit accomplir dans sa vie s’il en a les possibilités matérielle et physique, se déroule au début de ce mois là, mois qui a en outre la particularité de reculer un chouilla chaque année du point de vue grégorien (puisque l’année lunaire, islamique, est un peu plus courte que la nôtre). Le programme du pèlerin est assez dense et, somme toute, rend un bon hommage au père spirituel de la religion islamique, Ibrahim (Abraham en vf). L’ami, à l’époque (2000 ans et chouilla avant Jezuz), a suivi l’ordre divin de se retirer dans le désert avec son enfant Ismayl et sa femme Hajar. Le gamin ayant vite soif, la mère entame de désespérées recherches d’eau ; les musulmans rendent hommage à la femme d’Abraham en effectuant le sa’i, ces mêmes allers retours entre les deux collines de Safa et Marwah situées juste à côté de la grande mosquée. Le désespoir est à son comble, ainsi, lorsque le bébé touche de son pied la terre et que jaillit soudainement une source pure, baptisée zam zam et dont les musulmans doivent en mémoire s’abreuver. Abraham, par la suite, obéira aux instances supérieures en construisant une demeure où les musulmans pourront se recueillir : la Ka’aba (qui, pour la note éxotique, contient un bout de météorite fort loué ici bas) autour de laquelle les musulmans accomplissent sept tours en la laissant à leur gauche. Ces trois étapes constituent le petit pèlerinage, et le Haj comporte d’autant plus d’étapes qu’elles sont strictement organisées selon les journées (selon le calendrier, encore une fois) et dont la plus emblêmatiques d’entre elles et la longue méditation sur le mont Arafat, là où le Prophète Mahomet donna son ultime speech. J’ai, avec les nombreux musulmans qui m’ont entouré lors de cette journée à la Mecque, donc effectué le petit pèlerinage ou ‘umrah, qui a le mérite de laisser le jeune fidèle libre de ses gestes (notion très importante, on va le voir). Bon, voilà le cadre. Voyons la pratique.





Pour être honnête, j’imaginais quelque chose d’assez grandiose, puissant, une sorte de marche collective dépassant les sens et faisant disparaître l’individu dans la masse fraternelle et islamique. Quelque chose de beau à pleurer, d’une force symbolique et spirituelle indépassable. Un rang dans lequel je m’effacerais, avec bonheur de plus. J’ai très vite compris qu’il n’en serait rien : dès le car pour La Mecque, en tenue de pélerin (les hommes, en sandales, doivent porter deux simples, blancs et propres tissus qu’ils enroulent autour d’eux afin d’entrer dans l’état sacré d’ihram), certains compères étaient dans le même accoutrement, certains d’autres en simples civils. Nous avons atteint la Mecque sans arrêt, sans contrôles ; le véhicule m’a déposé au pied de la Masjid al Haram vers où convergeait, tranquille, une petite masse humaine. L’immense mosquée, assez superbe de l’extérieur, est située au cœur d’une ville grandissante dont les immeubles l’entourent de près, de manière assez étonnante d’ailleurs, mais qui ont le mérite de l’intégrer dans le reste de la ville où boutiques, hôtels, restaurants accueillent les pélerins. Je suis entré sans émotions, ait traversé les longues salles qui se succèdent jusqu’au cœur de la mosquée et la place centrale où se trouve la Ka’aba. Il faisait chaud alors, mais nous étions vendredi et, au monde que j’avais croisé aux ablutions, je savais qu’il y aurait un joli monde pour la grande prière. Le cube noir, avec les paires de minarets dans son dos, avait tout de même une gueule d’enfer.











Mes premières réflexions me sont venues alors que le muezzin, l’appel à la prière effectué, avait débuté son discours hebdomadaire et qu’à mon étonnement, les fidèles continuaient de tourner autour de la Ka’aba ou tapaient leur prière personnelle. Au moment où nous avons fini par nous incliner tous ensemble, il n’y avait certes plus cette sorte d’anarchie, de va-et-vient permanent que, dans mon esprit, le pèlerinage n’autorisait guère. En fait chacun faisait comme il l’entendait, et quand j’ai attaqué par la suite le tawaf (les sept tours de la Ka’aba) ai-je à nouveau remarqué que certains étaient couverts, certaines complètement voilées, certains pas. Certains parlaient, d’autres chantaient, certains lisaient, d’autres avançaient les yeux fermés. Il y avait dans cette liberté une tranquillité assez extraordinaire, comme si cette masse pouvait exprimer sa foi à travers tant de manières différentes et, surtout, sans que cela ne semble gêner qui que ce soit. Assez ému par une telle diversité, si peu inattendue, je suis ensuite allé taper le sa’i où, là aussi, certains accéleraient le pas à un certain moment, d’autres couraient, certains s’étaient arrêtés sur le côté, d’autre lisaient le Qu’ran à nouveau. J’ai comme senti que cette magnifique idée allait éblouir mon petit tour à la Mecque : c’est au cœur de l’Islam, au centre spirituel d’une religion si déterministe, dirigiste, que ses croyants témoignent de la pratique la plus décomplexée, propre, libre qu’il soit ! Il y avait dans ce paradoxe quelque chose de sublime et, aux mines heureuses des pélerins qui, chacuns, allaient au rythme qui leur semblait bon, je crus voir une beauté proprement divine.















Les tours, l’arrêt zam zam et les 7 sprints : j’avais sur le papier conclu mon ‘umrah en quelques heures mais j’avais bien dans l’intention de rester en un si charmant lieu. Je suis sorti comme une fleur de la mosquée, manger un petit peu avant de me laver à nouveau pour prier, ‘asr (vers 16h ces jours ci). J’étais content du petit spot que j’avais trouvé, au premier étage du bâtiment et bien entouré, quand j’ai remarqué que quelques uns profitaient de la vue sur le toit. L’appel avait déjà été fait et, quand je me suis mis à courir pour atteindre le sommet de la mosquée l’imam avait débuté la prière ! Qu’importe, tout seul en haut me faisais-je le plaisir du siècle en accomplissant, seul, la salat avec un petit décalage qui me permettait de prendre en photos les musulmans si joliment groupés. Il faut dire à ce propos qu’il y avait en moi une forme de frustration à chaque fois que je priais avec les collègues puisqu’en bon soldat, la tête vers le bas, manquais-je toujours un spectacle que je trouve superbe et, en quelque sorte, la protesternation avait une classe moins évidente depuis que je l’effectuais moi aussi puisqu’incapable (interdit !) de voir tous ces hommes se pencher puis se coucher en un seul et superbe geste. Voilà, j’étais content. J’avais pris de jolies photos.









La vie continuait tranquillement dans la mosquée sacrée ; beaucoup dormaient, avec une telle chaleur, d’autres discutaient. Les femmes se rassemblaient avec les gamins, mangeaient parfois un peu sur place. Beaucoup de familles, une majorité d’hommes dans cette population d’une hétérogénéité assez incroyable, quand on y repense, tant la quasi-totalité de l’humanité doit y être, peu ou prou, représentée. Beaucoup de noirs, d’africains ; d’est-asiatiques, d’arabes aussi. Ce vendredi 14 août au soir, tout de même, c’est l’Iran qui frappait un grand coup avec trois, quatre rencontres consécutives qui me confirmaient l’impressionnante proportion de pelerins persans (peut être un sur 7 ou 8) et qui n’avait, jusque là, ravi que mes oreilles. J’ai bien discuté avec un mollah en civil, surtout, de Qom qui plus est. Un type assez classe, un iranien dans la norme finalement. Il y eut un monde fou pour la prière du Maghrib, ayant retrouvé une place à un rez-de-chaussée complètement plein. J’ai zoné un petit peu, suis allé manger après as salat ‘aicha et, vers 23h, me suis affalé aux côtés de nombreux collègues dans l’un des immenses halls de la mosquée. J’ai peu dormi parce que j’avais beaucoup à penser et que de temps en temps, la police des mœurs saoudienne venait réveiller les clodos islamistes (:nerd:).











A 4h, à l’appel pour la prière de l’aube (fajr), je suis allé voir s’il y avait toujours foule à la Ka’aba, déjà étonné par les effectifs en me couchant la veille (mais ils ne dorment pas ou quoi ?). Non seulement y avait-il sur place un paquet de monde, qui remplît complètement l’espace au moment de la prière même d’ailleurs, mais au milieu de la nuit, donc, les musulmans qui tournaient le faisaient le plus explicitement possible, chantant, hurlant, bref témoignant d’une foi assez étonnante au vu de l’heure mais que l’extrêmement douce température expliquait aussi. Après la prière suis-je allé dormir un petit peu à nouveau, la nuit avait été courte. Et quand je me suis reveillé à 9h, tapant une petite salat personnelle histoire de, je suis sorti de la mosquée sacrée avec l’émerveillement qui m’avait pris dès la veille et les premières heures de mon ‘umrah, comme sonné par l’incroyable compatibilité des pratiques, impressionné par la fluidité avec laquelle les musulmans se croisaient et réalisaient une œuvre d’une telle puissance symbolique, ravi que la liberté, en ces lieux, produise de si sublimes effets. Je quittai la Mecque, le cœur un peu plus léger.




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