
opai
France
Photo/image personnelle du membre opai.
Description de la photo/image: Approchant du lac salé Tso-Kar, Rupshu, est du Ladakh.
15 décembre 2006 à 16:38
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Un: foot et musique (au Burkina Faso)
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Je suis content, je suis arrivé à Songho. J'ai demandé mon chemin à Pô mais j'étais presque arrivé. Encore une dizaine de kilomètres sur de la piste rouge en assez bon état. J'ai sillonné à travers des collines très vertes. Ca change de la brousse sèche et plate que je traverse depuis plusieurs jours. Les kilomètres devenaient monotones. Arrivé à Songho, je demande à une vieille de me présenter au chef. Elle me confie à un enfant que je suis d'abord jusqu'à la maison de passage. Ce village accueil souvent des voyageurs. On le sent tout de suite. La maison est en forme de haricots. Deux pièces rondes, sans ouverture et sans aucune lumière. Je dormirais trois nuits ici, mais sur le toit, dans la fraîcheur. Quelle ivresse de dormir sous les étoiles. Je m'endors en regardant une pleine lune immense et en étant bercé par la musique de la nature. Le matin, tôt, le soleil me réveillera, tout doucement. Puis, les cris des gens allant aux champs me donneront le signal du lever. Après avoir visité la maison, je marche avec le gamin jusqu'à la cour royal. Le chef est là avec quelques vieux, sous l'arbre à palabre. Il a trente six ans et est chef depuis déjà dix sept ans. Il est physiquement très fort et il dégage vraiment une autorité. On le sent respecté et aimé. Il fait beaucoup pour son village et défend bien les intérêts de celui-ci. Tout arrive en voyage : je suis invité à regarder la finale de la coupe du monde à la cour royale. France-Italie sera le premier match que je verrai en entier! Il faut faire des efforts... Je me permet quand même de jeter régulièrement un oeil vers la campagne qui disparaît. Le soleil change de couleur et, après avoir frappé violemment toute la journée, il se fait plus doux et se teinte de pastel. Je regarde aussi la vie autour de l'unique poste de télévision du village : dans la cour, une cinquantaine d'hommes et d'enfants, des poules, deux boeufs et quelques chèvres. Deux dindes sont sur le toit et elle s'énerve dès qu'il y a une action italienne! Le lendemain, je retourne dans la soirée à la cour. Le chef m'attend. J'aime beaucoup l'écouter parler, il répond à absolument toutes mes questions, sans tabous. Il me redonne de l'énergie après une journée passée à marcher dans la campagne environnante sous un soleil écrasant. Ce soir, pour moi, il a convoqué ses deux griots. Je les avais croisé ce matin aux champs. On est en pleine saison des pluies, tout le monde trime de matin au soir, plié en deux. Les griots commence à chanter, en frappant simplement sur des calebasses. Ils arrivent à faire une variété de sons incroyable sur ces simples courges! Ils commencent par un chant de louange. qui raconte l'histoire de la famille du chef puis celle des aïeux qui ont marqué l'histoire du village. Ensuite, les deux musiciens chantent l'histoire des villages environnants. C'est intéressant de voir à quel point ici, la musique est utile, au sens premier du terme. Avec elle, c'est l'histoire, la culture et l'identité du village qui se transmet. Les habitants entendent cela à chaque fêtes et se sentent ainsi comme membre du groupe aussi bien dans l'espace (le village) que dans le temps (l'histoire du village). L'individu n'a pas de place ici. Un homme seul n'existe pas. Le chef me fait signe : sur ses conseils, je suis venu avec deux bouteilles d'alcool. C'est le moment de les offrir aux deux artistes. C'est un alcool distillé au Ghana, extrêmement fort. J'offre le premier litre à l'un des musicien. On apporte des petits verre en plastique. Nous trinquons. Je n'ai jamais bu un truc aussi fort! C'est un désinfectant ou un carburant mais sûrement pas une boisson. Je ne fais que tremper mes lèvres dans le deuxième verre, ça brûle. Les musiciens vide presque la bouteille en cinq minutes. Le chef me dit que là, certainement, il seront encore plus en forme, plus inspirés... Tu m'étonnes, chef! Le premier chant qui suit est à nouveau un chant de louange. Mais pour moi, cette fois-ci! Dommage, je ne comprends pas vraiment les paroles, ce n'est pas tous les jours que quelqu'un chante pour vous! Je reconnais parfois mon nom. La suite est plus drôle. Le public rit beaucoup : le chanteur raconte combien il est dur pour lui, un artiste, de trouver une femme. Elles ne le prennent pas au sérieux en pensant qu'il aime trop la fête. Quelle idée... Pour se consoler, ils vident la deuxième bouteille de tort boyaux. L'ambiance est de plus en plus chaleureuse! Les femmes, qui cassaient des arachides, rentrent dans la fête. Les musiciens tapant sur leurs calebasses, elle viennent les unes après les autres exécuter une danse très courte et très vive. Elle croisent leurs pieds en tapant violemment le sol, comme si elle couraient sur place. Celles qui ne veulent pas danser se font appeler longtemps, jusqu'à ce qu'elles cèdent. Pas le choix! On dirait une joute d'où elles repartent épuisées. Il est minuit et elles travaillent depuis le lever du soleil. Je repars à travers champs. Les maisons sont éloignées d'une centaine de mètres. On entend la musique et les rires encore tard dans la nuit. Je reviendrai demain, avec mon piano...
------- "Même au plus haut des trônes du monde, on est jamais assis que sur son cul!" (Montaigne) http://notesvagabondes.free.fr
(Ce message a été modifié par opai le 15 décembre 2006 à 18:21.)
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