
Loopkin
Lyon, France

18 août 2004 à 13:01
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Loopkin_2 en réponse à Douya_0. Ouf, ça va, j'ai tiré plus vite que Philo. Je n'en suis pas peu fier. Effectivement, laisser le chaos du mouvement d'une pièce de monnaie lancée en l'air décider de sa direction initiale entre totalement dans l'esprit de son voyage. Pile, c'est Ouest, Whisky, face, c'est Est, Echoe. Il lance la pièce. Le clignotement du scintillement des reflets sur la pièce tournoyante est comme un trait de lumière dans l'air frais du matin du hall sans âme de la gare routière. Entre deux annonces, la pièce tinte sur le sol, roule, s'immobilise. Il se penche. Pile [j'ai tiré moi-même, avec une pièce de 5 pesos]. La route de l'Ouest. Plus exactement Ouest-Nord-Ouest: Sandy Lake. Il achète son billet, et a juste le temps de monter dans le car. Le car démarre. Soifranc jubile, ce moment est toujours chargé de symbole. Habituellement, lorsqu'il partait pour des voyages de quelques semaines, il prenait l'avion, et le décollage était toujours un grand moment. Cette fois-ci, il est fier de ne pas prendre l'avion. Il part plus en "routard", plus proche de la Terre, plus proche des hommes et des espaces traversés. Cette première étape est très longue, et assez chère. Cela ne le dérange pas. C'est important pour lui de marquer le coup, de concrétiser la rupture, par un déplacement important le premier jour. Il sera à Sandy Lake demain matin, assez tôt. Il a largement le temps de savourer son départ. Ensuite, ses étapes se feront plus courtes, moins chères. Il se dit que peut être que là haut, il reste sans doute assez de neige pour continuer éventuellement une partie du chemin en traineau à chiens, ou en skis de fond. Il verra bien, il se renseignera sur place, et qui sait, profitera-t-il de l'occasion pour pousser jusqu'à Churchill, qu'il n'a pas revu depuis qu'il avait dix ans, lorsqu'il avait été fortement impressionné par les ours blancs qui venaient fouiller les poubelles. Là, le printemps est bien avancé, il n'y en aura certainement pas. Mais revoir Churchill... Oui, pourquoi pas. Il verra bien. Il y a aussi les Rocheuses, plein ouest. Tout se décidera sur place, en fonction des rencontres, en fonction de l'instinct, en fonction de ce qu'on lui dira, en fonction des possibilités. Comme tous les quebecois, son voisin de droite entame rapidement la conversation. C'est un représentant en B to B pour une banque américaine, qui se rend un séminaire de travail à Sandy Lake. Il y va en car, car il a une peur bleue de l'avion, et ne sait pas conduire. Quant aux trains, sur le continent américain, on sait ce qu'il en est. Il se nomme Jean, a la cinquantaine, et, malgré son métier, est quelqu'un de très intéressant, et qui a des qualités humaines évidentes. D'ailleurs, il écoute attentivement Soifranc parler de son projet, et l'envie largement. Il déclare: " Moi, j'ai toujours voulu réaliser ce rêve. Lorsque j'en avais l'opportunité, c'est à dire quand j'avais ton age, que je n'avais pas encore de famille, que je n'avais aucun ennui de santé, je n'ai pas osé franchir le pas. J'ai commencé à travailler, et maintenant, je regrette. Je suis en train de penser sérieusement à tout plaquer, moi aussi, et même mes enfants, mais j'attends encore un peu que le dernier soit autonome. Dans dix ans peut être. En attendant, je bosse dans cette banque qui me prend le chou [NdLoopkin: je ne connais pas assez les expressions quebecoises, mais il doit y avoir une expression mieux appropriée, aidez moi], et je patiente stoïquement. Je ne sais pas encore combien de temps je vais tenir. Surtout si je discute de voyages avec des jeunes comme toi. Tu me donnes envie de tout plaquer maintenant. Je vais en parler à ma femme, voir si on ne pourrait pas faire un compromis, partir avec les enfants, six mois, ou un an, quelque part..." Et Soifranc se dit que d'une part, il ne faut pas avoir de préjugés sur les représentants en B to B dans une banque américaine, certains sont intéressants et humains, et d'autre part que la force de son projet donne des ailes à ceux qu'il croise sur sa route, qu'il fait rêver, ne serait-ce que le temps de la rencontre, et que ça, c'est énorme. Par retour de bâton, cela lui donne du même coup encore plus de force. Et la discussion continue. Le courant passe bien entre les deux voyageurs. Celui qui part loin et longtemps, et celui qui va juste à côté, pour un séminaire de travail. Finalement, Jean transmet à Soifranc l'adresse de sa nièce qui habite dans une petite ville sur la route des Rocheuses, et lui dit qu'il la préviendra qu'il l'a rencontré, et qu'il n'hésite pas à la contacter s'il passe par là. C'est une ville oú il n'y à rien à faire, comme beaucoup de villes de cette région, mais oú la nature est très belles, et ça ferait plaisir à sa nièce d'avoir de la visite, ça briserait sa routine. Soifranc prend l'adresse, et se dit "pourquoi pas! Décidément, dès que tu voyages, tout devient plus facile." Le car fait un premier arrêt. Déjà trois heures qu'on roule! C'est l'heure de déjeuner. Nos deux amis descendent sur le parking de l'aire d'autoroute et se dirigent vers la cafétéria. soudain, Jean croise un ami à lui, qui se dirige vers sa moto. ------- Geantropie, Vivre l'espace http://geantropie.free.fr
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