
Douya
Valbonne, France
Photo/image personnelle du membre Douya.
Description de la photo/image: Encuentros, de noche en el Cuzco
9 septembre 2008 à 11:06
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Pour découvrir et expliquer de nouvelles définitions, rien de mieux que la pratique. Sur les quatre tables des ositos, reposent en vrac des crayons et des pièces en plastique de couleurs et formes diverses. Sans consignes, les enfants s'y donnent à cœur joie. Sur une table, les quatre paires de mains ont regroupé les crayons et les pièces par couleurs, sur une autre naissent des figures plus ou moins abstraites composées de triangles, carrés et cercles. - Cette pièce et cette pièce, sont-elles iguales, parecidos ou diferentes (égales, semblables ou différentes) ? Les enfants continuent leur tri ou leur construction, préférant s'absorber à la tache plutôt que de répondre à la question. Un enfin s'essaye - Iguales ! - Ont-ils la même forme, la même couleur, la même taille ? - Oui - Vraiment? Regarde, ça c'est quoi ? - Un triangle - Et ça ? - Un carré - Alors ? - Il sont diferentes - Bien. Et ça ? La señorita Olivia montre deux cercles similaires, l'un plus foncé que l'autre. - Ils sont iguales, dit le niño avec un grand sourire - Ont-ils la même forme ? - Oui - La même taille ? - Oui - La même couleur ? - Ben non, celui là est plus clair. - Donc ils sont ... parecidos ! Il faut répéter l'exercice plusieurs fois afin que les notions rentrent dans les petites têtes, certains assimilant plus vite que d'autres, certains voulant répondre à la place de l'autre... Après avoir regroupé les pièces égales ou continué la construction d'un animal mythologique, la leçon se poursuit dans les catalogues de cosmétiques et produits de beauté. Entre parfums Dior et shampoings l'Oréal, les niños tournent les pages, découpent, cherchent la maitresse une page à la main - Señorita, ils sont iguales ces deux tubes de rouge à lèvres. - Oui, c'est bien, découpe-les et colle les sur ta feuille. Progressivement, les crochets au mur se garnissent de pages de tubes, boites, flacons, objets de forme, taille et couleur iguales. Chez les pollitos, l'activité du jour n'est pas claire. Ce qui devrait être un exercice au crayon de couleur pour développer la motricité et le contrôle de la main s'est transformé en une séance de maquillage. Les crayons, au lieu de partir du point au centre de la feuille et de remplir l'espace vierge, dérivent sur les tables ou plus loin encore, le visage étant une cible de choix. Les garçons se métamorphosent en chien, chat ou autre animal à moustaches. Les filles copient les grandes sœurs, mères ou actrices de télévision en improvisant mascara, fond de teint, rouge à lèvres et eye-liner, le résultat étant cependant bien loin des modèles, le vert ou le marron du crayon ne fournissant pas le même effet que le pinceau à lèvres ou le tampon à poudre.
Au dessus du frigo de la cuisine, la petite aiguille pointe le 1, la grande se trouve dans les parages du 6. Une vingtaine d'assiettes et de grandes cuillères traversent la cour, sautent par dessus les pneus, passent à droite des fours solaires, traversent la porte métallique, slaloment au milieu des tables et des pollitos en pagaille pour se poser sur la petite table voisine du petit lit. Quelques minutes plus tard une immense marmite et le riz sorti du four solaire attirent l'attention des niños qui soulèvent le couvercle, hument, contemplent le minestrone ou piquante du jour, s'en lèchent les babines, récitent plus ou moins sérieusement la prière, cherchent leur set de table dans la caisse et guettent chaque assiette qui passe, espérant en être l'heureux destinataire. La marmite retraverse la classe, passe la porte, côtoie les fours, saute les pneus, entre dans la cuisine et va se nicher sur un tabouret face au meuble situé sous la fenêtre de séparation avec la classe des ositos. Les assiettes circulent, reviennent plus ou moins vite accompagnées d'un "¡Gracias Señorita Paty!" "De nada" (merci Señorita Paty. De rien), des coupelles de gelatina repartent et reviennent remplacées par le verre de limonada (eau tiède, citron pressé et sucre). Certains niños semblent ne pas avoir mangé depuis des jours tant les aliments sont vite ingérés, d'autres rêvent, papotent, mastiquent et mangent lentement. La cour se remplit de nuages de poussière, la cuve d'eau froide se remplit d'assiettes, coupelles, petites et grandes cuillères et timbales, les classes se remplissent de parents aidant les petits à terminer le repas, regardant les travaux du jour affichés sur les murs, vérifiant les devoirs pour le lendemain dans le cahier, réclamant les énoncés s'ils ont par mégarde été oubliés. La vaisselle voyage entre les trois cuvettes, pré-lavage, lavage et rinçage, les mains rougissent de froid, l'essuyage jamais ne se finit, de nouveaux objets sales traversent la cour ou la séparation classe-cuisine quand la fin du stock est crue proche.
Des niños mangent, des niños jouent à la pelota ou au conducteur de bus, des niños viennent faire la bise "¡Chau, hasta mañana!" (Salut, a demain), des niños filent vers les baños, ne veulent pas rentrer tout de suite, encore un puzzle, encore un jeu... Lentement, les classes, les cuves d'eau froide, la cour se vident. Les Señoritas et Paty prennent enfin le temps de manger sur un tabouret de la cuisine, les enfants de la gardienne s'occupent sagement dans la classe, un parent nettoie les baños, met les chaises sur les tables, balaye la classe. Il est autour de 15h, le soleil entame sa descente, il faut monter dans le carro au milieu de nulle part, s'extasier devant les vertes terrasses des proches campagnes, traverser les faubourgs périphériques de la ville, puis entrer au milieu les murs blancs de silar du centre historique. Fin. ------- "Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
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