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georgesOZ
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Vers l'Orient dans les années 1970

19 juin 2009 à 21:32
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Beaucoup de gens traversent la vie à un rythme pépère marqué par une succession de petits événements d’une tranquillité relative. D’autres, une minorité peut-être, passent par des étapes bouleversantes qui les marquent à tout jamais. J’appartiens à cette deuxième catégorie. L’une des expériences les plus marquantes de ma vie s’est déroulée dans les années 1970 et quelques, au Pakistan. Si j’ai pensé à plusieurs reprises qu’il vaudrait la peine de la « coucher sur papier », je ne l’ai pas fait jusqu’ici. C’est à peine si j’en ai raconté quelques fragments à mes meilleurs amis. La raison en est que bien des aspects de cette histoire sont très personnels, et aussi que la disponibilité des autres, même proches, est souvent limitée. De plus, une vie très active ne m’a pas laissé beaucoup de temps libre pour me mettre à écrire.
 
C’est une évidence que le « net », du fait qu’on peut y garder son anonymat, ouvre des portes nouvelles à la communication. Un forum de voyage est le site idéal pour raconter mon aventure: elle a été aussi bien un voyage dans une contrée exotique qu’un voyage psychologique. Je pourrais écrire pour ma propre satisfaction, celle de replonger dans mes souvenirs, et pourquoi aurais-je besoin d’en faire part à d’autres, surtout à des inconnus ? Mais écrire pour un public force à la concentration, et on devient plus exigeant avec soi-même. C’est pour cela donc que je vais maintenant tenter de pêcher dans les eaux profondes de ma mémoire, et offrir mes prises sur les étals de VF.
 
Quelques amis autour de moi avaient été en Inde, au Népal ou dans d’autres pays de cette région, et en parlaient avec émerveillement. Je brûlais de rejoindre le club de ces voyageurs et de moi aussi partir à la découverte. J’avais fait un premier voyage de France vers l’Inde, ou pour être plus exact dans la direction de l’Inde, que j’avais poussé jusqu’en Afghanistan. C’était pendant les vacances d’été, entre mes études. L’Afghanistan m’avait tellement plu que, de retour en France, je n’avais qu’une idée en tête : repartir et pousser plus loin le plus tôt possible. Ayant économisé au maximum pendant toute une année, sur mes très faibles rentrées d’argent, je pouvais me payer un aller-retour Paris-Kaboul avec Aryana Afghan Airlines, pour reprendre ma route là où j’avais dû l’interrompre l’année d’avant.
 
Bien que mon aventure se soit déroulée au Pakistan, il faut que je commence par mon premier voyage vers l’est, une mise en scène, disons. Cela intéressera peut-être ceux qui n’ont pas eu la chance d’y aller, et cela rappellera sans aucun doute bien des choses à ceux qui comme moi y ont été.
  En Grèce
J’avais fait de l’auto-stop à partir de Strasbourg. Allemagne du sud, Autriche, Yougoslavie. J’avais trouvé ce pays plutôt misérable, surtout après avoir passé Belgrade. Des images tirées de Tintin chez les Soviets me revenaient à l’esprit. Je marchais dans les faubourgs de Nis, qui est maintenant je crois la capitale de la Macédoine, où il n’y avait qu’un trafic léger de quelques bagnoles et de carrioles tirées par des chevaux. La nuit tombait et il n’y avait que quelques maigres loupiotes pour éclairer la route. J’avais acheté un pain dans une boulangerie, qui était loin d’avoir le pimpant d’une boulangerie française. Les hommes qui faisaient la queue ne m’avaient pas jeté un coup d’œil, je n’étais probablement qu’un va-nu-pieds comme tant d’autres et ne dépareillais pas trop. Le pain était infâme, dur et avec du gravillon mélangé à la farine. Mais j’avais, pour quelques sous, quelque chose dans le ventre.
 
Après une semaine de voyage, j’arrivais à la frontière de la Grèce. Il n’y avait qu’une douzaine de véhicules sortant de Yougoslavie pour entrer en Grèce, contre des centaines dans le sens contraire. La guerre entre la Turquie et la Grèce avait été déclarée le jour-même. Peu importe, j’avais été pris par des Français qui tenaient absolument à aller en Grèce, qu’ils connaissaient bien et qu’ils aimaient. Deux jours plus tard, je m’étais retrouvé à Athènes, et je ne me rappelle plus comment mais ayant fait la connaissance d’un Américain qui allait retrouver des amis de famille (pas des grecs), je l’avais accompagné et j’avais passé deux jours dans leur villa aux abords de la ville, à me la couler douce, jouer aux échecs etc. Une fois, j’avais cherché sur le poste radio et trouvé de la musique un peu plus intéressante, on m’avait immédiatement reproché d’avoir mis la radio sur un poste turc ! Je pensais « payer » mon accueil par la bonne compagnie que j’offrais, mais il était clair que je n’étais en fait qu’un pique-assiette et que je n’allais pas rester longtemps le bienvenu. De plus, je commençais à m’ennuyer, je trouvais ces gens un peu trop bourgeois à mon goût. J’étais donc prêt à repartir. La route vers l’est était bien sûr fermée, du coup je m’étais dit que peut-être je pouvais aller dans les îles grecques et de là passer en Turquie quand cette vilaine affaire se serait tassée.
 
Je m’étais retrouvé à camper sur l’île de Chios, dans la mer Égée, sur le terrain derrière un petit hôtel familial. Les gens étaient d’une très grande gentillesse et avaient le cœur sur la main. Ils m’avaient pris en affection, s’amusaient de mon installation précaire au milieu des cailloux et des buissons, m’offraient le matin un grand bol de lait de chèvre chaud, pouah !, mais au moins j’avais quelque chose dans le ventre et gratis. Plus tard dans la journée,   quand je revenais de ballade, il y avait toujours quelques hommes et femmes attablés sur la terrasse devant l’hôtel, et on m’invitait régulièrement à boire un petit ouzo avec eux: « Ouzo ennaki ! », ou était-ce « Enno ouzaki » ?, disaient-ils en rigolant, le verre porté haut en l’air. Un vieil homme qui vivait dans une masure au bord de la plage m’avait aussi invité à boire un coup et j’avais eu beaucoup de mal à le dissuader de tuer un poulet pour me faire à manger. Je ne connaissais pas un mot de Grec, mais j’essayais de baragouiner un peu. Je me rappelle quelques mots seulement : « nero », « krassi », « kannavi », « evkharisto poli », « parakallo ». Je trouvais cette langue tout à fait splendide. J’ai lu, bien plus tard, quelques très bons livres sur les anciens grecs, qui me fascinent et dont on ne dit pas assez à quel point ils ont transmis des éléments fondamentaux de la civilisation occidentale. On dit que le Grec est une langue indo-européenne, mais il est très probable qu’il y a dans cette langue, ancienne aussi bien que moderne, des sous-strates linguistiques qui précèdent la surface indo-européenne. Mais assez dit sur le sujet, que d’autres connaîtront bien mieux que moi. Je serai heureux, bien sûr, d’entamer une discussion sur la Grèce antique. Une chose dont je me souviens, c’est que Chios passe pour être le pays d’origine de Homère.
 
La nuit, on voyait les lumières de Çeşme, en Turquie (prononcer « Tcheshmé »). Ce n’était vraiment pas loin, à quelques kilomètres, mais il était bien sûr impossible d’y aller. Les gens de l’île étaient effrayés par les Turcs si proches. Ils disaient « plus jamais, nous ne parlerons à ces gens ! ». Il n’y avait presque aucun touriste sur l’île, peut-être à cause de son éloignement, au nord, par rapport aux autres îles grecques, ou à cause de la guerre. Au bout de quelques jours, comme il était évident que ma route vers l’est n’allait pas passer par Çeşme, j’étais revenu à Athènes. C’est peut-être sur le bateau ou sur le port que j’avais rencontré un Suisse Allemand avec lequel j’allais faire quelques jours de route, et que je vais appeler Peter pour faute de mieux. Si je me rappelle bien, il travaillait pour une organisation internationale, peut-être pour une branche de l’ONU. En tout cas, il connaissait très bien la région et se débrouillait assez bien en Grec, et comme j’avais pu m’en rendre compte par la suite, en Turc également. Il était plein de son expérience récente à Chypres, dont il revenait, où le gros du conflit entre les Grecs et les Turcs avait fait rage. C’est avec lui et peut-être un autre compagnon de fortune que j’avais pris le train pour remonter vers le nord de la Grèce, car on venait d’annoncer un armistice et nous avions eu écho que la frontière avec la Turquie était maintenant ouverte.
 
Sur des tronçons entiers de l’autoroute qui longeait la voie ferrée, les pylônes  avaient été coupés ras, pour paraît-il permettre aux avions d’atterrir. Le soir, nous étions aux abords de la frontière, et nous pouvions entrevoir dans la pénombre des concentrations de troupes dans la campagne. Le train n’avait alors plus que deux fourgons, car il n’y avait que quelques voyageurs, une vingtaine au plus pour continuer vers la Turquie dans ce premier train qui passait la frontière depuis le commencement des combats. Immédiatement après avoir passé la frontière, des soldats turcs bien armés étaient montés et passaient le train au peigne fin. Plus intéressant, deux ou trois Turcs en civil, costume-cravatte, venaient s’asseoir pour bavarder avec les voyageurs. Celui qui s’installa dans mon compartiment nous offrit des cigarettes, passa de l’anglais à l’allemand quand il apprit de Peter qu’il était Suisse Allemand, puis échangea quelques mots en français assez correct avec moi. Il avait l’air très à l’aise, et je n’aurais pas été étonné, si un de nos compagnons avait été Hongrois ou Espagnol, qu’il passât facilement à leurs langues respectives. Il nous demanda si nous avions vu des mouvements de troupes du côté grec. Bien sûr, nous ne dirent pas un mot, allégeant d’avoir dormi à la tombée de la nuit. La conversation était polie et plaisante, mais il était hors de question que nous entrions dans le jeu des services de renseignements turcs.
 
« Suite au prochain numéro ! »

Georges

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Re: [georgesOZ] Vers l'Orient dans les années 1970 (en réponse à...)

22 juin 2009 à 21:25
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Vers l’Orient !
Nous étions descendus dans un petit hôtel dans le centre d’Istanbul. Je garde un très bon souvenir de cette ville magnifique. Peter s’y connaissait bien et ensemble nous allèrent visiter Sainte Sophie, les bazars, prendre un café sur le pont qui franchissait la Corne D’Or, etc. Nous prîmes un bateau pour le côté oriental de la ville, bien plus paisible et presque rural. Les vues offertes durant la traversée du Bosphore étaient impressionnantes. Je me disais, à voir ces belles vieilles maisons perchées sur les collines, certaines avec littéralement les pieds dans l’eau, que ce serait un endroit idéal pour s’y retirer quelques temps et s’adonner à des activités artistiques, lire, écrire ou peindre. Cool

Peter nous emmena aussi faire un tour au quartier mal famé de Karakoy. Comme guide, il était vraiment impeccable. Les femmes dans les vitrines, aux pris affichés « 25 liras », « 35 liras » et ainsi de suite, étaient grassouillettes et n’auraient pas été du genre à nous allécher Pirate, à supposer même que nous aurions eu quelques pensées dans ce sens. Nous avions aussi été au hammam de la Mosquée Bleue (si je me rappelle bien). Les baquets d’eau chaude que les hommes du hammam nous jetaient à la figure, le massage final, quelle rigolade !

Nous allions aussi à ce petit café, pas loin de la Mosquée Bleue, bien connu des voyageurs et dont j’ai oublié le nom, sauf que je le vois encore, faisant le coin d’une rue. Si je ne me trompe, une scène du fameux film « Midnight Express » s’y déroule. C’est là que j’avais acheté un billet de bus pour aller jusqu’à Kaboul. Nous étions une vingtaine de jeunes voyageurs dans ce bus, tous ayant déjà dans les yeux le miroitement des étoiles de l’Orient qui s’ouvrait devant nous. Il y avait un Canadien de Vancouver qui me disait beaucoup de bien de sa ville, et qui gratouillait une guitare. Il ne semblait connaître qu’une chanson « Dree-ee-ee-ee-ee-eeam, Dream, Dream, Dream ! ». Un couple de Suisses restait le plus souvent plongé dans leurs lectures, sans doute à soigneusement préparer leur route. Ils prenaient grand soin à ne pas manger et boire sans tout bien nettoyer. Quand nous nous arrêtions aux petits restaurants au bord de la route, c’était un divertissement bienvenu que d’aller voir dans les cuisines ce qui y mijotait et d’indiquer du doigt ce qu’on voulait commander. En plus, c’était toujours délicieux, de la bonne cuisine pleine de légumes cuits, et saine. Les Suisses étaient les seuls à faire grise mine, car ces endroits n’étaient pas d’une propreté nickel. Mais j’entendis dire, bien plus tard à Kaboul, que l’homme avait attrapé l’hépatite virale. Ce qui prouve que…..

Il fallut deux jours pour arriver à Ankara. Plus loin, quelque part vers Sivas, à quelques 300 kilomètres d’Ankara, la route principale qui traversait l’est du pays n’était plus goudronnée. Nous roulions sur une large piste caillouteuse. Le soir, le conducteur, un Afghan, nous avait arrêtés devant un hôtel. Les prix des chambres étaient sans doute très modestes mais cependant de nature à effrayer la bande de vagabonds que nous étions. Nous avions couché dans les champs. Je m’étais allongé sur de la paille que j’avais tirée d’une grosse meule, et je regardais un ciel gigantesque comme je n’en avais jamais vu jusqu’alors, émerveillé par les étoiles, avec comme bruit de fond les ahanements du couple de Français qui, de l’autre côté de la meule, s’envoyait au septième ciel. Le lendemain, le bus commença à sérieusement peiner. Il y avait déjà eu quelques signes de fatigue, ce qui avait probablement été la cause de notre arrêt de quelques heures à Ankara. Mais là, ça devenait franchement inquiétant. La chaleur de l’été, nous étions mi-juillet, n’y arrangeait rien. Après quelques arrêts et des efforts louables de ressusciter le moteur, il fallut se rendre compte à l’évidence : le bus n’allait pas faire un kilomètre de plus. Nous étions en pleine pampa, Ankara était à quelques centaines de kilomètres derrière nous, et il restait quelques bonnes centaines de kilomètres jusqu’à la frontière iranienne. N’étant pas trop patient, je finis par arrêter un bus pour poursuivre ma route coûte que coûte. L’assistant du chauffeur passait, après chaque arrêt, pour verser de l’eau de Cologne dans les mains des passagers, ce que j’avais trouvé très civilisé. Mes voisins me demandaient d’où je venais et ne m’en voulaient pas d’être Français, comme il était bien connu dans ces pays que la France avait un penchant pour la Grèce.

La nuit tombée, arrêtés pour manger à une de ces auberges qu’on trouvait tous les 50 ou 100 kilomètres, j’avais rencontré une Anglaise qui me dit voyager jusqu’à Kaboul avec un petit groupe dans une fourgonnette. Il ne fallut que quelques mots avec le conducteur, Michael, un Anglais qui faisait régulièrement la route jusqu’en Inde pour en rapporter des babioles de tous genres pour revendre en Angleterre, pour tomber d’accord. Il y avait encore de la place et pour une dizaine de dollars je pouvais rejoindre l’équipée jusqu’à Kaboul.

Erzincan, Erzurum, puis tard le soir le jour d’après nous étions arrivés à la frontière. Il n’y avait pas d’autre option que de coucher sur le dur, derrière l’un des bâtiments. Au petit matin, ce n’est pas le soleil, mais les coups de bottes des soldats turcs qui nous réveillèrent Fou Fâché. Ce fut la seule occasion d’un contact un tant soit peu désagréable avec les Turcs, et encore ! ils n’étaient pas vraiment hostiles. Quelques heures plus tard, nous étions à Tabriz. Après un arrêt bref en ville, nous avions repris la route. Nous étions une demi-douzaine assis sur deux banquettes à l’arrière. Il y avait un autre Français avec lequel je pouvais bavarder et raconter des conneries. Par moments, notre exubérance était un peu trop « latine » pour nos compagnons, qui eux restaient silencieux la plupart du temps. Quand Michael s’arrêtait, subitement il n’y avait plus de brise et sur-le-champ la sueur dégoulinait sur nos visages, tant il faisait chaud.

Nous avions peut-être dormi dans la fourgonnette, pendant que Michael et un Allemand sympa que je vais appeler Hans se relayaient au volant. Je ne me rappelle en tout cas que quelques heures passées le matin à Téhéran, dont les avenues m’avaient paru assez agréables, propres et ombragées, puis nous avions repris la route vers le nord. L’après-midi, nous étions dans la montagne de l’Elbourz. Nous nous étions arrêtés pour boire un thé. Les deux ou trois hommes étaient très décontractés et amicaux, et nous firent fumer un peu d’opium avec eux, sans faire le moindre effort pour se cacher. Assis au bord-même de la route, profitant de la fraîcheur relative de la montagne, le temps avait pris une autre dimension. CoolAngéliquePlus tard, en fin d’après-midi, nous nous étions arrêtés dans une auberge plus importante. Une jeune femme portant un de ces tchadors à l’iranienne si élégants, bleu foncé et parsemé de petits pois blancs, maintenu précairement sur la tête et ne recouvrant que quelques cheveux, nous montrait son enfant qu’elle portait sur le bras, et nous faisait comprendre qu’il avait les mêmes cheveux tout blonds que Michael. Si les gens aux cheveux blonds ou aux yeux bleus ou verts ne sont pas fréquents dans ces régions, ils ne sont pas non plus rares. Le soir, nous étions arrivés dans une ville au bord de la mer Caspienne, et nous avions été au hammam à l’entrée de la ville. L’air était doux et il était tellement agréable d’être propre et rafraîchi. Nous avions dormi sur la plage.

Deux jours plus tard, après avoir longé le bord de la Caspienne, en passant par Bojnurd, nous étions redescendus le long de la frontière avec le Turkménistan vers Mashad, puis repartis droit vers l’est vers Qalaa-e-Eslam, la frontière afghane. Je n’ai pas pu trouver de carte assez précise pour retrouver cet endroit, mais je suis assez sûr que c’est l’orthographe correcte, puisque cela veut dire « forteresse de l’islam » en Farsi – l’alternative « Eslam Qalaa », sans « ezafeh », serait possible mais bien moins logique. Voulant vérifier l’orthographe de ce lieu sur Google, le deuxième résultat fut « Annual Opium Poppy Survey, Western Region Afghanistan, 2003 UNODC », c’est-à-dire «Enquête sur l’opium dans la région ouest de l’Afghanistan », par un bureau des Nations Unies (UNODC : United Nations Office of Drugs and Crime). Sans commentaire….

Le prochain chapitre sera sur l’Afghanistan ! Clin d'oeil

Georges

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Arrivée à Herat (en réponse à...)

24 juin 2009 à 8:20
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La première différence dont j’avais pris note, entre l’Iran et l’Afghanistan, c’est qu’il y avait du papier dans les toilettes du côté iranien …. et qu’il n’y avait pas de toilettes du côté afghan ! Et ce n’était qu’un début ! Il nous avait fallu plusieurs heures d’attente pour passer les formalités du côté afghan, surtout à cause de la fourgonnette. Mais en fin d’après-midi, nous étions de nouveau en route. Je me rappellerai toujours la grappe d’hommes assis sur deux ou trois tcharpaïs, devant quelques masures de terre battue, juste à la sortie du poste frontière. Ils avaient ces postures relâchées typiques de ces pays. Leurs turbans étaient impressionnants. Je n’avais jamais vu de tels turbans, aussi longs. Ils étaient habillés de tuniques très amples, pratiquement des pyjamas, aux couleurs simples et délavées. Deux ou trois canons de fusils pointaient derrière leurs épaules. Les uns étaient totalement impassibles, les autres nous observaient d’un regard perçant …. non, je plaisante ! Clin d'oeil Mais comment aurais-je pu la laisser passer, celle-là ? Mes excuses, donc, et revenons à mon récit.

Mais il faut d’abord que j’explique ce qu’est un tcharpaï, qui est une pièce de mobilier qu’on retrouve partout entre l’Iran et l’Inde. « Tchar » (« tchahar » pour être plus exact) veut dire « quatre » et « paï » veut dire « pied » en Farsi, c’est-à-dire en Persan. Ainsi, il s’agit d’un lit constitué de ses « quatre pieds », complétés par un cadre et le tout de bois, et dont le sommier est un treillis de cordes serrées autour du cadre. Quand on est assis ou qu’on dort sur un tcharpaï, on a l’agrément d’être bien ventilé par en-dessous, et il n’est pas rare que, pour obtenir un maximum de fraîcheur pendant les nuits d’été, les gens plantent les tcharpaïs au milieu d’un cours d’eau pour y dormir.

Nous étions donc en route vers Herat, à quelques 200 ou 300 kilomètres de la frontière. De temps à autre, il y avait un poste de contrôle sur la route. Peu importe, il n’y avait aucune tracasserie. À l’un de ces postes de contrôle, pendant que les soldats essayaient, d’un côté du véhicule, de déchiffrer les documents montrés par Michael, de l’autre côté un homme au long turban flottant de son bon demi-mètre dans le vent brandissait sous nos nez un disque de haschich. Hans négotia l’affaire l’espace de deux minutes, et je crois qu’il ne paya pas plus que 5 ou 6 dollars pour ce disque qui devait bien faire 200 ou 300 grammes. C’était un haschich d’un beau noir luisant et huileux, à la coupure vert foncé, et puissamment aromatique. Trouver mieux sur cette terre, les amis ? Impossible ! Tire la langueSourire Le reste de la route vers Herat, à l’avant comme à l’arrière de la fourgonnette, les joints circulaient. Rien qu’à entrer dans le véhicule, il y avait de quoi tomber raide.

La nuit était tombée. Je me rappelle le trafic léger à l’entrée de Herat, essentiellement quelques « droschkys » tirés par des chevaux sur des avenues faiblement éclairées par les lanternes de quelques magasins ou maisons. Michael, qui connaissait bien son chemin, nous conduit directement à un hôtel. Je n’avais même pas eu à payer les quelques afghanis dus pour une chambre, moins d’un franc français en tout cas. Comme dans tous les hôtels en Afghanistan, il y avait une salle commune où il y avait bonne compagnie, quelques afghans et quelques étrangers, assis sur des nattes et coussins le long des murs, et où on pouvait dormir pour 2 ou 3 afghanis. Au milieu, sur le sol, il y avait une pipe à eau (j’ai oublié le nom afghan) et ce n’était pas du tabac qu’on y fumait. Comme tout un chacun, je fus invité à mon tour à allumer une fournée, qui à chaque fois devait bien faire deux ou trois grammes de haschich. Rien que de « lancer » la pipe, en aspirant suffisamment fort pour forcer la fumée dans la colonne d’eau qui la rafraîchit, il y avait de quoi écrouler un mammouth. FouTire la langue Sourire Inutile de dire que nous étions tous de très, très bonne humeur. Nous buvions du thé et échangions quelques petites bribes de conversation amicale. La musique était excellente. C’est là je crois que j’ai entendu pour la première fois un morceau de Santana qui m’est resté dans la tête à tout jamais, « You just don’t care », mais que j’avais mis des années par après à retrouver. Je me rappelle aussi avoir entendu « Black Magic Woman ». Puis un morceau de musique indienne avait suivi, d’une puissance somptueuse et dévastatrice (j’espère que certains de mes lecteurs sauront de quoi je parle). Il serait difficile de décrire à quel point nous étions défoncés, mais c’était de très grande qualité et nous prenions un pied gigantesque. J’avais dormi d’un sommeil profond et heureux.

Le lendemain matin, premiers pas en Afghanistan, dans cette bonne vieille ville de Herat, jusqu’à l’une de ces magnifiques mosquées de type persan, à mon humble avis les plus belles de toutes. Vers la fin de l’après-midi, c’est-à-dire au moment où la température commençait à retomber un peu, nous étions en route pour Kandahar, à bien 800 kilomètres de Herat. Nous découvrions le grand désert afghan, entrecoupé de montagnes jaillissant presque à la verticale au milieu du plateau.

Georges

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Re: [georgesOZ] Arrivée à Herat (en réponse à...)

24 juin 2009 à 18:33
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salut Georges

j"adore ton voyage. c'est passionnant.
pour moi c'est un voyage dans le temps. à cette époque je voyageais sur un atlas.
je visualise certains endroits où tu es passé et d'autres qui me font rêver comme l'Afghanistan. La route de Herat à Kandahar quels souvenirs ! Istanbul , les routes non goudronnées du centre de la Turquie
et merci de le partager avec nous

Eric

"Voyager c'est s'attacher et s'arracher. On n'arrête pas de vivre ce couple de mots tout au long de la route" Nicolas Bouvier

georgesOZ
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Re: [Mékong] Arrivée à Herat (en réponse à...)

24 juin 2009 à 21:19
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salut Eric!

Merci, c'est gentil à toi. Ca fait toujours plaisir de savoir qu’il y a au moins quelqu’un qui apprécie ! Sourire

Tout ca n’est qu’un long préambule à mon deuxième voyage, celui qui m’a mené jusqu’au Pakistan. Une mise en scène, en quelque sorte, comme je l’ai dit au début de mon récit. Et les affaires vont sérieusement s’aggraver …. mais je ne vais pas « vendre la mèche » maintenant, hahaha ! Il me reste pas mal de pages à écrire avant d’arriver aux choses plus sérieuses……. Nous n’en sommes qu’aux amuse-gueules, alors patience !

Georges

cupda
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Re: [georgesOZ] Arrivée à Herat (en réponse à...)

25 juin 2009 à 2:00
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Salut Georges,

Quelle chance tu as d'avoir connu ça, cette époque et tout le toutim. Ce qui est dommage, c'est que tu courres un peu trop à mon goût dans ce voyage. Mais ton récit est super intéressant et j'aime bien ta façon de raconter, par petites évocations, furtives comme des images captées sur la route.

Continue !!


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Re: [cupda] Arrivée à Herat (en réponse à...)

25 juin 2009 à 3:14
  Répondre

 
Merci pour ton intérêt. Ne t’inquiète pas, ça va ralentir à un certain moment! Pour l’instant, je n’en suis qu’aux préliminaires. Et je ne l’ai peut-être pas explicitement déclaré d’entrée, mais mon but était d’arriver en Inde. Un but assez vague, je dois dire. Je n’avais pas de carte ni de guide dans mon sac, par exemple. En plus, je n’étais parti que pour quelques 2 mois, vu que je faisais des études sérieuses à Paris à cette époque. Donc, je n’avais pas le temps de m’arrêter à tout bout de chemin. Enfin, il y a 36 façons de voyager, et pour cette partie du récit, nous sommes dans le style « voyage impressionniste », je veux dire par là que je rassemblais des images et des impressions tout en bougeant assez vite. Tu l’as d’ailleurs bien relevé.

Georges

georgesOZ
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Kandahar (en réponse à...)

29 juin 2009 à 12:13
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La nuit était tombée. Nous nous étions arrêtés en cours de route pour nous reposer dans une «tchaïkhaneh». Une « tchaïkhaneh » est littéralement une « maison de thé » : « tchaï » veut bien évidemment dire « thé », et « khaneh » veut dire « maison » (on prononce « khouneh » en farsi de tous les jours, ou « amianeh »). Les deux ou trois hommes de la « tchaïkhaneh » étaient sans aucun doute des Pashtouns. Les Pashtouns s’appellent eux-mêmes « Pushto » ou « Pukhto », suivant le dialecte local. Les Anglais les appellent Pathans, sans doute le terme utilisé en Ourdou, ou Hindi. Nous étions dans la partie sud de l’Afghanistan, entre les massifs de l’Hindou Koush qui forment l’épine dorsale du pays, et le désert qui s’étend jusqu’au Balouchistan du côté Pakistanais. À Herat, où la population était dominée par les Tadjiks, qui parlent Farsi (ou Dari comme on dit en Afghanistan), nous étions encore dans le monde persan. Mais la vaste région qui commençait après Herat était principalement habitée par des Pashtouns. J’ai vu par la suite, je ne me rappelle pas si c’était en Afghanistan ou au Pakistan, des timbres postaux qui montraient un pays formé d’une grande partie de l’Afghanistan et d’une grande partie du Pakistan, avec le titre « Pushtunistan ». (« Pushtunistan » était un terme également utilisé pour désigner la partie nord-ouest du Pakistan, le NWFP ou North-West Frontier of Pakistan, mais le timbre montrait bien plus que ça). Les Pashtouns, peuple fier si jamais il y en a eu ! Le fait qu’un peuple puisse s’affirmer de telle façon quasi-officielle tout en transgressant une frontière internationale est incroyable. Qu’on imagine par exemple un timbre postal officiel émis en France, ou en Espagne, et montrant les limites d’un pays qu’on appellerait « Pays Basque », ou « Catalogne », et qui ignorerait complètement la frontière entre l’Espagne et la France !

Puisque nous parlons de timbres postaux, un autre timbre m’avait frappé, et de nouveau je ne me rappelle plus si c’était en Afghanistan, ou plutôt (et l’année d’après) au Pakistan. Il montrait l’étoile de David à terre et foulée sous les sabots d’un cheval monté d’un guerrier musulman triomphant. Il faudrait faire une collection de tels timbres illustrant les problèmes politiques de notre monde où les peuples et les cultures ne cessent de s’affronter…..Pirate

Avant de revenir à mon récit, je voudrais apporter une autre remarque, cette fois sur le nom « Hindou Koush ». Certains disent que cela vient du verbe persan « koushtan », qui veut dire « tuer », et qu’on appelle ainsi ces montagnes parce que c’est d’elles que sont venues plusieurs vagues d’envahisseurs qui bien souvent ne s’étaient pas conduits de manière très amicale avec les habitants du sous-continent indien : « les tueurs d’hindous ». Mais il est également possible que « koush » soit apparenté au mot « koh » qui veut dire « montagne ». Le mot « koush » était aussi utilisé dans ces régions pour désigner … une « région ». En fait, comme bien souvent dans des cas pareils, on ne saura jamais la vérité.

Comme la plupart des Pashtouns, comme je les ai vus par la suite en Afghanistan et au Pakistan, les gens de la « tchaïkhaneh » étaient de vigoureux gaillards pétant de santé. Leurs sourires et leur bonne humeur étaient réconfortants Sourire. Leurs traits forts avaient surgi de la pénombre, éclairés par la lampe-tempête qu’ils venaient d’amorcer en pompant un bon coup. Ils avaient ces pyjamas typiques, habits amples et confortables par excellence. Nous avions bu du thé, bien sûr. Il faut maintenant que je développe le sujet du thé. À partir de la Turquie, et jusqu’au Japon, c ‘est une boisson essentielle. Le thé à la Turque (je ne parle pas du « thé à la pomme » comme on en trouve de nos jours en Turquie et qui est une invention récente, mais du thé traditionnel) est pratiquement le même que celui qu’on boit en Iran. C’est un thé noir assez aromatique, qu’on boit simplement dans des verres (et non dans des tasses) avec du sucre. En Iran, traditionnellement, on ne met pas le sucre dans le thé, mais on met des morceaux de sucre dans la bouche, on laisse filtrer le thé entre les dents et il se sucre en passant. Ces morceaux de sucre sont du sucre « candi », c’est-à-dire du jus de canne à sucre cristallisé en morceaux plus ou moins gros qu’on appelle « qand » en farsi …. duquel on a dérivé le mot « candi » (par l’intermédiaire de l’Arabe).

En Iran, aussi bien qu’en Afghanistan, il y a toujours un samovar en route dans chaque maison, pour faire du thé à toute heure. Le thé iranien est à l’origine cultivé dans les montagnes du nord de l’Iran, mais il se peut bien que l’Iran ait besoin d’en importer, tant on en consomme. Un thé noir parfumé à la bergamote est très populaire chez les Iraniens, et les Iraniens qui vivent à l’étranger souvent mélangent leur thé avec de l’earl grey pour retrouver le goût de la bergamote.

Le riz lui aussi mérite une mention spéciale. Il devient la base principale de l’alimentation à partir de l’Iran, peut-être même à partir de la Turquie et de nouveau jusqu’au Japon. On en cultive des variétés excellentes dans les montagnes de l’Iran et de l’Afghanistan, assez proches du riz de montagne le plus connu, le Basmati, qu’on produit dans les contreforts himalayens du Pakistan et de l’Inde. En Iran, le meilleur riz est connu sous le nom de « dom siah », ce qui veut dire « queue noire ».

En Afghanistan, on avait le choix entre « tchaï-ye-sabz » et « tchaï-ye-siah », c’est-à-dire du thé vert ou du thé noir. Le thé vert, je crois, venait de la Chine, quant au thé noir, il était peut-être cultivé localement, comme en Iran. Mais mes souvenirs ne peuvent pas être toujours très exacts, vu que plus d’un tiers de siècle s’est écoulé depuis ce voyage en Afghanistan. Je reviens dans cette pièce de la « tchaïkhaneh », au milieu du désert entre Herat et Kandahar. Le service, très typique, vaut lui aussi une description rapide. La théière était assez menue, d’aluminium ou de fer blanc, décorée à la main, si je me souviens bien, de fleurs ou d’oiseaux sur fond bleu ou vert profond Sourire. De fabrication russe ou chinoise. Ah ! il faudrait bien qu’un autre voyageur ayant traversé ce pays vers la même époque puisse me le confirmer ! Ces détails, maintenant que je plonge de plus en plus profondément dans mes souvenirs, commencent à prendre pour moi une importance cruciale ! Enfin, les verres eux-mêmes étaient …. des « Duralex » ! Angélique

L’Afghanistan est un pays très pauvre où la nourriture est très simple et peu variée. Le thé, le riz, les brochettes de mouton mariné dans du yoghourt, le yoghourt justement, et ce pain délicieux, le « nan » Tire la langue, résument la gastronomie du pays, en tout cas pour les voyageurs. Mais pour quiconque a passé un peu de temps dans ce pays extraordinaire, qu’on appelait le « Tibet du monde musulman », penser à ces nourritures éveille une nostalgie qui ne connaît malheureusement pas de cure. Même si on pouvait y retourner, on ne saurait retrouver ce qu’on y a connu auparavant. En tout cas, ignorer ce genre de détails, c’est à mon humble avis passer complètement à côté des pays qu’on visite. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais accordé le moindre intérêt aux voyages organisés, ni aux grands hôtels et autres résidences touristiques, où on est presque sûr d’avoir une nourriture « adaptée ».

En plus du thé et du riz, les nourritures essentielles communes, quand on a passé la Turquie, incluent aussi le pain et le yaourt, ou yoghourt Mais je n’en parlerai pas maintenant, ayant bien conscience d’ennuyer même mes lecteurs les plus fidèles avec toutes ces digressions. Revenons donc à Kandahar. Ou arrivons-y, plutôt, dans la matinée, ayant fait de la route toute la nuit. Je ne me rappelle rien de l’hôtel où nous nous étions arrêtés. Michael et Hans s’étaient relayés au volant et n’avaient qu’une hâte, c’était de se coucher pour quelques heures. En plus, Hans devait aussi avoir envie de se retirer de la circulation avec Sue, l’Anglaise que j’avais rencontrée dans l’auberge, dans l’est de la Turquie, et qui m’avait branché sur « l’expédition Michael ». Déjà depuis l’Iran, il était évident qu’il se tramait quelque chose entre ces deux oiseaux ! Clin d'oeil Après avoir dormi un peu et pris mon petit déjeuner, j’étais sorti seul. J’avais déambulé dans les rues de Kandahar, assez vides en milieu de journée à cause de la chaleur.

À un carrefour, deux ou trois femmes étaient accroupies. Elles ne portaient pas le « tchador » à l’afghane, qui je crois s’appelle aussi « burkha » (peut-être au Pakistan ?), que toutes les femmes pratiquement sans exception portaient en ville. C’est un vêtement très ample d’une seule pièce de la tête jusqu’aux pieds, et qui ne laisse pas même voir les yeux de la femme derrière un treillis serré, la seule fenêtre sur le monde extérieur accordée à la femme afghane traditionnelle. Ces femmes devant moi n’avaient que de grands châles sur la tête. Elles étaient probablement des villageoises, ou peut-être des nomades d’après leurs grandes robes où le rouge et le noir dominaient. Accroupies autour d’un grand chaudron où elles cuisaient une espèce de soupe ou de ragoût (on dirait un « khoresh » en farsi), qu’elles devaient vouloir vendre aux quelques rares passants, et la peau burinée par le soleil, elles ressemblaient à des sorcières. De temps à autre, quelques hommes passaient à cheval, fusil à l’épaule et superbes avec leurs longs turbans. On pouvait imaginer qu ‘ils venaient du désert environnant Kandahar.

Vainquant ma timidité, poussé par la faim et également par le besoin de m’arrêter quelque part où je puisse profiter d’un peu de fraîcheur, je rentrai dans une « tchaïkhaneh ». Le dispositif était classique, il n’y avait pas de tables ni de chaises, mais des nattes recouvraient des banquettes pleines surélevées, sur lesquelles les clients s’asseyaient ou même se couchaient pour faire la sieste en milieu de journée. Au milieu de la salle, il y avait un énorme samovar, dont la partie supérieure traversait le plafond pour continuer à l’étage, sans doute pour le chauffage en hiver. Je m’installai en tailleur, ce qui ne me posait pas trop de difficulté. Après tout, cela faisait des années que je m’étais habitué à m’asseoir par terre chez mes différents amis, qui presque sans exception vivaient assez chichement et n’avaient guère de mobilier. De plus, il y avait aussi une certaine mode à se mettre « à l’orientale » à cette époque, nous sortions tout droit de la période « hippy », le monde occidental était en pleine découverte de toutes sortes de choses orientales, que ce soit la musique, les philosophies ou les arts.

L’un des rares clients de la « tchaïkhaneh », un homme (bien sûr, il aurait été impensable de voir une femme dans un endroit pareil) installé non trop loin de moi devant une théière et une assiette de riz sur lequel quelques morceaux de viande de mouton était disposés, me fit geste de m’approcher et me fit comprendre sans la moindre parole qu’il m’invitait à partager son repas. Sourire Je savais qu’il n’y avait pas besoin de faire de chichis, et qu’en faire aurait été vexant plus qu’autre chose. Je fis un geste de remerciement, m’inclinant avec la main sur le cœur, un geste assez courant dans le monde musulman, et je me mis à piocher dans l’assiette. La viande était tellement grasse que je n’avais pas envie de trop en manger Fou. Cette manière simple et courtoise d’inviter un étranger, sans échanger la moindre parole, me parut très noble SourireCool. J’avais commencé à travailler mon farsi, avec un livre que j’avais acheté dans le Quartier Latin, dans le quartier de Saint-Michel, et qui s’appelait « Colloquial Persian ». Mais j’étais encore loin de pouvoir me lancer dans une discussion allant plus loin que quelques phrases d’introduction !

Georges

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Re: [georgesOZ] Kandahar (en réponse à...)

30 juin 2009 à 16:46 · modifié par Mékong le 30 juin 2009 à 17:50
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salut Georges
merci pour ce récit passionnant riche en détails. ton voyage me fascine.
ta description du peuple pasthoun est émouvante.

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Re: [Mékong] Kandahar (en réponse à...)

1 juillet 2009 à 4:01
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Salut Éric, et merci pour tes mots encourageants Sourire. Je viens de voir sur un poste différent, mais également de moi, des mots enrageants. Il y a vraiment des gens bizarres sur VF, pour ne pas user de termes plus forts.

J'aurai l'occasion de revenir sur les Pashtouns.....

Je vois que tu as un faible pour le Laos et l’Indonésie. Je ne connais du Laos que Vientiane, que j'ai bien aimé. Par contre je connais bien l’Indonésie (j’etais encore à Jakarta toute la semaine dernière! Clin d'oeil). Et tu dis que l’Inde t’as tapé dans l’oeil: tu y as déjà été? J’en ai des souvenirs innoubliables.

Georges

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Re: [georgesOZ] Kandahar (en réponse à...)

1 juillet 2009 à 6:25
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salut Georges
je vois de quoi tu parles.
l'Indonésie, j'y étais il y a presque 10 ans et j'en garde un souvenir merveilleux. j'avais rayonné essentiellement depuis Jogja.
quant à l'Inde, j'y étais en 2008 , venu par la route depuis Istanbul. les conditions n'étaient pas les mêmes qu'à ton époque
à bientôt pour la suite de ton périple

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Re: [Mékong] Kandahar (en réponse à...)

2 juillet 2009 à 1:36
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C'est interessant, c'est quoi la route d'Istanbul en Inde de nos jours? Tu es passe par ou?

Georges

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Re: [georgesOZ] Kandahar (en réponse à...)

2 juillet 2009 à 3:34
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Istanbul-Dogubayizit-Tabriz-Teheran-Yazd-Zahedan-Taftan-Quetta-Lahore-Amritsar

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Re: [Mékong] Kandahar (en réponse à...)

3 juillet 2009 à 9:42
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Belle route! Tu dois avoir des choses a raconter!

Georges

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Kaboul (en réponse à...)

3 juillet 2009 à 9:47
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Et voici la fin de mon premier voyage vers l orient

À mon arrivée à Kaboul, j’étais bien dans ma cinquième ou sixième semaine de voyage depuis que j’avais quitté Strasbourg. « L’expédition Michael » se débanda. Michael avait visiblement envie de ralentir le rythme de son propre voyage et de passer quelques jours en Afghanistan avant de continuer sa route vers l’Inde. Pendant les quelques jours qui suivirent, je le vis de temps à autre « en ville », ainsi que Hans qui ne le quittait pas. J’avais bien apprécié le caractère britannique de Michael, mélange de calme et d’un sens de l’humour subtil. Il me faisait rire quand, ne comprenant pas ce que je lui disais (mon anglais était encore assez approximatif), il me demandait « I beg your pardon ? », une formule qui me semblait tellement ampoulée.

Je n’ai qu’une idée très vague, tant d’années plus tard, de la façon dont je m’étais arrangé moi-même. J’étais sans aucun doute « descendu » dans un de ces hôtels aux noms sympathiques du genre « Friends » ou « Green Garden », dont il y avait un certain nombre à Kaboul à cette époque, à partager une chambre avec quelques autres voyageurs pour une poignée d’afghanis la nuit.

Kaboul, vers mi-août. Bien sûr, il faisait très chaud. Mais comme la plupart des villes en Asie, Kaboul est à une altitude assez élevée, à 1, 800 mètres en fait. Ce qui fait que le climat est rafraîchi par les montagnes environnantes, et de plus la ville est bien arrosée par les rivières qui descendent de l’Hindou Koush à la fonte des neiges. Par contre, on peut imaginer la rigueur de l’hiver à Kaboul, brrrrrr ! Il y avait un bon nombre de cafés et d’hôtels disposant de cours et de jardins bien ombragés, et il faisait bon se la couler douce dans ces endroits, à rencontrer d’autres voyageurs, siroter du thé (il fallait toujours payer un supplément pour avoir du sucre !), manger un morceau, écouter de la bonne musique et fumer quelques joints ou chiloms, bercé de temps à autre par l’ « azan », l’appel à la prière, qui apportait une touche atmosphérique à ces journées paisibles et paresseuses. Tout ça invitait à faire de bonnes petites siestes en milieu de journée.Sourire

Peut-être sera-t-il utile d’expliquer ce qu’est un chilom ? C’est une pipe de forme conique ou évasée, souvent en pierre ou de terre cuite, spécialement faite pour fumer le haschisch. Il y en a de toutes les tailles. C’est de grand usage en Inde et au Pakistan. À la base du chilom, on met une pierre ou une bille, pour retenir le mélange à fumer tout en laissant passer la fumée. Le mélange lui-même pouvait être assez pur, c’est-à-dire ne contenir qu’un minimum de tabac nécessaire à garantir la combustion. On enveloppe souvent la base du chilom d’un bout de tissu. Pourquoi ? pour filtrer la fumée ? Je n’en sais trop rien, disons que c’est un rituel. On prend le chilom dans les mains jointes, et on aspire à travers les doigts. L’objet finit souvent par prendre un caractère presque sacré pour son propriétaire, et ceux qui le fument se doivent de le traiter avec un minimum de respect. Beaucoup de gens revenaient d’Inde ou du Pakistan où ils avaient appris divers rituels pour fumer le haschisch. Les « hindouisés » portaient le chilom à leur front et disaient « Boum Shankar ! » avant de tirer leur première bouffée. Par la suite, une fois au Pakistan, j’allais découvrir les rituels « islamisés »….

Dans la journée, je me baladais dans les rues de Kaboul. Les afghans ne prêtaient presque pas attention aux étrangers ou alors se montraient très amicaux. Ces gens étaient vraiment cool. J’aimais bien m’asseoir dans une « tchaïkhaneh», me commander un yoghourt et un mélange de noix et de raisins secs, ou du thé, ou des brochettes délicieuses qui ne coûtaient que 6 ou 7 afghanis (grosso modo 1 franc) pour 3 ou 4 bâtons. Sans parler du pain, le « nan » ! J’étais fasciné par les boulangeries (si on peut dire ! n’allez pas imaginer votre boulangerie pimpante du 16-ème arrondissement !). Un homme pétrissait la pâte et la façonnait en longues rames, souvent d’un bon mètre. Un autre, emmitouflé comme s’il partait en expédition polaire, plongeait la tête à l’intérieur du « tanoor », le four, pour coller la pâte sur la paroi intérieure. C’était impressionnant, on n’osait imaginer comment un être humain pouvait se risquer si près de l’enfer qui faisait rage dans le ventre du « tanoor », ne serait-ce que pour cette demi-seconde que prenait l’opération. Pirate Assez souvent, c’était des garçons qui faisaient ce travail pénible. Soit dit en passant, le « tandoori » bien connu de tout le monde tire son nom de « tanoor », un autre exemple d’un mot Hindi dérivé du farsi (je crois qu’on dit « tandoor » en dari). En fait, il paraît que le terme est très ancien et nous est venu des Akkadiens. Le pain fraîchement cuit était un délice à sentir et à manger. Je parlais plus haut de ces aliments essentiels, communs à des régions entières. Et bien, nous étions encore bien, ici, dans un pays à pain ! Il faut aller plus loin que l’Inde pour voir disparaître le pain, ou en tout cas le voir diminuer d’importance.

Un détail amusant qui me reste en mémoire, ce sont les deux ou trois changeurs de monnaie indiens qu’on rencontrait à tout bout de champ. Ils étaient habillés de chemises et de vestons aux couleurs criantes et avaient des allures d’escrocs. Ils portaient de grosses bagues d’un goût douteux à plusieurs doigts, ce qui attirait l’attention, pour l’un d’eux en tout cas (sinon pour les autres également) à des déformations telles l’appendice d’un sixième doigt pendouillant au côté du petit doigt.

Je savais que je ne pouvais plus aller bien loin. Je devais à revenir à Paris avant la mi-septembre pour reprendre mes études, et je commençais à me rendre compte que le voyage de retour allait me prendre quelques semaines. En plus, mes fonds étaient assez bas, malgré le régime ultra-économique de mon voyage jusque là. Bref, j’étais arrivé à un point de non-retour : si je continuais mon voyage vers l’Inde, j’étais sûr de ne pas être de retour à temps à Paris, sans mentionner les problèmes pécuniaires….. Un après-midi, je m’étais retrouvé assis à une table où deux femmes étaient déjà assises, et comme il se trouvait que c’était des françaises, nous avions commencé à bavarder un peu. Elles étaient sur le retour de quelques semaines en Inde. L’une d’elles, que j’appellerai Julie, me plaisait bien et je m’arrangeais pour la revoir le lendemain. Coupons court, car de toute manière je ne me rappelle plus les détails, et disons que nous nous étions retrouvés en fin de soirée couchés sur un parterre dans le jardin de l’hôtel où Julie partageait une chambre avec 5 ou 6 autres voyageurs. Ce n’était quand-même pas si confortable que ça, sans compter que les gens de l’hôtel auraient fait une sacrée tête en nous voyant là au petit matin ! Nous avions donc fini par rejoindre sa chambre, mais là nous étions restés sages, hahaha !

Le jour suivant, nous avions rencontré Michael et Hans, qui voulaient faire un tour sur les hauteurs de Paghman, pas trop loin de Kaboul mais plus haut dans la montagne. Nous avions immédiatement accepté leur invitation de les accompagner. Hans était triste car Sue, l’Anglaise avec laquelle il semblait avoir monté une bonne affaire, avait décidé de le laisser pour continuer sa route vers l’Inde. Paghman était (est peut-être encore de nos jours) une station estivale pour les gens « bien » de Kaboul. Ce n’était pas grand du tout. Nous nous promenions sur un belvédère, en haut d’un parc à vrai dire assez desséché, surplombant la vallée de Kaboul qu’on voyait au loin. Là, nous avions rencontré un afghan habillé à l’occidentale, veston et cravate. Il nous avait dit être docteur, être apparenté au roi, et nous avait invités à loger dans un immeuble qui faisait partie du parc. Je me rappelle avoir mangé des « biryanis » dans une pièce très maigrement meublée, qui n’avait même pas de vitre aux fenêtres. Ces « biryanis » ont dû être le produit gastronomique afghan le plus sophistiqué auquel j’ai pu goûter durant ce voyage. C’était en fait une espèce de « samosas », mais le docteur nous avait bien expliqué que c’était de la cuisine afghane. En guise de logement, ce n’était pas le Ritz ! Julie et moi avions une chambre de rien du tout, où il n’y avait qu’une paillasse à même le sol et une couverture. Je crois qu’il n’y avait ni lumières ni salle d’eau. Fou Mais Julie et moi n’y attachions pas d’importance, nous ne pensions qu’aux bons moments intimes que nous allions passer.

Michael et Hans voulaient rester à Paghman, mais nous avions envie de retourner à Kaboul, en somme plus confortable. Comme seul moyen de transport, il y avait une vieille Dodge ou Buick dans laquelle nous devions bien être une douzaine de passagers. Nous étions assis à l’avant et avions une vue plongeante sur la descente menant à Kaboul. Le conducteur attendit que la voiture ait pris un peu de vitesse dans la pente avant d’essayer d’embrayer. Le levier de vitesse était une longue tige de fer recourbée, qui sortait à la droite du volant d’un tableau de bord qui n’existait plus. Il fallut quelques essais avant d’enclencher une vitesse. Vraiment un drôle d’engin !

Les derniers jours à Kaboul suivirent le rythme nonchalant que j’ai décrit plus haut. Je me rappelle avoir été dans un café où un musicien jouait le soir d’un instrument à cordes qui ressemblait à un sitar ou, peut-être, à un « kamantché », accompagné d’un joueur de tabla. Le « kamantché » est un instrument typiquement persan, dont on joue une musique traditionnelle qu’on entend assez souvent en Iran, par exemple. Il est peut-être assez difficile pour des occidentaux d’apprécier cette musique, et peut-être plus encore que la musique indienne qui, à mon avis, est nettement plus structurée, d’une façon qu’on peut comparer avec la musique classique occidentale, c’est-à-dire qu’on y reconnaît bien l’introduction d’un thème qui est par la suite développé sur plusieurs modes. Il y a des affinités évidentes entre la musique persane et la musique classique du nord de l’Inde. Mais le peu que je connaisse de la musique plus « persane » me semble faire beaucoup plus de place à l’improvisation pure, et ça semble être une interminable répétition de courtes phrases mélodiques sans beaucoup de variation. Cette musique s’inscrivait parfaitement dans l’atmosphère décontractée et paisible de ce café, dans la douceur d’une nuit d’été à Kaboul, et me touchait profondément. C’était l’époque où j’étais plongé dans la spiritualité hindouiste. L’un des deux ou trois livres que je portais dans mon minuscule bagage était « Les Trois Upanishads » avec commentaires de Sri Aurobindo, de la collection « Spiritualités Vivantes ». La première « upanishad », l’Isha Upanishad, me suffisait largement pour ouvrir mon cœur et mon esprit à de vastes champs de réflexion. Et cette musique s’accordait parfaitement à cette humeur, si on peut dire.

C’est un sujet inépuisable, et je pourrais le développer plus encore, mais j’ai conscience que cela pourrait laisser un bon nombre de lecteurs perplexes. Je reviens donc à mon voyage « physique », qui lui touchait à sa fin. Julie avait acheté un aller-retour sur Kaboul, à partir de la France, avec je ne sais plus quelle compagnie aérienne. L’un de ses compagnons de voyage voulait rester plus longtemps dans la région et m’offrit son ticket pour une somme très raisonnable. Il fallut que Julie y mette du sien car il ne me restait vraiment plus grand-chose en poche. C’est ainsi que nous nous étions retrouvés à Francfort, d’où nous avions pris un bus pour Strasbourg. Retour à la case départ !

Georges

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Re: [georgesOZ] Kaboul (en réponse à...)

4 juillet 2009 à 17:59
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salut Georges

lorsque tu parles des rituels islamisés au Pakistan, ça ne seraient pas les soirées soufies ?
autrement, dommage que ton carnet se termine. merci pour ce magnifique voyage afghan que tu nous as proposé.
un moment tu cites les Afghans "ils ne font pas attention à nous" "ils sont très cools" Colin Thubron dans son livre "à l'ombre de la route de la Soie" te rejoint, ajoutant que ce peuple, de par son attitude de détachement, se démarquait de tous ceux qu'il avait cotoyés jusqu'à présent, cela selon lui, pouvait venir du fait que de tous temps, les voyageurs au long cours passent en Afghanistan.

pour répondre à ta question
sur mon voyage jusqu'en Inde, j'ai écris aussi un carnet ici intitulé "Fragments de voyage de Lyon à Madras par la route"

à bientôt pour de nouvelles aventures

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Re: [Mékong] Kaboul (en réponse à...)

5 juillet 2009 à 9:10
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Merci encore pour tes bons mots. Je ne manquerai pas d'aller lire ton carnet. La, je suis hors reseau, mais ne t'inquiete pas, je vais passer au corps principal der mon recit, car jusqu'a present je n'en etais qu'aux amuse-gueules!

Georges

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Re: [Mékong] Kaboul (en réponse à...)

7 juillet 2009 à 17:54
  Répondre

 
lorsque tu parles des rituels islamisés au Pakistan, ça ne seraient pas les soirées soufies ?
--------------------------------
il y a un peu de ca, mais pas tout a fait ... patience! on y arrivera!

un moment tu cites les Afghans "ils ne font pas attention à nous" "ils sont très cools" Colin Thubron dans son livre "à l'ombre de la route de la Soie" te rejoint, ajoutant que ce peuple, de par son attitude de détachement, se démarquait de tous ceux qu'il avait cotoyés jusqu'à présent, cela selon lui, pouvait venir du fait que de tous temps, les voyageurs au long cours passent en Afghanistan.
----------------------------------
Je ne sais pas. Cools, ils l'etaient sans aucun doute. Peut-etre parce que leur pays etait tellement isole, au contraire? On parlait du Tibet de l'Islam. Peu de rencontres offensives avec d'autres religions, ni avec le monde moderne .... jusqu' a l'invasion sovietique.

sur mon voyage jusqu'en Inde, j'ai écris aussi un carnet ici intitulé "Fragments de voyage de Lyon à Madras par la route"
--------------------------------
J'ai commence a lire, avec interet. J'en suis arrive a Lahore. Beau voyage et que de bonnes rencontres. J'espere que tu as retrouve Jade, tres jolie comme tu le dis..... Sourire

Georges

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Re: [georgesOZ] Kandahar (en réponse à...)

13 juillet 2009 à 2:34
  Répondre

 
Salam doustam :)

Merci pour ces belles lignes. Ton voyage est vraiment très joli et l'attention que tu portes aux détails rend ton récit très riche c'est vraiment sympathique. Ah, Kaboul "très cool" et détendue ! J'ai vu l'adaptation cinématographique du bouquin "les cerfs volants de Kaboul", tournée dans l'ouest de la Chine, et je fantasme assez sur cette région comme le camarade mékong (que je salue). Il y a quelque chose de terriblement puissant dans cet isolement afghan à l'heure de l'internet, des téléphones portables etc.

Enfin toutes tes précisions relatives au fârsi me rappellent mon voyage en Iran l'année dernière, merci :) vivement le Pakistan !


georgesOZ
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Re: [jfontanieu] Kandahar (en réponse à...)

14 juillet 2009 à 7:12
  Répondre

 
Kheili memnounam!
Ou, comme on dirait plutot en Afghanistan, Besyar teshekkor mikonam! (Si je ne me trompe pas - apres tout, ca fait une paye que je n'ai pas pratique le Farsi). En tout cas, on utilise bien plus "besyar" en Afghanistan qu'en Iran, ou on entend surtout "kheili".

Donc, merci pour tes encouragements. Ca change des commentaires agressifs que j'ai recolte sur d'autres postes....

J'ai vu ce tres beau film il n'y a pas longtemps. Je ne sais pas sie on a fait un film sur Les Cavaliers de Joseph Kessel, qui cadrerait aussi tres bien, avec une belle presentation du monde du "bozkashi", le jeu traditionnel de l'Afghanistan ("boz" pour "bouc"; "kashi", du verbe "kashidan", pour "tirer"), du monde de ces hommes virils, porteurs des magnifiques "tchapans" dans les steppes du nord.....

A bientot pour le Pakistan, mais pour l'instant, j'ai du travail a Bangkok....

Georges

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Retour à Kaboul et Visite de Bâmyân (en réponse à...)

17 juillet 2009 à 10:14 · modifié par georgesOZ le 17 juillet 2009 à 21:29
  Répondre

 
Quand j’ai commencé ce poste, j’ai mentionné que l’une des expériences les plus marquantes de ma vie s’est déroulée au Pakistan. Jusqu’ici, je n’ai traité que de mon premier voyage vers l’orient qui s’était terminé en Afghanistan, qui avait servi de préambule à mon voyage au Pakistan. Avec mon premier voyage en Afghanistan, j’avais enfin rejoint le club de ces voyageurs intrépides qui s’essaimaient vers l’orient dans les années 1970. J’avais « gagné du galon », et j’avais la tête pleine de mes premières aventures. Ce que j’ai pu en raconter ici n’en est qu’une faible part, la quantité et la richesse des souvenirs ayant été largement réduites au fil des longues années qui se sont écoulées depuis. Je voulais aussi ne pas trop tarder avant d’aborder la partie principale de mon récit.
 
Il fallait encore que j’arrive à pousser jusqu’en Inde, mon véritable but. J’étais avide de découvrir ce pays fabuleux et exotique, dont je ne connaissais jusqu’alors que quelques textes spirituels (la Bhagavad Gîta et quelques upanishads, avec commentaires par Sri Aurobindo), ainsi que les récits de quelques amis qui m’y avaient précédé. Certains y avaient eu des aventures rocambolesques. L’un d’eux, Louis D., également de Strasbourg, avait même fini par passer quelques jours en prison, mais je ne me rappelle plus pour quelle bêtise il avait bien pu commettre.
 
L’année suivante, je poursuivais mes études, et je faisais des petits boulots sur le côté pour arrondir mes fins de mois. Je vivais chichement et économisais au maximum sur mes très faibles rentrées d’argent. J’avais enfin pu me payer un aller-retour Paris-Kaboul avec Aryana Afghan Airlines, pour reprendre ma route là où j’avais dû l’interrompre l’année d’avant. Vers mi-juin, j’étais de retour à Kaboul.
 
L’année d’avant, j’étais arrivé en Afghanistan au mois d’août, et il ne restait plus une goutte d’eau nulle part. Cette fois, je pouvais voir de l’avion que la vallée de Kaboul était encore verte et inondée par les eaux de l’Hindou Koush. Je n’avais pas perdu trop de temps à Kaboul même, aussi agréable que séjourner dans cette ville maintenant familière eût pu être. Tôt le matin, j’avais pris un bus pour Bâmyân, plus vers l’intérieur de l’Hindou Koush. Le bus était parti accompagné des exhortations habituelles : « Boro bâ khêir ! », « En avant par la grâce de Dieu ! ». Je me disais, pendant les quelques heures de route, qu’il ne suffisait pas de supporter la poussière pour voyager en Afghanistan, mais qu’il fallait véritablement l’aimer. Sur la route, nous croisions ces camions extraordinairement bariolés, les « motôrs », que je trouvais si beaux. Ils étaient tous couverts de peintures fantaisistes. Les paysages alpins semblaient être assez communs. Ils étaient aussi enguirlandés de lampes de toutes les couleurs, et devaient   ressembler à des sapins de Noël la nuit. J’étais assis à côté d’un Afghan coiffé d’un beau turban finement rayé de gris et de noir sur fond blanc, un motif très populaire, qui de temps à autre ouvrait une petite boîte pour en tirer une prise d’une mixture noirâtre, qu’il se collait dans les narines, une pratique assez courante. C’était du « nasouâr », m’expliqua-t-il, un mélange de tabac et de résine aromatique (mon Farsi était bien sûr trop limité pour capter toutes les subtilités de l’explication). Il m’invita à en prendre, mais je me contentai d’en porter à mon nez pour en reconnaître l’odeur. Dans la boîte à « nasouâr », il y avait aussi du khôl et un petit miroir, pour se refaire le pourtour des yeux. Ces hommes si virils avaient leur petite coquetterie ! Non pour se faire « de beaux yeux », mais sans doute plutôt pour accentuer la dureté de leurs regards.
 
Situé entre Kaboul et le plateau de Band-e-amîr, Bâmyân était un chef-lieu de province, mais ce n’était vraiment pas grand du tout. Il n’y avait qu’une rue principale, non goudronnée, longeant sur quelques centaines de mètres la falaise où se trouvaient les fameuses statues de Bouddha. Je ne peux pas décrire en détail les statues, mais sans aucun doute elles étaient impressionnantes, taillées dans la falaise, l’une de plus de 50 mètres de haut, l’autre de 35 mètres, en gros (je laisse aux fanatiques de la précision le soin d’aller en vérifier par eux-mêmes les dimensions exactes). Il y avait un sentier précaire pour monter vers les statues, et je crois bien avoir pu entrer dans la tête d’une des deux statues. Autour des statues, aussi bien qu’à l’intérieur, il y avait des recoins où des ermites avaient résidé avant l’arrivée de l’Islâm. Ces statues dataient de l’époque de Gandhâra, où le bouddhisme avait fleuri sous des influences culturelles et artistiques diverses. On peut citer les influences helléniques (après le passage d’Alexandre Le Grand) et indiennes (ayant fait partie de l’empire des Mauryas, puis des Guptas), sans compter l’héritage laissé par l’empire persan des Achéménides et l’influence des Sassanides persans contemporains. Les deux statues avaient été taillées dans la falaise de grès, mais les détails avaient été moulés de glaise mélangée avec de la paille, et recouverts de stuc. Si je me rappelle bien, il n’y avait cependant pas de décorations à admirer, contrairement par exemple aux fresques et à la statuaire du site merveilleux d’Ajantâ dans le Maharashtra, en Inde. Mais j’étais ravi de pouvoir visiter un site aussi unique au monde. On dit que le revêtement des statues avait été peint mais la plus grande partie avait disparu avec le temps.
 
Tristesse est un très faible mot, quand on considère que le site de Bâmyân est tombé sous les pattes destructrices des Talibans, alors qu’Ajantâ bénéficie de dons japonais, ainsi que de l’intérêt porté par les indiens à leur patrimoine, pour sa rénovation et conservation. On ne pourra jamais suffisamment exprimer son indignation contre la destruction à coups de canons d’artillerie et d’explosifs de ces statues par les Talibans en 2001, sur les ordres du Mullah Mohammed Omar.  Les Talibans avaient déclaré que ces statues étaient des idoles et que leur destruction était en accord avec la loi islamique. Le régime iranien, dont on dit tellement de mal, s’était indigné et avait élevé la voix pour prévenir les Talibans de commettre cet acte tout simplement criminel. Mais il faut bien savoir (et je suis sûr que beaucoup l’ignorent) que l’Iran chiite n’a jamais eu beaucoup de sympathie pour ses voisins Afghans sunnites. Le Japon et la Suisse, entre autres pays, ont déclaré leur intention d’aider à la reconstruction des statues.
 
L’Afghanistan est un pays principalement sunni, à l’exception notoire de la minorité Hazara qui est chiite. Vestiges des vagues mongoles ou turkmènes qui ont déferlé à plusieurs reprises sur l’Asie Centrale, les Hazaras sont des Mongols sédentarisés dans l’Hindou Koush. Ils sont moins développés économiquement que les autres peuples de l’Afghanistan. Pour toutes ces raisons, ils ont été traditionnellement méprisés par le reste du pays.
 
J’avais poussé plus haut et avais atteint un plateau d’où on voyait toute la vallée de Bâmyân, tapissée de champs encore verts entre des habitations clairsemées, sur plusieurs kilomètres au-delà de l’agglomération nichée aux pieds des statues. J’avais été assez vite découragé de marcher plus loin, car le terrain était hostile. La pente des collines était constituée d’éboulis, et les crêtes des collines menaçaient de s’effondrer à chaque pas. De plus, il commençait à faire bien trop chaud. Suivant un rythme maintenant bien établi, je me réfugiai dans la « tchaïkhaneh » où j’avais dormi la veille, pour manger, boire et faire la sieste.
 
Avant de passer à la suite, je vais présenter quelques images trouvées sur le web (je n’avais pas d’appareil photo sur moi à l’époque). Tout d’abord, deux images montrant la beauté des mosquées de Hérat, de type persan et comme je l’ai déjà dit les plus belles à mes yeux.  Il y a ensuite 6 images montrant la vallée de Bamyan, les statues dans la falaise, leur destruction et le résultat.
 
J’ajoute aussi deux images montrant à quoi ressemble un tcharpaï. J’ai expliqué plus haut comment un tcharpaï est construit. Ça sert normalement de lit, donc pour dormir, mais on peut aussi s’en servir pour toutes sortes d’activités, par exemple pour porter des malades, pour faire sécher des piments ou des herbes frais. Ça sert de siège quand on bavarde avec des amis devant la maison. Ça sert aussi d’écran contre le soleil ou même de palissade ! Tout le monde en Inde, au Pakistan et en Afghanistan sait ce qu'est un tcharpaï!
 
Je dis ca, mais je viens d’essayer 3 fois de suite et ca coince après la première image, je ne sais pas pourquoi. Je vais essayer de télécharger les autres images un peu plus tard…..

Georges
 

Image attachée:

Mosquee de Herat.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
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18 juillet 2009 à 3:51
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Voilà ! J’ai réussi à attacher les images promises. Une autre mosquée de Herat, pour commencer. Ensuite quelques images de Bâmyân, avant et après la destruction des statues. On voit bien sur la première image les deux niches abritant les grandes statues, à droite et à gauche de la falaise. Enfin, pour terminer, je parlais des tcharpaïs, alors en voici l’illustration !

Georges
 

Images attachées:

Mosquee de Herat a.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
Image postée par Georges xxx (membre georgesOZ) dans la discussion «Vers l'Orient dans les années 1970».
Vallee de Bamyan.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
Image postée par Georges xxx (membre georgesOZ) dans la discussion «Vers l'Orient dans les années 1970».
Vue sur la valle de Bamyan.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
Image postée par Georges xxx (membre georgesOZ) dans la discussion «Vers l'Orient dans les années 1970».
Un des deux Bouddhas.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
Image postée par Georges xxx (membre georgesOZ) dans la discussion «Vers l'Orient dans les années 1970».
Image de destruction.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
Image postée par Georges xxx (membre georgesOZ) dans la discussion «Vers l'Orient dans les années 1970».
Apres la destruction.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
Image postée par Georges xxx (membre georgesOZ) dans la discussion «Vers l'Orient dans les années 1970».
Niche de statue vide.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
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Tcharpai.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
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Tcharpai a.jpg - Vers l'Orient dans les  années 1970
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Band-e-Amîr (en réponse à...)

21 juillet 2009 à 6:21
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À quelques heures de route plus vers l’intérieur de l’Hindou Koush, j’étais arrivé à Band-i-Amîr. Il n’y avait pas de village à proprement parler, mais quelques fermes isolées sur ce plateau situé à plus de 3, 000 mètres d’altitude. On devait bien être à la limite des zones habitables. Les hivers sur les contreforts des montagnes afghanes sont très rigoureux, mais là on était vraiment en pleine montagne ! Le site était cependant bien connu pour ses lacs extraordinaires, et il y avait, au milieu de nulle part, une douzaine de constructions assez précaires pour y accueillir les visiteurs, à quelques centaines de mètres du premier lac.

Je crois que c’est à Band-e-Amîr que j’avais rencontré Gabriel K, car je me rappelle avoir loué un cheval pour partir tout seul à la découverte, donc j’étais tout seul au début de mon séjour. Ma balade en cheval ne s’était pas bien passée. J’avais fait de l’équitation assez sérieusement dans ma jeunesse, pas si lointaine que ça à l’époque, et j’avais même passé mon premier degré d’équitation. Mais grande fut ma déception, car le cheval était si mal en point, avec des blessures à vif sous une mauvaise selle, qu’il n’y avait pas moyen d’en tirer grand-chose. Il ne pensait certainement qu’à une chose, c’était de décourager son cavalier le plus vite possible pour qu’il abandonne la partie et le laisse en paix ! Après une demi-heure et quelques trots et galops trop nerveux et trop récalcitrants, Incertain j’avais effectivement abandonné.

C’est peut-être au retour de cette décevante affaire que j’avais rencontré Gabriel, un juif d’origine Algérienne. Nous étions vite devenus amis et nous étions devenus inséparables tellement nous nous entendions bien, au moins durant les quelques jours que nous avions passés ensemble à Band-e-Amîr. Notre logement ressemblait à une grande tente montée sur des pieux de bois sur lesquels on avait passé des tentures. À l’intérieur, des draps séparaient quelques chambres les unes des autres. La nuit, allongés sur des lits de camp, nous pouvions admirer un ciel immense parsemé d’étoiles, car en fait il n’y avait pas de toit (je sais, je décris mal la construction….). Inutile de dire qu’une fois la nuit tombée, étant si peu abrités et à plus de 3, 000 mètres d’altitude, nous avions besoin de plusieurs couvertures pour rester au chaud. On n’aurait pas pu vivre plus en plein air que ça !

Nous étions partis à pied pour remonter les lacs, qui commençaient un peu en contrebas de ce campement de fortune. Les lacs de Band-e-Amîr sont une série d’une demi-douzaine de lacs (précisons-le : je ne les ai pas comptés), nichés dans un défilé taillé dans un plateau au milieu de l’Hindou Koush, et séparés les uns des autres par des dénivellements qui correspondent à des failles transversales au défilé. Des sécrétions calcaires ont accentué le relief de ces dénivellements, et au passage d’un lac à l’autre on trouve des cascades de plusieurs mètres de haut, et des épaulements sur lesquels les eaux s’écoulent. L’eau est d’une très grande pureté, et passe du très clair et très limpide au sombre le plus opaque, selon la profondeur et le moment de la journée. L’eau et le soleil de l’été donnent naissance à une végétation luxuriante entre les cascades et, de ci, de là, des bassins éclatants de la blancheur du calcaire qui s’y est recristallisé forment comme des baignoires ou même des piscines. Tire la langueCoolGabriel et moi, nous étions les seuls êtres humains dans ce paysage grandiose, un miracle au milieu du plateau désolé.

Le bruit courait que Club Méditerranée envisageait de construire un « village » à Band-e-Amîr. Rien qu’à y penser, nous frémissions d’effroi. On comprend bien qu’il y ait besoin d’aménager des infrastructures touristiques pour accueillir des gens qui veulent voir quelque chose qui sort de l’ordinaire et qui les change de leur train-train quotidien, et qui apportent de surcroît des devises étrangères à des pays relativement déshérités. Mais de là à planter des constructions nouvelles en dur dans un site totalement vierge et unique au monde, et à y « parachuter » des gens qui n’ont pas pour ainsi dire « mérité » d’y arriver au bout d’un long voyage! Quels que soient les arguments des architectes, du genre «intégration harmonieuse au site », nous avions du mal à accepter que ce genre de tourisme puisse atteindre ce haut-lieu. Bien sûr, nous étions bien conscients d’être nous-mêmes des touristes et de ne pas détenir des droits exclusifs sur l’Afghanistan. Cependant, nous avions le sentiment qu’un village du Club Méditerranée à Band-e-Amîr aurait été saugrenu et futile.

En fin d’après-midi, nous étions de retour au « campement ». Nous rejoignions quelques autres voyageurs pour nous restaurer, et passions la soirée à bavarder de tout et de rien dans une « tchaïkhaneh », faite de planches et de tentures mais cette fois, il y avait un toit ! Gabriel était intarissable, il avait des histoires à ne pas en finir sur la vie qu’avait connue sa famille en Algérie, sur l’expérience qu’il avait faite pendant quelques années dans un kibboutz en Israël, et ainsi de suite. Il m’apprenait quelques mots d’hébreu, langue magnifique. Je me rappelle encore l’expression « ben zona », qui veut dire « fils de pute », hahaha ! Il avait finalement décidé de revenir en France, déçu par les comportements, les opinions et les tendances politiques qui prévalaient en Israël.

Le lendemain, tôt levés, nous avions marché en aval des lacs et avions traversé un ou deux hameaux. Nous étions revenus en fin de matinée, et après avoir fumé quelques joints, nous étions allés nous installer confortablement sur les coussins de notre « tchaïkhaneh » préférée, à siroter du thé et à savourer l’élasticité et la profondeur du temps. C’est fou ce qu’on peut faire du temps quand on a fumé quelques bons pétards ! Trois ou quatre land-rovers s’arrêtèrent devant la « tchaïkhaneh », et un groupe d’une dizaine de personnes y entra. Ces gens étaient vêtus très simplement, comme tous les Afghans, d’amples pyjamas de couleur bleue ou marron très clair et les tissus de leurs turbans avaient les motifs sobres usuels. Cependant, leurs habits avaient une qualité évidente qui sortait du commun. Ils ne portaient pas d’armes, mais il ne faisait nul doute que les quelques hommes qui étaient restés dehors avaient ce qu’il fallait pour assurer la sécurité. Les gens de la « tchaïkhaneh » s’étaient précipités pour leurs faire de profondes salutations. Ils s’affairaient à installer des coussins supplémentaires pour accommoder ce groupe dans la salle commune (la seule) où Gabriel et moi étions quasi écroulés, cuvant notre haschisch, et avaient même disposé des fleurs au milieu du « sofreh » tout propre qu’ils avaient étendu devant leurs nouveaux hôtes.

Faut-il expliquer ce qu’est un « sofreh » ? Dans le monde persan, que ce soit en Iran ou en Afghanistan, et probablement dans d’autres pays tels le Turkménistan (bien que je n’y sois jamais allé), les gens s’assoient traditionnellement par terre pour boire et manger. Le seul mobilier nécessaire est constitué de tapis (souvent plusieurs en couches superposées !), de coussins et d’un large tissu souvent joliment décoré sur lequel on pose les plats : c’est le « sofreh ». Quand on va faire un pique-nique, on étale un « sofreh » sur l’herbe. La « table » est mise en quelques instants !

Ces gens qui venaient d’arriver étaient de toute évidence des gens d’une certaine distinction. L’un des deux adolescents se leva pour aller sentir les fleurs, dans un mouvement délicat mais sans être le moins du monde ridicule ou exagéré. Ils firent signe aux gens de la maison de nous apporter des fruits et du thé. Nous n’étions qu’à quelques mètres d’eux, et comme nous leur avions exprimé notre « bonjour » en farsi, et que nous les avions correctement remerciés pour leur geste d’hospitalité, ils nous adressèrent la parole après les quelques minutes qu’il leur fallut pour bien s’installer.

Ils ne parlaient pas un seul mot d’anglais, mais je commençais à me débrouiller un peu en farsi (j’avais fait quelques efforts pendant l’année qui s’était écoulée depuis mon premier voyage), suffisamment pour tenir un brin de conversation. La première chose qu’ils nous expliquèrent fut que deux des hommes du groupe étaient le gouverneur et le « qazi », c’est-à-dire le juge, de Bâmyân. Gabriel manqua s’étrangler sur ma traduction, me faisant la remarque que ces gens pouvaient nous jeter en prison si bon leur semblait. Pirate Nous eûmes bien sûr un petit moment d’inquiétude, trop habitués à l’atmosphère incriminante de l’Europe en ce qui concerne la détention et l’usage de haschisch, et pas trop sûrs de ce qui était toléré dans ce pays. Mais ces gens avaient un comportement calme et souriant qui rapidement nous mit à l’aise. Je m’étais fait répéter leurs titres pour être sûr d’avoir bien compris, sur quoi il y eut quelques éclats de rires légers. Ils savouraient sans doute l’impression qu’ils faisaient sur nous, en toute simplicité (et ils se doutaient peut-être bien de l’état dans lequel nous étions). Ils nous posèrent les questions d’usage, d’où nous venions etc. Ils nous demandèrent de quelle religion nous étions (la seule fois je crois qu’on me posa cette question en Afghanistan). Je dis que j’étais chrétien. Je traduisais au fur et à mesure pour Gabriel, et nous avions nos propres bribes de discussion avant que je m’adresse de nouveau à nos distingués voisins. Il insista pour que je dise qu’il était athée, préférant cela à avouer qu’il était juif. Je savais que cela allait choquer ces gens, et ça ne pouvait pas manquer, l’un des hommes se lança dans une dissertation pour convaincre Gabriel qu’il était dans l’erreur: « qui donc a créé tout cela, autour de nous, les êtres vivants, les arbres, le ciel, le soleil, les montagnes ? Comment peut-on douter qu’il y a un être divin à la source de tout cela ? ». J’étais coincé dans une discussion qui devenait un peu trop sérieuse, avec une argumentation d’une logique irréfutable pour les croyants, et qui ne prouvait strictement rien pour un athée. Et de plus dans une langue que je commençais à peine à manier un peu, et l’esprit embrumé par le haschisch. Mais tout se déroula dans la plus grande courtoisie, et le groupe repartit une fois leur collation terminée. Gabriel et moi, nous restions sous le choc, plaisant, de cette rencontre qui sortait vraiment de l’ordinaire.

Si je me rappelle bien, Gabriel voulait rester plus longtemps à Band-e-Amîr, et je le quittai pour redescendre sur Kaboul. Nous étions véritablement devenus comme des frères. De retour à Paris, quelques mois plus tard, j’avais voulu aller le visiter dans la communauté d’anarchistes où il vivait, dans une banlieue est de Paris, mais n’avais pas eu la chance de l’y trouver. Depuis, nous avions malheureusement perdu contact. Ce n’était pas encore l’époque des contacts facilités par le « net », et j’allais moi-même vivre une véritable vie de vagabond pendant les années qui suivirent. Je n’allais plus souvent revenir à Paris, et il faut bien que je m’en fasse le reproche, je n’avais pas tenté de renouer contact. Il est peut-être dans ma nature de rester souvent seul, d’éviter de m’enchaîner avec qui que ce soit pour le long terme, même si par après j’ai le regret d’avoir peut-être écourté ce qui aurait pu se développer comme une belle amitié.

Georges

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21 juillet 2009 à 19:30
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