
manu16
France
6 décembre 2006 à 20:42
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Mis à part les hôtels, il n'y avait que la station service; et j'en avais marre des pizzas, marre des bocaditos (1), marre du Tucola (2)... J'aurais donné un billet d'avion pour un steack-frites et une salade verte ! J'en avais marre de ce foutu pays et de tout son bordel... Je me demandais ce que je foutais sur cette plage à regarder des touristes jouer au volley, batifoler dans l'eau et se barbouiller de crème. Est-ce que je bronze, moi ? Et ces musicos de seconde zone qui commencent sincèrement à me gonfler en nous tournant autour... Ils nous prennent pour des touristes ou quoi ? Si ce n'était pour mes cubains qui crevaient d'envie de connaître enfin cette plage à soixante kilomètres de chez eux et à laquelle ils n'auraient jamais accédé sans moi, je serais bien resté peinard à jouer aux dominos sur la place du village. On peut me croire ! Ou à faire la sieste; j'avais trop dansé la veille. Seulement il était une heure de l'après-midi et mes cubains avaient l'estomac dans les talons... C'est pas le tout d'être le bon Dieu en personne; faut assumer jusqu'au bout ! - Stop ! Pas de cubains dans l'hôtel ! - Ça va; je sais; c'est comme en France, des Tziganes à l'entrée d'un 4 étoiles; ça fout mal... Bon; écoute ! C'est pas mon jour. Alors, tu m'emmerdes pas et t'appelles la direction. Pigé ? Le temps que le vigile disparaisse dans un couloir, j'ai fait magner ma smala terrorisée pour qu'elle occupe les fauteuils. Puis j'ai attrapé un dépliant et je me suis adossé au comptoir. La direction est arrivée sur des talons hauts. J'ai enlevé mes lunettes de soleil et j'ai attendu qu'elle me salue. Puis j'ai sorti mon porte-feuille et je l'ai regardée droit dans les yeux en tapotant ma carte bleue sur le comptoir : je paie... Donc ils entrent avec moi. Ok ? - Es que... Es muy caro ! (3) Là; ça frisait l'insulte ! Quand je paye j'apprécie pas qu'on discute ! J'ai respiré un grand coup et j'ai répété distinctement en me penchant sur elle : Yo... Pa... Go ! (4) - Si, señor ! Si, señor ! No problema ! (5) J'ai prié le bon Dieu (l'autre !) pour que ma carte fonctionne et je me suis dis que Marlon Brando pouvait aller se rhabiller... Nous avons choisi la grande table ronde et le personnel s'est fait un devoir de nous tirer la chaise. Merci ! Deux verres, des couverts en argent et des serviettes brodées; la totale ! Je me suis donc levé et ils m'ont suivi à la queue leu leu jusqu'au buffet. Le choix était correct; genre cafétéria. Mes cubains n'ont jamais vu de cafétéria... J'ai pris des carottes râpées, des pinces de crabes, du taboulé. Et tous ont pris des carottes râpées, des pinces de crabe, du taboulé. Je suis retourné m'asseoir avec les sept nains dans mon dos tenant leur assiette à deux mains. J'ai mis la serviette sur mes genoux et ils ont fait de même. J'ai commencé à manger et eux aussi. J'ai pris le temps de regarder ce qu'il y avait dans le taboulé et quand j'ai levé la tête... Bon sang ! Ils avaient déjà terminé ! Moi qui mange comme un gascon et qui ai un appétit d'oiseau, être obligé d'accélérer pour finir mon plat... Dur ! Puis j'ai fais un effort surhumain pour me relever et toute la troupe m'a suivi de nouveau sagement jusqu'au buffet. Cette fois je n'ai pris qu'une cuisse de poulet... et eux-aussi. J'étais sur le point de retourner m'asseoir quand soudain j'ai eu un flash : 200 $ ! Merde alors ! C'est pas rien ! C'est comme si j'avais été électrocuté sur place. Alors je me suis souvenu que le prix n'incluait pas l'hôtel mais la plage, la piscine, le bar et le buffet... à volonté. J'ai crié : stop !... Et puis j'ai carrément disjoncté. J'ai empilé à toute vitesse dans leur assiette des cuisses de poulet, des tranches de rôti, des saucisses, des paupiettes de veau et autres friandises... C'était à qui aurait la montagne la plus haute ! J'ai poussé les premiers servis pour qu'ils retournent seuls, j'ai bousculé un peu les retardataires et je suis rentré en sautillant d'un pied sur l'autre. Mon amie me faisant remarquer qu'on avait oublié le riz, je me suis relevé une dernière fois et j'ai pris le volant du chariot avec les plats de riz, frites, haricots, le fromage avec, et le pain et les pâtisseries et la mayonnaise et le ketchou... (6) Quand je me suis assis enfin, j'étais tout essoufflé. Et j'ai dû insister pour qu'ils mangent sans se préoccuper du fait que je n'avais plus faim... Je ne sais pas pourquoi mais j'étais en colère. Un seul touriste aurait levé le nez de son assiette, je crois que j'aurais grimpé sur la table et surpassé Castro lui-même dans ses talents d'orateur pour les empêcher tous autant qu'ils étaient de digérer ! Mais curieusement, aucun de mes congénères ne prêtait attention à nous. Il n'y avait que le personnel pour nous dévisager; et ça, mes cubains s'en foutaient... Après qu'ils aient vidé leur assiette, mon amie s'est aperçue qu'elle n'avait plus de cigarettes. Sa famille n'osant pas rester seule à table, elle leur proposa de nous attendre près de la piscine le temps d'aller à la boutique de l'hôtel. Manu a besoin de calme; dit-elle. J'avais surtout une boule dans la gorge, je ne sais pas très bien; quelque chose qui ne passait pas... Quand nous les avons rejoints, dix minutes après, ils avaient réquisitionné les rocking chair. Ils avaient commandé une bière et puis... des carottes râpées, des pinces de crabe, du taboulé, des cuisses de poulet...
------------------ 1. sandwiches 2. Coca-Cola cubain 3. C'est que... C'est très cher ! 4. Je Paye ! 5. Oui monsieur ! Oui monsieur ! Pas de problème ! 6. Ketchup prononcé à la façon cubaine (19.04.2002)
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