
Loopkin
Lyon, France

10 février 2004 à 4:31
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Bonnes interrogations, Douya. De quoi écrire encore pas mal de trucs. L'écriture sur l'écriture. La méta-écriture... Je n'écris pas souvent. Seulement quand je sais que le voyage va être un truc un peu incroyable. J'ai écrit trois fois: en 99 dans l'Altaï, en 2000 lors de l'ascension du Citaltepetl (Mexique), et en 2003, dans le Transsibérien, (deux extraits publiés ici). A chaque fois, c'était dans des conditions différentes. Dans l'Altaï, c'était en général le soir ou le matin, dehors au soleil s'il faisait beau, dans la tente s'il pleuvait. Au Mexique, c'était dans l'hotel, à mon retour d'expé. Dans le Transsibérien, c'était dans le Transsibérien au jour le jour. L'avantage des récits de voyage en train, c'est qu'on peut les écrire presque en direct: on a beaucoup de temps à tuer. Mais même là, j'ai parfois été tellement occupé (rencontres sur rencontres) que je prenais jusqu'à trois jours de retard!! En général, je détaille sur place, pour ne pas oublier les détails justement. Les grandes lignes, on s'en souvient toute la vie, mais la façon dont on a percu les choses à ce moment là, on peut l'oublier. Exemple: j'ai retrouvé mes récits de l'Altaï après 4 ans de croupissement dans une cave (les récits, pas moi, je vous rassure). Je les ai relus avidement. J'ai halluciné sur moi-même. Ou plutôt sur le moi qui écrivait à ce moment là: rien à voir avec le moi qui lisait 4 ans plus tard. J'avais tellement changé. Je ne me souvenais pas, et pour cause, j'ai honte de le dire, que j'avais regretté d'avoir fait trop de rencontres dans l'Altaï. C'est écrit noir sur blanc. Incroyable. J'étais allé là bas surtout pour échapper aux hommes, pensant que le lieu était désert. Pourtant, les meilleurs souvenirs que j'ai gardés, c'est justement ces rencontres magnifiques que j'avais faites. La mémoire change avec la personnalité. Ces carnets permettent de fixer le moi du moment. J'ai recopié mes carnets du Transsibérien sur ordinateur à mon retour. Ca m'a pris trois mois, il y avait cent pages (trois cahiers d'écolier écrits tassés). En recopiant, j'ai touché au style, pas au fond, mis à part quelques censures des passages trop personnels. Recopier les shémas sous word fut un peu chiant. Je dessine peu, ou pas du tout. Un jour peut être. J'aime écrire avec un stylo plume, mais à cause de l'avion, j'évite de le prendre en voyage lointain, je n'aime pas avoir les mains bleues... je ne suis pas un shtroumphf. Donc stylo bic noir, en général. Dans l'Altaï et au Mexique, j'avais un crayon de papier (et des mini carnets, style calepin): à ce moment là, le poids était un critère non négligeable. Depuis l'écriture des carnets de route du Transsibérien, qui, pour moi, était la plus aboutie des trois expériences d'écriture de voyage, je pense que je vais écrire beaucoup plus systématiquement en voyage. De toute façon, c'est prévu. Je pars un an, et là, je ne sais pas comment je vais faire: trois cahiers en deux semaines dans le Transsibérien, si on extrapole... ca fait pas mal de péniches de cahiers... Ce que je peux dire aussi, c'est que pendant le voyage en Transsibérien, l'écriture de ces cahiers devenait chaque jour de plus en plus une drogue. J'ai du m'éclater les yeux, parfois, j'écrivais dans l'obscurité (ou presque), tellement j'en avais besoin. Ca vous arrive, à vous, ce genre de débilités? Dans l'Altaï, j'étais encore bien jeune, j'écrivais peu, et très très mal. De plus, nous étions en groupe (cinq personnes), donc c'est différent. On écrit beaucoup plus quand on est seul en voyage. Ces récits ne sont pas publiés sur ce site, j'en ai trop honte. ------- Geantropie, Vivre l'espace http://geantropie.free.fr
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