
josé
France

6 janvier 2004 à 8:00
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Bonjour Luc, Tu ne m’en voudras pas de ne pas t’appeler par ton nom de membre, c’est qu’en France ce terme a une consonance tellement péjorative (Nom donné aux nord-africains par les racistes) que rien que de le lire ou l’entendre, j’attrape 22 de tension et dois faire énormément d’efforts pour interpeller calmement l’interlocuteur et le prier d’utiliser un autre vocable. Bien sûr, ici je devrais savoir passer outre cette aversion puisque c’est le nom que tu t’es choisi, mais excuse moi c’est au-dessus de mes moyens, je ne peux pas utiliser ce mot. Les petits moments de bonheur en voyage ? En voyant le sujet je me suis dit que tu cherchais peut-être à faire sauter le forum pour cause de saturation ? ou que tu étais de mèche avec François pour augmenter les entrées ? Finalement ce n’est pas le cas. Peut-être à cause de la difficulté à faire du tri dans ce trop plein de souvenirs et de bonheur liés au voyage le sujet n'a pas trop pris. Dommage, je préfère lire des écrits comme ceux que tu proposes plutôt que ces éternels pseudo débats, qui à mon sens n'apportent rien à ce site, (mais cela reste subjectif) sur qui est le vrai voyageur? En ce qui me concerne, les moments déjà décrits dans les pages « carnets de voyageurs » font partie de ces grands moments, mais je vais en livrer 2 ou 3 autres qui feront certainement sourire les "grands globe-trotteurs", mais voilà… La première fois que j’ai pris l’avion et à la fois le premier voyage hors Europe. Une sorte d’excitation enfantine lors d’un soir de Noël… J’étais arrivé à l’aéroport 3 heures avant . J’aime prendre le temps de la découverte … et je découvrais physiquement ce type d’endroit. Je me suis posé sur mon siège fatigué par 3 heures de marche en milieu confiné, mais certainement le visage si radieux que mon voisin m’a interpellé à peu près en ces termes : « Vous au moins quand vous prenez l’avion vous avez une expression à rassurer votre entourage. Moi je suis vert de trouille et quand on est deux dans ce cas cote à cote le voyage est pesant. ». Moi qui suis plutôt le genre « te fais pas remarquer, sois discret » j’ai déconné les 4 heures du voyage et décoincé le type d’à coté qui m’a payé mon premier thé marocain (pas le meilleur que j’ai bu , mais il n’y était pour rien ! ) à l’aéroport de Marrakech. Voilà …un p’tit moment de bonheur à coté d’un mec vert de trouille en avion … C’est tout con hein ? Un autre … Sur fond de ciel anthracite et dans cette lumière des temps d’orage lavée de toute impureté, des heures d’émerveillement devant les incessants décollages, atterrissages et survols du lac d’Isly (dans le Moyen-Atlas marocain) par une colonie de plusieurs dizaines de flamants roses en migration, ayant choisi comme moi ce décor de quiétude pour le nécessaire repos avant la poursuite d’un long voyage. Ils sont partis le lendemain avant mon réveil. Les moments très beaux sont toujours éphémères, on voudrait pouvoir les fixer, on ne peut pas. Et c’est peut-être mieux ainsi. Le plaisir n’en est que plus grand quand ils reviennent à l’orée de la mémoire. Merci Luc pour m’avoir donné une autre occasion de les faire ressurgir. Et la toute simple rencontre d’un soir, extrait d’un vieux carnet … "Beau ciel bleu parcouru par de gros ballots de coton immaculé, en route vers d’autres destinées. La météo revient à la hauteur de nos espérances. Ce matin nous avons quitté Zawiat Ahensal pour un retour à Anergui. Après quelques hésitations entre les trois itinéraires possibles, nous choisissons de traverser le Kousser, mais cette fois ci en remontant vers le nord par la trace muletière qui longe la frange Est du plateau et permet de rejoindre Batli en moins de deux jours. Depuis ce hameau, l’accès à la vallée et à Ayt Boulmane par Tizi n’Dari ne sera qu’une formalité de moins de deux heures. En attendant nous sommes à Imidal. Petit groupe de bergeries sur une pente ensoleillée et en bordure d’un miraculeux filet d’eau sortit d’on ne sait quelle faille de cette vaste étendue minérale. L’endroit semble désert, non pas abandonné, mais inoccupé momentanément; de belles cultures d’orge, des cadenas aux portes et des crottes de mulet sur les chemins d’accès aux bergeries témoignent de l’activité ponctuelle du secteur. Les étables-écuries ne sont pas fermées; armé de la rudimentaire et traditionnelle balayette en palmier nain, Jacky transforme l’une d’elles en une très présentable chambre pour la nuit. A 2000 mètres en ce début mai, celles-ci sont encore fraîches ; il me faut patienter encore un peu pour les bivouacs sous les étoiles. Pendant que Jacky s’active aux menues tâches ménagères je m’occupe de notre mulet-porteur. ce soir, ô! confort suprême, asserdoun aura droit aussi à sa petite chambre particulière à quelques mètres de la nôtre et d’une autre bergerie … d’où un couple nous observe. Assis, silencieux et immobiles sur une pierre plate à l’entrée de leur azib ils ne semblent pas s’inquiéter outre mesure des allées et venues des deux roumis autour des étables de leurs voisins absents. Depuis combien de temps sommes-nous si discrètement observés ? Voilà bientôt une heure que nous vaquons aux rituelles occupations de chaque milieu d’après midi, installation du camp pour la nuit, soins du porteur, approvisionnement d’eau, toilette sommaire ou complète si la quantité d’eau le permet…, et nous ne les avions pas remarqués ! Peut-être les avons nous tirés du sommeil profond d’une sieste d’amoureux ? Je fais un petit geste de la main et m’approche avec mon plus beau sourire aux lèvres. La femme n’y est pas sensible, preuve qu’il (mon sourire) n’est pas infaillible. Elle disparaît à l’intérieur de leur abri sommaire, l’homme se lève. Salutations d’usage. Mon sobre vocabulaire tamazight suffit pour comprendre que nous pouvons passer la nuit ici sans inquiétude. Traditionnelle invitation, nous prenons les devants et proposons le thé, l’eau chauffe déjà sur notre camping gaz. Pour ne pas être en reste l’homme s’éclipse un instant et revient avec un beau bouquet de menthe fraîchement coupée. Nous l’épatons par notre maîtrise dans la confection du breuvage, digne selon lui du numéro un des maîtres du thé, et la qualité de l’huile d’olive dans laquelle il trempe subtilement les morceaux de galette d’orge. « Allah ighlif » notre hôte prend congé avec la formule consacrée. A la tombée de la nuit il réapparaît, un gros pain lourd et chaud dans une main et un bidon d’agho (petit lait) dans l’autre. La sollicitude de ces montagnards envers l’étranger est toujours à la hauteur de leur légendaire hospitalité ! Le petit lait caillé est servi en apéritif du sauté de veau marengo aux pâtes… le tout lyophilisé. Nous proposons bien sûr le partage de ce qui doit lui sembler une bien curieuse pitance tant la première bouchée de notre Berbère est prudente; mais toute nourriture se mange car envoyée par Dieu… Bissmi Allah ! les suivantes seront plus volontaires et dans un beau rot sonore notre gaillard nous fait part de sa satisfaction. Nous servons comme il se doit le thé–digestif, échangeons le pain contre deux oranges, deux portions de « vache qui rit », le fond de mon paquet de Samson et quelques feuilles à rouler. « Baraka Allah illik », Mohammed nous remercie et s’en retourne vers sa compagne. Je gagne enfin une partie au scrabble et tombe sans tarder dans les bras de Morphée." Ceux qui veulent en rire peuvent le faire... mais pour moi ce sont ces petits rien qui font la richesse d'un voyage. A vous tous, mes voeux de réussite et bonheur pour cette nouvelle année et une pensée particulière aux familles dans la souffrance après cette catastrophe récente. José ------- « Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt http://perso.wanadoo.fr/wihalane/
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