
scourtoi
Sologne, France
Photo/image personnelle du membre scourtoi.
29 août 2006 à 16:32
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Lille Flandres. Le nord. Le nord que je ne connais pas. Les villes suivantes, Roubaix, Tourcoing, Mouscron, sont telles que je les imagine. Humides et industrielles. Laborieuses. On y devine une odeur de sueur, de cambouis et de charbon, correspondant hélas bien trop à mon préjugé bourguignon. Les lignes à haute tension traversent d’immenses zones industrielles. Quelques ponts enjambent par moment la voie ferrée, pour relier entre eux des alignements de maisons de brique rouge. La frontière n’est pas loin, et les détails se muent les uns après les autres. Des images de films de Ken Loach ressurgissent dans mon esprit. C’est dans ce léger étonnement que je galope d’un quai à l’autre à la gare de Mouscron. Une bien brève correspondance, le temps d’acheter un billet et de sauter dans le train pour Ath. Le nom même de cette ville a déjà quelque chose d’exotique. Je suis impatient d’y parvenir. Ce qui me surprend le plus, ce sont encore les maisons. Des maisons rouges alignées en rangs serrés, sous le gris terne du ciel embué. Elles sont sporadiquement séparées par de petits champs de maïs verdoyant. Les éclaircies sont rares. Le train s’arrête à chaque gare. Les hommes et les femmes que je rencontre semblent être vêtus pour se rendre au travail. Tous sont habitués à l’univers qui les entoure. Certains sont seuls. D’autres, par deux ou trois, parlent du bureau, de la famille, des vacances qui se terminent, ou des derniers événements marquants de la veille. Deux jeunes hommes vêtus d’un costume noir, les cheveux luisants, et sentant bon comme s’ils allaient au bal, montent dans le wagon, pour en redescendre trois minutes plus tard. Ce train est un omnibus. Leur accent, comme le reste, me rapproche un peu plus encore du nord de mon imaginaire. Le plus difficile, lorsque l’on sort de ses repères familiers, semble être de regarder les choses telles qu’elles sont, et non telles qu’on les a rêvées depuis longtemps. Se débarrasser des clichés pour entrer dans la perception du réel. Le voyageur accompli ainsi un voyage en lui-même, en la somme de ses préjugés, en son univers imagé. Tournai. Deux minutes d’arrêt. Le temps de traverser d’autres alignements de pavillons rougeâtres, d’autres champs de maïs, d’autres lignes à haute tension. Et toujours autant d’industries, dont la plupart ont, semble-t-il, rendu l’âme depuis longtemps. Je me rappelle de Van Gogh aussi, en longeant des rangées de peupliers, et quelques champs de fleurs jaunes. Je savais qu’ailleurs en France les lumières sont partout changeantes, partout uniques. Celle du nord et de la Belgique est ainsi. Une lumière qui fait briller comme un miroir les eaux de la dernière averse sur un toit de tuiles brunes. Une lumière que l’on devine à peine au travers des nuages, et de la pluie dégoulinant sur les vitres du train. Les nuages sont bas. L’atmosphère est monotone. J’ai maintenant hâte de rencontrer les habitants de ces villages, de ces villes, de ces campagnes. J’ai hâte de semer le doute parmi les évidences de mon esprit naïf, de mon regard étranger. Je devine l’intérieur chaleureux des maisons que la campagne disperse. Je devine la bonne eau de vie que l’on vous sert dans la nuit, au coin du feu. Je devine aussi l’absinthe. Celle des poètes, bien sur, mais aussi celle du travailleur de ses mains. Leuze. Nouvel arrêt. Plus nous avançons, plus la pluie tombe. Il fait jour comme au cœur de l’hiver. Les nuages sont au plus bas. Il faut vraiment que ce mois d’août soit à se pendre, pour rêver d’absinthe et d’un intérieur chaleureux. Enfin, Grammont. Geraardsbergen en Flamant. Pluie toujours. Je comprends vite que le Français n’est pas d’usage en ces contrées humides. En attendant le bus 161 qui me conduira jusqu’à Bever, prochaine étape de mon périple, je prends quelques renseignements auprès d’un couple de quinquagénaires. Ils ne parlent visiblemment pas Français. Les longues phrases qu’ils me répondent en Flamand sont encore pour moi un mystère. Tout à coup, l’homme me regarde l’air rieur, en me disant dans un Français impeccable : « vous ne savez pas lire ? » Puis c’est avec un humour très anglais, presque flegmatique, qu’il m’oriente vers le bon autobus. Arrivé enfin à Bever, je m’arrête chez Chantal. L’épicière du village, en face de la pharmacie et de l’église. Deux kilomètres plus loin et quelques biscuits plus tard, j’entre presque familier dans le jardin de Parvat. Sans hésiter. Les drapeaux à prière m’indiquent le bon chemin à suivre. Je frappe fermement à la porte, pour être certain qu’elle m’entende à l’autre bout de sa maison-dans-les-prés. La suite, je ne vous la raconterai pas. Vous la connaissez déjà…   ------- Les âmes des sorciers disparus reposent La nuit sur la cîme d'arbres anciens
(Ce message a été modifié par scourtoi le 29 août 2006 à 16:37.)
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