
scourtoi Ourdy, France
Photo/image personnelle du membre scourtoi.
Description de la photo/image: C'était lors de mon premier arbre.
11 septembre 2007 à 10:49
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... Salut Will, ca me donne envie de te raconter une petite histoire. Ca se passe au Burkina Faso, en avril 2003. Je suis installé à Boromo, à 100 km au sud ouest de Ouaga. Rapidement, je fais la connaissance d'Amidou Sawadogo. Un grand gaillard d'une bonne vingtaine d'années, toujours prêt à bavarder, un boire une calebasse de dolo, à gambader dans la brousse et à fumer un peu d'herbe roulée dans du papier craft. Il est cultivateur pendant l'hivernage, et les huit mois restant, il trouve parfois un petit boulot de quelques jours, le plus souvent non. Le grain qu'il cultive remplit les greniers de la famille qui seront vidés jusqu'à la soudure, jusqu'au prochain hivernage. Il ne possede rien, si ce n'est un petit poste de radio nasillard, quelques fringues ancestrales, un fusil de chasse et une paire de tong. Il vit dans la cour de sa famille, une vie très monotone qui n'a sans doute pas beaucoup changé depuis des siècles. Et après ? L'avenir semble tracé devant lui, en ligne droite jusqu'à la mort. Un jeune burkinabé, donc, comme les campagnes sahéliennes en comptent des millions. Dès le début de mon séjour à Boromo, Amidou semblait vouloir passer du temps avec moi. Sa compagnie m'était des plus sympathiques, alors nous sommes rapidement devenus de vrais amis. Un vrai ami. Avec qui je partage la plupart de mon temps, dans une étonnante complicité. Il ne m'a jamais rien demandé. Jamais une seule fois. Pas d'argent. Pas d'objet. Même pas mon couteau-pince-tire-bouchon-poinçon-ciseaux-scie que tant d'autres convoitaient. Il passait ses soirées avec moi, devant la case, à écouter de la musique en fumant un peu, à rire souvent, à courir après les mangues avec la lampe de poche, et surtout à parler comme de vieux amis. Au bout de quelques semaines, et lors d'une de ces soirées particulièrement agréables, il me dit : "Tu vois, Sam, comme c'est curieux la vie. Toi tu as l'argent que tu veux, tu voyages loin, tu vis confortablement, tu achètes ce dont tu as besoin quand tu le désires. Moi je ne possède rien, ni argent, ni maison. Je ne suis jamais allé au delà du Mouhoun (la rivière à quelques km de là), et vois comme on est amis !" Là je dois reconnaître qu'il m'a vraiment scotché, parce que c'est précisémment ce que je pensais au fond de moi. Ca a continué encore comme ça. Je suis ensuite retourné plusieurs fois à Boromo. Amidou était toujours là. Un jour, je lui ai offert deux vaches. Deux belles vaches comme on les voit près du lac Tchad. Avec d'énormes cornes en forme de lyre et de la graisse en provision. Un autre jour, à Paris, je marchais dans la rue de Ménilmontant à Paris. Je passe devant la Miroiterie, et j'entends des djembés, des balafons et des n'goni accompagnés par des voix. J'entre pour faire un tour, je m'approche du groupe, quelques personnes un peu serrées dansent, et là, qui vois-je... AMIDOU !!!!!!!!!!!!!! Aucun de nous ne savait que l'autre était à Paris. J'en ai pleuré pendant une heure !!! Pourquoi j'écris tout ça ? Parce que ce que ça me semble être un exemple merveilleux d'amitié réelle, complètement naturelle et sans convoitise aucune. Ce que Amidou a eu, c'est son grand coeur qui le lui a donné. Des rencontres comme celles là sont, certes, aussi rares que des étoiles en plein jour. Et Amidou, du haut de ses vingt ans, me dis toujours que celui qui convoite obtiendra moins que celui qui se contente de ce qu'il a. Aujourd'hui il cultive toujours, mais avec des vaches ça change tout. Elles ont fait des petits qui constituent peu à peu un petit troupeau. Certains veaux ont été échangés contre des chèvres. Le surplus de grain est vendu au marché. Un contre exemple de faux échange. Une rencontre vraie, une amitié qui demeure, où l'argent n'existe pas, malgré l'immense différence. Peut-être l'une des plus belles rencontres de ma vie. A+ Sam
Le sable entre mes doigts Colle. Souvenir malgré lui Glissé au fond des poches.
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