
Oublieuse Yeghegnadzor/Yerevan, Arménie

13 janvier 2008 à 9:01
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Je suis d'accord avec ta définition du voyage, donc je ne donnerai pas la mienne, ce sera redondant. J'ajouterai que le voyage rend plus fort. Car lorsque l'on se promène dans des pays dont on ne connaît pas les règles, la langue, les coutumes, on perd une bonne partie de ses repères, et pour rester bien dans sa tête, il faut être fort-e mentalement. Quand on est une femme seule, c'est peut-être encore plus intense comme expérience de "fortification", car on est physiquement plus faibles. Pour moi le voyage, à chaque fois, me permet de rester ouverte, un tantinet naïve, malgré les difficultés et parfois les risques. J'ai pris le parti, dans la vie, de ne pas me blinder, même si cela me fait prendre plus de risques que beaucoup de gens. Je fais confiance à priori. Cela permet, en voyage comme à la maison, d'apprendre des autres, de se laisser imprégner, d'évoluer. Mais comme dit plus haut, nos préjugés, si l'on est pas disposé à les remettre en question, ne disparaîtront pas par la simple magie du voyage. Souvent, j'ai rencontré des gens qui se considèrent comme ouverts et tolérants. Mais ils sont fermés et intolérants avec les gens qui ne sont pas comme eux. Par exemple, c'est facile d'être ouvert d'esprit avec quelqu'un qui est ouvert d'esprit. Etre ouvert d'esprit avec quelqu'un de fermé, c'est déjà plus difficile, mais si on y arrive, beaucoup plus intéressant. Discuter avec un raciste si on ne l'est pas, apporte beaucoup plus, à mon sens, que de discuter entre non-racistes. Pour ma part, c'est le voyage, ou plutôt l'expatriation, qui m'a permis cette ouverture. Rencontrer un peuple qui est xénophobe, fait réfléchir, et on se dit qu'on ne peut pas tous les rejeter en bloc, on a tous besoin d'ami-e-s. Je n'ai jamais essayé de faire changer d'avis les gens que j'ai rencontrés, mais simplement de confronter nos façons de penser. Bien que n'étant pas du tout croyante, j'aime beaucoup quand les croyants essaient de me convertir, car ils ont tout un tas de belles histoires philosophiques pour arriver à leurs fins, et ces histoires ouvrent plein de pistes de réflexion. Comme pour Beatrice, je considère que le voyage n'est pas forcément lointain, ni long. Ca n'a pas de sens d'être ouvert en voyage et pas au retour. Mais souvent, on a tendance à idéaliser ce qu'on vit à l'étranger, car tout est plus intense, du fait du dépaysement, et du fait aussi de la limite dans le temps. Sans compter des fantasmes que l'on a et que l'on appose sur notre entourage. Pour moi, maintenant, mon voyage est "raté", si je rentre en me disant "à qu'est-ce que c'était bien, ici je m'ennuie, vivement que je reparte". C'est ce que je me disais il y a quelques années, mais vivre un an à l'étranger m'a fait relativiser tout ça, et à présent ce qui est important pour moi, c'est d'être bien où que je sois, de rencontrer les autres où que je sois, pas seulement lorsque je suis en voyage.
"Plus on a de culture, moins on mange de confiture" Carnets de route -- SVE en Arménie (carnet)
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