
GG38
France
5 juin 2008 à 16:13
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Bonsoir Maitaroa J'ai hésité à te répondre... Mais, bon je crois que de l'information réelle peuvent alimenter utilement le débat. Même si cela demande quelques développements... - Tout d'abord je ne t'ai pas cité... J'ai parlé des "trekkeurs avisés", en général, qui multiplient ce type d'avis sans forcément prendre le temps d'essayer de comprendre, ce qui apparemment n'est pas ton cas. Je reprends néanmoins les points que tu évoques: - les prix bas... Les Agences françaises presseraient le citron des agences locales...C'est méconnaître la réalité du terrain! J'en ai l'exemple aujourd'hui où j'essaie de négocier avec un prestataire à Yakoutsk en Sibérie Orientale. La réponse de mon correspondant, en position de quasi monopole, est: "take it or leave it" (à 40$/jour/cheval!). C'est un simple jeu d'offre et de demande. Un bon correspondant local n'acceptera pas de prix bas si la concurrence est faible. S'il y a beaucoup de concurrence comme au Maroc, Népal... Les prix seront plus bas. Cela est vrai pour les individuels traitant avec des agences locales comme pour les agences françaises, allemandes, anglaises... avec leurs partenaires. - La marge des agences de trekking françaises. Elle est d'environ 20% voire bien moins sur certains circuits "exceptionnels". Avec cela on doit bien sûr faire du commerce mais aussi créer des circuits, sélectioner et gérer nos prestataires, former nos guides, etc. Est ce trop? Certainement pas... La plupart des gens qui travaillent dans ce métier le font par passion, certainement pas pour devenir riche. Pour info, le résultat net moyen des agences françaises de trekking est de 1%! (10€ sur un voyage de 1000€...) - La marge d'une agence locale de trekking dépasse bien souvent les 50%! Cela se constate en regardant les parkings des agences. Chez nous on voit des Peugeot 104 vintage, des vélos... Chez certains de nos partenaires, de propriétaires d'agences locales on voit plutôt des 4x4 rutilants... - L'absence"patente" de contrôle sur la qualité de l'équipement des porteurs. Problème bien plus compliqué que ça. Crois moi... En Afrique, au Népal... On peut exiger, mais contrôler tout le temps est impossible. D'ailleurs, nos dons chaussures, anoraks, etc.) finissent souvent sur le marché. Notre solution: recommander et contrôler que nos correspondants locaux paient décemment leurs équipes pour qu'ils puissent s'équiper. La sanction est d'ailleurs immédiate: nos clients nous écrivent chaque fois qu'ils estiment que les porteurs sont mal équipés. Mais c'est un combat difficile. - L'annulation des départ à un mois. C'est effectivement une réalité qui varie d'une agence à une autre. Chez nous on essaie de limiter au maximum ce genre de déboire en n'offrant pas trop de dates de départ, en prévenant dès le début que le départ n'est pas assuré, etc. Le client a toujours le choix de se faire rembourser intégralement ou de se reporter sur un autre départ. Le terme "bouche trou" ne me semble pas approprié. J'ai parfois récupéré dans mes groupes (je suis accompagnateur) des clients annulés sur d'autres circuits et jamais ils ne m'ont sentir qu'ils étaient des bouche trous! - "Troupeaux de 12 personnes"... Libre à toi de considérer les trekkeurs partant avec des agences comme des moutons. J'en parle d'autant plus à l'aise que pendant plus de vingt ans, je suis parti exclusivement en autonomie et que je partageais alors ton point de vue sur les groupes... Et puis un jour, je suis parti en groupe, je suis devenu AMM et j'ai vu les choses autrement. L'échange au sein d'un groupe de personnes partageant un même intérêt, souvent des valeurs communes, est très riche et multiplie les points de vue. De nombreux clients sont devenus mes amis et nous nous retrouvons toujours avec plaisir pour des sorties "copains" ou des circuits "agence". - Partir à deux ou trois... avec une agence locale. Cela peut effectivement être intéressant... Nous le proposons aussi.Mais il faut bien comprendre que plus on est, moins c'est cher (voir mon commentaire dessous). - "accompagnateur francophone qui ne connait pas la région". Cela peut arriver... Il y a toujours une première fois... Je pars par exemple au Tadjikistan cet été pour la première fois accompagner un groupe... Mais tu peux me croire, dans ces cas là, nous bossons comme des fous pour être à niveau. C'est comme dans tous les métiers: il y a des bons guides, des moins bons, etc. Cela est aussi vrai pour les agences locales. Mais, aujourd'hui, la très grande majorité (75%?) des circuits proposés par les agences françaises sont accompagnés par des guides locaux francophones. Dans certains pays, trouver des guides locaux qui ont du charisme, du leadership, qui assurent en montagne, qui respectent le reste de l'équipe, qui ne courrent pas après le pourboire... C'est aussi un challenge! Et c'est bien à nous de nous en assurer: sélection, salaires décents, formation... "... maîtrise de l'aérien... surbooking...." Les agences de trekking ne maîtrisent pas le surbooking qui fait partie des pratiques de certaines compagnies aériennes, yc les meilleures: Lufthansa, Air France, etc. Tout au plus, pouvons nous éviter les compagnies les plus désinvoltes. Par contre pour les prix de l'aérien, je peux te certifier que les agences apportent un vrai plus en achetant des billets 8 mois à l'avance (co-affrètement sur les déserts), en faisant des "allottements", des "engagements", parfois 18 mois à l'avance! Le but du jeu: essayer d'avoir des tarifs corrects pendant les périodes de "bourre". Essaye par exemple de trouver un billet à un prix correct pour le Costa Rica cet été, pour le Vietnam, le Pérou à Noël, etc. Je te souhaite bien du courage! Sans même parler de Djanet, etc. Pour cela les agences prennent des risques financiers considérables. "... choix des circuits" .... Là, si tu le permets, je ne parlerai que de mon agence. Je constate qu'effectivement plus de 75% de la clientèle souhaite des circuits "standard": chemin de l'incas, Tour des Annapurnas, Tour du Mont Blanc, Grands Parcs Américains, Tassili du Hoggar, Toubkal, l'Adrar, etc. Mais... - Ces circuits avant d'être standard ont été développés par des précurseurs qui bien souvent ont été les agences de trekking françaises (vrai au Népal, Mauritanie, Maroc, etc.). - Si on aime son métier, ce qui est notre cas, on ne se contente pas de faire du business mais on remet sans cesse son ouvrage sur la table en proposant constamment, et souvent à contre mode, de nouveaux circuits. La Yakoutie, aujourd'hui terre vierge de trekking... Crois moi pour proposer des circuits là bas, il faut y croire et ne pas compter ses heures! L'Ouzbekhistan aujourd'hui à la mode: cela fait dix ans que nous développons ce pays... Quand nous avons commencé les Ouzbekhs n'imaginaient pas que l'on puisse marcher pour le plaisir dans leurs montagnes. Pareil pour le Tibet Oriental, Bouthan, etc.... Notre seul frein dans l'innovation : les impératifs logistiques et économiques: n'est ce pas trop cher? Les clients accepteront t'ils de partir pour une zone inconnue? Est il possible de faire un transfert routier de 15h sur des routes défoncées, etc. Certaines agences peuvent préfèrer la photocopieuse... plus économique. Je pense qu'elles sont une petite minorité. - "Suivi qualité". Chez nous, cela fonctionne comme cela: analyse de TOUS les retours clients. Suivi mensuel d'une batterie d'indicateurs "satisfaction". Mise en évidence des points négatifs et communication aux responsables de destination pour action. Contact avec chaque client lors d'un gros problème (ex: porteur peu équipé). En parallèle, établissement d'un cahier des charges pour nos partenaires locaux et contrôle au minimum une fois par an de ces exigences avec plan d'action pour correction. Tu as raison de dire que la qualité est complètement liée à notre image de marque! Cela va dans les deux sens... En aucun cas nous pouvons nous permettre de passer pour des "bricolos" ou des "escrocs". "... économie" Si seulement tu pouvais avoir raison, on gagnerait nettement mieux notre vie et on stresserait moins! Si tu compares ce qui est comparable (une bonne agence locale qui respecte les règles et à la loi), elle fera payer, par exemple, 60€/jour/personne, avec guide, sur une base de deux ou trois. Nous obtiendrons, nous, parce que nous avons du volume, parce que nous connaissons ses coûts, parce que nous travaillons depuis 30 ans avec eux: 50€ jusqu'à 5 personnes, 45 pour 8 et 40 pour 10. Sur un trek de 15 jours, la différence (10 personnes) est de 200€/personne. Après vient le vol... Effectivement sur certaines dates et destinations un individuel peut toucher son billet au prix agence. Mais pour le Népal en octobre... La différence peut atteindre facilement 200-300€. Il faut aussi compter l'hôtel à KTM... Je ne te dirai pas combien on paye le Yak et Yeti un superbe hotel mais... Pour ce prix là un individuel a un hôtel "routard" et encore. Au bout du compte, en individuel, tu payes, disons 2000-2200€ et en agence yc la marge de l'agence tu payes 1900€ avec une qualité de service/transferts, etc. non comparables. La seule façon d'inverser cette réalité: partir complètement hors saison (ex: janvier au Népal) et passer beaucoup de temps pour préparer son voyage et/ou créer un groupe de 10. - ... Le confort... Il est effectivement évident qu'un des intérêts de l'agence française pour certain est de pouvoir choisir rapidement un circuit de rêve et partir "les mains dans les poches" un mois après.. Chacun son truc. je suis comme toi, je préfère préparer mon voyage, rêver sur une carte, bouquiner tout ce qui tombe sous la main, échanger avec des experts... Avant de partir. C'est pour cela que j'ai choisi ce métier. Mais tout le monde n'a pas le temps, les moyens ou les compétences pour faire le choix de l'autonomie. ... "Mohamed" ... Soyons clair: Mohamed est mon ami. Il aurait pu s'appeler Xavier, Simon, Tashi, etc. Dans toutes les économies tu as des gens qui font le choix de suivre les règles, les lois et d'autres qui ne le font pas. Plus une économie est organisée moins la compétition devient sauvage. L'inverse est vrai. Je n'en veux pas à Mohamed ou à Xavier de ne pas avoir de patente, de ne pas se déclarer... Chacun fait comme il peut. Mais il est évident que si un individuel ou une agence française veulent avoir des tarifs "à tout casser", il finiront mécaniquement chez ce genre de prestataire locaux. Pour nous, agence française, membre d'Agir pour un Tourisme Responsable, nous nous interdisons de travailler comme cela, ce qui nous pose souvent des problèmes... Le débat, de toutes façons, est passionnant N'hésite pas à me contacter en privé si tu veux plus d'info... Je vais me coucher en rêvant de Yakoutie et de la rivière Moma... Gérard
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