Afric'Addict (page 1 de 7)

Discussion démarrée par Voyajou le 13 octobre 2015 à 15:09
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Voyajou

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Afrique du Sud

Au commencement.

Les formalités préalables au départ se déroulent d'une façon inhabituellement rapide, tant celles liées à la voiture et à l'avitaillement que l'obtention du visa pour le Mozambique auprès du consulat du Cap. Il faut dire qu'édifié par ses rebuffades du précédent départ (une semaine passée sur place, de préparatifs en contretemps, à la mettre en condition), deux semaines avant mon arrivée, j'avais inscrit la case à roulettes au fameux stage de motivation « Go Beyond » de Land Rover. Deux semaines qui n'ont pas été de trop pour l'écouter et la préparer pour un voyage de treize semaines envisagé tout au long des côtes du Mozambique et jusqu'au Malawi puis la Zambie.
Trente heures après l'atterrissage, nous sommes prêts à partir, un peu déconcertés que tout aille aussi bien : à quand la première tuile ?
Elle n'aura pas tardé ! A huit heures je vois un sac ouvert sur le parking, mon sac ! Pendant la nuit, passée au backpacker où nous avons nos habitudes en début et en fin de voyage, la voiture a été cambriolée par une vitre brisée. A neuf heures la police établit un constat désabusé, à dix heures la vitre est commandée et notre hôte, confus sinon confondu, nous offre une partie du séjour. Nous sommes un samedi et il faudra attendre mardi soir pour partir, vitre changée. Tout le monde a été parfait!

La voiture de location est si moche qu'elle ne peut être sortie que du cerveau d'un styliste bridé (par les contingences économiques, s'entend). Par charité, on en taira la marque (d'autant que cette nation vient de battre l'Afrique du Sud lors d'un match de rugby de la Coupe du Monde et qu'on ne leur cause plus. Sans compter qu'on n'a pas oublié que les mêmes élaborent un whisky à faire passer un Ecossais par toutes les couleurs du tartan).

Une lampée d'Avenir 2012 (Chardonnay, notes florales, etc) est comme la première gorgée de lait, quoiqu'on en ait aucun souvenir, mais elle pourrait tout aussi bien être la dernière. En serait-elle encore meilleure ? Est-il normal de régresser au stade oral lorsqu'on revient aux origines de l'espèce ?

Le lendemain, après une bière artisanale LionHeart, c'est Tiger qui nous accueille dans son ermitage de Mc Gregor. Ce village très ancien fut un des premiers établis par les colons s'éloignant du Cap et, comme souvent, la rue principale est nommée Voortrekker (le nom des pionniers) et se termine par une piste en cul-de-sac face à la montagne.

L'institution dominicale est tenue par un couple de quinquas, gay et cordial, en rupture du Cap et dignes fils de Cecil Rhodes, en moins téméraires. Comme il faut décidément que ces blancs mettent à part, et faute de pouvoir le faire désormais avec les noirs, ce sont les fumeurs qui trinquent et qu'on parque dans un enclos végétalcerné d'effluves florales capiteuses, un vice censé couvrir l'autre. Une femme, millésime 1930, descend d'une fourgonnette siglée du nom d'un domaine viticole de la vallée (est-ce son Chenin blanc dans nos verres?). Noueuse comme un cep et guère plus haute, nez crochu, les mains comme des serres et une longue crinière de neige frisée au fer, elle gravit les marches qui conduisent au restaurant où elle est accueillie comme une hôte de marque : elle est la maman d'un des restaurateurs à qui elle apporte un panier bleu, comme un secret.

Dans l'Overberg, c'est la fashion week et les défilés sont jonchés de fleurs multicolores, plus Kenzo que Karl, tandis qu'au débouché des vallées, dans les champs bataves, d'autres fleurs mouvantes s'affairent autour d'arbres fruitiers contraints en espalier: bonnets roses, tuniques bleues, foulards jaunes, en autant de variations qu'il y a de petites mains.

La suite du tour de chauffe nous emmène saluer les baleines batifolantes d'Hermanus et les pingouins facétieux de Betty's Bay, fait halte dans un manoir de Gordon's Bay dont la girouette est une baleine harponnée au faîtage, et se termine au garage : la bête est prête.
3, 2, 1... Go ! (beyond).

GOG (Good Old Grahamstown)

La déprise des Anglais n'est pas achevée et la ville est cotonnée dans un fog qui rassure la cathédrale anglicane et les façades victoriennes. Dans les faubourgs nord, des vaches maigres divaguent parmi le bric-à-brac de constructions légères et les épaves de pick-up désossées, dans une constellation d'ordures. Elles broutent une Voie Lactée déchue (pots de yaourt ou de fromage frais, bouteilles de lait) et on accusera leurs pets de crever l'ozone alors qu'elles ne font que crever les bulles de plastique de la zone humaine; émissives, oui, émissaires, non !
Un enfant, sanglé dans un anorak bleu glacier, s'agrippe aux hardes d'un vieillard grunge pour traverser la route.

Un Paradis ?

Dans la rivière, des dizaines d'enfants frétillent en bancs, mais on peut aussi taquiner la truite dans la Bell River. On se tient aux pieds du sud Lesotho, un cavalier noir, à cru, remonte la rue principale au galop, fendant un troupeau de moutons qui la traversait. Au plus près de l'eau, les quelques rues en terre du village historique sont bordées de jolis cottages sans clôtures, dont beaucoup sont devenus des guesthouses et, attenant sur la colline, s'il y a bien un township, c'est comme un township de campagne (il n'y a pas de mot pour le dire, autre que location). Les rues sont pavées et les lots sont assez grands pour que des enclos à volaille, à moutons et à chevaux jouxtent les constructions d'infortune
Un mariage, venu de loin, se tient sur le parvis de l'église réformée où on nous invite avec force gestes et sourires le seul hôtel de la petite ville moribonde, édifié au dix-neuvième siècle, est à vendre l'extrême gentillesse de l'artiste qui nous offre un thé est comme le sucre-glace de ses gâteaux.
Nous passons la nuit dans une chambre du pub local installé dans une école désaffectée et classée monument historique. Une heure avant la tombée du jour, les pick-up et les motos tout-terrain (le goudron s'est arrêté à quatre-vingt kilomètres d'ici) commencent à arriver pour le rituel braai du samedi soir. Tout ce que l'alpage compte de fermiers s'est donné rendez-vous sous mes fenêtres : autant nous joindre à eux.

Ou un enfer ?

En plus du braai hebdomadaire, ce soir il y a match, match de rugby ! Et devinez qui joue ? l'Afrique du Sud ! Contre Samoa, une occasion de laver l'affront nippon.
Le pub est plein comme un stade, une bonne moitié des spectateurs (soit la totalité des hommes) ne déparerait pas dans le pack sud-africain. Ils font le match physiquement, comme s'ils étaient sur le terrain, han, ouch, hop (traduit de l'afrikaans) quand le ballon fuse de mains en mains, mais en beaucoup plus bruyants -où est l'arbitre?-, j'ai perdu la moitié de l'audition ce soir.
Leurs filles de vingt ans, belles comme savent l'être les slaves, sont au premier rang (faute de night-club?) tandis qu'un colosse de Rhodes attise un alignement de braises qui tiendrait à peine entre deux poteaux et qu'on apaisera de viandes, dix minutes avant la fin du temps réglementaire.
A 22-6, essai marqué avec élégance par un joueur sud-africain métis (ils ont aussi une espèce de Chabal), d'une bourrade, mon voisin me décolle la plèvre. J'hésite à demander réparation à la tenancière qui m'a tout l'air d'une ex-championne de catch.
Demain, nous quitterons cette vallée par le plus haut col d'Afrique du Sud.

Gorges

Mavis, haute comme trois mangues et également ronde, est coiffée d'une perruque raide moirée. Son sourire est irrésistible mais je résiste à son offre de dessert.
Elle officie à l'Oribi Gorge Hotel qui hésite entre mauvais goût et charme (vus de la maison). La construction est de béton imitant la pierre locale mais, alors que chaque pierre devrait être différente de l'autre, on fait face à un copié-collé à l'infini. La réceptionniste, moulée à la louche, se rengorge lorsqu'elle traverse le lobby, le maître d'hôtel file sur ses escarpins vernis et le barman est à la fois pro et friendly (la classe internationale).
Une famille indienne locale, quatre générations attablées, qui insuffle un cérémonial à la salle un jeune couple métis, d'ascendances cosmopolites un autre, plus âgé, de blancs qui rêvent de France deux blancs-becs qui se bécotent, insouciants de l'intendance et nous, voilà toute l'assemblée.
La chambre est vaste mais qui a conçu la salle de bains ne doit jamais en prendre : allongé, on a la tête dans les robinets et la pomme de douche qui goutte (le supplice éponyme) sur le crâne. Lorsqu'elle se vide, la baignoire dégorge dans le lavabo.
Au matin, l'Oribi Gorge est voilée mais pas assez pour cacher le désastre. Une compagnie de divertissements a installé des agrès, saut à l'élastique, pont suspendu et une vaste fabrique de ciment occupe le fond de la vallée.

Océans

Vus de leurs rivages, l'Indien et l'Atlantique ont en commun d'être des briseurs de grèves, les battant sans relâche, ressac ressassé, stakhanovistes de la vague écumant d'impuissance. Sur la Dolphin Coast, des kilomètres de côtes sauvages au pays zoulou, un simple panneau vous rappelle qu'il n'y a pas de filet anti-requins et que vous vous baignez sous votre entière responsabilité. J'ai bien fait d'oublier mon costume de bains, ce n'est pas un coin pour les pingouins.

Où sommes-nous Tembe ?

A l'entrée de la réserve, un cerbère mutique nous délivre des tickets et, par ondulation mambesques du bras, nous indique comment gagner le lodge de Tembe Elephant Reserve. Nous méconnaissons le langage des serpents, le plan multi-polycopié est illisible et sans échelle et la signalétique réduite : il nous faudra une demi-heure pour trouver le havre situé à deux kilomètres de l'entrée.
Pour demeurer ici, il aurait fallu réserver à Durban, à cinq cent kilomètres de là, il n'y a pas de possibilité de camper et les installations, réputées luxueuses et chères en conséquence, sont moyennement tenues en regard des prétentions. De toute évidence, les voyageurs indépendants et imprévoyants ne sont pas les bienvenus.
Cela tombe bien, nous n'avons aucune envie de rester après une virée par les pistes sablonneuses où nous rencontrons les soi-disant plus grands éléphants d'Afrique (et donc du monde). De toutes façons, un éléphant c'est grand et lourd, alors qu'il pèse sept tonnes au lieu de six ne change rien à l'affaire, d'autant que ce n'est pas la taille qui compte mais la vitalité. Et les éléphants de Tembe sont mous.
Il y a aussi des Nyalas (beaucoup) dont la femelle est sans doute la moins gracieuse des antilopes africaines : croupe en dedans, échine arrondie, encolure plongeante et déplacement lourd.
Un peu plus tard, à l'entrée de Kosi Bay, une garde-barrière enjouée nous explique que la réception est fermée mais que nous n'avons qu'à choisir un emplacement ou un chalet, que les gardiens nous donneront les clefs et qu'on verra demain.
Demain nous entrons au Mozambique par Ponta do Ouro.
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Voyajou

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Mozambique

Maputo, le jour et la nuit.

Un ferry épuisé, qui peinera à détacher du quai la partie fixe du tablier d'accès qui s'y est fichée sous la charge, nous exfiltre de la populeuse Catembe vers la capitale qu'on embrasse largement et, au-delà, la perspective des trois mille kilomètres de côte que nous suivrons jusqu'au nord du pays. Dans la baie croisent en outre, des cargos, des unités de pêche industrielle, des vedettes rapides et des dhows minuscules aux voiles en bâche plastique noire (se prennent-ils pour des corsaires?). Sur le ferry, des vendeurs de tout et de rien (mais ici le tout se résume parfois à rien) passent de ponts en coursives.

Clara et Oliver résident dans le quartier diplomatique, entre l'Ambassade de la République de Corée et la Délégation de la Fédération de Russie mais ils ne sont pas en Chine, quoique. Une maison voisine est occupée par une dizaine d'ingénieurs chinois qui s'adonnent, deux fois par semaine, à un karaoké lugubre jusqu'à la moitié de la nuit qu'ils retiennent. Dans la rue, chaque porte est gardée jour et nuit par une armée de vigiles qui se regroupent parfois autour de téléviseurs posés sur des tables de camping. Qui rendra justice aux voleurs pour leur contribution à la création d'emplois et à la croissance du PIB ?

Dans le quartier du port on marche dans des rues sales, évitant difficilement les détritus en décomposition dont les effluves se mêlent à celle de la cuisine confectionnée sur les trottoirs, en quête du Teatro Avenida cher à Henning Mankell (le reverra-t-il?), dont il s'occupait et où se situe l'action d'un de ses romans. Toute la matinée, la ville est sans électricité et une gardienne étonnée nous autorise à visiter une salle plongée dans la pénombre, sombre présage.
PS. Nous marchions dans Maputo le premier octobre et apprenons le décès de Mankell le cinq. Ils ne sont pas si nombreux les auteurs au visage pâle, hormis les sud-africains, à évoquer les noirs d'abord comme leur alter ego.

Vogue

De l'autre côté de la barrière de bambou qui sépare nos mondes, une flottille de femmes croise sur la plage, des bassines multicolores sur la tête. Assis, on ne voit que les bassines comme posées sur l'océan, tanguant et roulant au rythme des marches chaloupées.
Deux façons de mettre à l'eau, deux façons de vivre : six hommes agrippent les bordées et glissent le dhow sur le sable ; un 4x4 blanc accroche la proue du semi-rigide et décrit un large cercle dans l'eau pour l'amener de face.

Marnage

Tout voyage comporte ses moments de galères, ses jours où on rame, et cette fois on est encalminé sur le rivage de l'Océan Indien. Au point du jour à cinq heures, on grenouille ou on crawle avant un petit-déjeuner qui apporte, à lui seul, les calories suffisantes pour la journée d'un adulte inactif, journée qui s'écoule au rythme lent de petites marées.
Il faut manger des poissons crus à peine arrachés à l'onde, dont on vous sert des portions incongrues et je crains qu'à poursuivre ce régime il me pousse des nageoires. Entre deux, on collecte et on gobe des coquillages. Les vendeurs de rue tiennent dans leur paume des crevettes géantes et les animent en douce, comme on le fait d'une souris de chiffon pour les enfants.
La mer a une maladie de peau avec des zones plus claires, les falaises de sable enflammées de l'Archipel de Bazaruto plongent dans l'océan, comme pour apaiser la brûlure.
Fondu devant la beauté, liquéfié par la chaleur, fasciné par le ballet des dhows, on écluse des bières pour préserver l'étiage.
La langueur du service, le vol lent des pélicans, l'oscillation du hamac, le temps s'immobilise.
Le corps, en manque des vibrations de la piste, s'abandonne au massage dans une paillote de plage et on contraint les bras, habitués au diamètre du volant, à se resserrer sur le clavier ou à tenir un livre sans trembler.

Massage

La table a les pieds dans l'océan et la masseuse, noire tout de blanc vêtue, de l'eau au genou. Elle me demande si je le veux soft, medium ou hard : courageux mais pas téméraire, j'opte pour medium. Bien m'en a pris, elle me luxe une cheville et me fêle la clavicule gauche. Par le trou ménagé pour la tête j'ai le regard dans l'eau et, tout à coup, passe une raie manta (le soleil cogne, elle ne m'a pas encore massé la crâne mais je ne perds rien pour attendre).
Je regagne le sable ferme en crabe, huileux comme un loukoum, le sable s'y colle et me voilà crumble.

Gorongoza

Je ne vais pas en faire un fromage mais le Parque da Gorongoza, c'est pas ça. Le camping minuscule est à l'abandon et adossé à des installations bureaucratiques pléthoriques délabrées, la partie accessible du parc est inférieure à 20% de sa superficie et surtout, il n'est pas possible d'y conduire soi-même. Il semble que la priorité du management (américain, si j'ai bien compris) soit la conservation.
Dès potron-minet, nous voilà donc livrés pour trois heures à un chauffeur-guide irlandais qui, cinq cent mètres après le départ, nous immobilise un quart d'heure devant un faon de Red Hartebeest et y va de son histoire, comme quoi cette espèce d'antilope aurait cette particularité de laisser aux faons une certaine autonomie dans le bush (et de leur livrer la tétée par drone?). Arrive la mère : c'est pas bientôt fini ces diffamations ? Nous progressons d'un kilomètre et nous voilà collés à une colonne de fourmi ; puis ce sera un oiseau (un rollier, d'accord, mais c'est quand même commun) et des empreintes de mangouste; à ce stade, si on tombe sur un éléphant, c'est la fin du safari.
Le parc est très sec. Les points d'eau naturels sont au stade peau de crocodile et il n'y en a pas d'artificiels : les animaux se sont repliés vers ce qui reste du lac central... inaccessible aux touristes.
Pas un Big5, pas un félin ni une girafe, pas d'hippo, nada !

Vénus

C'est à la fois une guesthouse, un bar-restaurant et un salon de beauté. La meilleure adresse de la ville, ce que confirmera l'arrivée d'un 4x4 blanc de l'Unicef.
Pour une fois, la lenteur est officialisée, voire revendiquée : le serveur nous pointe la mention sur le menu qui annonce quarante-cinq minutes d'attente pour une salade et un steak alors que nous sommes les seuls clients.
La voiture est stationnée juste devant l'entrée de l'institution et les passantes se mirent dans les vitres teintées. Je propose à la Vénus en chef (la Vénus assistante dort de tout son long dans le canapé de l'accueil) de poser des vitres déformantes sur la voiture si elle m'intéresse au chiffre d'affaires du salon de beauté.

Les rouges et les blancs

Pour fêter l'indépendance du pays du Portugal, en 1974, les mozambicains n'ont pas trouvé mieux que de s'engager dans une guerre civile d'une vingtaine d'années. Depuis, il y a de loin en loin des regains de tension comme la semaine passée où les forces gouvernementales (les rouges) auraient tendu une embuscade au convoi du chef d l'opposition (les blancs). Bilan : 20 morts, ça c'est du débat politique ! Il y a peu, il fallait traverser le centre du pays sous escorte mais cette fois on circule librement. La police et l'armée ne sont pas plus présentes qu'à l'accoutumée et les douaniers volants ont toujours aussi soif.
Nous faisons une pause dans une clairière où flotte le drapeau de la Renamo (les blancs) et les arbres sont placardés à l'effigie du chef. Arrivent trois vélos transportant cinq adolescents de retour de l'école, dont une porte dans le dos son bébé de trois mois (le petit est précoce). Une des bicyclettes est transformée en vélo-citerne, les sacoches remplacées par des bidons de vingt-cinq litres d'eau. Mourinho connaît trois mots de français et la compagnie s'esclaffe de nos tentatives de dialogue.

Les carrières des pauvres

En bordure de la route du nord, les enfants carriers alignent des tas de moellons et de graviers de différents calibres concassés au marteau. Des éleveurs agitent à bout de bras des volailles vivantes aux plumes hérissées, d'autres (ou bien sont-ce des chasseurs, tant les gigots semblent rebondis pour être de chèvres) des pièces de viandes boucanées et fumées. Des maraîchers empilent artistiquement tomates, aulx et oignons. Des revendeurs siphonnent l'essence au litre à l'enseigne du Bidon Jaune. Les briquetiers empilent les briques crues de façon à laisser circuler l'air chaud du feu qu'ils allument aux fondations de l'édifice. Des cultivateurs brandissent des resses d'arachides et parfois des tiges de canne. Des distillateurs vendent sans taxes un alcool épais de couleur brune, des quincailliers des casseroles étamées, des cuisinières des fritures.
C'est un supermarché en ligne et en plein-air.

Les hippos du Zambèze

Immédiatement après le pont de plus de deux kilomètres qui enjambe le Zambèze, s'annonce un lodge inespéré. Le camping est relégué assez loin dans les bois et c'est du restaurant qu'on profite du coucher du soleil au-dessus du fleuve.
S'éternise à table une journée de formation de l'antenne provinciale du Ministère de l'Education, dames en tailleur, perchées, messieurs en chemises ajustées à des estomacs florissants. Les révolutionnaires, seigneurs (saigneurs) d'un peuple d'ignorants se sont embourgeoisés.
En regard des reliefs de leur déjeuner, un poisson du fleuve grillé et un ragoût de chèvre font figure de plat du pauvre.

Île

Autrefois reine du pays, au pouvoir sans partage ni limites, désormais lépreuse jaune décati, couverte de tâches de vieillesse, ce qui n'est pas effondré étant de guingois, mais le charme intact malgré les années de fards et de faste, la bonne fée Unesco lui offre l'éternité.
Ilha de Moçambique ressemble à une ville bombardée, il y a autant de moellons entassés que maçonnés et ses nouveaux habitants ont reconstruit des villages africains dans les cours des palais abandonnés de la première capitale du Mozambique portugais. D'autres occupent les macutis précaires de l'ancien cantonnement inondable des esclaves.
Ilha de Moçambique, alanguie et indolente, désormais sinistrée et surpeuplée (7500 hab./km2 sur une seul niveau) illustre un rêve impossible.
Un 4X4 de la FAO (mission accomplie, ses occupants sont bien nourris), une équipe de mozambicaines vêtues de T-shirt d'une organisation de lutte contre le paludisme qui distribue des moustiquaires aux familles et séjourne dans la plus jolie guesthouse de l'île (comme des moustiquaires y sont déjà installées, cela économise le stock) nous rappellent l'extrême dépendance du pays à l'aide internationale.
En nage dans la touffeur de la nuit Moçambique, j'écoute la plainte des milliers d'esclaves qui transitèrent par cette île, digne Soeur de la Côte de Goa et de Gorée.

Activités aquatiques

Dans la baie qui sépare l'île du continent, c'est la Mozambica's Cup, le dhow jaune, mieux toilé au près serré, réduit son retard sur le dhow rouge et arrivé à sa hauteur lui coupe le vent. La voile rouge faseille puis, bordée serrée s'accroche. Mais ce n'est que la bouée virée et dhow au vent qu'il donnera toute sa mesure.
Des pêcheurs à pieds, de l'eau à la poitrine, impulsent des mouvements secs aux lignes qu'ils traînent, tendent et détendent. C'est comme s'ils jouaient de la guitare ou qu'ils dansaient. Dans un sac, accroché au cou et qui repose sur la poitrine, ils jettent leurs prises palpitantes et leur coeur bat plus fort.
Quand l'océan se retire, femmes et enfants griffent la grève en quête de coquillages que les petites filles cuiront et vendront dans les rues, offerts dans un plateau porté sur la tête.
Des pirogues rapides jettent des filets au large et ramènent des prises qu'on retrouvera le soir en carpaccios.
Et les rares touristes bullent dans l'océan indien.
Voyajou

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Ilha de Moçambique
Perju

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Ah ben quand même....l'est pas mort ! Malin
Kola

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Un titre comme un palimpseste qui en laisse entrevoir d'autres...

Cette terre lointaine qui n'est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, t'impose donc un cinquième récit : une histoire familière dont il faut renouveler les couleurs, alors...

Africa dicte... des mots plutôt que des images, les bruits de la ville et des vies singulières. Des saveurs sans le contenu des assiettes, des animaux qui ne soient ni des trophées ni un palmarès à exhiber.

Afrique a dit... les yeux ouverts sur autre chose que l'instant décisif, même et surtout si la vie déborde du cadre.

(A suivre...)
Attila

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Ô Dolma, pardonne à une pauvre vfiste égarée de troubler la sérénité du Carnet de Voyou mais je ne peux m'empêcher de demander...

Je regagne le sable ferme en crabe, huileux comme un loukoum, le sable s'y colle et me voilà crumble.

.. si de ceci, il existe une photo ? Angélique
Perju

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Ô Dolma, pardonne à une pauvre vfiste égarée de troubler la sérénité du Carnet de Voyou mais je ne peux m'empêcher de demander...

Je regagne le sable, ferme en crabe, huileux comme un loukoum, le sable s'y colle et me voilà crumble.

.. si de ceci, il existe une photo ? Angélique

Dit Kola, il n'y a pas que le titre de palimpseste..... (pénibles finalement ces logiciels)
Pardonne moi Attila, mais bon...une photo c'est bien nécessaire ??? Fou
Kola

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Pardonne moi Attila, mais bon...une photo c'est bien nécessaire ???

Je t'en prie ne soit pas farouche,
quand lui vient l'eau à la bouche...
Perju

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Décidément, t'es fan du poète disparu Malin
Attila

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Un crumble à l'anis ? Surpris
Muriel18 (en ligne!)

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Quel bonheur de te retrouver (enfin!) pour cette virée en Afrique australe et même plus loin Sourire.

Comme je suis (presque) aussi terre à terre qu'Attila, j'adhère (Surpris) à sa demande de photo Cool.

Muriel
Dolma

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Hello Attila

Tes amis et toi peuvent "troubler la sérénité" de ce carnet autant qu'il vous plaira : je le lis ailleurs Tire la langue...

Dolma
Kola

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Coucou...
Tu le lis en avant-première exclusive ? Sourire
Rjulie95

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Ah voilà un carnet qui se lit sans photo... ça change, mais bon dès fois on aimerait bien en voir aussi.... un peu comme moi quand je mets des mots dans mon carnet Angélique
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Bonjour,

Un texte fort intéressant comme d'hab Clin d'oeil

Je plussoie, sans grand espoir, à la demande de qqs illustrations
Kate

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Je suis là moi aussi Sourire
Mais je n'ai pas encore lu, je découvre... A bientôt !
Lacalo

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Toujours autant de bonheur à te lire....
J'ai l'impression de me promener dans une galerie de tableaux, où les mots remplacent les peintures.

Mais une question : y a t'il beaucoup de touristes au Mozambique ?
On n'entend pas souvent parler de ce pays comme destination.
Emma78

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Comme toujours tu nous embarques dès les premiers mots...
Tu es notre Henning Mankell à nous Clin d'oeil
AirOne

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Un titre comme un palimpseste qui en laisse entrevoir d'autres...

Cette terre lointaine qui n'est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, t'impose donc un cinquième récit : une histoire familière dont il faut renouveler les couleurs, alors...

Africa dicte... des mots plutôt que des images, les bruits de la ville et des vies singulières. Des saveurs sans le contenu des assiettes, des animaux qui ne soient ni des trophées ni un palmarès à exhiber.

Afrique a dit... les yeux ouverts sur autre chose que l'instant décisif, même et surtout si la vie déborde du cadre.

(A suivre...)

Oui et pis aussi y'a la fric a dicte où c'est qu'on peut n'aller, passque si t'as pas la fric ben tu peux pas n'y aller, et ça c'est moi qui l'dicte !
En gros, y'a pus qu'à les yeux pour pleurer...et le palimpsete pour se moucher dedans que je dicte....
moi...

(ça va pas m'aider à avancer mon carnet à moi ce palimpseste là...Incertain)
AirOne

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Et les rares touristes bullent dans l'océan indien.

.. regardant passer des raies mantas par le trou du siège de massage en pensant au cours du dhow jones qui n'en finit pas d'onduler.

De l'autre côté de la barrière de bambou qui sépare nos mondes, une flottille de femmes croise sur la plage, des bassines multicolores sur la tête. Assis, on ne voit que les bassines comme posées sur l'océan, tanguant et roulant au rythme des marches chaloupées.

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