On peut se poser une question sur cette formule légendaire, que certains trouvent héroïque et d'autres simplement triviale. Le fameux Merde en question a-t-il été vraiment dit par Cambronne (1) le 18 juin 1815 sur le tragique champs de bataille que fut celui de Waterloo ? Je pense que je peux apporter une réponse définitive sur cet épisode de légende.
En recherchant dans les archives j'ai pu retrouver un témoignage authentique, rapporté par un témoin oculaire qui était juste à côté du général lors de l'enfoncement des derniers carrés de la garde impériale.
Ce témoin se nommait Antoine Deleau et était originaire du village de Vicq, canton de Condé, arrondissement de Valenciennes (Nord). Il était cultivateur et fut maire de son village vers le milieu du XIX siècle.
Antoine Deleau fut au cours de sa carrière militaire témoin de faits historiques majeurs. Il ne comptait que quelques années de service en 1813 quand, à trente pas de Poniatowski, il entendit le maréchal et infortuné prince s'écrier en se jetant dans l'Ulster "
Dieu ma confié l'honneur des Polonais et je ne le rendrai qu'à lui ".
A Fontainebleau en 1814, il était à cinq pas du général Petit lorsque l'empereur fit ses adieux à la garde avant de partir pour l'ile d'Elbe. Cela s'explique par le fait que la jeune garde dont il faisait partie, avait été utilisée pour combler les vides de la vieille garde, mise à rude épreuve au fil de l'épopée et des batailles de
France.
A Waterloo il a 25 ans et il se trouve tout à côté de Cambronne quand celui-ci, prononce la phrase célèbre que certains aujourd'hui réfutent. Bien entendu je citerai mes sources en fin de récit, comme tout chercheur qui se respecte. Voilà donc le récit d'Antoine Deleau :
"J'étais au premier rang, avantage que je devais à ma grande taille. L'artillerie anglaise nous foudroyait et nous répondions à chaque décharge par une fusillade de moins en moins nourrie. Entre deux décharges le général Anglais nous cria en français
"
Grenadiers rendez vous ! " Cambronne répliqua "
la garde meurt mais ne se rend pas ! " Je l'ai parfaitement entendu, j'étais à deux mètres de lui.
Le général anglais commanda le feu. Nous reformâmes le carré ; "
Grenadiers rendez vous ! Vous serez traités comme les plus beaux soldats du monde !" reprit la voix stricte du général Anglais. Cambronne répliqua à nouveau "
La garde meurt mais ne se rend pas !" Tous ceux qui étaient proches de Cambronne dont moi, répétâmes cette phrase, reprise bientôt par tout le carré. Nous essuyâmes une nouvelle terrible décharge.Nous reformâmes encore le carré et nous ouvrîmes le feu à notre tour...
Cette fois ce furent tous les soldats anglais qui nous cernant de toutes parts nous implorèrent de nous rendre.. "
Grenadiers rendez vous ! rendez vous !"
C'est alors que fou d'impatience et de colère, Cambronne lâcha le fameux "
Merde !"
Ce fut le dernier mot que j'entendis car je reçus un boulet dans mon colback qui m'étendit sans connaissance sur un tas de cadavres."