(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Il est presque 19 h, les derniers rayons du soleil font flamboyer les parois jaunes et rouges qui font face au Rondavel.
C'est l'heure...
L'heure où le grand mâle européen sort de sa tanière pour accomplir cette tâche millénaire qui lui est dévolue : allumer le barbecue, non, ici on dit : LE BRAAI !
Immédiatement le chant des oiseaux cesse, les babouins s'enfuient, les hyènes détalent en gloussant...les couardes...
J'étire mes muscles puissants, l'air s'emplit de testostérone, les femelles frissonnent.
"Chérie ! Où sont les steaks ?!?"
"Dans l'frigoooooooo"
"Check...le papier journal ?!?!"
"Sur la taaaaaaaaaaable"
"Check...les allumettes ?"
"Près d'l'évieeeeeeeeeeeer"
"Check.... le bois ?!?!?"
"Le b...."
"LE BOIS !?!?"
"Ben....y'a pas d'bois...."
"Y'A PAS D'BOIS !?!?"
"Ben non..."
"MAIS CH'T'AVAIS
DIT DE PRENDRE DU BOAAA !!!!"
"ben j'avais compris du charbon de bois..."
"DU CH....bon...où il est ?"
"Làààààààààààà"
"Check...mais....qu'Est-ce que....
MAIS C'EST DU CHARBON TOUT COURT !!!!"
"Ben...c'est pareil non ?"
"MAIS NON C'EST PAS PAREIL !!! C'EST LE BORDEL PAS POSSIBLE A ALLUMER CE TRUC !!! FAUDRAIT DES ALLUME FEU...OU DE L'ESSENCE !!!"
"Ooooooooh ben ch'ais pas moi...t'avais qu'à aller faire les courses aussi..."
"FAIRE LES C....je préfère pas répondre là, parce que CROIS MOI !!!! TU M'ENTENDRAIS !!!"
Le grand mâle européen s'arme de sa lampe frontale et décide d'aller chercher du bois, il a vu des arbres derrière le parking, il ne manque pas de ressources : il est malin...
"Merde !!!"
Il vient de se casser la gueule car il n'avait pas vu cette pierre traîtresse qui a surgi, là, dans l'herbe la nuit venue.
Le grand mâle peste, rage, hurle, maugrée : il n'aurait pas du quitter son rondavel en tong la nuit...le gros orteil est en sang...pourvu que ça n'attire pas les babouins...
Il claudique bravement jusqu'aux premiers arbres et commence à se constituer tant bien que mal un fagot de bois. Une pensée : les babouins ! Ils sont où les babouins ? Ça mange de l'homme un babouin ? Ça a de grandes dents un babouin...Un craquement.
Il décide que du bois, il en a assez comme ça et commence à claudiquer dans l'autre sens vers sa case. mais il pense toujours aux babouins, alors il accélère, donnant à sa boiterie une ampleur peu commune dans la verticalité comme dans l'horizontalité.
Quel est donc cet insecte lumineux qui dessine d'aussi ridicules arabesque à la nuit venue ? Se demande un autochtone qui se trouve à quelque distance de là.
Le grand mâle européen arrive finalement, le fagot sous le bras, le pied en sang, les mains écorchées, le coude tout grafigné.
Il dispose son papier journal, du charbon dedans, le bois par dessus, du charbon dans le bois, du charbon par dessus le bois, ça fait un gros tas tout merdique mais il allume quand même.
Bientôt, il se rend compte que :
1 : ça sent pas bon
2 : ça prend vraiment difficilement cette saloperie, va falloir plus de bois
Alors il re-claudique vers son taillis... et rentre muni d'un autre fagot qu'il jette au feu, puis il attend.
Longtemps.
Mais il semble bien que cette fois ci, le charbon ait décidé de prendre, il attise les braises tant et si bien qu'il finit par obtenir ce qu'il veut : un foyer convenable.
Il fonce chercher les steaks et les dispose sur la grille.
Et il attend.
Longtemps.
Mais ça cuit que dalle ! Se désespère t'il, alors il re-claudique encore une fois, revient avec encore un fagot qu'il rallume sur son feu misérable et remet aussitôt ses steaks qui commencent vraiment à avoir une sale gueule, mais il se dit que comme ça ils cuiront au moins un peu et tant pis pour l'acroléïne !
Les steaks virent au noir dehors et rouge dedans, rapidement, le fagot fond, mais les boules de charbon ont enfin une allure présentable de braises : ça cuit ! il retourne les steaks.
Il est ravi ! il avise la bouteille de fat bastard qui est là, juste à côté et qu'il avait oublié ! C'est vous dire s'il était occupé !
Il décide de s'en verser un verre, mais il n'y a pas de verre dehors, alors il va en chercher un dedans en se proposant de balancer un "à table ! " triomphant pour faire sortir les femelles.
Il se rend alors enfin compte qu'elles sont couchées les femelles. Il prend aussi conscience qu'il se bagarre avec ses steaks depuis plus de 3 heures...
Alors le grand mâle européen s'assoit seul, dehors dans la nuit étoilée qui devient fraîche, il s'empare d'un steak à l'allure peu ragoûtante, se verse une large portion de fat bastard qu'il boit goulûment, découpe une bonne tranche de bidoche et déclare, seul, face à l'immensité de l'univers, que c'est délicieux.