(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Je pense que Kim papa, et Kim fils sont exposés tous les deux au palais Kumsusan.
J'ai essayé de retrouver sur VF une description relative à Kim Jung Ill, mais je ne l'ai pas retouvée.
J'ai les clefs du Palais Kumsusan, si tu veux tu peux y faire un tour:
"Le KITC (Korean International Travel Company) regroupe aujourd’hui tous les touristes en solo pour rendre un hommage groupé « au Soleil de l’Humanité ». Nos Minibus sont tous là, à l’entrée du Palais Kumsusan.
M. Kim, notre guide senior a revêtu son plus beau costume, et nous le complimentons sur son apparence, il fait mine de ne pas relever le compliment, en se demandant si c’était du lard ou du cochon de notre part. M. Nam, notre guide junior a mis une cravate sur sa chemise fantaisie, tout comme le ferait un jeune chez nous, obligé de porter une cravate.
Nous avions prévu de mettre une cravate ; notre chauffeur M.Park en sort une de dessous de son siège, au cas où nous aurions oublié d’en apporter.
Les femmes occidentales ont mis leurs plus belles toilettes, et sont maquillées. On se croirait à l’entrée d’une garden party, d’un mariage ou d’un bal. D’ailleurs le temps s’y prêterait, le jardin du Président est très beau et accueillant. Le Journal de PyongYang pourrait même titrer en notre honneur :
« Bal tragique à PyonYang, Une momie !» (C’est facile, je sais, mais c’est un clin d’œil à François Cavanna qui vient de mourir).A coté de notre groupe, une centaine de Coréens se prépare à rendre hommage au « Grand Leader »; les femmes portent la grande robe coréenne, le hanbok, et forment un joli groupe multicolore. Les hommes sont soit en chemise et cravate, soit en costume brun basique, très sévère de travailleur, un peu à la manière du costume Mao.
Pour venir à Kumsusan, nous sommes sortis de Pyongyang, et nous nous sommes engagés dans une zone réservée pour enfin arriver en vue du palais du Président Kim. Nous allons maintenant y rentrer en empruntant un tapis roulant abrité par une galerie couverte. Auparavant M. Kim nous demande de nous délester de tous objets tels que briquet, appareils photos, à laisser dans le minibus. Notre petit groupe de 4 personnes s’engage dans cette longue galerie, longue d’environ 300 mètres. M. Kim est très grave et nous obéissons à ses instructions. Nous restons immobiles sur le tapis roulant malgré sa longueur désespérante ; c’est la marque d’une bonne tenue. Pourtant un groupe conduit par une Guide nous dépasse, cela apparaît totalement incongru à M. Kim qui montre sa désapprobation.
PALAIS MEMORIAL KUMSUSANTous les autres groupes sont immobiles sur le tapis roulant dans cette lente procession. Les fenêtres sur l’extérieur défilent ; on aperçoit des dizaines de jardiniers balayant les allées, ramassant les feuilles mortes, désherbant à la main. Une armée de jardiniers entretient cet immense jardin de ce palais pour le profit d’un unique occupant : une Momie. Bientôt le tapis roulant pénètre dans cet étrange palais en sous sol: On se rend compte que les fenêtres et les portes ont été murées. L’éclairage est artificiel. Imaginez le château de Versailles aux portes et fenêtres murées et la momie de Louis XIV installée, seule dans son immense château ! Nous quittons enfin le tapis roulant pour nous enfoncer dans les sous sols du palais. A chaque nouvel espace nous tombons sur une Gardienne en honbok de deuil, qui veille ; elle salue les visiteurs d’un air triste et murmure des condoléances. (Elles n’ont pas pris le bon job, ces pleureuses : Imaginez les : Elles prennent leur petit déjeuner le matin, ensuite elles vont au travail, c’est pour y débiter des condoléances toute la journée ! A moins de penser que ce travail est moins pénible que celui de ramasser des betteraves comme les paysannes misérables, au son de hauts parleurs diffusant des chants révolutionnaires ou des slogans ?)
Soudain nous traversons un tunnel étroit équipé à la base de mini brosses en rotation qui retirent les impuretés attachées à nos chaussures ! Ensuite nous passons sous des portiques détecteurs de métaux. Des Gardiens nous passent à la poêle à frire magnétique et enfin comble du raffinement nous traversons un tunnel où un vent transversal nous fouette violemment le visage et le corps pour nous retirer toute trace d’impureté. Heureusement rien n’a été prévu pour traiter nos impuretés idéologiques, je n’aurais certainement pas été admis. Nous sommes admis en l’état dans le Saint des Saints. Nous continuons.
Le long des couloirs, en sous sol, nous sommes tous les 4 à marcher silencieusement ou presque; un groupe nous suit : On entend dans ce silence sépulcral, dans ce recueillement absolu, dans cette atmosphère de sainteté sidérale.
« Clap »,....., « Clap »,...... « Clap »,........, « Clap »,......
M. Kim se retourne et jette son regard désapprobateur sur le groupe nous suivant. Le bruit sacrilège et comique vient bien de ce groupe. Est ce le fait d’un guide qui a oublié de ressemeler ses chaussures ? Et l’on entend toujours :
« Clap »,....., « Clap »,...... « Clap »,........, « Clap »,......
Charlie Chaplin s’était invité en Corée du Nord !
Surtout pas de crise de fou rire nerveux, ce n’est ni l’endroit ni le moment ! Et pourtant nous n’avons pas encore tout vu !
Nous montons un escalator et enfin nous sommes introduits dans une grande salle où nous sommes accueillis par la grande statue blanche du « Grand Leader » sur fond de couleurs dégradées allant du rose clair en passant par le bleu pale puis au jaune très évanescent. Les couleurs sont très pastel. C’est le summum du kitsch. On a l’impression, nous d’être sur Terre, et lui, le Président d’être au Paradis Socialiste, nous accueillant paternellement. C’est très réussi ! On nous tend ensuite un petit magnétophone individuel : On peut entendre un message dans notre langue, dit d’un ton saccadé à la Coréenne pour marquer l’emphase ou le chagrin, sur la vie du « Grand Leader » et sur l’effroyable tristesse du peuple Coréen à sa disparition et une flopée de louanges dithyrambiques tels que la fameuse expression « Soleil de l’humanité ». On y apprend que le président Kim a écrit la constitution coréenne à l’âge de 4 ans ! Et plein d’autres accomplissements et faits d’arme contre les Japonais. Les Américains ne devaient pas être en reste dans ce texte. Ce serait tellement intéressant d’avoir une copie du texte et de pouvoir le relire. Nous recevons ces nouvelles stupéfiantes avec une impassibilité asiatique ! Du coin de l’œil j’échange un regard de connivence ou de consternation avec un touriste belge, tout juste rencontré; après ce bref instant de relâchement, nous redevenons impassibles. On est là au cœur de la Dictature ! : Des hagiographes écrivent des conneries monstrueuses, les servent au Peuple et à nous même, et nous devons rester sérieux en les écoutant! Les Coréens doivent même les apprendre par cœur, je présume.
Dans une autre salle, Touristes et Coréens sont regroupés en rangs et des Croquemorts désignent quel rang sera admis dans la pièce suivante, l’endroit le plus sacré sur Terre !
Le « Grand Leader » repose sous une verrière, habillé en costume cravate. Des soldats montent la garde aux 4 coins de la salle. Nous défilons assez rapidement et nous avons le temps de nous incliner sur trois cotés du gisant. Cette fois notre hommage va à un Dictateur patenté et non à des patriotes ayant combattu les Japonais, comme au cimetière des Martyrs Révolutionnaires que nous avions visité précédemment, Martyrs Révolutionnaires, que nous avions honorés d’un bouquet de fleurs. On boit donc notre honte en silence. Nous quittons le Saint des Saints, pour visiter une exposition relative au défunt. Nous allons y découvrir les jouets de Kim IL Sung et ses décorations. Dans une salle trône sa Mercédès, dans une autre, son wagon-salon ferroviaire sur un bout de rail. Au mur une carte montre tous ses déplacements dans le Monde. Il semble que le déplacement ferroviaire soit plus sûr que l’avion pour un Dictateur. A part la visite de
Cuba par avion, le train est effectivement privilégié.
On découvre dans une autre salle tous les diplômes honoris causa d’universités étrangères et toutes les grandes capes de ces Universités, tous les trophées offerts pendant ses voyages. Ah la vanité ! Pour la
France l’inévitable offrande de la ville de Montreuil (A la tour du Juché il y avait aussi une plaque offerte par cette ville) et aussi celle de Bagneux sont présentes. Ces villes sont ici immortalisées pour avoir fait citoyen d’honneur le « Grand Leader ». C’est vraiment bête pour ces donateurs, si le vent idéologique tourne, les preuves de compromission restent à jamais.
Nous quittons ce monumental sarcophage par la galerie couverte, immobiles sur le tapis roulant ; par mimétisme nous sommes devenus parfaitement asiatiques, les yeux mi clos. Peut être avons nous commencé notre adaptation idéologique ? Il est urgent de rentrer à
Pékin !
M. Kim et M. Nam retrouvent M. Park ; ils retirent immédiatement leurs cravates. La tension baisse enfin et nous remercions poliment pour la visite."