Pour être descendu jusqu'à la Mauritanie, puis m'être fait refouler (plus de visa à la frontière), et tout ça en camionnette avec l'étiquette "humanitaire", j'ai touché du doigt certains problèmes. Pour moi, les catalans ont dû se pointer le matin à la frontière et perdre des heures dans des circuits de paperasse, d'inspection de véhicules, dans un bordel savamment organisé. On en passe pas moins de quatre contrôles, côté marocain : Douane, police des frontières, gendarmerie royale, gerndarmerie prévotale. A chaque fois on donne les passeports, on attend environ une heure. Heureux quand il y a un peu d'ombre : j'y ai attrappé un coup de soleil, malgré la casquette ! Evidemment, on finit toujours par discuter de "petits cadeaux" pour tenter d'accélérer un peu les choses : probablement en vain, les retards occasionnés aux voyageurs étant simplement une forme de mise sous pression voulue par les chefs, lesquels laissent les sous-fifres aller à la "chasse au cadeau" !
Idem coté mauritanien, si ce n'est que les appels aux "cadeaux" sont directs, voire institutionnalisés par le biais de "facilitateurs" rémunérés. J'ai même vu un jeune Sénégalais qui rentrait chez lui avec une jolie voiture (406) remplie de matériel divers se faire taxer d'une machine à coudre qui plaisait au douanier !
Au vu des interrogatoires que j'ai subis, notamment par les douanes marocaines, à Tanger, Dakhla, Guerguerat, j'en conclus que les humanitaires sont réputés être de riches bourgeois occidentaux adossés à des organisations financièrement puissantes (et encore plus riches). Donc des cibles idéales pour de grands ou petits rackets. De plus, le racisme ouvert des Marocains à l'égard des noirs, laisse bien penser qu'ils méprisent ces occidentaux qui "veulent aider les blacks". Avec par dessus tout ça un peu de jalousie : voir passer sous leur nez des camions remplis de matériels divers dont beaucoup de régions de leur pays pourraient utilement profiter.
Je ne suis donc pas surpris que les catalans aient été "libérés" de leurs formalités douanières en fin d'après midi. Là, ils auraient du prendre la décision d'aller à Nouhadibou, ou encore à Bou Lanouar (45 km de la frontière dans la direction de Nouakchott) où on peut dormir en sécurité. Ils ont malheureusement choisi de prendre la route pour Nouakchott, où ils avaient probablement leurs réservations d'hotel. Et pire que tout, roulant après le coucher du soleil, ils ont laissé un véhicule en arrière séparé des autres. Sans doute trop occupés à commenter le match... On connait la suite.
Compte tenu des circonstances, un peu fortuites de l'attaque, je ne serais pas surpris qu'elle soit le fait de "chasseurs de têtes" locaux qui qui ont "fait un coup" et tentent de négocier rapidement leur prise auprès d'organisations politiquement plus structurées.