Beau sujet !
Comme d'autres ci-dessus, , je dois d'abord situer ma culture du marchandage. Très jeune, je me souviens avoir vu ma mère marchander. Mais ça fait longtemps, les années passent si vite ! Aujourd'hui, ça n'existe plus chez moi. Même certains concessionnaires d'auto refusent de bouger d'un poil. De plus, je déteste "magasiner". Mes discussions avec les vendeurs sont donc sommaires : je demande où on peut trouver un produit, parfois j'ai besoin de précisions techniques. C'est tout. Les prix devant être affichés, je fais le tour de ce qui est offert, vais dans un autre magasin le cas échéant, puis je décide si j'ai vraiment besoin du produit. C'est simple.
Alors, dans les pays où il faut marchander, je suis désarçonné, et, faut bien l'admettre, agaçé.
Mes premières expériences de marchandages eurent lieu au Pérou. Et j'en garde un mauvais souvenir. Comme d'autres le relevaient, on est dans l'incertitude, même avec un guide de voyage. Au Pérou, d'une ville à l'autre, les prix des taxis et des chambres varient beaucoup. A chaque fois, il faut recommencer à comprendre l'échelle. Mon problème avec un certain marchandage, c'est l'impression de me faire mentir. Combien de fois me suis-je disputé avec des taxis péruviens parce qu'ils n'arrêtaient pas de renégocier le prix jusqu'à ce que je descende de leur voiture ? "Ah, mais il faut ajouter le tarif d'entrée à l'aéroport !" "Ah mais, c'est une rue plus loin que prévu, il faut ajouter 50 % !" ( Alors qu'on s'était entendu pour une course de 3 km ). "Ah mais, aujourd'hui le taux de change n'est pas le même !" "Ah, je n'ai pas de monnaie !" Ce ne sont souvent que des broutilles, mais ça me gâche l'atmosphère et m'enlève toute envie de converser. Faut bien admettre aussi que, la fatigue des déplacements aidant, il m'est arrivé d'en faire payer certains pour l'agacement causé par leurs compatriotes. Mon pire souvenir est d'avoir engueulé un cireur de chaussure. M'étant fait une entorse, je devais souvent m'assoir. Quand il m'a approché, j'ai accepté, même si je les avais toujours refusé. On s'est entendu sur un prix, objectivement dérisoire. Mais là, il se met à utiliser toutes sortes de produits : un nettoyant, de la cire, de la vaseline. Je lui dit : "Tu met beaucoup de produits". Il me réplique "spécial" Quand il a terminé, il me réclame 4 fois le prix entendu. Je n'ai jamais été un trésor de patience et comme j'ai du sang français, je discute facilement ( pardon, je réclame mes droits ! [:)] ). Le pauvre garçon. J'ai vraiment exagéré, lui ai crié que je voulais voir les policiers et tout le monde sur la place s'est retourné vers moi. Je n'en suis pas fier...
J'ai compris certaines choses par la suite. Il y a beaucoup de "sous-emploi" au Pérou. A l'évidence, il y a trop de taxis pour le nombre de clients. Alors, ceux-ci coupent les prix lorsqu'ils se retrouvent en grand nombre aux aéroports ou terminus de bus. Ils comptent se reprendre en renégoçiant en cours de route. J'ai alors pris l'habitude de rejeter les grandes gueules ( j'en ai même vu un attraper violemment une femme pour la pousser dans son taxi...) pour choisir les timides et repréciser le prix une fois seul avec lui. De cette façon, je pouvais ensuite discuter sans encombre. J'ai aussi pris l'habitude de prendre les transport en commun locaux. Ca m'a laissé de formidables souvenirs, même quand les communicatons étaient limitées. C'est bon d'être le seul "gringo" ou "farang" dans un bus ou un train, quand on est respectueux des gens.
Mais, j'ai gardé une aversion profonde pour les rabatteurs. Je comprend que c'est pour eux une façon de gagner leur vie. Mais il me déplait profondément que le tiers de ce que je paie pour un service aille à celui qui travaille le moins fort et qui n'a pour seul mérite que de parler anglais ou français. Je me rappelle un agent de voyage à Bangkok, chez qui un rabatteur m'avait habilement entrainé ( il parlait anglais, son fils seraient à Toronto et ils m'avaient tardivement offert de m'amener à l'information touristique... mais ne m'avait rien demandé étant probablement payé par l'agence). Quand j'ai dit au gars de l'agence que je n'étais pas intéressé, il m'a ouvertement traité de radin. J'ai essayé de garder un sourire "asiatique" alors que je regardais ses bijoux en me disant qu'avec ses mains il ne devait pas travailler fort fort... Je préfère infiniment payer sur place que dans les capitales. C'est beaucoup moins cher. Je donne la différence aux gens qui travaillent vraiment : guides, chauffeurs, cuisiniers, porteurs, etc C'est d'ailleurs pourquoi les récurrentes rumeurs sur le Macchu Picche m'exaspèrent. Croyez-vous vraiment qu'en réservant votre "camino inca" un mois à l'avance que vos porteurs seront mieux logés et nourris ? Quand j'y suis allé, c'était épouvantable, pas de tente malgré la pluie et on ne les voyais jamais manger...
Il faut aussi savoir faire un budget réaliste. En n'oubliant pas qu'en voyage on paie pour tout, comme le relève Manekineka, notre petit chat saluant, contrairement à chez soi où on a un pied à terre et on passe la majeure partie de notre temps au travail. Aujourd'hui, quand j'arrive dans une ville, j'ai déterminé dans le bus deux ou trois hotels. Si le premier que je visite est propre, je ne passe pas des heures à chercher. Quant aux achats, ce n'est pas le but premier de mes voyages, je tend à les garder pour la fin, quand je connais les prix et ce que je veux, quitte à payer un peu plus cher dans la capitale. Mais c'est souvent pas pire que dans les villes d'où viennent les produits puisque la plupart des touristes cherchent à acheter là-bas, il y a peu de "trouvailles" quand elles sont inscrites dans les guides de voyage que tous les touristes ont...
Je suis retourné en Amérique latine l'hiver dernier. J'étais anxieux, je n'aime pas me choquer comme je l'ai fait quelques fois au Pérou. Tout s'est bien passé. Il est clair que les mexicains sont lpus prospères que les péruviens. Mais, j'avais un budget mieux établi, je parlais un peu mieux l'espagnol et j'avais pris l'habitude de bien insister pour fixer un prix final. Mon voyage en fut d'autant plus agréable.
Dernier commentaire, sur les pourboires. Je viens d'aller à Paris. Un premier voyage en Europe, mal planifié. Je suis parti sans préparation et n'ai pu trouver dans mon village que le Routard, un guide que je n'aime pas. Je n'y ai trouvé que très peu d'informations de base : pas de caractéristiques du système électrique, rien sur les taxes ( je sais maintenant qu'elles sont incluses, mais pour moi ce n'était pas évident ), pas de précisions sur les pourboires. J'ai découvert "à l'oreille" que les prix dans les restaurants incluent le service, de sorte que si vous ne laissez pas de pourboire personne ne vous fait la gueule. N'essayez jamais ça au Québec ! Je peux donc comprendre que des français soient moins portés à donner des pourboires que des québécois. Ce n'est simplement pas dans leurs us et coutumes.
Yvon LeD