Je pense être une personne honnête, sincère. J'ai le désir d'aller à la rencontre de l'autre, d'apprendre de lui. La rencontre étant un échange, je partage également un peu de moi, de qui je suis, du monde d'où je viens.
la sincérité est un prérequis pour obtenir celles des autres. à moins d'être un très bon comédien, les faux-semblants ne trompent jamais longtemps. maintenant, il n'est pas d'entièreté obligatoire avec le fait d'être sincère. à chacun d'évaluer, de sentir à quel moment on s'ouvre réellement et à quel moment on joue un personnage. je peux être sincère avec la caissière qui fait la gueule au supermarché quand je lui souhaite bonne journée, quand je peux ne pas l'être avec le petit vieux à qui je laisse ma place à contrecoeur dans le bus, alors que je suis exténué de ma journée de boulot. la sincérité se limite aux convenances sociales et à l'impression que nous laisse chaque personne. je crois aussi qu'elle se mérite et qu'il n'est que peu d'hypocrisie dans le fait de ne pas vouloir engager une conversation inutile, voire lourde... et ce où que l'on se trouve en ce monde.
Pourtant j'entends des conseils : mettre une bague, dire que l'on est marié, dire que notre "mari" nous attend à la prochaine étape. D'autres conseils encore : ne pas dire à quelle date on quitte le lieu où l'on est pour éviter un vol de dernière minute contre lequel on ne pourra pas agir, notre vol (aérien, celui-ci) nous attendant ou encore se dire d'une nationalité différente sachant qu'on sera mieux accueillis par la population.
Je pense qu'il y aurait d'autres exemples de mensonges, en général, pour nous garantir une certaine sécurité.
et les mêmes qui conseillent ont sans doute fait tout autrement dans la situation réelle. chacun y va de son conseil, qu'il a appliqué ou simplement entendu dire, ou encore regretté de ne pas avoir dit ou fait a posteriori. mettre une bague, c'est un mensonge voire pour certains un blasphème, dire qu'on est marié aussi, mais ce n'est qu'une parole, qui sera plus facile à démentir si un dialogue de confiance s'installe. quand il s'agit de sécurité, on n'est jamais trop prudent mais on l'est souvent par excès. le tout est de ne pas regretter ses mensonges, si le bénéfice qu'on en a tiré le valait, comme par exemple se sortir d'une situation inconfortable. la limite que je mettrais est à la systématisation du mensonge, car c'est là que l'on sera plus vite pris en défaut. le voyage est fait d'ouverture. là où l'on peut admirer les plus belles choses, on y croise aussi des gens admirables : les unes ne vont pas sans les autres et ceux qui évitent les seconds ratent sans doute le plus enrichissant de leur voyage.
Mais voilà, je ne suis pas mariée, je voyage seule et ça me définit MOI. Alors faire comme si j'étais quelqu'un d'autre, ça me pose problème. Durant trois semaines au Sri Lanka, j'ai utilisé quelques fois ce mensonge, mensonge que je devais développer au fil des questions posées et plus je m'embrouillais dans mes histoires plus tout perdait de son sens.
Ne pas donner la date de son départ? Mais si je passe 1 mois dans un même coin, que je me lie aux gens, je fais quoi ? Je file en douce sans que personne ne s'en apercoive?
Alors, est-ce qu'être sincère, c'est se mettre en danger? Faut-il s'inventer un personnage lorsqu'on voyage?
la rançon de la sincérité c'est la confiance. elle ne se gagne pas avec des dollars ou des euros, mais pas non plus avec des mensonges. à toi de voir à qui tu l'accordes mais surtout de qui tu voudrais l'obtenir. il n'y a pas de règle universelle, même si l'expérience, malgré nous, prend de l'ampleur dans nos décisions, à mesure qu'on l'accumule. le plus difficile pour le voyageur, c'est de garder sa part d'innocence, qui permet encore l'émerveillement et les plus belles rencontres. et les autres, ma foi, tant pis pour eux : tout le monde n'est pas exceptionnel...
ton sujet pourrait être le titre d'un livre, préviens-nous quand tu le publieras...
le Pays Dogon par Massina