J'ai effectué ce trajet Pointe-Noire - Mayumba par la côte en... 1987, en revenant de Kinshasa. C'est une belle équipée, tout à fait possible. Mais il ne faut pas avoir un avion à prendre le lendemain à Mayumba, vu le nombre d'aléas qui peuvent se présenter ! J'imagine que les choses n'ont pas dû fort changer depuis cette époque.
Voici donc comment cela s'est passé.
A Pointe-Noire, des camions (des "occasions") font des trajets régulièrement jusqu'à Nzambi, et prennent des passagers. Nous (nous voyagions à 3) en avons pris un en début d'après-midi. La route est assez longue, le camion s'arrêtant régulièrement. Sur le trajet, nous avons croisé un villageois revenant de la chasse avec une antilope, que nous avons achetée pour manger le soir à Nzambi. Nzambi est un petit bourg en bout de route, qui dispose de cases de passage. Nous avons offert l'antilope aux mamans du village, qui ont préparé un excellent repas pour tout le monde. A cette occasion, nous avons rencontré ceux qui allaient devenir nos compagnons de voyage le lendemain : des élèves gabonais qui avaient de la famille au Congo, mais rentraient au Gabon pour reprendre l'école (c'était la fin des vacances de Pâques). Pour la nuit, nous avons été invités chez des habitants de Nzambi.
Après Nzambi, il n'y a plus rien : juste un sentier qui traverse la jungle, et longe ensuite la lagune jusqu'à Ndindi. Ce sentier est assez bien marqué, vu qu'il est visiblement emprunté régulièrement. De toutes manières, à gauche et à droite, c'est une jungle quasi-impénétrable : impossible donc de se tromper. En voiture, même en 4x4, c'est totalement infaisable : c'est un sentier pédestre. Nos compagnons gabonais nous ont réveillé à l'aube, et à 6 heures du matin, le petit groupe (une petite dizaine) était en route. Le chemin est plat, une véritable promenade. On voit bien où l'on marche, et on peut ainsi éviter les serpents éventuels. On s'arrête souvent, pour boire un coup (ne pas oublier l'eau en bouteille et quelques victuailles) et discuter. Vraiment pas besoin d'être marathonien pour y arriver. En fin d'après-midi, on atteint la lagune de Mayumba, la jungle fait place à un magnifique paysage bien dégagé, et on a droit en prime au spectacle du coucher de soleil sur la lagune. Sans se presser, on atteint ainsi paisiblement Ndindi avant le coucher du soleil.
Ndindi est une petite bourgade, isolée au fond de la lagune. On y trouve notamment un dispensaire, un petit poste militaire (qui dispose d'une radio émettrice : pratique si l'on est coincé à Ndindi et si l'on doit communiquer des messages ailleurs au Gabon), un poste de police et de douane. En arrivant à Ndindi, la première chose à faire est donc de passer au poste de douane, pour faire viser son passeport.
La "route" censée relier Ndindi à Mayumba tient apparemment plus de la légende ancestrale que de la réalité : elle n'existe plus, si ce n'est (peut-être : nous n'avons pas testé), par bribes, à l'état sauvage. Le trajet Ndindi-Mayumba s'effectue en pirogue à moteur (la "pirogue de Mayumba"). En temps normal, il y a au moins un service aller-retour par jour. C'est par le débarcadaire de Ndindi que passe tout l'approvisionnement du village.
Mais lorsque nous sommes arrivés, une nouvelle monopolisait les conversations : la pirogue de Mayumba était en panne, et personne ne savait quand elle allait refonctionner. Il faut dire que ce qui faisait l'importance vitale de ce lien ombilical avec Mayumba était l'approvisionnement de Ndindi en Régab, la célèbre bière gabonnaise. Les premiers signes d'une pénurie de Régab se faisant déjà sentir dans les petits bars du village, celà inquiétait tout le monde. Nous avons été hébergés à Ndindi chez un sympathique infirmier travaillant au dispensaire. Tout le monde nous déconseillait de partir à pied pour Mayumba par la route mythologique. Mais à vrai dire, personne à qui nous avons parlé n'avait jamais tenté de l'emprunter, en premier lieu parce que la distance (plus d'une centaine de km) est telle qu'il est de toutes manières impossible de faire ce trajet en un jour (ce qui signifie bivouacs, bestioles, et aucune chance d'être secouru en cas de problème). Nous avons donc fait comme tout le monde : nous avons attendu patiemment que le moteur de la pirogue soit réparé, allions laver nos vêtements au point d'eau en discutant avec les mamans, et consommions la Régab avec parcimonie.
Et après 5 jours ainsi passés à Ndindi, le miracle advint, un matin. Ca courait dans tous les sens dans le village : la pirogue de Mayumba était arrivée, avec sa cargaison. Nous avons pris congé de nos hôtes, et avons remplacé la Régab dans la pirogue. Celle-ci a traversé toute la lagune, jusqu'à Mayumba, en s'arrêtant à chaque hameau. Un magnifique paysage. Plusieurs heures de pirogue. Et à Mayumba, le retour à la civilisation, avec les premières voitures vues depuis Nzambi...
Pour passer du Gabon au Congo par la route, la seule solution praticable est, je crois, de passer par N'dende (dans la Ngounié), et de prendre la route de Loubomo. Cela roule bien (beaucoup de barrages de gendarmerie côté congolais : il y a avantage à avoir encore des pages vierges sur son passeport, parce qu'ils apposent un nouveau cachet à chaque barrage !), et il est facile de trouver des "occasions". A Loubomo, on peut prendre le train reliant Brazzaville à Pointe-Noire (je suppose qu'il fonctionne toujours). Avoir une voiture à soi pour voyager dans la région est totalement superflu.