(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Dimanche matin, pas de grasse matinée. Les coqs du village se prennent pour des muezzins et chantent à tue-tête dans tout le village. Il est 6 heures, le soleil a déjà pris un peu de hauteur, il est temps qu'on en prenne aussi.
A peine a t'on ouvert notre volet en bois bloqué par une lourde barre (ils ont tellement insisté hier soir pour qu'on le ferme bien), que nos petits voisins pointent timidement le bout de leur nez. On a les yeux encore en capote de fiacre, les cheveux pas très rangés (JC n'a pas encore mis son gel) et on s'échangent de grands sourires. Pas le temps de dire "Ouf", le café est là. Deux tasses roses avec un liquide bien noir de quoi réveiller un mort. C'est un des supers moments de la journée. On s'assoit devant notre petite maison, on croque dans des petits beurres LU ramenés de
France, et on regarde les gens passer sur notre petite piste. On est comme chez nous. Une famille en moto, d'autres à pied, un gamin avec un vélo qui fait trois fois sa taille, un autre gamin qui pousse sa bombonne d'eau remplie à l'autre bout du village...
Bon, c'est pas le tout. On flemmarde, mais il y a du boulot. Première lessive. Le linge sale se lave en famille et on met tout dans une grande bassine avec un peu de génie sans frotter. Normalement, ça marche tout seul, il n'y a rien à faire que d'attendre. JC qui aime le linge nickel se met à frotter quand même.
Obligé d'interrompre nos tâches ménagères, on a de la visite.
Thea arrive avec les chefs de village et les instits. Petite réunion au sommet dans notre "salle à manger" transformée en "salle de réunion". L'école va pouvoir avoir 6 camions de terre pour limiter un peu le danger que la cour représente pour les gamins. Actuellement, c'est Verdun. Des trous d'eau, des bosses.
Du coup, on peut finir la lessive et se faire une petite partie de mémory avec les enfants. On se prend une raclée à chaque fois. Leur mémoire est mille fois plus aiguisée que la notre. On essaye de s'apprendre mutuellement les noms des animaux : tchkaé, tchrouk, tir... on a du mal, ça les fait rire.
La fin de la matinée arrive vite. A 11h, c'est déjà l'heure de déjeuner et Sithân nous apporte notre plateau. Riz, poissons, viande, petites sauces et du thé.
Comme il n'y a pas école aujourd'hui, on part se balader en moto dans les environs avec notre jeune interprète qu'on n'arrive pas à comprendre. A trois sur la moto et un gros sac photo, ça le fait, même si je suis un peu sur la barre de derrière. On part voir le chef du village, notre voisin, dans sa ferme à quelques kilomètres. Des arbres fruitiers dont des jacquiers avec leurs énormes fruits, de la volaille, des cultures de cette espèce de plantes qui vit dans l'eau avec laquelle on fait la soupe. Un papi souriant comme tout, est là, peinard dans son hamac, un jeune travaille et on lui file un coup de main histoire de ne pas rester là à le regarder bêtement. On prend râteau et sarclette, et on y va. Oui, oui, même JC.
En repartant, je prends la place du milieu sur la moto. Finalement, c'est un peu plus confortable. On va voir la pagode qui est en construction. Elle se trouve à l'intérieur de la cour d'une école et toute une ribambelle d'enfants nous accueille avec de grands rires. Ils nous suivent en choeur dans la grande terrasse couverte où les moines font leurs prières. Pendant un bon moment, on chantera avec eux (ils adorent frères Jacques et "ding, dung, dong"), JC fera une petite série de photos. C'est fou comme ils se prêtent au jeu. Ils rigolent, et au moment de la photo "hop", prennent un air hyper sérieux.
De retour au village, on part à pied dans les rues, accompagnés de nos copains voisins. Match de volley. En fait, on en verra beaucoup, on dirait que c'est presque le sport national, et ils jouent bougrement bien. A 4 ou 5 ou 6, peu importe, ça marche.
Le village est vraiment pauvre. Les maisons ne sont que succession de petites cabanes, moitié planches, moitié tôle ondulée. Devant l'une d'entre elle, un gamin est assis par terre, sale, avec un ventre gonflé. Sa mère ou sa grand-mère, difficile à dire, est habillée de loques et a les yeux hagards.
Plus loin, un groupe de jeunes visiblement éméchés font la fête. C'est la fête des eaux à
Phnom Penh, et manifestement, l'ambiance est arrivée jusqu'ici.
Un groupe de pêcheur attend le poisson auprès d'une marre. On s'approche, de loin, cela semble assez bucolique. Et ça l'est. Si on fait abstraction des tonnes d'ordures, de sacs en plastics qui jonchent le sol. On se demande comment les poissons peuvent vivre dans pareil milieu. Si ça se trouve, ce sont ceux qu'on mange à tous les repas et qu'on trouve hyper bons.
La lumière est moins vive. Comme chaque jour, on se dépêche d'aller prendre la moto pour aller faire notre petit tour dans les rizières. Le vert vif des champs, les palmiers à sucre avec leur fière allure, les khmers qui rentrent leurs buffles et les ombres qui s'allongent. Le spectacle est saisissant. On se remplit la tête et les yeux pour mieux vivre l'instant présent. Du bonheur en barre.
A 17h15, il est temps de rentrer si on veut avoir le temps de prendre l'apéro avant le dîner qui est à 18h. Il ne s'agit pas d'être en retard. Lui, un whisky ; elle, un rouge. Et trois cacahuètes. Ce soir, on le prendra seul sur le seuil de la maison. Juste nos copains qui viennent faire coucou.
Et dès qu'on a fini de manger, ils sont là. Impatients, les yeux brillants. Ils veulent jouer. On est prêt pour se prendre une raclée supplémentaire. Il faudra vraiment qu'on trouve un autre jeu à faire avec eux demain où on pourra mieux tirer notre épingle du jeu.
La nuit est tombée, la lune est haute, les gamins sont couchés... et on rêve. Thea nous a dit que la maison dans laquelle on vit est à vendre. Toute la soirée, on fera des plans sur la comète. JC veut une dalle de béton, je lui accorde. Il veut des toilettes dedans, je refuse. Il faudra refaire aussi la toiture très certainement, et agrandir un peu la terrasse devant. Et on pourra y venir quand on veut. Je vois déjà des fleurs dans le jardin. Entre rêve et l'uthopie, on s'endort.
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