Voici un témoignage qui montre à quel point ce lynchage est inacceptable et défait toutes les hypothèses émises dédouanant une population hystérique et vindicative à l'égard de ceux qui viennent d'ailleurs.
"horrible massacre d’un enfant » : ce n’est pas déterminé, loin de là ! pour preuve, ce témoignage direct :
C’est la rumeur, reprise par la foule en furie et totalement ingérable qui serait à l’origine des émeutes qui ont fait trois morts torturés et brûlés par la foule hier.
Il n’y aurait aucun trafic d’organe d’après les multiples témoignages recueillis sur place.
Voici la version d’un témoin direct : Le jeudi 3 au soir :
« J’ai une célèbre bijouterie sur la plage d’Ambatoloaka où la population a assassiné deux touristes ce matin et je me pose des questions sur ces événements.
Depuis une semaine nous avons tous vu dans les villages de la plage et dans le bar que nous fréquentons des photocopies noir et blanc d’un avis de recherche d’un jeune enfant de 8 ans disparu depuis quelques jours. Tout le monde les a vu car elles étaient très nombreuses partout .
Hier matin on apprend qu’une personne a trouvé, sur cette même plage, flottant entre deux eaux le cadavre d’un garçon. Il porte les signes d’une noyade pas très récente car chacun sait que les parties tendres sont les premières à être mangées par les divers organismes marins. En l’occurrence, les yeux, la langue, le sexe et l’anus. Ce sont les signes découverts sur l’enfant mais les histoires de croquemitaines dont raffolent la population ont transformées ces signes évidents de noyade en « Trafic d’organe » et ils ont cherché des boucs émissaires, des glacières et des congélateurs, un symbole de richesse dans ce pays pauvre .
Zaidou est un jeune homme « beachboy » connu de tous sur la plage car il propose aux touristes des excursions dans les iles environnantes ou des tours de l’île. Il est charmeur, drôle et plein d’humour. D’ après ce que l’on m’a raconté c’est à l’occasion d’une conversation téléphonique de Zaidou quelques minutes après la découverte du corps que des gens ayant entendu la moitié de sa conversation en ont déduit que le Zaidou devait s’expliquer avec les autorités. Il est emmené au fokontany (l’équivalent de la mairie ici) pendant que la famille et les amis enterrent le petit bonhomme musulman qui doit être enterré dans la journée car c’est la tradition. Une voiture conduit Zaidou à Hellville notre chef-lieu. Il est emmené chez le sous préfet, puis chez la police puis chez les gendarmes. Et la population croie dur comme fer que le pauvre Zaidou est dans la gendarmerie. En fin de matinée, il font le siège de la gendarmerie, bloquent la route et brûlent les résidences des gendarmes. Ceux-ci paniquent et tirent dans la foule. Le docteur de l’hôpital annonce ce matin 2 morts et 14 blessés par balle !
Le soir, hier soir (le 2 au soir NDLR) , les émeutiers quittent Hellville et s’en prennent à la résidence des gendarmes à Ambatoloaka et dans la nuit une cinquantaine de personnes se précipitent au Taxi Bé notre cabaret olé-olé local et désignent Sébastien Judalet, un touriste qui termine bientôt ses vacances et doit reprendre son métier de chauffeur de bus à la RATP à Paris. Le malheur de Sébastien est d’avoir parlé et blagué avec Zaidou sur la plage ainsi que Mr Gianfala Roberto qui est ami avec Sébastien depuis son arrivée le 24 septembre. Des amitiés de vacance pour déjeuner, sortir ou visiter ma bijouterie. Roberto est là depuis plusieurs semaines et il a amené plusieurs clients dans ma bijouterie, par gentillesse et par amour des saphir étoilés
La population arrive vers 3 h ce matin à côté de chez moi où Roberto vient de louer une case et s’empare de sa personne avec violence. Les gens disent qu’ils « mènent l’enquête ». Ils tabassent les deux touristes et les conduisent sur la plage où ils sont abattus et brulés avec des pneus et de l’essence. Nous sommes terrassés et j’apprends qu’il y a une liste de vahazas complices que la population recherche. Cette liste, ce sont ceux que les deux malheureux ont cité pour avoir de l’aide. Bien sûr il ont cité mon nom. J’aurais fait pareil et vous aussi à leur place.
Diffusez ce texte sur les blogs et partout où cela peut servir. Merci les amis"
FREDERIC QUEHEN
La réponse est oui. Mais quelle était la question ?
Woody Allen