Un matin, nous avions rendez-vous avec une Saint-Louisienne pour faire le marché puis aller chez elle cuisiner puis déguster le plat-phare du Sénégal, le thiéboudiène, ou "Tieb" pour les intimes. Nous voici donc partis de l'autre côté du Pont Faidherbe, où nous a rejoints près du marché une grande femme élégante toute vêtue de bleu, Mame Yacine. J'ai trouvé super intéressant de la voir négocier, de pouvoir ainsi observer les rapport humains, les postures pendant les transactions.
Au retour, j'ai écrit ce texte pour mes amis, et je vous le partage.
Il s'appelle: "une femme puissante"
et c'est un hommage à toutes ce femmes fortes qui portent leur maisonnée à bout de bras, partout dans le monde.
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Mame Hiacine règne sans partage sur sa maison du quartier sud de l'île de Saint Louis. Une grande maison où il est agréable de palabrer dans le patio fleuri, sous un voile d'ombrage...
Mame Hiacine exerce son empire sur sa cuisine... Révolution des palais, qui n'a de violente que les piments... mais, rassurez-vous, elle sait faire sa main légère quand elle cuisine pour les toubabs.
Madame Hiacine étend son emprise sur le marché... le matin, elle rejoint le bal des élégantes de l'autre côté du Pont Faidherbe. Port de tête royal, démarche altière, elle fend la foule d'un pas décidé et fond sur une marchande qui, la voyant arriver, se dit déjà « celle-ci, c'est une cliente coriace, je ne vais pas la-lui faire ». Rapport de force instauré en sa faveur, Mame Hiacine jauge les marchandises, échange quelques mots, choisit avec une négligence feinte quelques légumes et paie, jetant d'un air supérieur un billet froissé ou une poignée de pièces à la marchande. Rapport de force maintenu.... Mais advienne qu'elle soit mécontente de la qualité ou du prix, la voici qui tourne les talons avec superbe et revient dix étals en arrière, puis repart cinq étals en avant...
Au fur et à mesure de ses allées et venues, les sacs se tendent et s'alourdissent : tomates, carottes, petits choux verts et choux raves, courges, aubergines, bissap, fruits du baobab, citrons verts, coriandre, gombos, oignons... Pas de Thiéboudiène sans de beaux poissons : ce seront des capitaines de belle taille, aussitôt confiés à des femmes qui, non loin des étals de poisson, se chargent de les écailler et de les vider. Ah, ne pas oublier le riz, l'huile, le poisson boucané et les petites crevettes séchées... Oui, et le tamarin !
De retour chez elle, Mame Hiacine se change pour cuisiner... dans son antre culinaire ouvert sur le patio, c'est la maîtresse des flammes et des marmittes, et pourtant elle travaille sur deux simples réchauds à gaz posés sur le sol. La magie peut commencer ! Farcir, saisir, rissoler, frire, ébouillanter, frémir, frissoner, bouillonner et mijoter... Goûter, rectifier... Répondre aux questions des toubabs, patiemment... et faire des allers-retours jusqu'à son petit restaurant en face pour cuisiner sur deux fronts simultanément, le téléphone collé à l'oreille...
C'est enfin la dégustation... armés chacun d'une fourchette ou d'une cuillère, nous puisons dans les plats communs autour desquels nous faisons cercle, assis au sol. L'assemblée est nombreuse puisque nous avons été rejoints par les enfants, rentrés de l'école, et par Mame Hiacine. Le capitaine, posé sur un lit de riz fondant, est ceint de légumes. L'on sert une sauce au tamarin. L'on rapporte le « gratin », le riz du fond de la marmitte, légèrement grillé et croquant sous les dents, un de ces plaisirs plébéiens dont la cuisine de famille a le secret, dans toutes les contrées.
Silence, bruit des couvert, soupirs de contentement... Aujourd'hui, Mame Hiacine, femme puissante, nous a régalés d'un délicieux Thiéboudiène, dans sa demeure de l'île de Saint Louis du Sénégal.
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Je vous joins quelques photos (merci à mon amie Laure pour certaines d'entre elles, notamment celles du marché). Je n'ai pas Mame Hiacine dans sa belle robe bleue revêtue pour le marché, nous étions trop intimidés et elle virevoltait entre les étals comme une abeille ...




Une partie des ingrédients:

Deux beaux capitaines (c'est comme cela que les appellent les sénégalais, je ne sais pas s'ils ont un autre nom je ne suis pas très calée en poissons!)

Les poissons reçoivent une petite farce très aromatisée


Tout est cuit sur deux réchauds à gaz dans de grands fait-tout

une amie venue un quart d'heure donner un coup de main

Le riz pré cuit à la vapeur avant d'être ensuite cuit dans le bouillon des légumes et des poissons

Ah ça c'est une tuerie: une sauce au tamarin!

Le dressage du plat, après on a été trop occupés à manger!!!

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