C'est pourtant cette maladie et non les maladies diarrhéiques qui est le fléau sanitaire majeur de l'Afrique.
Bonsoir Attila,
faites attention à un tel dire.😉 Un fléau sanitaire majeur ou plutôt non, en tout cas, les maladies diarrhéiques en Afrique sont un killer impitoyable à l'ombre de l'ébola. Pendant que tout le monde tremble de ce virus redoutable, des milliers d'enfants africains décèdent jour par jour d'une "simple" diarrhée (waterborn disease). Dans la perception publique, cette maladie semble si banale mais elle ne l'est pas du tout. Contrairement au virus ébola, elle n'a pas l'effet de choc : elle sévit "en sourdine". Depuis des décennies, la diarrhée est un des plus grands dangers de la santé pour les enfants (africains), une maladie qui, dans des conditions normales, est facilement à traiter (contrairement à l'ébola). Chez nous, il suffit souvent – pour parler un peu à l'aise, désolé – du thé, de la biscotte et du repos au lit mais pas du tout en Afrique (de l'Ouest).
Dans maintes parties sur le continent africain (et certainement au Mali et autres pays d'Afrique de l'Ouest), la diarrhée est éminemment malicieuse : le grand nombre de victimes parmi les enfants est bien sûr à expliquer par leur faible système immunitaire. Et la cause principale est, pour parler en langage spécialisé, la hidden hunger, "faim cachée ou silencieuse" : la ration quotidienne de riz ou de maïs remplit certes les ventres mais être rassassié seulement ne suffit pas (il manque aussi, surtout aux femmes et aux enfants, des nutriments de première nécessité : vitamines, fer, ..). Donc, le corps du petit enfant est trop faible pour résister aux germes. Dans ce sens, la "faim silencieuse" est aussi un "killer silencieux" ... Un cercle vicieux !
Tournons vers la vie quotidienne :
Comme dit, j'ai vécu un temps au nord du Delta Central, dans un village (et retourné toujours et encore pendant ces derniers 15 ans), et la cour était à côté du cimetière (voir la photo en bas, à gauche). J'ai souvent vu les gens étant en dueil porter un petit corps enveloppé en tissu blanc dans le cimetière. Semaine par semaine un enterrement, parfois deux ou même trois. Le plus souvent un (petit) enfant. Décédé pourquoi ?! Les réponses étaient presque toujours les mêmes : le palu (par manque de moustiquaire) ou la diarrhée ... Des images qu'on ne peut pas oublier. Voir cela, c'est pas une joie, croyez-moi.
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J'ai lu un peu en diagonale, à part insupportable. Les quelques remarques :
1) Un voyageur obéissant au bible Lonely Planet, toujours sous le bras, ne peut pas s'imaginer qu'un toubab boit de l'eau du puits sans la traiter avec des pastilles. Je comprends. Mais je ne peux que dire : je n'ai pas eu des pastilles dans mon sac, je n'ai jamais traité l'eau avec.
2) A partir de mon 3e voyage au Mali (depuis env. 18 ans), je ne prends plus des médicaments contre le palu. Rien. Même pas au Delta Central, une zone maltraitée au plus haut degré du paludisme. Jamais eu le palu depuis. Suis-je résistant au paludisme ?! Non, pas du tout. J'ai confiance en moi, et ce sont les expériences, mes meilleurs accompagnateurs. Autrement dit, je sais comment me comporter sur place, et ça avec toute conséquence (sinon, on a perdu) ... Rendre très malade dans "mon" village, surtout aux mois de pluies où toute la région est complètement inondée, cela relève d'un arrêt de mort. Le village n'est accessible que par pinasse (deux par semaine entre Youvarou et Mopti, 100 kms de distance, voyage en 18 h le soir, arrivée à 5 h le lendemain matin, et quant à la équipement médical, je préfère me taire). Et je ne suis pas du tout un miracle médical, non non, au moins peut-être un veinard, en tout un plus grand qu'un collègue néerlandais (>
http://www.ias.uni-bayreuth.de/de/das_institut/in_memoriam/Stefan-Leonard-Elders/index.html)..
3) Le Mali n'est pas un pays derrière la lune. On trouve du savon plus ou moins dans tout butiki, même dans un bled le plus singulier. Et j'ai visité et visite les tout petits villages, à pied.
4) Je n'ai jamais prétendu que les conditions hygiéniques au Mali avaient a standard européen. J'ai dit (resp. voulais dire) : sous les conditions qui existent sur place (on ne peut faire apparaître de l'eau autre que celle qui est), les Maliens ont le sens de l'hygiène et de la propreté. Extrêmement. Et si CarineNed dit "Les femmes que je croise tous les jours dans les rues de Maseru sont pour la très très grande majorité élégante, toujours bien coiffées et maquillées [...] jamais eu rien à redire sur leur hygiène corporelle... ", je ne peux que dire "au Mali, c'est le même" ... Voir les femmes tresser les cheveux sous l'arbre, des heures, laver du linge au bord du fleuve en commun (le fleuve est un fleuve, encore, et non pas de cloaque. Mais il est vrai aussi que la pollution de l'eau augmente de plus en plus. Une bombe à retardement), prendre un bain enfin, c'est la pure joie ...
5) Je comprends : pour maintes personnes, de l'eau de l'Afrique ou du Mali (si c'est pas celle du robinet) est de l'eau contaminée de matières fécales humaines et le Niger est une fosse à purin. Laissons-les le croire ...
6) Et pour maintes personnes, ce continent semble être un bric-à-brac de sida, de corruption, de manque d'hygiène, de famines, de guerres et génocides etc. pp. On ne peut que sécouer la tête ...
6) "Ce qui me dérange un peu aussi, c'est qu'on semble confondre manque d'hygiène et impossibilité matérielle d'avoir accès à l'eau courante ou potable." (CarineNed) Bien vrai. Et, pour agrandir cet énoncé, on semble assimiler manque d'hygiène à saleté. Pourtant, moi, je ne penserais même pas à "l'impossibilité matérielle" mais juste à l'effort, à la peine d'amener de l'eau vers soi, parfois de très loin, jour par jour ... et "en remerciement", on les traite ici comme des sagouins ...
7) Je trouve honteux (et c'est encore un euphémisme) qu'il y a des gens qui essaient de faire un coup tordu à une femme & sa famille parce qu'ils ont de la chance de prendre une douche. Souiller un personnage, sa crédibilité de cette manière, C'EST VRAIMENT EN DESSOUS DE TOUT !!!
A bana ("c'est fini").
Hery
(mess.198 : 1a)