Re-bonjourHiacinthe ! Merci pour l'attention portée au récit; ce devrait être plus agréable à lire désormais avec les photos incrustées.
D'ailleurs j'apporte comme promis le jour 5. Il s'agit encore une fois d'un trajet assez long, mais c'est le dernier avant les véritables visites, notamment de quelques parcs nationaux. Bonne lecture !
Dans l'épisode précédent: Après avoir insister auprès de Hertz pour obtenir la Mustang avec un pack décent d'options, je fais mes premiers tours de roues jusqu'à Lake Tahoe. La route est un véritable plaisir et les vues sont superbes ! Je rejoins Reno pour la nuit. Ce mini Las Vegas est situé à une heure de Lake Tahoe, et accessible par une route montagneuse que je sillonne dans l'obscurité, toit ouvert avec le ciel étoilé au dessus la tête. A l'arrivée, ma chambre n'est pas correctement enregistrée et on me place en chambre fumeur. Quoiqu'il en soit c'est suffisant pour me reposer en vue du trajet de demain...
JOUR 5 (11 août 2013): Course contre le soleil
Aujourd'hui j'ai encore un dernier bout de route à parcourir. L'objectif: atteindre Salt Lake City où je passerai deux nuits afin d'assister à la Speed Week, compétition de vitesse qui se déroule sur les gigantesques lacs salés de Bonneville, et durant laquelle des bolides préparés par des fous de vitesse tentent de battre des records.
Histoire de rajouter un peu de piment, je me fixe deux sous-objectifs: d'une part je dois partir après le lever du soleil et arriver avant le couché, d'autre part je n'ai pas le droit d'utiliser l'Interstate I80 qui monte directement jusqu'à Salt Lake City. Je dois donc emprunter une longue portion de la Route 50, aussi connue comme "la route la plus perdue d'Amerique" ("The loneliest Road in America"). Sur une carte ça donne grossièrement ça:

Sur le papier, ça donne un départ à 6:08 pour une arrivée à 21:32, pour une distance totale de 900 Km. Bref, de quoi largement profiter du paysage tout en remplissant les objectifs.
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Il est 6h 07min 55s. Le compte à rebours débute. 3... 2... 1... et c'est parti ! Le soleil se lève et... attendez, il semble qu'il manque un concurrent !
C'est normal: il roupille encore profondément dans son lit. En fait, surement par un excés de confiance, je choisis de faire le lièvre et de partir une heure plus tard, vers 7:15 ! Histoire d'enfoncer le clou, je fais même un détour par le centre-ville de Reno. Vous me direz que ce Las Vegas miniature se visite le soir; quoiqu'il en soit, à 7:30 du matin ça tient plus de la ville fantôme, et l'avenue principale est bloquée pour cause de travaux. Rien d'intéressant à voir en fin de compte, mais ce n'était pas mon objectif principal de toutes manières.

La portion intéressante de la Route 50 débute à Fallon, une petite ville à une heure de Reno. Forcément, quand on s'apprête à traverser la route la plus "paumée" des Etats-Unis, on prend ses précautions et on passe à la pompe. Cette fois ma carte bancaire est directement acceptée; je n'ai qu'à me servir. Une fois le réservoir plein, la terreur m'envahit, et tout ça pour une bête question de vocabulaire. Sur le panneau d'affichage des prix, je lis uniquement "Gasoline" et "Diesel No.2". Vous allez rire, mais la première chose qui m'a traversé l'esprit c'est "Catastrophe, je viens de faire le plein de la Mustang avec du gasoil...". Autant dire que je ne me sentais pas très bien...
Si j'avais pris le temps de réfléchir sur le mot "Gasoline", typiquement américain, j'aurais compris qu'il s'agissait du terme complet pour "Gas". Seulement c'est mon deuxième plein aux US, et dans la panique je rentre instinctivement dans la boutique pour expliquer mon inquiétude à la gérante.

A mon grand soulagement, c'est bien du "Regular Unleaded" que j'ai mis dans la voiture. J'apprends qu'en règle générale, les pompes diesels sont de couleur verte. Une chose à savoir également: le diesel est beaucoup moins courant aux Etats-Unis, généralement réservé aux "trucks" nécessitant un couple important pour tracter des charges lourdes. Pour terminer, les pistolets diesel sont en général plus gros et ne sont donc pas compatibles avec les voitures américaines modernes. Le risque d'erreur est finalement assez faible !
Une fois le toit ouvert, c’est parti pour près de 400 Km de route "vide" jusqu’à Ely NV ! A priori je suis toujours en avance sur le soleil, mais celui-ci essaye de me ralentir en me cramant les bras. Dans ce genre de situation, la crème solaire est de mise (indice 50 en l'occurrence !). Mais surtout, les paysages traversées sont littéralement dépaysants de par leur immensité. De plus, l'alternance entre zones plates et zones montagneuses m'est peu commune: les routes sinueuses laissent régulièrement place à de longues lignes droites se perdant à l'infini. Le tout agrémenté d'un peu de musique adéquate, et les miles défilent plus vite que je n'ai le temps de les compter.

Quelle sensation de liberté incroyable ! Un peu comme si tout le réseau routier vous appartenait. Régulièrement, je me sens obligé de m'arrêter sur les larges bas-côtés pour profiter de la vue autant que du silence. C'est l'un des avantage lorsque vous voyagez seul; vous n'embêtez personne, même en vous arrêtant toute les cinq secondes...


Une fois arrivé à Ely, je suis déjà contraint de refaire un plein. Cette fois j’oublie de fermer la trappe du réservoir ! Heureusement je me gare devant la boutique pour consulter ma carte et un honnête passant me fait remarquer l'incident. La ville semble assez active en raison de la Speed Week qui se déroule actuellement à moins de deux heures de route d'ici. Les quelques "hot rods" sur la route confirment cette idée !

Ma prochaine étape est Wendover. Il s'agit de la ville jouxtant les lacs salés, Salt Lake City étant situé encore deux heures plus loin.
Deux choix s'offrent à moi: soit je prend l'itinéraire principal qui mène à Wendover, soit je parcours 45 minutes de route en dehors de mon trajet initial afin d'attraper une petite route secondaire qui grimpe vers le nord, à travers les montagnes. Naturellement, mon choix se porte sur la seconde option !
Après 45 minutes dans la "mauvaise direction", j'atteins la jonction avec le trajet alternatif, qui débute avec un joli champ d'éoliennes (d'autres y verront surement un horrRRRrrible champ d'éoliennes...)

L'itinéraire se poursuit par une portion désertique au style désormais familier. A un détail près: cette route est totalement vide, et je souligne trois fois le mot "vide". Après plus d'une demi heure de route, je n'ai croisé absolument PERSONNE. J'ai fini par comprendre pourquoi...

Oui, l'asphalte s'arrête brusquement, sans préavis; pour ma Mustang de location, c'est The End of the Line ! Sur le coup ça me fait rire mais à côté de ça j'ai perdu beaucoup de temps. En effet je dois retourner jusqu'à Ely, à 1h30 de route, pour récupérer le trajet initial. Pour faire simple, je viens de perdre 3 heures... A vrai dire "perdre" n'est pas le bon terme car j'ai finalement beaucoup apprécié ce détour; le fait d'être perdu sur une route complètement déserte, ça a son charme !

Pour ma course contre le soleil en revanche, ça semble complètement raté. Et je ne vous ai pas parlé d'un détail: entre le Nevada et l'Utah il y a une heure de décalage horaire dans le mauvais sens ! Autrement dit, lorsque je suis de retour à Ely pour reprendre le trajet initial, il est 18:30... donc 19:30 à Salt Lake City ! Et j'ai encore 3h40 de route... Mais avant Salt Lake City, je dois passer par Wendover. Je vous remets la carte pour clarifier:

Le trajet vers Wendover est très reposant, surtout avec la luminosité qui diminue à mesure que le soleil descend.

En passant devant la voiture, je me rends compte d'un tragique accident !

Il 'agit à priori d'une grosse sauterelle, mais la famille d'accueil qui me recevra la semaine suivante dans le Wisconsin m'a fait savoir que c'était une véritable calamité dans les champs. Au moins celle-ci ne causera plus d'ennuis !
Dans les faits, j'arrive à Wendover (lacs salés) au couché du soleil. C'est l'heure à laquelle j'aurais dû arriver à Salt Lake City, à deux heures de route encore. Vous vous demandez surement pourquoi je loge à Salt Lake City et non pas à Wendover. Tout simplement: la Speed Week attire tellement de monde que les hôtels sont pleins plusieurs mois à l'avance; d'ailleurs beaucoup de personnes ont choisi de camper directement sur le sel. Quoiqu'il en soit, la vue est superbe !

C'est très particulier comme endroit ! J'ai hâte d'être demain pour en profiter. Mais à l'heure actuel, j'ai encore deux heures de routes jusqu'à Salt Lake City et il commence réellement à faire noir.

Je passe une TROISIÈME fois à la pompe, et après avoir découvert que je pouvais personnaliser l'éclairage intérieur de la voiture à volonté (de la couleur des chiffres du compteur, du "halo" jusqu'aux porte-gobelets et la zone des pieds), je reprends la route.

Avec le temps, je me dis que cette voiture est un gros jouet ! Notez le petit "Track Use Only" ("pour le circuit uniquement") à côté du G-mètre sur l'écran...
Là, c'est littéralement le jour et la nuit; autant le dernier bout de route jusqu'aux lacs salés était très agréable, autant l'autoroute vers Salt Lake City est désagréable. Cette fois, la chaussée est chargée de voitures, et le paysage plongé dans l'obscurité ne parvient pas à vous tenir éveillé. Histoire de ne pas arranger les choses, des travaux routiers sur des DIZAINES de miles me contraignent de viser précisément entre les cônes et le rail de sécurité, le tout à vitesse réduite. Imaginez cela lorsque vous êtes fatigué...
J'ai bien mérité ma chambre d'hôtel au Super 8 Salt Lake City Airport, très bien équipée pour le prix d'ailleurs. Pour deux nuits c'est appréciable. Fait amusant: sur le parking de l'hôtel, quelques bolides sont laissés sur des remorques, en vue d'affronter les lacs salés le lendemain. Pas de doute, je suis au bon endroit !
Tous calculs faits, j'ai parcouru 1 200 Km sur la journée; je ne les ai presque pas vu défiler tant les paysages traversés sont atypiques ! Vous direz surement que ce n'était pas responsable de conduire autant, surtout les deux dernières heures d'autoroutes avec la fatigue derrière. Cependant le petit détour de trois heures n'a pas aidé.
Heureusement j'approche des grands parcs nationaux, et je passe donc désormais plus de temps sur place.
Dans le prochain épisode: J'appréhende la notion de "plat", je me retrouve coincé sur les lacs salés, et je me bouche les oreilles.
Merci pour votre lecture, comme toujours !