Après un dernier petit déjeuner pantagruélique au "Big Bear BnB" (et une dernière recette confiée par Carol à Annie), c'est le départ.
Aujourd'hui est une étape de liaison, car demain nous envisageons de passer une très longue journée dans le Wrangell-Saint-Elias Natural Park, le parc naturel le plus étendu des Etats Unis. Moins de 250 miles de bonne route nous séparent de notre point de chute du soir, Kenny Lake ; nous allons donc un peu musarder en route.
Notre premier arrêt est à Eklutna, une petite communauté russe, 30 miles au Nord d'Anchorage.

L'église typique, avec ses clochers en oignon de tulipe.

Le cimetière est situé autour de l'église (comme à Ninilchick). Mais ici les tombes sont différentes, ce sont des petites niches en bois peintes de couleurs vives.
Nous constatons que l'accès est devenu payant pour les "infidèles" comme nous. Aussi, cette fois, nous resterons à l'extérieur du site (d'ailleurs, si mes souvenirs sont exacts, je ne me rappelle de rien de remarquable à l'intérieur).
Nous arrivons rapidement à Palmer-Wasilla, grosse agglomération située à une quarantaine de miles au Nord d'Anchorage. L'habitat est assez dispersé. En fait, le bourg est à la fois très commerçant (nombreux magasins, Walmart, Safeway (qui ici s'appellent Carrs), garages, essence, restaurants, …) et agricole (c'est le "jardin potager" d'Anchorage). Il y a aussi à Palmer une célèbre ferme d'élevage de bœufs musqués, rennes et bisons.
Mais dans le futur Wasilla pourrait également être important du point de vue administratif, et devenir … la capitale de l'Alaska. En effet tout le monde (sauf bien sûr les habitants de Juneau) considère que la capitale d'état actuelle est trop excentrée dans le Panhandle, d'accès compliqué (non relié au réseau routier continental), envahi par beaucoup de neige en hiver, et loin de tout. Anchorage serait plus logique, mais Fairbanks qui défend ses intérêts voulait aussi être choisi. Le choix s'est finalement porté comme souvent aux USA vers un village situé entre les deux postulants. C'est-à-dire ici, dans la région de Wasilla. Une décision dans ce sens a été votée en … 1976, mais les crédits nécessaires au déménagement, eux, n'ont jamais été votés. Juneau peut encore dormir tranquille.
Nous faisons des courses pour les 4 ou 5 prochains jours. Puis nous décidons d'aller faire un tour un peu au Nord, du coté d'Hatcher Pass, un col assez sauvage, une ancienne région de mines d'or.
La route monte, offrant de belles vue vers la vallée.

vue coté vallée

Enfin, nous parvenons au col, et à l'ancienne mine d'or.

Hatcher Pass

mine d'or abandonnée
Au retour en direction de Palmer, nous apercevons un ruisseau avec des chercheurs d'or amateurs qui s'activent La région doit être favorable. Une opportunité de plus pour moi de devenir riche. Bien sûr, je saute sur l'occasion, même si je n'ai plus mon équipement de Dawson City. Mais qu'à cela ne tienne, nous faisons suivre dans la voiture une poêle à frire, elle devrait faire l'affaire.


en plein travail
Mais une fois de plus, ma recherche restera infructueuse (ah, si j'avais eu de bons outils !).

Heureusement, le picnic traditionnel bien mérité (charcuterie, muffins, yaourt, fruits) me réconfortera. Remarquez le yaourt grec TOTAL de marque FAGE, exactement le même qu'en Grèce (difficile à trouver en France, mais pas en Alaska).
Nous rejoignons ensuite le Glenn Highway, et roulons direction Est. Sur la droite de la route la vue du Matanuska Glacier s'offre à nous.


toujours des Fireweeds

Nous atteignons ainsi Glennallen (où nous avions dormi à l'aller) puis nous obliquons plein Sud sur le Richardson Hwy, qui mène à Valdez.
La région doit être sujette durant l'hiver à des chutes de neige importantes, à en juger par la taille des piquets au bord de la route.

Nous traversons le petit village de "Copper Center"


mairie ?
Non, je ne pense pas que ce soit la mairie. Mais les gens ici ont le sens de la dérision.
Sur tout ce trajet, nous longeons de plus ou moins loin le Trans-Alaska-pipeline, qui ici chemine en surface.




La construction de cet oléoduc fut l'un des projets les plus controversé de l'Alaska. Mais suite au coup de force de l'OPEP débouchant sur le premier choc pétrolier de 1973, le système a pu finalement être mis en service en 1977. Il fournit près de 15% de tout le pétrole consommé aux USA. Cependant, il a dû répondre à des contraintes très inhabituelles.
Il s'agit d'amener le pétrole du champ d'exploitation de Prudhoe Bay près de Barrow sur l'Océan Arctique jusqu'à un port hors banquise, accessible toute l'année aux super-tankers (Valdez). Le trajet fait près de 1500 km. Il traverse des étendues complètement vierges, plusieurs chaines montagneuses, des vallées profondes, de nombreux cours d'eau (sur des ponts spéciaux) dont le fleuve Yukon, et des régions fortement sismiques (à l'Est de Denali, puis toute la région Sud –ici-).
Sur une bonne partie du trajet, la canalisation a pu être enterrée. Mais quand elle doit être externe (régions les plus sismiques), elle est surélevée (afin de ménager le passage aux animaux sauvages). Les supports sont alors tous munis d'un système réfrigérant avec radiateur bien visible sur le sommet, qui les refroidit. Ceci évite que la chaleur du pétrole (chauffé pour le rendre suffisamment fluide) se transmette au permafrost, ce qui aurait endommagé la structure de supportage.
Le trajet de l'oléoduc n'est pas rectiligne et tendu. Il comporte volontairement de nombreux changements de direction afin de ménager de la souplesse en cas de séisme. Et pour cette même raison, le pipeline peut glisser sur chaque support de quelques mètres.
Sa capacité de transport est de l'ordre de 2 millions de m3 (soit 4 tankers géants) par jour, mais il ne travaille plus et de loin à sa pleine puissance (le gisement s'épuise). Ses apports pour la région sont évidents : la taxe que l'Alaska retire du système produit de gros revenus, et les habitants de l'état ne payent aucun impôt (à confirmer).
Au point de vue environnemental, la loi prévoit qu'en fin d'exploitation (date non précisée), l'ensemble du système devra être démonté, et aucun impact visible ne devra demeurer (les plans d'enlèvement ont été publiés, et sont régulièrement réactualisés).
Tout parait parfait, mais la catastrophe de l'Exon-Valdez, qui a grandement pollué le golfe de Valdez et le Prince William Sound, reste dans toutes les mémoires.
En fin de journée, nous parvenons à Kenny Lake, où j'ai retenu pour deux nuits une chambre dans un établissement très sommaire que j'avais fréquenté il y a douze ans, le " Kenny Lake Mercantile, Hôtel, & RV Park".

Son principal intérêt est d'être abordable (80$/nuit), dans une zone où l'offre en logement est réduite et hors de prix. Nous avions conservé d'un passage antérieur un souvenir très mitigé. Mais j'ai pensé que c'était il y a bien longtemps, que depuis il s'était probablement amélioré, car la majorité des établissements ont fermé entre temps, et je pensais, seuls les meilleurs ont survécu.
Je me suis lourdement trompé. Tout au contraire, il s'est encore dégradé. La chambre est très sale, infecte et malodorante. L'eau et la douche (à jeton !) est celle du camping. Afin de bien dormir, nous demandons une chambre avec deux lits. Tout est complet, c'est impossible il n'y en a plus, nous répond-on.
Annie s'échauffe un peu, et j'en fais les frais. "Sois conciliante, qu'est-ce que tu deviens difficile", dis-je (mais au fond de moi, je la comprends tout à fait). Je lui concède sans peine que même à 80$, je trouve que c'est très cher.
Sur le coup de 20h, nous avisons que dans cet hôtel soi-disant complet, nous sommes toujours seuls. Je repars donc faire un esclandre auprès de la proprio, elle finit par nous attribuer une chambre à deux lits, plus grande certes, mais pas plus propre. La soirée a un coté "soupe à la grimace". L'avantage : nous nous couchons tôt, et pourrons démarrer très tôt la journée de demain.
Et à 21h, un bruit de voiture se fait entendre. C'est un second client (voiture rouge de droite, sur la vue précédente). En fait c'est un technicien du TAPS (Tran-Alaska Pipeline Service) en mission, chargé de la maintenance de l'oléoduc.
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