Préliminaires.
À 10 minutes près en ce jeudi 24 octobre, nos amis Baunéens voyaient, non leur avion, mais leur rêve s’envoler. C’est donc passablement stressés et bons derniers qu’ils enregistrent leurs bagages à destination de Lusaka : ah, les grèves perlées des agents de la SNCF ?
Parcours sans histoire jusqu’à Nairobi avec la compagnie Kenya Airways, agrémenté d’un gobelet de champagne, puisqu’il n’y a pas de flûte en cristal en classe économique. Même dans du plastique, ce breuvage est un excellent remontant après les émotions du départ. Dans le hall, nous faisons connaissance de Martine qui sera la cinquième roule-ta-bosse de l’équipe. C’est une grande voyageuse participant pour la troisième fois à cette virée dans la vallée de la Luangwa : sans aucun doute preuve que l’endroit est remarquable, mais nous en étions persuadés, tant la promotion du « produit » à Montier-en-Der fut attractive sur le stand d’Objectif Nature. À 23 h 30, nous embarquons pour un saut de puce vers Lusaka où nous atterrissons à 1 h 20. Après la délivrance de nos visas à entrées multiples « Zambie-Zimbabwe », nous allons nous installer sur les fauteuils inconfortables du seul bar ouvert de cette aérogare vieillotte. Nous y avions fait escale en 1 987 avec Denise et Guy, lors de notre second périple dans un pays encore appelé le Sud-Ouest Africain. J’ai l’impression que rien n’a changé depuis ces temps reculés ! À 7 h 15, nous grimpons à bord d’un bimoteur de la compagnie locale Proflight, tout aussi pimpant que l’aéroport. Il est bourré comme un œuf et le couloir est encombré des énormes sacs photos des passagers en partance pour l’aventure dans un éden préservé, manquent que les cages à poules et les paniers de légumes ! Après une heure et quinze minutes de vol au-dessus d’une brousse desséchée et sans grands reliefs, nous atterrissons à Mfuwe International Airport, excusez du peu !
Notre cicérone est là, bronzé suite à moult séjours sous les tropiques et souriant à l’idée de réceptionner une vieille connaissance et quatre néophytes avides de découvertes. Hervé, que nous avons rencontré au Festival International de la Photo Animalière et de la Nature, nous présente son team : tout d’abord Lawrence assistant, chauffeur mais surtout guide, ensuite Alex, ranger armé d’une redoutable pétoire, désigné par les autorités du parc pour superviser et protéger les passagers et enfin notre véhicule, un robuste 4x4 de marque autrefois anglaise et maintenant indienne sans toit pour nous permettre de contempler le cosmos et la faune arboricole, ni monte personnes pour aider les séniors à se hisser sur les sièges élevés. Nos sacs sont embarqués dans un second véhicule qui rejoindra directement le camp de base. Pour nous, l’équipée commence dans la bonne humeur et par 35°, il n’est que 9 h 00, ça promet !
La D104 rectiligne menant au parc est en bien mauvais état aussi Lawrence conduit-il avec prudence. Outre les nombreux nids-de-poule, il doit prêter attention aux volailles et au bétail, aux enfants qui jouent sur la chaussée et aux adultes qui traversent sans se soucier de la circulation, c’est l’Afrique !
Luwi Bushcamp.
Après 30 ou 40 minutes, finie la civilisation, nous entrons dans une zone tampon appelée, je crois, Nsefu Game Reserve, et faisons nos premières rencontres : des impalas, des phacochères et des oiseaux dans la futaie. Ces animaux, très communs partout en Afrique subsaharienne, n’attirent pas beaucoup « l’homo touristus » venus filocher le Big 5, à tort, bien sûr, car toutes les espèces sont dignes d’intérêt sauf peut-être quelques bestioles du genre glossine ou nématocère. Nous pénétrons dans le sanctuaire puis franchissons au ralenti le tablier long de 222 mètres qui enjambe la rivière, bien en eau aux dires d’Hervé. Nous y apercevons une famille d’hippopotames et de nombreux piafs dans la forêt galerie ce qui est bon signe, notre récente escapade dans le Masai Mara nous ayant laissés sur notre faim à ce niveau. Le terrain est clairsemé et sec, seuls les grands arbres donnent une note de verdure à la brousse infinie et plate qui nous entoure. Sur une fourche haute de l’un d’entre eux, un mahagoni autrement dit acajou, nous précise Lawrence, est étendu un magnifique léopard, une femelle, notre présence l’indiffère mais elle daigne esquisser de vagues mouvements sur son perchoir, pour aiguiser l’appétit insatiable des adeptes du « clic ». Cette confrontation inattendue, à peine entrés dans le parc, nous enchante, nous, qui, excepté Martine, n’avons eu que de rares occasions d’admirer ce majestueux fauve, plus encore nos Angevins pour qui c’est une première. L’image que j’ai gravée dans mon esprit me rappelle étrangement une brochure feuilletée, cette nuit, dans l’aéroport, aurions-nous rencontré un émissaire du syndicat d’initiative venu nous souhaiter la bienvenue ? En tout cas bravo à l’œil perçant de Lawrence, voilà une belle entrée en matière dans ce parc, réputé, il faut le dire, pour sa riche population féline. Nous ne pouvons malheureusement pas rester aussi longtemps que nous le souhaiterions, timing oblige ! Nous continuons donc notre chemin à travers la plaine en direction de la rivière et y croisons, c’est une primeur, des pukus ou cobs de Vardoni, ce bovidé de taille moyenne est un proche cousin des cobs de Buffon et de Lechwe, mais aussi de celui à croissant ou de son presque sosie sans cercle blanc sur le postérieur, beaucoup plus communs. Son aire de répartition se limite à la Zambie, la République démocratique du Congo, le Botswana et des poches éparses dans les pays voisins tels l’Angola et la Tanzanie. Ces antilopes ont la particularité de vivre en groupes dans des régions boisées à proximité de l’eau. Il y a là aussi des éléphants, des cobs à croissant, deux lionnes à l’ombre d’un arbuste éloigné, un hippopotame sur la berge, plusieurs dans le lit de la rivière et une famille broutant sur la pelouse fleurie de Mfuwe Lodge. Ghislaine est aux anges, elle qui rêvait de taper sur les fesses rebondies ou de croiser le regard renfrogné de ces énormes cetartiodactyles que nous avions en vain recherchés lors de nos précédentes virées en Afrique Australe, elle est servie. Côté oiseaux, nous sommes de nouveau gâtés : hérons mélanocéphales et crabiers, jabirus d’Afrique, ibis sacrés, pélicans, ouettes d’Égypte, aigrettes blanches, ombrettes et une palette de passereaux, sans oublier l’omniprésente tourterelle sur laquelle personne ne daigne jeter un regard, encore moins un déclic.
Vers midi, nous arrivons à destination, le comité d’accueil est au grand complet, signes de bienvenue, larges sourires aux lèvres et serviettes humides pour s’éponger le front ou s’essuyer les mains. Luwi Bushcamp établi sur la rive droite de la Lubi River, actuellement à sec, est entièrement ouvert sur la nature. Il est composé de cinq chalets pour les visiteurs, d’un bâtiment destiné à l’accueil, la détente et le bar ainsi que d’autres bâtisses à l’écart pour le personnel et l’administration, le restaurant et le foyer sont en plein air. L’ensemble est construit avec beaucoup de goût au moyen de matériaux naturels ce qui lui donne un charme incontestable et une intégration parfaite dans l’environnement. Le maître des lieux nous indique nos chambres, nous explique le fonctionnement des divers appareils, l’utilisation du sifflet si l’on souhaite un service, la nuit tombée ou de la trompette pour appeler au secours en cas de situation critique ! Un large lit douillettement paré, surmonté d’une moustiquaire trône au milieu de l’espace, la charpente et l’armature sont en rondins foncés, la toiture est en chaume, les cloisons pleines ou ajourées en jonc clair et le sol en parquet, le mobilier est simple, coquet et fonctionnel. Les sanitaires sont à l’extérieur, sous les étoiles et entourés d’un bat-flanc pour protéger la ou le quidam des regards indiscrets mais pas des incursions reptiliennes, simiesques ou encore proboscidiennes. Le luxe est au rendez-vous.
Après cet intermède technico-administratif, nous nous rendons au bar pour prendre l’apéritif, sans alcool car le soleil cogne sérieusement, le thermomètre affichant 42° sous abri. Hervé en profite pour nous expliquer ce qui nous attend dans les jours à venir, nous met en garde sur le comportement malveillant des anophèles et mouches buveuses de sang. Enfin, tout pour nous mettre à l’aise, mais c’est déjà fait ! À la suite, nous passons au buffet, dressé sur la terrasse ombragée, le chef nous décrit avec emphase la composition des différents plats. Pas besoin de courir de peur de manquer comme on le voit souvent, ici, les mets à base de légumes, salades, féculents et viandes sont variés, copieux et fort goûteux, et puis, nous ne sommes que six. Malgré le risque d’un coup de bambou, je crois que certains se sont laissés aller à agrémenter ce déjeuner d’un verre de vin blanc ou rouge : les habitués ou les inconditionnels du chardonnay ou du chenin ! Après le café, chacun regagne son palais pour un moment de détente. Personnellement, j’ai décidé d’inspecter le secteur, avec prudence et mes jumelles, bien entendu, restant à distance de la Lubi qui ne présente qu’un large lit ensablé. Cet affluent de la Luangwa n’est pas pérenne, il ne coule qu’à la saison chaude et humide quand arrivent par le nord les premières pluies, à partir de novembre. Alors, la végétation reverdit, les animaux se dispersent, les pistes deviennent impraticables et les Lodges ferment leurs portes, notre séjour est d’ailleurs le dernier de l’année.

Mademoiselle Kaingo.


Quand madame Puku rencontre mesdames Impala.




La pêche à la grenouille : héron vert.

Cobes à croissants.

Zèbres de Crawshay.

Martin-chasseur à tête brune.