Carnet de voyage à Dublin... et dans le temps
Aujourd'hui, alors qu'escabeaux, pinceaux et éponges se trouvent a tous les coins de rue dans le centre de Dublin, et que tous s'afairent pour la re-ouverture des pubs ce Lundi 29 juin 2020, je me dis qu'ils seront bien loin les pubs "d'avant"...
Ici en Irlande, on est encore semi confines comparé a l'Europe continentale (on est toujours limités aux limites de notre comté ou/et a 20km de notre domicile) et l'annonce faite hier de la re-ouverture des pubs ce lundi 29/06 inclue entre autres les restrictions suivantes :
-Pas le droit de rester plus de 90 minutes au pub... dommage, 90 minutes c'est 4 pintes pour nos standards irlandais... et apres 4 pintes, on n'a justement pas envie d'en partir! 🤪
- Reservation obligatoire avant de venir au pub
- L'une des personnes du groupe devra donner son identite si besoin de traçage covid-19
- Seuls les pubs servant des repas cuisinés peuvent re-ouvrir
- Et ce qui risque de tuer les pubs des campagnes : 15min pour le nettoyage entre chaque table.
Bref, assez pour me rendre un peu nostalgique de "la vie d'avant" et revenir par ici vous partager un carnet de voyage... dans le temps. 😉 ... et d'un pub qui a depuis ete detruit pour faire place a des buildings flambants neufs.
********************************************* "The Dockers, 9 Mai 2004
Un fond sonore, un match de gaelic football télévisé. C'est le seul bruit qui accompagne rires et paroles des quatre compères assis à ma droite. Et puis des pièces maniées, remaniées, jetées dans une soucoupe a café sur la table, prises, reprises, enlevées, remises, ... et parfois, l'un d'entre eux lance un air et les autres le suivent :
- Do you know that song, Thomas ?
Ah ! Fucking interdiction de fumer qui a fait disparaitre toute une symbolique des pubs! Ah! The Dockers sans fumée, c'est le Loches sans son monstre, Disney sans Mickey, moi sans Guinness ! Ah! Que ne donnerais-je pas pour me retrouver dans ces endroits que j'affectionne, la tête dans les nuages de fumée ! Ainsi, quand le weekend suivant cette stupide ban , j'ai atterri au Bowe's, quelle étrangeté fut-ce, quelle mauvaise sensation que de sentir le tabac froid, de ne plus voir ni cendriers, ni clopes s'enfilant entre rires, chansons, danses et pintes !
Le Bowe's, ma maison, celle qui m'a vu naitre, celle qui m'a offerte ma première Guinness. Le Bowe's, c'est pour moi comme une première fois au lit : le Bowe's ma guinnessement pris ma virginité. Mais la face du Bowe's a changé, tout comme celle de ses confrères, en ce fucking 29 mars 2004. Temps révolus.
Mais bien sûr que mis à part l'atmosphère enfumée, on retrouve toujours ces moments exceptionnels, ces moments faits de gens qui font, que dis-je ! Qui sont l'Irlande. Je les aime. Pour me faire aimer ma vie, chaque jour passe ici, je les aime. A chaque coin de rue, chaque coin de table, chaque coin de tabouret (si, les tabourets ont des coins!), ils m'offrent leur pays. Des moments qui pour eux ne sont rien mais qui pour moi sont la réalisation d'un rêve d'ado. Ils ne le savent pas. Ils ne savent pas ces quatre vieux qu'en jouant aux cartes comme ils le font actuellement, ils me confirment mon amour pour ce pays, me confirment le bon choix que j'ai fait en venant ici. Elles ne savent pas les Molly Malone d'Henry Street qu'en vendant leurs choux, pommes, carottes, fraises et raisins dans leurs landaus en baragouinant j'sais pas quoi en Dublinois, elles me font regretter de ne pas avoir vécu ici vingt and plus tôt. Non, tous ces Irlandais ne savent pas ce qu'ils m'apportent. Un jour, je les remercierai. Comment? Je ne sais pas.
- Ah! Thomas! That's a lot of money!
Au-dessus d'eux, les écharpes d'Australie, Scotland, une cible de fléchettes puis à nouveau écharpes de rugby "Allez France" et celle du Pays de Galle. Le tout encadre a gauche par le drapeau gallois et a droite, par le drapeau irlandais, bien sur! Il n'y a qu'eux dans le pub sombre, ils chantent tous les quatre. Ils rient. Les pièces clinguent dans la coupelle. Le barman nous tourne le dos, accoude au comptoir, s'enfilant un the.
Le savent-ils? Tu crois qu'ils savent que je les épie, que je me mêle à eux ? Sans prononcer un mot, tout juste en leur jetant un regard de temps en temps. Ah?
- See ya lads!
Le barman salue les deux hommes qui s'en vont. C'est bien que le Dockers ne soit pas dans les guides. Mes pubs préférés ne sont pas dans les guides, même si j'aime bien certains pubs du Routard. Mes pubs préférés, à Dublin ou ailleurs, sont plein d'une âme pure, ou l'on y croise des gens atypiques, gentils, simples. Vieux souvent aussi. Mais mes pubs préférés sont désormais handicapés. On les a amputés d'une partie de leur charme. Ce qui ne m'empêche pas d'y aller toujours aussi souvent...
******************************************* "Un Dimanche de Juin 2004, The Dockers,
Il fait lourd dehors. La Guinness n'est peut-être pas la bière la plus adéquate qu'il soit pour ce temps, mais c'est celle qui colle au Dockers. Bien qu'au Dockers, la Guinness n'est jamais comme je l'aime. Mais qu'importe, il y a le reste ici.
Jeu de cartes derrière moi, ils m'emmerdent d'ailleurs : ils sont six, s'étalent sur ma table. Obligée de me mettre face au mur, près du comptoir. Y a du monde aujourd'hui : un homme, au bout du comptoir, qui lit son Sunday newspaper. Il accompagne une pinte of Guinness, à peine entamée. Et puis dans l'angle, face au comptoir, toujours dans la première petite pièce, quatre hommes, grisonnants à peine. La télé est couverte par les pièces jetées sur la table derrière moi, par les rires provenant du même endroit.
Banquettes qui puent, déchirées et à fleur, photos des quatre cow-boys dublinois, drapeaux, maillots, chapeaux, vieux billets jaunis, coupures de journaux, écharpes sportives de tous les pays, cannettes suspendues au plafond, ... Et la liste est longue de tout ce qui fait The Dockers. On n'oublie pas la vieille cheminée non plus. En pierre, toute noircie, elle a dû en réchauffer des mains!
The Dockers, lieu sacré, interstice dans le temps, un autre monde, une parenthèse dans Dublin.
***************************************************** Chez moi, même jour
Ecouter un best of de U2 va peut-être m'aider à me replonger dans cette atmosphère si particulière...
En sortant, j'ai vu que dans le hall, face à la porte, il y avait des photos des Dublinois les plus célèbres du monde. Photos en noir et blanc de Bono et de ses potes. Du moins, le noir et blanc des photos peut-être n'était-il dû qu'au manque de luminosité du pub, au manque de courant tout simplement ?
Quel étrange instant cette coupure d'électricité, quand au moment où les deux télés se sont éteintes, une alarme d'un bâtiment gauchement voisin s'est enflammée, quand tout semblait s'être arrêté, tout semblait être en suspend sauf la conversation des deux hommes dans l'ombre. Avant la coupure, j'avais eu le temps de voir sur le mur derrière eux, des écharpes aux couleurs de pays. Quatre écharpes pour être exacte, dont la troisième lisait "Allez la France", aussi sale que ses colocataires de mur.
Il n'y a pas de carrelage, pas de moquette, juste une sorte de terre battue défoncée, je crois. C'est tout p'tit. Y a quand même une arrière salle, celle où j'étais, celle où étaient les deux hommes dans l'ombre. Mais c'est quand même tout p'tit. De la table où j'étais, stratégiquement, je voyais tout le pub avant que la lumière ne s'éteigne. Le petit barman accoudé au comptoir à regarder Fair City, les trois clients de l'autre côté du comptoir qui sont partis avant que l'électricité ne se fasse la malle elle aussi, pis en faisant glisser le regard vers la gauche, la vitre en petits carreaux culs de bouteilles qui ne laisse entrer que la lumière, qui ne laisse s'infiltrer ni s'échapper aucun regard. En continuant vers la gauche toujours, c'est la porte sans poignée. Le regard se cogne contre le mur sur la gauche, fait le coin, est donc obligé de se rapprocher et revient vers l'arrière salle.
On y distingue deux ombres d'où sortent les mots dublinement accentués, on arrive au coin puis au mur d'en face, face à moi. Tiens, il fait noir, mais je remarque quand même un ventilateur au plafond. Il ne marche pas mais c'est sans doute à cause de lui que ça ne sent pas la fumée ici. Ou c'est peut-être que je suis trop près des chiottes... D'ailleurs, quelle idée m'a prise de m'asseoir ici ?! J'entends tout ce qui se passe dans les toilettes de ces messieurs : jets de pisse, jets d'eau dans le lavabo, discussion des deux compères de l'ombre qui se sont suivis jusque dans les chiottes pour continuer leur conversation... Mais si ! Je sais ce qu'il m'a prise de m'asseoir ici ! Je suis rentrée, direction le bout du comptoir pour commander, juste avant la séparation entre les deux minis pièces du pub. Puis mes yeux ont repéré cette petite table rectangulaire et sa banquette deux places, là-bas dans le fond. L'idéal pour être tranquille et garder un œil sur toute la populace (peu nombreuse) de l'endroit !
Cet endroit, comme quelques autres précieux pubs irlandais où le te temps semble rester en suspend, où tout parait s'arrêter dès lors qu'on en franchit le seuil, dès lors qu'on s'accoude au vieux comptoir, dès lors où l'on pose son cul sur un vieux tabouret tellement imprégné de l'odeur de tabac froid que même le pire pet guinnessisé y serait camouflé.
Merci The Dockers, pour ce moment magique, un de plus à Dublin, un de plus en Irlande. Il m'a fallu mettre les pieds dans ce pub pour réécrire. Merci de m'avoir redonné le courage de griffonner et d'avoir fait disparaitre la fainéantise. Merci de m'avoir redonné l'envie.
Je n'y croiserai sans doute jamais U2 mais j'y reviendrai. Non pour chasser les stars mais pour savourer l'instant présent... et une Guinness, entourée de mots dublinement accentués."
Lilie
Ici en Irlande, on est encore semi confines comparé a l'Europe continentale (on est toujours limités aux limites de notre comté ou/et a 20km de notre domicile) et l'annonce faite hier de la re-ouverture des pubs ce lundi 29/06 inclue entre autres les restrictions suivantes :
-Pas le droit de rester plus de 90 minutes au pub... dommage, 90 minutes c'est 4 pintes pour nos standards irlandais... et apres 4 pintes, on n'a justement pas envie d'en partir! 🤪
- Reservation obligatoire avant de venir au pub
- L'une des personnes du groupe devra donner son identite si besoin de traçage covid-19
- Seuls les pubs servant des repas cuisinés peuvent re-ouvrir
- Et ce qui risque de tuer les pubs des campagnes : 15min pour le nettoyage entre chaque table.
Bref, assez pour me rendre un peu nostalgique de "la vie d'avant" et revenir par ici vous partager un carnet de voyage... dans le temps. 😉 ... et d'un pub qui a depuis ete detruit pour faire place a des buildings flambants neufs.
********************************************* "The Dockers, 9 Mai 2004
Un fond sonore, un match de gaelic football télévisé. C'est le seul bruit qui accompagne rires et paroles des quatre compères assis à ma droite. Et puis des pièces maniées, remaniées, jetées dans une soucoupe a café sur la table, prises, reprises, enlevées, remises, ... et parfois, l'un d'entre eux lance un air et les autres le suivent :
- Do you know that song, Thomas ?
Ah ! Fucking interdiction de fumer qui a fait disparaitre toute une symbolique des pubs! Ah! The Dockers sans fumée, c'est le Loches sans son monstre, Disney sans Mickey, moi sans Guinness ! Ah! Que ne donnerais-je pas pour me retrouver dans ces endroits que j'affectionne, la tête dans les nuages de fumée ! Ainsi, quand le weekend suivant cette stupide ban , j'ai atterri au Bowe's, quelle étrangeté fut-ce, quelle mauvaise sensation que de sentir le tabac froid, de ne plus voir ni cendriers, ni clopes s'enfilant entre rires, chansons, danses et pintes !
Le Bowe's, ma maison, celle qui m'a vu naitre, celle qui m'a offerte ma première Guinness. Le Bowe's, c'est pour moi comme une première fois au lit : le Bowe's ma guinnessement pris ma virginité. Mais la face du Bowe's a changé, tout comme celle de ses confrères, en ce fucking 29 mars 2004. Temps révolus.
Mais bien sûr que mis à part l'atmosphère enfumée, on retrouve toujours ces moments exceptionnels, ces moments faits de gens qui font, que dis-je ! Qui sont l'Irlande. Je les aime. Pour me faire aimer ma vie, chaque jour passe ici, je les aime. A chaque coin de rue, chaque coin de table, chaque coin de tabouret (si, les tabourets ont des coins!), ils m'offrent leur pays. Des moments qui pour eux ne sont rien mais qui pour moi sont la réalisation d'un rêve d'ado. Ils ne le savent pas. Ils ne savent pas ces quatre vieux qu'en jouant aux cartes comme ils le font actuellement, ils me confirment mon amour pour ce pays, me confirment le bon choix que j'ai fait en venant ici. Elles ne savent pas les Molly Malone d'Henry Street qu'en vendant leurs choux, pommes, carottes, fraises et raisins dans leurs landaus en baragouinant j'sais pas quoi en Dublinois, elles me font regretter de ne pas avoir vécu ici vingt and plus tôt. Non, tous ces Irlandais ne savent pas ce qu'ils m'apportent. Un jour, je les remercierai. Comment? Je ne sais pas.
- Ah! Thomas! That's a lot of money!
Au-dessus d'eux, les écharpes d'Australie, Scotland, une cible de fléchettes puis à nouveau écharpes de rugby "Allez France" et celle du Pays de Galle. Le tout encadre a gauche par le drapeau gallois et a droite, par le drapeau irlandais, bien sur! Il n'y a qu'eux dans le pub sombre, ils chantent tous les quatre. Ils rient. Les pièces clinguent dans la coupelle. Le barman nous tourne le dos, accoude au comptoir, s'enfilant un the.
Le savent-ils? Tu crois qu'ils savent que je les épie, que je me mêle à eux ? Sans prononcer un mot, tout juste en leur jetant un regard de temps en temps. Ah?
- See ya lads!
Le barman salue les deux hommes qui s'en vont. C'est bien que le Dockers ne soit pas dans les guides. Mes pubs préférés ne sont pas dans les guides, même si j'aime bien certains pubs du Routard. Mes pubs préférés, à Dublin ou ailleurs, sont plein d'une âme pure, ou l'on y croise des gens atypiques, gentils, simples. Vieux souvent aussi. Mais mes pubs préférés sont désormais handicapés. On les a amputés d'une partie de leur charme. Ce qui ne m'empêche pas d'y aller toujours aussi souvent...
******************************************* "Un Dimanche de Juin 2004, The Dockers,
Il fait lourd dehors. La Guinness n'est peut-être pas la bière la plus adéquate qu'il soit pour ce temps, mais c'est celle qui colle au Dockers. Bien qu'au Dockers, la Guinness n'est jamais comme je l'aime. Mais qu'importe, il y a le reste ici.
Jeu de cartes derrière moi, ils m'emmerdent d'ailleurs : ils sont six, s'étalent sur ma table. Obligée de me mettre face au mur, près du comptoir. Y a du monde aujourd'hui : un homme, au bout du comptoir, qui lit son Sunday newspaper. Il accompagne une pinte of Guinness, à peine entamée. Et puis dans l'angle, face au comptoir, toujours dans la première petite pièce, quatre hommes, grisonnants à peine. La télé est couverte par les pièces jetées sur la table derrière moi, par les rires provenant du même endroit.
Banquettes qui puent, déchirées et à fleur, photos des quatre cow-boys dublinois, drapeaux, maillots, chapeaux, vieux billets jaunis, coupures de journaux, écharpes sportives de tous les pays, cannettes suspendues au plafond, ... Et la liste est longue de tout ce qui fait The Dockers. On n'oublie pas la vieille cheminée non plus. En pierre, toute noircie, elle a dû en réchauffer des mains!
The Dockers, lieu sacré, interstice dans le temps, un autre monde, une parenthèse dans Dublin.
***************************************************** Chez moi, même jour
Ecouter un best of de U2 va peut-être m'aider à me replonger dans cette atmosphère si particulière...
En sortant, j'ai vu que dans le hall, face à la porte, il y avait des photos des Dublinois les plus célèbres du monde. Photos en noir et blanc de Bono et de ses potes. Du moins, le noir et blanc des photos peut-être n'était-il dû qu'au manque de luminosité du pub, au manque de courant tout simplement ?
Quel étrange instant cette coupure d'électricité, quand au moment où les deux télés se sont éteintes, une alarme d'un bâtiment gauchement voisin s'est enflammée, quand tout semblait s'être arrêté, tout semblait être en suspend sauf la conversation des deux hommes dans l'ombre. Avant la coupure, j'avais eu le temps de voir sur le mur derrière eux, des écharpes aux couleurs de pays. Quatre écharpes pour être exacte, dont la troisième lisait "Allez la France", aussi sale que ses colocataires de mur.
Il n'y a pas de carrelage, pas de moquette, juste une sorte de terre battue défoncée, je crois. C'est tout p'tit. Y a quand même une arrière salle, celle où j'étais, celle où étaient les deux hommes dans l'ombre. Mais c'est quand même tout p'tit. De la table où j'étais, stratégiquement, je voyais tout le pub avant que la lumière ne s'éteigne. Le petit barman accoudé au comptoir à regarder Fair City, les trois clients de l'autre côté du comptoir qui sont partis avant que l'électricité ne se fasse la malle elle aussi, pis en faisant glisser le regard vers la gauche, la vitre en petits carreaux culs de bouteilles qui ne laisse entrer que la lumière, qui ne laisse s'infiltrer ni s'échapper aucun regard. En continuant vers la gauche toujours, c'est la porte sans poignée. Le regard se cogne contre le mur sur la gauche, fait le coin, est donc obligé de se rapprocher et revient vers l'arrière salle.
On y distingue deux ombres d'où sortent les mots dublinement accentués, on arrive au coin puis au mur d'en face, face à moi. Tiens, il fait noir, mais je remarque quand même un ventilateur au plafond. Il ne marche pas mais c'est sans doute à cause de lui que ça ne sent pas la fumée ici. Ou c'est peut-être que je suis trop près des chiottes... D'ailleurs, quelle idée m'a prise de m'asseoir ici ?! J'entends tout ce qui se passe dans les toilettes de ces messieurs : jets de pisse, jets d'eau dans le lavabo, discussion des deux compères de l'ombre qui se sont suivis jusque dans les chiottes pour continuer leur conversation... Mais si ! Je sais ce qu'il m'a prise de m'asseoir ici ! Je suis rentrée, direction le bout du comptoir pour commander, juste avant la séparation entre les deux minis pièces du pub. Puis mes yeux ont repéré cette petite table rectangulaire et sa banquette deux places, là-bas dans le fond. L'idéal pour être tranquille et garder un œil sur toute la populace (peu nombreuse) de l'endroit !
Cet endroit, comme quelques autres précieux pubs irlandais où le te temps semble rester en suspend, où tout parait s'arrêter dès lors qu'on en franchit le seuil, dès lors qu'on s'accoude au vieux comptoir, dès lors où l'on pose son cul sur un vieux tabouret tellement imprégné de l'odeur de tabac froid que même le pire pet guinnessisé y serait camouflé.
Merci The Dockers, pour ce moment magique, un de plus à Dublin, un de plus en Irlande. Il m'a fallu mettre les pieds dans ce pub pour réécrire. Merci de m'avoir redonné le courage de griffonner et d'avoir fait disparaitre la fainéantise. Merci de m'avoir redonné l'envie.
Je n'y croiserai sans doute jamais U2 mais j'y reviendrai. Non pour chasser les stars mais pour savourer l'instant présent... et une Guinness, entourée de mots dublinement accentués."
Lilie