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16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries)

Discussion started by Pagaljavab on 2026-08-14

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16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries)

Pagaljavab · 2026-08-14

Préambule

Quand nous avons commencé à chercher une destination pour l'été il y a quelques mois, notre premier critère a été d'éviter les fortes chaleurs et les canicules. Nous sommes déjà allés en Norvège il y a deux ans et envisageons d'y retourner dans le futur pour d'autres occasions. Suivant… Alors nous nous sommes amusés à demander à ChatGPT quelles étaient les destinations qui bénéficiaient d'un climat clément en période estivale sans partir trop loin. Dans la liste fournie par l’intelligence artificielle figuraient les Îles Canaries... L’idée d’un endroit auquel nous n’aurions pas pensé en premier lieu, à la fois pas trop éloigné et suffisamment exotique nous a séduite : « Ah tiens, pourquoi pas ? ».

Cette destination ne m’avait jamais vraiment attiré, Magali un peu plus. Cinq ans auparavant, le covid avait causé une courte interruption dans mon activité professionnelle et j’y avais projeté un voyage, parce que le prix du vol était attractif et que je cherchais une destination différente de ce qui m’attire habituellement, plus que par attrait profond. Vu de loin et avec un jugement social que j'assume (c’est pas bien mais c’est pas complètement faux), j’avais l’image d’une destination de beaufs venus faire la fête au soleil sans le moindre intérêt pour la culture locale, de littoraux bétonnés et de paysages dénaturés : soit tout ce que j’abhorre au plus haut point. J’avais quand même fait des recherches rapides sur les différentes îles et repéré Lanzarote pour ses beaux paysages volcaniques, ses sentiers de randonnées, ses plages, et l’impression d’un bon compromis entre animation et fréquentation moindre que Tenerife ou Gran Canaria. Puis j’ai abandonné le projet de partir, sans jamais avoir repensé à voyager aux Canaries…

Enfin jusque-là! Car nous avons commencé à faire des recherches sur les différentes îles de l’archipel pour juger lesquelles pourraient nous plaire le plus. C’est La Gomera, troisième plus petite île de l’archipel, plus plébiscitée pour ses circuits de randonnées et sa nature préservée que pour ses plages, à l’écart du tourisme de masse (cinquante fois moins de touristes que Tenerife) mais toutefois un peu plus aménagée que sa sauvage voisine El Hierro, qui a attiré notre attention. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la suite, je ne suis pas du tout addict à l’intelligence artificielle mais je l’utilise de temps à autres pour synthétiser des recherches rapides ou simplement à titre expérimental. Comme ChatGPT se prenait d’intérêt pour anticiper mes goûts depuis quelques temps comme s'il était devenu mon pote (assez souvent avec réussite, parfois à côté de la plaque), j’ai demandé quelle île des Canaries me conviendrait le mieux pour un voyage avec ma famille. L’outil m’a répondu en premier lieu… La Gomera. Alors je l’ai testé et titillé un peu pour tenter de vérifier si cette proposition était solidement fondée, car la méthode parvient parfois à le faire se contredire. Mais rien à faire : « Tu apprécierais la nature sauvage d’El Hierro mais en famille, tu y trouveras peu d’activité pour les enfants. Tu n’aimeras pas l’ambiance touristique des grandes îles comme Tenerife, Gran Canaria, Lanzarote et Fuerteventura. Tu pourrais envisager La Palma, mais c’est vraiment la Gomera qui vous conviendra le mieux, d'après tes centre d’intérêt et les critères donnés. Alors nous avons approfondi nos recherches et avons été convaincus sans l’ombre d’un doute que cette île était entre toutes celle qui nous attendait.

Sans le savoir, nous avions des Canariens dans notre entourage qui ont révélé leur origine en apprenant notre projet de voyage. L’une originaire de Tenerife affirmait que nous ferions mieux de choisir Tenerife (évidemment…) car elle comporte aussi des endroits préservés et que La Gomera, « on en a fait le tour en deux ou trois jours, vous allez vite vous ennuyer… ». L’autre, une collègue originaire de Gran Canaria qui n’avait jamais visité La Gomera nous la recommendait tout de même sans hésiter car il se trouvait que ses parents venaient justement d’y aller en vacances : ils avaient adoré et y avaient croisé peu de touristes. Elle aussi avait tendance à penser que cette destination était le plus souvent l’objet de courts séjours, mais d’après ce que lui avaient dit ses parents, y prendre son temps était aussi une très bonne idée. Cependant, dans nos recherches, l’idée que La Gomera est une île dont on a fait le tour en trois ou quatre jours maximum revenait quand même fréquemment. Alors nous avons envisagé de coupler sa visite avec celle de La Palma ou El Hierro, les deux autres qui nous faisaient le plus de l'œil. Mais papillonner en ferry dans les Canaries représente un budget conséquent pour les non Canariens, encore plus à quatre. Puis en scrutant Google Maps, il nous a paru évident que deux semaines étaient trop courtes pour découvrir deux îles comme elles le mériteraient et qu’il semblait y avoir beaucoup de choses à voir à La Gomera, en raison de sa culture très singulière. Après tout, nous avons lu que certains y passent plusieurs mois de l’année, d’autres n’en sont même jamais partis… Enfin ces paysages et cette atmosphère qui nous paraissait a priori un mélange d'Europe, d'Afrique du Nord et d'Amérique latine nous tentaient bien. Alors ce serait deux semaines à la Gomera, adjugé !

La Gomera est donc la deuxième… enfin la troisième plus petite île des Canaries depuis que La Graciosa a été récemment reconnue comme une île habitée à part entière. Elle a la forme d’un rond grossier de 20 à 25 kilomètres de diamètre et compte à peine plus de 20.000 habitants, dont la moitié dans sa capitale San Sebastián de la Gomera, la seule ville à proprement parler. Comme ses consœurs canariennes, La Gomera est une formation volcanique qui s’est érigée il y a environ 10 millions d’années. L’île est très montagneuse et accidentée, couverte de paysages rocailleux rouges et noirs. L’activité géologique a façonné entre les massifs tentaculaires qui finissent dans l’océan en d’abruptes falaises, six vallées littorales à la végétation tropicale qui ont favorisé l’émergence de l’activité humaine : depuis le nord dans le sens des aiguilles d’une montre, l’agricole Vallehermoso, la rustique Agulo, la verte, humide et fertile Hermigua, l'ensoleillée capitale San Sebastián de la Gomera, la méridionale et isolée Alajeró-Santiago et la balnéaire Valle Gran Rey. Elles constituent les six communes (plutôt des sortes de cantons à notre sens français) du territoire. Les grands massifs de magma solidifié qui dessinent le cœur de l’île ont fondé une grande dépression plus protégée du soleil en son centre, qui a permis l’éclosion d’une vaste laurisylve, ensemble de forêts principalement composées de lauriers, aujourd’hui regroupées au sein du parc naturel national de Garajonay, poumon vert de La Gomera qui lui a gagné le statut de réserve de biosphère mondiale. Son aspect complètement européen contraste fortement avec les paysages rocailleux et tropicaux du reste de l’île. Ainsi, le climat varie fortement d’un point à l'autre de l'île : en été, on peut passer assez vite d’une vallée sèche et ensoleillée à 35°C à une zone forestière humide en altitude à 18°C.

La Gomera s’est peuplée tardivement. Comme pour le reste des Canaries, la présence humaine aurait commencé il y a environ 2000 ans. De groupes berbères animistes fuyant probablement des persécutions ont progressivement peuplé l’archipel, surtout les îles de l’ouest et La Gomera, devenant sa petite population aborigène : les Guanches (ou plus tard Gomeros). La civilisation animiste et pastorale des Guanches a prospéré jusqu’à la prise de l’île par les Espagnols au XVème qui après une courte période d’harmonie et de mélange avec les indigènes, y ont soudainement mis fin dans le sang... La Gomera est devenue peu après « l’île colombine » après le passage de Christophe Colomb, accentuant le brassage des populations. Au XXème siècle, beaucoup de Gomériens ont émigré vers Cuba et d’autres pays d’Amérique latine à la recherche d'une vie meilleure, en ramenant du métissage et des traits culturels tout à fait palpables dans la cilture gomérienne actuelle. C’est toutefois à La Gomera que les vestiges de la culture guanche semble avoir laissé le plus de traces, dans la langue, la gastronomie, les pratiques sociales... D'ailleurs, la plupart des Gomeros surtout dans les villages reculés, ont un type particulier bien identifiable et revendiquent avec fierté leurs racines ancestrales, rendant même La Gomera un peu exotique aux yeux des autres Canariens.

C’est peut-être pour ça qu’elle n’a jamais vraiment voulu trop développer ses infrastructures touristiques. Si l’on met de côté les touristes qui la visitent à la journée en bus ou en bateau depuis Tenerife sur un itinéraire balisé, et que l’on croise finalement peu, La Gomera est restée confidentielle, destination centrée sur la découverte de la nature qui attire les randonneurs, amoureux de la nature plongeurs et scientifiques pour se faune et sa flore, et à moindre mesure balnéaire pour ceux qui ne recherchent pas des littoraux trop aménagés. L’activité touristique y est donc limitée. On y trouve à la louche une majorité d’Espagnols, dont un nombre substantiel de résidents des autres îles des Canaries, beaucoup d’Allemands qui ont une affectation particulière pour La Gomera et y font de longs séjours ou y possèdent des résidences secondaires, au point que l’empreinte culturelle allemande se fait nettement sentir à certains endroits (ce serait le lieu de séjour de prédilection d’Angela Merkel), et tout de même pas mal de Français. La présence d’autres nationalités nous a paru négligeable. La majorité des voyageurs viennent surtout pour la randonnées, mais c’est aussi un lieu d’observation privilégié des cétacés. En outre, les stations balnéaires de La Gomera, San Sebastián, Santiago et surtout Valle Gran Rey, sont des destinations notoirement prisée des hippies, surtout allemands bien sûr, allant du hippie bobo chic au vieux baba-cool vagabond échoué depuis des décennies, tout à fait semblable à celui que l’on croise en Inde à Goa, Rishikesh ou Paharganj. Ainsi, des pratiques comme le naturisme, le végétarisme et la production bio et locales y sont assez bien implantées par endroits.

Quelques infos pratiques : - le vol aller-retour Paris-Tenerife nous a coûté 365€ par personne (aller avec Transavia, retour avec Easyjet) en ajoutant une valise en soute et trois sièges réservés côté à côte. - Nous avons choisi deux bases pour rayonner sur l'île : une semaine à Valle Gran Rey, réputée la plus agréable des trois stations balnéaires, et une semaine à Hermigua plus montagnarde et proche du parc naturel. Nous avons réservé deux maisons avec balcon et vue : le premier à 120€ la nuit, le second à 99€. - L’aller-retour en ferry entre Tenerife et La Gomera nous a coûté 270€ avec la compagnie Baleària Canarias, incluant des réductions pour les enfants de 4 et 12 ans, mais je n'ai pas le détail exact. C'était un peu moins cher qu'avec l'autre compagnie Fred Olsen. - Enfin, nous avons loué une voiture par l’intermédiaire de l’agence Cicar à 360€ pour 16 jours, soit 22,50€ la journée. - À part cela, nous n’avons rien planifié et avons décidé la veille voire le matin même ce que nous voulions faire. Nous n'avons investi dans aucun guide papier sur Les Canaries, les informations sur La Gomera y étant peu nombreuses, mais nous avons beaucoup utilisé le très complet guide de voyage publié par le Conseil du tourisme des Îles Canaries, véritable mine d'or quasi-exhaustive sur l'île.

Voilà, c’est parti pour 16 jours d’aventure à la découverte de La Gomera !



Et on commence le voyage en musique!

On commence le voyage en musique!

16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries)

Muriel18 · 2026-08-15

Hello Pagal

Après Gran Canaria, je m'étais dit "plus de Canaries! ...sauf peut-être La Palma ou la Gomera si on n'a pas mieux comme idée de destination en tout début de printemps".

J'embarque donc pour la Goméra! 😎

16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries)

Attila · 2026-08-15

Et c'est parti pour une découverte exhaustive de La Gomera ! 🙂

16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries)

Pagaljavab · 2026-08-15

Montez, montez, vous dont j'ai suivi les dernières expériences mitigées dans l'archipel canarien! Ici c'est La Gomera, où peu de monde vient, donc il reste beaucoup de place.

Attila, on ne peut rien te cacher, ce sera en effet une découverte exhaustive, et sûrement un peu exhaustive dans son sens anglais, tout comme La Gomera : rugueuse, escarpée, sauvage mais qui vaut largement l'effort 😁

16 jours en famille à La Gomera (Îles Canaries)

Pagaljavab · 2026-08-15

Jour 1, mardi 28 juillet

Après une courte nuit, voilà enfin arrivé le jour tant attendu! Nous sommes debout très tôt car notre vol Paris-Tenerife décolle à 10h. Nous avions prévu de partir en métro, pratique depuis que récemment, il dessert notre ville de banlieue parisienne et que la ligne 14 a été étendue jusqu’à l’aéroport d’Orly. Mais nous avons la bonne surprise de découvrir la veille au soir que nos cartes de transport ne nous donnent plus droit à une réduction sur les tarifications majorées vers les aéroports : c'est donc 14€ par personne, ce que nous jugeons prohibitif ! Alors le calcul est vite fait, un Uber coûte 32€ pour tous les quatre et en plus, pas besoin de marcher avec les bagages. À Orly, tout se passe assez vite, la compagnie Transavia est très carrée et nous nous envolons à l’heure. C’est parti pour 4 heures de vol pour atteindre le célèbre archipel de l’Atlantique.

Je voyage séparément de Magali et des enfants pour éviter un autre supplément pour le choix du siège. Le temps très clair et ensoleillé me permet d’admirer depuis le hublot la côte nantaise, Ré et Oléron, un plus tard après l’intermède du golfe de Gascogne, les terres desséchés de Galice, le Portugal et Lisbonne, avant de regagner l’océan Atlantique à distance des côtes marocaines. Et sans crier gare apparaît comme un mirage maritime embrumé le majestueux Teide encerclé de nuages et de son littoral ciselé dans la roche. L’atterrissage sur l’île de Tenerife fait son petit effet !

Nous sommes à l’heure et si notre valise ne met pas trop de temps à arriver, nous pourrons avoir le bus 40 de 14h qui dessert Los Cristianos, où se trouve le port des ferrys vers les îles de l’ouest. Fin du suspense, elle arrive assez rapidement sur le tapis roulant. Nous sommes franchement satisfaits de Transavia qui, sur ce vol néanmoins, coche toutes les cases : prix abordables, bonne organisation, horaires respectés et personnel agréable mais intransigeant sur la sécurité. Nous sortons en vitesse du petit aéroport de Tenerife-Sud. Les arrêts de bus se trouvent juste en face de la sortie et quasiment sans attente, nous montons dans le 40 (3,20€ par personne et gratuit pour le petit de 4 ans). Une petite demi-heure plus tard à regarder défiler le long de la côte bâtiments en béton, paysages rouges et rocailleux, bananiers, cactus, panneaux publicitaires, et toujours, le Teide en toile de fond, le bus nous dépose à un rond-point dans un quartier moderne un peu carton-pâte. Il nous reste une petite vingtaine de minutes de marche tranquille sous un soleil radieux et doux à travers les résidences de vacances, le petit centre rempli de restaurants et de boutiques à touristes, la plage de Los Cristianos couverte de transats et bondée à craquer, avant d’arriver près de l’embarcadère du port. Notre ferry part à 15h30 et comme nous avons une demi-heure d’avance, nous nous arrêtons à la Casa Playa Tenerife, un grand bar-restaurant attenant à la plage où défilent touristes internationaux (surtout Allemands) et autres filles en maillots string avec marchandise apparente : ici, il est clair qu’on accorde une importance particulière au facing pour bien mettre en valeur le produit. Le spectacle de cette plage industrielle au cœur d’un environnement naturel aussi magnifique nous donne le sentiment d’un beau gâchis… et nous conforte bien dans notre choix de la Gomera.

Nous pressons un peu les sympathiques serveurs car la commande tarde à arriver et l’heure se rapproche. Nous avons tout juste le temps de déguster une bonne Dorada blonde bien fraîche (l’incontournable marque de bière principale des Canaries), et un jus de pêche pour les enfants, que nous devons déjà nous mettre en route vers l’embarcadère tout proche. Nous faisons flasher nos billets électroniques et montons dans la Pepita Castellvi, imposant ferry de la Baleària Canarias (qui vient de racheter Naviera Armas), l’une des deux compagnies historiques avec Fred Olsen qui relient entre elles les huit îles de l’archipel des Canaries. Nous n’attendons pas un tel mastodonte ! Et pourtant, il y a bien peu de monde, laissant bien 80% des sièges vides. Ce n’est probablement pas son heure d’affluence maximale : beaucoup de touristes visitent La Gomera à la journée depuis Tenerife et remplissent peut-être plutôt les ferrys du matin. L’intérieur est très confortable avec un bar-restaurant abordable, une aire de jeu pour les enfants ou encore la possibilité de passer le voyage sur le pont. Quelques minutes après le départ nous apercevons des dauphins sauter tout près de notre fenêtre ! J’avais lu qu’on pouvait en observer facilement sur cette portion entre Tenerife et La Gomera, ainsi que des baleines, mais nous n’aurions pas imaginé en voir aussi vite. Pour nous qui prévoyons une excursion d’observation des baleines et animaux marins, ça promet déjà beaucoup. Nous passons finalement une bonne partie du voyage sur le pont, où la force du vent et les puissantes trombes d’eau que le bateau projette derrière lui atteste de sa vitesse : une attraction parfaite pour les enfants. L'estompé Teide désormais dans notre dos, la rive gomérienne commence à se dessiner au loin, puis enfin le port de San Sebastián de la Gomera, capitale de l’île, sur laquelle veille une petite statue de Christ Rédempteur au sommet d’une des falaises qui la surplombe.

Le navire accoste et nous descendons avec hâte rejoindre l’agence Cicar, manifestement la plus plébiscitée des Canaries (merci Attila et Muriel18 !), sûrement parce que la moins chère et aux meilleures conditions. Les formalités faites en cinq minutes, une caution de 40€ versée, on nous attribue une Opel Corsa rouge que nous allons récupérer sur le parking. Bonne surprise, on nous annoncé que le réservoir était aux trois-quarts mais en fait, nous avons le plein intégral : c’est toujours ça de gagné ! Magali prend le volant car en plus d’être une conductrice aguerrie, ne déclarer qu’un seul conducteur nous revient moins cher. Et c’est parti pour Valle Gran Rey, tout à l’autre bout de l’île à l’ouest, où nous attend notre logement Airbnb. La destination est à 25 kilomètres à vol d’oiseau et donne l’impression que nous pourrions arriver en une demi-heure. Mais ici c’est la Gomera, ça fait donc 50 kilomètres de route en lacet qui évitent la partie la plus montagneuse, donc 1 heure 15 de trajet. Il y a deux itinéraires sensiblement équivalents en temps. Évidemment, nous nous trompons un peu en manquant une bifurcation peu visible dans une épingle qui nous suivre l’itinéraire par la côte nord. Ça n’a pas trop d’importance car cela ne nous rallonge que d’une vingtaine de minutes et nous procure notre première découverte de la grande variété des paysages de La Gomera.

Nous serpentons d’abord en phase ascendante entre les grands massifs et sommes instantanément frappés par la beauté de ces paysages secs et rocailleux aux tons terracotta, résultat d’une longue et antédiluvienne activité volcanique. Ils sont recouverts de champs en terrasses et truffés de palmiers, bananiers, aloe vera, figuiers de barbarie et bien d’autres, qui nous entourent de toute part. Vers le nord de l’île, les routes se font plus étroites et sinueuses, parfois vertigineuses, dans une succession d’épingles bien serrées. Il faut avoir le bide plutôt bien accroché. Les enfants commencent à avoir le tournis et l’estomac qui se noue, et ils ne sont pas les seuls… Mais la splendeur des paysages aident à faire passer la pilule, notamment ces miradors qui bordent régulièrement la chaussée et offre des vues à couper le souffle sur les profondes vallées. Nous sommes déjà estomaqués par ce véritable résumé de La Gomera à l’abris de l’habitacle de notre Opel Corsa, que Magali trouve bien adaptée à ce genre de route. Nous avons enfin un aperçu de ces lieux que nous avons imaginés lors de la préparation de ce voyage et que nous visiterons dans quelques jours : la verte vallée d’Hermigua et sa vue plongeante sur la mer, le village d’Agulo entre falaises et océan, et même une petite partie du parc naturel de Garajonay. Nous y restons bloqués quelques minutes, car nous avons notre premier contact avec d’authentiques Gomeros, occupés à déblayer les branches de la voie. Ce signe de civilisation nous surprend car cela fait un petit moment que nous roulons seuls et ne croisons quasiment personne. Nous percevons quelque chose de très accueillant dans l’attitude de ces cantonniers petits et trapus à la peau si singulièrement tannée, qui nous font signe de patienter et nous salue au passage. Puis la route se met enfin à descendre et nous finissons par apercevoir depuis un haut mirador une vallée encaissée entre deux gigantesques flancs montagneux laissant apparaître une large bande d’océan à l’horizon : notre destination, Valle Gran Rey. La vue d’en haut n’est pas moins époustouflante que celle d’Hermigua.

Nous sommes maintenant à la recherche de notre logement dans le petit village de La Calera, qui plus en aval, surplombe tout de même bien le littoral. En fait, la municipalité de Valle Gran Rey n’est pas une ville, mais un ensemble de villages ou de hameaux côtiers et montagnards regroupés dans la vallée. La Calera est l’un de ces villages. Il nous paraît tout de suite idéalement situé car ni trop enfoncé dans les montagnes, ni trop au bord de l’océan, disposant d’une vue magnifique tout en étant à une vingtaine de minutes à pied du littoral. Valle Gran Rey est avec San Sebastián de la Gomera l’endroit le plus touristique de l’île, ce qui est à relativiser car La Gomera demeure encore une perle assez rare. La Calera a d’ailleurs l’air d’un village authentique, principalement peuplé par des Gomeros pure souche, mais tout de même bien colonisé par les Allemands. Ceux-ci sont des inconditionnels de La Gomera et particulièrement de Valle Gran Rey, au point que beaucoup y ont investi dans des propriétés ou des maisons de vacances et que l’allemand est devenu la deuxième langue officieuse de l’île. Justement, c’est à un propriétaire allemand qu’appartient le logement Airbnb que nous galérons à trouver malgré la localisation précise fournie par Airbnb. Magali gare la voiture dans la rue principale du village car le logement se trouve dans l’une des nombreuses callejón agrippés à flanc de montagne, ici plus des chemins escarpés accessible seulement à pied que des ruelles.

C’est finalement un homme sirotant une canette de bière sur un muret que nous prenons pour un Gomero car il a le même type que les cantonniers rencontrés sur la route. Il nous entend parler et nous aborde dans un français parfait. Il s’avère être Belge mais donne l’impression de connaître le village comme s’il y avait passé sa vie. Il n’a pas de mal à nous indiquer oú se trouve notre logement, la bien nommée Buena Vista qui est encore plus en hauteur que nous le pensions. Nous avions cherché en vain dans le chemin voisin, mais c’était en fait le suivant qui porte le même nom, sûrement parce qu’ils se rejoignent sur les hauteurs : il fallait le savoir ! Le sentier de marches en pierre irrégulière traverse figuiers de barbarie, manguiers et autres bananiers qui poussent ici comme de la mauvaise herbe, et maisons qui se chevauchent en terrasse à la manière des champs environnants. L’ascension est tout de même assez éprouvante, surtout après un si long et avec une valise de 20 kilos. Nous aboutissons à une passerelle en métal sans quoi une crevasse empêcherait d’accéder à la maison… et nous y voilà. Nous ne pensions pas réaliser notre première randonnée aussi tôt : La Gomera, c’est l’immersion directe !

La voisine allemande de notre propriétaire allemand nous accueille de manière douce et discrète. C’est une belle maison de vacances équipée de tout ce qu’il faut : un grand salon-cuisine, une terrasse avec une vue merveilleuse sur les montagnes et la mer, deux chambres à l’étage, une salle de bain et un balcon au-dessus de la terrasse. Nous y resterons sept jours avant de rejoindre Hermigua pour la deuxième semaine.

Les affaires posées et les salvatrices douches prises, nous descendons à l’épicerie du village, à deux ou trois minutes à pied, pour faire quelques réserves et avoir de quoi nous nourrir ce soir. L’épicerie El Chorro semble être le principal lieu d’activité sociale de La Calera, les habitants la fréquentant comme un bar avec leur cannette de Dorada à la main, discutant avec le patron sur le pas de la porte. Nous avons la surprise d’y retrouver notre Belge rigolant et conversant en espagnol avec quelques villageois. Cet homme semble s’être littéralement implanté dans le décor et d’avoir terminé sa mutation physique et culturelle en pur Gomero ! Nous choisissons dans les rayons étroits des produits espagnols ou locaux pour nous mettre dans l’ambiance. Les prix sont un peu chers mais le propriétaire très accueillant et nous avons ce qu’il faut pour ce soir et le début du séjour.

Je me mets au fourneau et cuisine une bonne garbanza canarienne maison avec les produits du cru, que nous dégustons à la terrasse avec des pâtes et quelques tapas improvisés, le soleil dispensant ses dernières lueurs sur la vallée en s’effaçant lentement derrière l’océan. Tout est calme, le climat est doux, il n’y a quasiment pas de bruit, si ce n’est de temps en temps la rumeur d’un véhicule qui passe sur la route principale qui coupe la vallée tout en bas. Nous n’aurions pu faire meilleur choix.

Le soir, je commence à me prendre d’intérêt pour ce colossal flanc de montagne qui fait face à celui sur lequel se trouve notre logement, conférant tous deux à la vallée cette dimension de vastitude. Cette monumentale formation volcanique aux nuances mêlées de rouge brique, d’anthracite et du vert de la végétation clairsemée se dresse devant notre terrasse et dessine comme une ombre immense qui s’étire de l’arrière-pays montagneux jusqu’au littoral. Elle me semble comme une vague qui se serait brusquement figée alors qu’elle était sur le point de submerger le village.

La nuit tombe, la transformant en grande masse noire menaçante, décuplant cette impression d’immensité et de submersion imminente. Au même, des bruits étranges ressemblant un peu à des chats qui se battent résonnent dans la vallée… Cela m’interpelle un instant mais qu’importe : entre le Uber, l’avion, le bus, le ferry et la voiture qui se sont enchaînés pendant 13 heures presque sans temps mort, l’heure est venue d’un repos plus que mérité pour entamer demain notre exploration des environs.

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