Livre: thriller du Sud-Est asiatique "La ligne noire"
Je suis occupée à lire "La Ligne noire" de Jean-Christophe Grangé (auteur des "Rivières pourpres" et je ne peux m'empêcher de vous en livrer quelques extraits sur Patong :
"French Kiss" "Pinocchio" "Soi Cow-Boy"... Les noms des boites inscrits en lettres de lumière dansaient dans les flaques de pluie. Chaque façade affichait une originalité, une petite trouvaille..."
"A vingt-deux heures, alors qu'il roulait au hasard à travers l'île, le long d'une route mal éclairée, il était tombé sur une véritable explosion solaire, Patong : le quartier le plus chaud de Phuket. Il n'avait pas résisté..."
"Des odeurs de bouffe l'assaillaient. Ail, oignon, piment, coriandre... Les désirs, les appétits se mêlaient dans son organisme. Les filles elles-mêmes, dorées et fines, lui rappelaient des petites sucreries caramélisées. Malgré le poids des sacs, malgré sa fatigue, son érection montait : les jeunes Thaies possédaient une véritable force magnétique. Pas à cause de leur costume suggestif ou leurs manières d'allumeuses, mais au contraire parce que, quoi qu'elles fassent, elles recelaient toujours une touche d'innoncence, une parcelle de pureté à avilir... "
"Il observait aussi les Occidentaux. Les jeunes, en groupes, canettes de bière à la main, dissimulant leur gêne derrière des rires goguenards; les vieux, solitaires, nageant ici comme des requins en eaux paisibles; les routards, épuisés, posant sur cette sarabande un regard blasé. Mais au fond de tous ces yeux, il y avait toujours le même désir nu. Le même appétit, cru et vil, pris la main dans le sac... Marc s'intéressait surtout à une autre catégorie : les femmes étrangères. Epouses éberluées, mal à l'aise, au bras de leur mari; jeunes filles sacs au dos, à la recherche d'un refuge bon marché, tentant de manifester leur colère contre ce "marché aux esclaves" par une expression courroucée. Toutes, elles semblaient perdues. Paumées. Coincées entre le désir des mâles, qui n'avait jamais été aussi clair, mais qui ne leur était pas destiné, et la haine des putes thaies, qui les détestaient de se rincer l'oeil ici comme les hommes..."
Plus tard...
"L'aube se levait..."
"Dans les rues, il n'y avait plus l'ombre d'une jeune fille, ni le moindre charme à saisir. Il ne restait plus que quelques putes sur le retour. Pas des vieilles dames, non, des tapineuses sans âge, esquintées, épuisées, arborant un maquillage criard..."
"...Des mendiants apparaissaient. Des femmes partaient faire leur marché, portant leur bébé en bandouillère, indifférentes aux façades de stuc, aux enseignes éteintes. Le jour révélait toute la laideur, l'imposture du décor. La peinture s'écaillait. Les murs étaient marqués d'humidité..."
"Il entendit des rires graves sur sa droite. Accoudés à un b ar, des flics thais devisaient, costume rutilant et arme au poing. Plus loin, dans un retrait de rue, il en aperçut d'autres, qui tabassaient un homme à coups de crosse. Oui : on levait le décor. Les rouages ignobles apparaissaient. Ceux qui permettaient à la vitrine de fonctionner, à la coulée occidentale de venir se griser et faire le plein de sexe chaque soir. Marc courait presque. Il était malade. Il devait trouver son remède... Il vit encore quelques silhouettes malsaines, seins dressés et barbe naissante, de l'autre côté d'un carrefour. Des travestis. Il s'orienta dans leur direction, sans réfléchir. A cet instant, il fut stoppé par un spectacle qu'il n'attendait pas. La mer. Au détour de la rue, l'immensité était là, étincelante, paisible. Cette vision le figea. Rien de plus écrasant, de plus étranger à son vice que cette grandeur infinie, libre, indifférente. Alors, une autre présence anéantit définitévement ses velléités troubles. Dans la rue claire, jonchée encore de papiers gras et de bouteilles vides, des jeunes filles sortaient des bordels, en douce procession. Elles n'avaient plus rien à avoir avec les allumeuses déchaînées de la veille. Cheveux humides, sans maquillage, vêtues d'un simple sarong. Toutes, elles portaient un bol de riz, qu'elles déposaient sur la chaussée. Marc ne comprenait rien à ce manège, quand il les vit arriver. Silhouettes drapées d'orange, crâne brillant légers dans le vent matinal comme de délicats lampions de papier. Les moines. Certains portaient un ombrelle, d'autres avançaient à deux, bras dessus, bras dessous. Ils paraissaient irréels sur ce champ de bataille encore fumant. Ils se saisirent des offrandes, inclinant plusieurs fois la tête, alors que les jeunes filles étaient agenouillées, les deux mains jointes sur le front. L'heure de la prière et du pardon... Marc resta dans le soleil, abasourdi. Complètement dégrisé."
"French Kiss" "Pinocchio" "Soi Cow-Boy"... Les noms des boites inscrits en lettres de lumière dansaient dans les flaques de pluie. Chaque façade affichait une originalité, une petite trouvaille..."
"A vingt-deux heures, alors qu'il roulait au hasard à travers l'île, le long d'une route mal éclairée, il était tombé sur une véritable explosion solaire, Patong : le quartier le plus chaud de Phuket. Il n'avait pas résisté..."
"Des odeurs de bouffe l'assaillaient. Ail, oignon, piment, coriandre... Les désirs, les appétits se mêlaient dans son organisme. Les filles elles-mêmes, dorées et fines, lui rappelaient des petites sucreries caramélisées. Malgré le poids des sacs, malgré sa fatigue, son érection montait : les jeunes Thaies possédaient une véritable force magnétique. Pas à cause de leur costume suggestif ou leurs manières d'allumeuses, mais au contraire parce que, quoi qu'elles fassent, elles recelaient toujours une touche d'innoncence, une parcelle de pureté à avilir... "
"Il observait aussi les Occidentaux. Les jeunes, en groupes, canettes de bière à la main, dissimulant leur gêne derrière des rires goguenards; les vieux, solitaires, nageant ici comme des requins en eaux paisibles; les routards, épuisés, posant sur cette sarabande un regard blasé. Mais au fond de tous ces yeux, il y avait toujours le même désir nu. Le même appétit, cru et vil, pris la main dans le sac... Marc s'intéressait surtout à une autre catégorie : les femmes étrangères. Epouses éberluées, mal à l'aise, au bras de leur mari; jeunes filles sacs au dos, à la recherche d'un refuge bon marché, tentant de manifester leur colère contre ce "marché aux esclaves" par une expression courroucée. Toutes, elles semblaient perdues. Paumées. Coincées entre le désir des mâles, qui n'avait jamais été aussi clair, mais qui ne leur était pas destiné, et la haine des putes thaies, qui les détestaient de se rincer l'oeil ici comme les hommes..."
Plus tard...
"L'aube se levait..."
"Dans les rues, il n'y avait plus l'ombre d'une jeune fille, ni le moindre charme à saisir. Il ne restait plus que quelques putes sur le retour. Pas des vieilles dames, non, des tapineuses sans âge, esquintées, épuisées, arborant un maquillage criard..."
"...Des mendiants apparaissaient. Des femmes partaient faire leur marché, portant leur bébé en bandouillère, indifférentes aux façades de stuc, aux enseignes éteintes. Le jour révélait toute la laideur, l'imposture du décor. La peinture s'écaillait. Les murs étaient marqués d'humidité..."
"Il entendit des rires graves sur sa droite. Accoudés à un b ar, des flics thais devisaient, costume rutilant et arme au poing. Plus loin, dans un retrait de rue, il en aperçut d'autres, qui tabassaient un homme à coups de crosse. Oui : on levait le décor. Les rouages ignobles apparaissaient. Ceux qui permettaient à la vitrine de fonctionner, à la coulée occidentale de venir se griser et faire le plein de sexe chaque soir. Marc courait presque. Il était malade. Il devait trouver son remède... Il vit encore quelques silhouettes malsaines, seins dressés et barbe naissante, de l'autre côté d'un carrefour. Des travestis. Il s'orienta dans leur direction, sans réfléchir. A cet instant, il fut stoppé par un spectacle qu'il n'attendait pas. La mer. Au détour de la rue, l'immensité était là, étincelante, paisible. Cette vision le figea. Rien de plus écrasant, de plus étranger à son vice que cette grandeur infinie, libre, indifférente. Alors, une autre présence anéantit définitévement ses velléités troubles. Dans la rue claire, jonchée encore de papiers gras et de bouteilles vides, des jeunes filles sortaient des bordels, en douce procession. Elles n'avaient plus rien à avoir avec les allumeuses déchaînées de la veille. Cheveux humides, sans maquillage, vêtues d'un simple sarong. Toutes, elles portaient un bol de riz, qu'elles déposaient sur la chaussée. Marc ne comprenait rien à ce manège, quand il les vit arriver. Silhouettes drapées d'orange, crâne brillant légers dans le vent matinal comme de délicats lampions de papier. Les moines. Certains portaient un ombrelle, d'autres avançaient à deux, bras dessus, bras dessous. Ils paraissaient irréels sur ce champ de bataille encore fumant. Ils se saisirent des offrandes, inclinant plusieurs fois la tête, alors que les jeunes filles étaient agenouillées, les deux mains jointes sur le front. L'heure de la prière et du pardon... Marc resta dans le soleil, abasourdi. Complètement dégrisé."