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in Thèmes › Voyager à pied (randonnée)

Ascension d'un 8046m au Tibet

Discussion started by Grosminet on 2004-12-17

4 replies

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Ascension d'un 8046m au Tibet

Grosminet · 2004-12-17

😉

Jean-Christophe Lafaille vient de signer au Tibet la première ascension hivernale en solitaire de la face sud du Shishapangma (8 046 m). «Au sommet d'un 8 000, l'expérience est cosmique»

Par Frédérique ROUSSEL

jeudi 16 décembre 2004 (Liberation - 06:

amedi, Jean-Christophe Lafaille, 38 ans, a réussi la première ascension hivernale en solitaire de la face sud du Shishapangma (8 046 m), au Tibet (Libération du 13 décembre). Joint par téléphone à son retour à Katmandou (Népal), il revient sur cet exploit, alors qu'il ne lui reste plus que trois sommets de plus de 8 000 m à gravir.

Vous êtes descendu de votre petit nuage ?

J'ai vécu cette ascension à la fois pleinement et naturellement. Je n'ai pas eu de gros problème et je suis revenu plutôt normalement en forme. Depuis les années 90, je me suis mis à grimper tout seul et en hiver. Le Shishapangma était la suite logique de ce que je faisais déjà dans les Alpes. Je l'avais déjà tenté à la fin de l'automne 1996, mais il y avait trop de neige et les conditions étaient dangereuses.

Pourquoi

le Shishapangma ?

C'est un sommet stratégique. La paroi correspond à une ascension en solitaire. La hauteur de la face, sa technicité et sa marche d'approche sont intéressantes. C'est une montagne assez facile d'accès par rapport à d'autres au Népal. Elle est belle à grimper et pas trop dangereuse tout seul.

Vous êtes-vous longuement préparé ?

J'ai fait une expédition au printemps dans un endroit très sauvage, sur le versant tibétain du Makalu. Et, depuis mon retour fin mai, je n'ai pas arrêté de me préparer physiquement et mentalement.

Avez-vous douté de réussir ?

Je doute toujours. Cette expédition comportait beaucoup d'inconnues : ma résistance à des températures inférieures à ­ 30 °C, la capacité à grimper sans oxygène, à respirer par grand froid. Le plus terrible cette fois, ç'a été les journées que j'ai passé bloqué au camp de base. C'était frustrant, mais le vent soufflait de 140 à 160 km/h et j'aurais été gelé sur place au sommet. Dans ces conditions, les heures passent, les jours passent, les nuits sont longues à gamberger. Le plus dur, et c'est quelque chose que je n'avais pas anticipé, c'est la durée de la nuit. J'ai passé trois nuits d'enfer à 7 000 m car je n'ai pas réussi à dormir à cause du froid et du givre sous la tente. Je me suis dit qu'il fallait m'améliorer sur le plan mental, arriver à me relâcher plus. Quand je suis redescendu du sommet avec deux nuits blanches sur les épaules, je n'ai même pas réussi à bien dormir.

Etre seul, est-ce un handicap ?

J'ai eu d'autres expériences en solitaire. En 1996, j'ai enchaîné deux sommets au Pakistan et trois autres sommets l'année dernière. Mais j'avais croisé des gens sur les camps de base. Cette année, je n'ai vraiment vu personne. J'ai enchaîné deux expéditions à quelques mois d'intervalles, avec chaque fois de grands moments de solitude. Deux mois au printemps, dans une région très sauvage, et un mois là. Parfois, j'avais l'impression de devenir autiste. Je ne parlais pratiquement plus, je lisais et j'écrivais... C'est un état particulier. C'est un choix délibéré d'être complètement seul pour m'engager au maximum.

Et le froid ?

Quand je suis parti de mon camp d'altitude à 7 000 m samedi, il faisait très froid. A 4 h 30 le matin, la nuit est très noire et il fait glacial. Pendant trois ou quatre heures, j'ai craint des gelures au niveau des pieds. Le fait de grimper une face sud me permettait d'espérer un ensoleillement au bout de quatre heures. Et j'ai eu un brin de soleil.

Qu'avez-vous fait au sommet ?

Je suis arrivé vers 11 h 30, heure locale, et il faisait vraiment froid, avec un vent de 70 km/h. Je ne suis resté qu'une dizaine de minutes au sommet. Le paysage était exceptionnel avec un contraste grandiose entre deux régions : le Népal sur ma gauche, avec des montagnes à perte de vue, extrêmement enneigées, acérées, avec des séracs. Sur ma droite, c'était l'immensité du Tibet, avec des plaines à perte de vue, des lacs bleu turquoise... J'ai fait des photos.

On dit que la descente est toujours plus difficile, ce fut le cas ?

J'étais obligé de redescendre par le même itinéraire, qui représente l'équivalent d'une grande face nord dans les Alpes. C'est souvent dans la descente, quand on est fatigué et déconcentré, qu'arrivent les accidents. L'avantage, c'est qu'on retrouve de l'oxygène, et on a l'impression de renaître, de revivre. Le cerveau fonctionne mieux.

Il vous reste trois 8 000 à gravir, le Kangchenjunga, le Makalu et l'Everest. A quand le prochain ?

Dans quelques mois, en avril-mai. Il y a des chances pour que je garde l'Everest pour la fin, par une très belle voie. Ça dépend de ma forme et de la pression. Ma priorité, c'est toujours de tenter une belle course pas classique.

D'où vient votre passion pour l'himalayisme ?

L'Himalaya est un monde hors normes par rapport au reste de la planète. Au sommet d'un 8000, l'expérience est presque cosmique. On n'y voit que des kilomètres de montagnes, aucune trace de civilisation, et même la courbure de la Terre. Je l'ai découvert au printemps 1992 sur la face sud de l'Annapurna, avec Pierre Béghin. J'en suis revenu seul. Sa mort a été à la fois un choc terrible et une expérience forte. Si on compare la montagne avec la voile, je dirais qu'une course dans les Alpes, c'est un Grand Prix de catamaran ; l'Himalaya, c'est le Vendée Globe.

Ascension d'un 8046m au Tibet

Gnome · 2004-12-17

Merci grosminet de m'avoir devançé en écrivant ce post sur une de mes idoles...

Jean Cristophe Lafaille vient de réussir un truc incroyable et même si la Chazal en a parlé ce soir et qu'on a vu quelques images dans le 20 heures, je trouve que la France ne sait pas trop mettre en avant l'exploit incommensurable que vient de réaliser cet homme.

Jean Christophe Lafaille est un surhomme et je pense qu'il faut s'attendre à quelquechose d'énÔÔÔÔÔrme une fois qu'il aura enchaîné au printemps prochain le Kangchenjunga et le Makalu... Genre une première sur l'Everest sur une voie originale, en hivernale et en solitaire....... Il en est capable le bougre, j'en suis sûr !!! On prend les paris ?

Jean Christophe Lafaille est le meilleur !

Ascension d'un 8046m au Tibet

Kapoue · 2004-12-18

Ca a quand même fait la une de pas mal de journaux et on en a bcp parlé ! Pour une fois justement je trouve que l'exploit a été traité à sa hauteur. D'habitude ils s'en foutent totalement, y'en a que pour la voile... qui pour moi sur l'echelle de l'exploit se trouve 2 crans en dessous de ce l'alpinisme. Déjà on évolue dans une zone habitable, on dispose d'un GPS et d'oxygène à profusion. Et puis si vous arrive en truc vous avez tjs la chance d'avoir les secours... à 8000 ou même à 7000 les secours ils ne viendront pas vous dire bonjour !

Pour l'exploit de Lafaille... il vient juste de rentrer, c maintenant qu'on va savoir

Ascension d'un 8046m au Tibet

Alpinus · 2004-12-18

Jetez un coup aux forum de C2C ou denali-sud.com, l'ascension de Lafaille est très contestée. C'est incroyable de voir des alpinistes de salon critiquer un type comme Lafaille alors qu'il n'ont pas 1/20e de sa liste de courses.

Ascension d'un 8046m au Tibet

Ilulya · 2006-01-31

malheureusement, aujourd'hui, notre héros des cimes en solo et en hiver est porté disparu depuis 6 jours...

J'ai une pensée pour Lionel Daudet...

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