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Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Discussion started by Matlo on 2008-01-27

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Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Matlo · 2008-01-27

Une petite carte postale de retour du sud de l'Inde.

Par où commencer?

Par la sortie de l'avion, à Colombo, au Sri Lanka. On faisait juste un transit, mais sentir l'air chaud et humide, ça faisait déjà impression... Ensuite vol jusqu'à Cochin, en Inde.

Je suis dans le sud du pays dans l'état du Kerala, pour 3 semaines, avec deux acolytes, et tout ce qu'il faut pour prendre du son et des images. Nous sommes partis faire un film sur les cocotiers et les noix de coco. Je ne vais pas faire un exposé sur le sujet, mais je voudrais vous parler un peu de ce que j'ai vu de l'Inde.

Premières visions, à travers le pare-brise. Je crois qu'on roule dans une Tata, mais plus tard, ce sera l'Ambassador. Pour ceux qui ne connaissent pas, l'Ambassador est LA voiture la plus populaire en Inde, avec sa carcasse typique britannique issue de l'Empire, et à l'intérieur et dans le moteur toutes les variantes possibles. Un exercice de style automobile, dans lequel on tient bien à 4, où on peut s'entasser à 7 si il faut. Je vois défiler les rickshaws jaunes et noir, les énormes camions de transport bariolés, les motos, klaxons à bloc. Ça roule au milieu, ça se croise à 3 voire 4 selon la taille des véhicules, on se frôle, et prenant soin de ne pas laisser traîner un bras dehors! Plus tard ce jour, je vois ma première crémation. La procession porte le linceul jusqu'au crématoire, on le pose sur le bûcher, puis le brahmane officie avant l'ignition.

Un petit mot sur le Kerala, un état un peu particulier, où depuis 1957, des communistes sont élus démocratiquement et administrent le territoire. Résultat: un des états les plus prospères, le moins inégalitaire et le plus éduqué, où l'alphabétisation atteint des records (95% hommes et femmes confondus je crois) et où le taux de natalité est particulièrement maîtrisé (2 enfants par femme). Le système de santé permet en outre aux Keralais d'être soignés pour rien dans les meilleures conditions possibles. Pas mal pour le tiers monde! Mais est-ce bien le tiers monde, ici? Ce qui est sûr c'est que l'Inde est en pleine révolution, et, comme la Chine, consolide sa position d'acteur économique incontournable. Après les rachats opérés par Mittal, qui a fait main basse sur la sidérurgie européenne, c'est au tour de Tata, omniprésente marque automobile mais aussi consortium industriel de s'attaquer à Land Rover et Jaguar. N'oublions pas que l'industrie cinématographique indienne produit plus de films que Hollywood, et qu'à notre humble niveau de voyageurs, nous avons pu surfer sur le net en illimité avec un ordi portable et un gsm!

Un pays de contrastes, c'est le lieu commun, entre prospérité, et pauvreté. En l'occurrence, nous avons croisé relativement peu de mendiants ou d'estropiés, en comparaison de ce qu'on verrait dans le nord. Disons que c'est moins trash, et que le "parti" semble avoir oeuvré à égaliser autant que faire se peut le paysage social. En revanche, en termes de moeurs, le Kerala est très traditionnel. Dans une société encore assez rurale, les mariages arrangés restent la norme, avec cependant certaines nuances intéressantes. Dans une des familles que nous avons visitée, la grand-mère avait eu deux maris, deux frères, et tous trois avaient vécu ensemble maritalement, avec leur descendance. Mais dans beaucoup de cas, comme nous l'a expliqué un brahmane, la femme se dévoue corps et âme à son mari, à tel point qu'une fois l'homme disparu, la femme n'aurait plus de raison de prolonger son existence terrestre. Mais en pratique, les veuves sont toujours là, alors que les hommes disparaissent relativement jeunes. À la maison, évidemment ce sont les femmes qui préparent les repas, et il y a plusieurs services. Les invités mangent en premiers, seuls, puis c'est le tour des hommes de la maison, puis des femmes et des enfants. On mange avec la main droite, on fait une boule avec les aliments, en pressant le riz ou la semoule de blé mélangés aux légumes ou aux bananes, et aux chutneys et autres pickles. C'est épicé. C'est bon. C'est végétarien la plupart du temps, mais on a mangé aussi pas mal de poisson. Avec une main c'est gérable, sauf quand on mange du crabe!!

Ah, sinon on a vu un mort, juste à un arrêt de bus. Les passants continuaient leur traintrain. Le type avait un peu de sang dans la bouche, et les insectes commençaient à s'occuper de lui. La police a fini par arriver, mais on n'en saura pas plus. Accident? Peut-être l'alcool? On a vu plusieurs types pas mal éméchés, et une fois ça a failli finir en bagarre, tellement le bonhomme était saoul et nous avait pris en grippe, avec nos têtes de blanc et notre matériel hightech. Une autre fois, à Cochin, on a vu un gars se tordre de douleur sur le trottoir pendant un temps indéfini, juste devant un magasin de "Foreign Liquor". Donc l'alcool, ici comme ailleurs, c'est vraiment un problème. La particularité locale, c'est le toddy, un liquide extrait de la sève du cocotier, puis fermenté en une dizaine d'heures. Les accros peuvent boire plusieurs bouteilles d'affilée, et polluent les abords des toddy shops.

Sur le cocotier proprement dit, inutile de vous dire que j'en ai appris tant et plus, et que ce fut l'occasion de rencontres intéressantes, au Coconut Research Station, non loin de Thiruvananthapuram (Trivandrum) au sud, ou à l'Ayurvedic Hospital de Cheruturuthi, à l'est de Cochin. Je n'ai jamais bu autant d'eau de coco, car chaque fois qu'un homme grimpait, nous avions droit à notre ration de coco fraîche, l'eau à boire, la chair encore gélatineuse à manger (miam!).

Autre chose, peut-être l'essentiel, le pilier de l'imaginaire du pays: la vie religieuse, qui rythme le quotidien, à toute heure du jour et de la nuit. Les musulmans, les chrétiens, les hindous et les bouddhistes cohabitent en plus ou moins bonne intelligence, et les Indiens que nous avons rencontré s'appelaient autant Vincent, que Vinod ou Mahmoud. Les appels à la prière résonnent un peu partout cinq fois réglementaires par jour. Les mélopées entendues durant les pujas, les cérémonies dans les temples hindous, sont jouées parfois par des musiciens, ou alors chantées par l'assistance. Des voitures et des rickshaws décorés de fleurs et de peinture passent parfois en klaxonnant, ce sont les Ayappas, les hindous qui partent en pèlerinage je sais plus où. C'est peut-être ça le plus fascinant, et ce que je retiens de l'Inde, cette dévotion aux mondes spirituels. Et avec les couleurs qui flashent, le bruit partout, c'est un mélange constant entre chaos et harmonie.

Un voyage ne suffit pas. Je comprend pourquoi on parle "des" Indes, et il me tarde de continuer cette découverte.

Matlo

Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Alzimir · 2008-01-27

Depuis quelque temps déjà, j'ai des fourmis dans les baskets. Je pensais au kérala ou à pondichery. Ton message m'a confirmé que c'est possible. Pourrais tu me donner quelques indications sur les modes d'hébergement que tu as fréquentés et les prix. As tu voyagé en individuel ou en organisé ? Combien de temps es-tu resté ? entre le français et l'anglais est-il possible de se faire comprendre. Merci de tes indications, elle peuvent mêtre très précieuses.

Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Stalingrad · 2008-01-27

Très intéressantes tes impressions de voyage ou ton compte rendu de voyage au Kérala. Quand tu dis que les communistes gouvernent le Kérala depuis 1957, il y a quand même eu des exceptions comme l'avant dernier gouvernement qui était dirigé par le parti du Congres (premier = Anthony devenu depuis le ministre des armées dans le gouvernement fédéral). De plus, les premières élections d'un gouvernement communiste furent assez mouvementées dans les années 50 (réaction du gouvernement central qui emprisonna certains dirigeants communistes). Contrairement à de nombreux états indiens où les élections sont une compétition entre le BJP (Parti du Peuple Hindou = Bharatiya Janata Party) et le Congres, au Kérala c'est une compétition entre le Congres et le Parti Communiste (enfin un des deux partis communistes le PCM je crois = Party Communist Marxist par opposition au PCI = Party Communist of India) - pour l'instant le BJP n'obtient que peu de succès au Kerala sauf dans la région de Khozhikode à majorité musulmane où il a quelques élus et où ont eu lieu quelques affrontements il y a quelques années entre pêcheurs musumans et hindous (malheureusement, pour exister le BJP a besoin de souffler sur les braises lorsque des tensions apparaissent entre communautés). Traditionnellement, le Congres est soutenu par les riches familles chrétiennes en particulier dans la région de Kottayam - d'un autre côté les dirigeants communistes sont parfois issus de hautes castes hindoues - c'est donc un peu plus complexe qu'une simple lutte des classes. De toute façon, ni le Congres ni le PCM n'ont la majorité absolue, ils doivent toujours former un gouvernement de coalition avec de multiples autres partis. Quand tu dis que les gens peuvent se soigner gratuitement, certes dans les très ordinaires Medical colleges par exemple, mais pour les opérations plus sophistiquées il faut aller dans un private hospital et avoir de l'argent (la famille se cotise - si elle le peut, sinon on meurt évidemment - car une opération coûte rapidement un ou deux milliers d'€). Il y en a d'excellents par exemple à Ernakulam, et le "tourisme médical" connaît un certain essor (avec ses avantages mais aussi ses inconvénients). De plus, même au Medical college, on peut être amené à donner un bakshish au médecin... Donc ne pas idéaliser le système médical, de même que l'enseignement : le gouvernement du Kerala assure le basique, ce qui est déjà très bien, mais avec le développement des techniques (et de la classe moyenne), dès que les gens ont un peu d'argent ils vont dans le privé pour avoir un meilleur service. J'ai par exemple souvent été surpris par les réflexions de mes amis mayalees à propos de l'école du gouvernement - d'après eux les instituteurs n'ont pas à coeur d'enseigner ils se contentent souvent de surveiller les enfants (la caricature de la caricature du fonctionnaire quoi) - cela m'a surpris car cela ne correspond évidemment pas à notre image de l'instituteur laïque héritier de la 3ème république - c'est la raison pour laquelle même mes amis indiens qui sont musulmans envoient leurs gamins dans des écoles chrétiennes - une fois de plus nos schémas occidentaux sont battus en brèche.... J'ai été surpris quand tu évoques les survivances de la polyandrie (une femme qui a plusieurs maris - toujours des frères). Je n'en avais jamais entendu parler au Kerala. Y-at-il une relation avec certaines hautes castes où la propriété privée se transmet (se transmettait) par les femmes ? Car le mariage de plusieurs frères avec une même femme présente l'avantage de conserver l'intégrité du domaine - de la terre. J'avais lu cela dans les bouquins d'Alexandra David Néel mais à propos des populations thibétaines - dans un contexte différent puisqu'il s'agissait de milieux bouddhistes et qu'au Thibet la terre est rare, donc si on la divise entre plusieurs frères, rapidement elle ne suffira pas pour nourrir les générations à venir. Un détail : tu parles de bouddhistes au Kérala !!! je n'en ai pas vu l'ombre d'un seul (il y a bien une statue de Bouddha près de Amballappuzha mais elle date du Xème siècle de l'ère chrétienne) Autre singularité du Kerala - je ne sais pas si c'est la même chose au Tamil Nadu et si c'est vrai dans tous les milieux. La plupart des gens n'ont pas de nom de famille, ou plutôt ils donnent le prénom de leur père (souvent l'accronyme de ce prénom) s'il faut vraiment compléter leur propre prénom. Exemple d'un homme qui s'appellerait François et dont le père s'appellerait Alexandre, et bien il se pésenterait toujours comme Mister François, parfois comme Mister François Alexandre, mieux comme Mister François A.X. S'il a un fils Jean, celui-ci s'appellera Jean François ou mieux Jean F.C. par exemple. Et ce sera écrit sur le permis de conduire, le passeport, etc. Par contre je n'ai pas encore étudié l'état civil des femmes (notament pour savoir si leur nom évolue après leur mariage).

Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Stalingrad · 2008-01-27

Oublies le français, même à Pondicherry, sauf dans quelques milieux de la "bonne" société de Pondi !!! Par contre l'anglais est compris partout dans le sud de l'Inde (pas par tout le monde mais des gens très simples en connaissent souvent plus que des rudiments, contrairement au nord de l'Inde).

Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Matlo · 2008-01-27

Merci pour ces précisions.

Complètement d'accord pour ne pas idéaliser l'éducation et la santé au Kerala, mais c'est vrai que la situation est notable, par rapport au reste du pays je crois, et par rapport à beaucoup d'autres pays "en voie de développement" j'en suis certain (encore une fois, si on considère l'Inde comme un pays en voie de développement). En tout cas, ce qui est marrant, c'est que de retour en France, j'ai entendu un reportage radio sur des Américains faisant du tourisme médical en Inde!!!

La polyandrie ça m'a aussi étonné, le cas s'est présenté à Kollam, dans une famille dont j'ignore la caste, mais à voir la maison familiale, je ne pense pas que la raison ait été la préservation d'une propriété qui aurait nécessité qu'elle le soit. Un portrait de la mère, entre les deux portraits de chacun des pères, ornait un mur du salon, où deux fils, chacun descendant d'un des pères nous accueillait pour le thé.

Cocoland/Kerala: retour d'Inde du Sud

Matlo · 2008-01-27

On a voyagé en individuel, comme d'hab, mais j'étais avec deux équipiers bons connaisseurs de l'Inde, et qui étaient déjà venus dans le coin.

À vrai dire, on avait un peu préparé notre coup, donc on avait des contacts sur place, et aussi la famille d'un de deux gars.

Donc l'hébergement, c'était 50% famille et 50% guesthouses sans grand confort, et aussi une nuit dans une sorte de résidence réservée aux officiels de passage (je me rappelle plus du terme exact), au charme un peu spartiate, dans une chambre immense, à Cheruturuthi.

En tout, nous sommes restés 3 semaines: Cochin, Allepey, Kollam, Trivandrum, un petit crochet par Varkala, histoire de faire trempête.

En revanche, effectivement tu peux oublier le français.

Ma prochaine escapade dans le sous-continent, si tout va bien, se ferait fin 2008, dans le Tamil Nadu.

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