Non, c'est jouable! Il y a cent bornes. Une journée en vélo. J'ai moi-même failli le faire, mais finalement, j'ai opté pour le stop. Il ne fait pas si chaud en vélo, car il y a le vent relatif. De plus, cette route est entre 2500 et 4000 tout le trajet, donc plus froide. Evidemment, prendre beaucoup d'eau et de bouffe, mais ne pas oublier que la route est relativement fréquentée (un trafic toutes les dix-quinze minutes environ), donc si il y a vraiment un problème, il y a des gens.
Rembourseb: si tu passes à Calama, vas visiter la mine de cuivre de Chuiquicamata, c'est réellement impressionnant et très intéressant.
Ci-dessous, un extrait de la page de mon voyage:
Je renoue donc avec le stop, et me dirige vers Calama, la grande ville la plus proche, a 100 km a vol d'oiseau, et a 101 km par la route (ici, les routes sinuent peu). De la, re-stop, pour aller visiter la plus grande mine de cuivre a ciel ouvert du monde, la mine de Chuquicamata. La visite est courte mais aussi impressionnante que passionnante. A voir cet enorme trou beant dans la Terre, cette plaie supurant l'acide sulfurique et les vapeurs de soufre, la premiere question qui vient a l'esprit est: "est-ce bien raisonnable?", puis "a-t-on besoin de tout ce cuivre?" puis "et d'ailleurs, a quoi sert le cuivre?". Evidemment, les applications sont aussi variees, que nombreuses, que necessaires. Mais desormais, quand j'acheterai un truc a base de cuivre, je saurai quel en est le prix ecologique de son extraction et de son traitement. Voici maintenant quelques chiffres, qui font peur:
La mine produit chaque annee presque une megatonne de cuivre, soit 12% de la production mondiale, et environ 30% de la production chilienne (Le Chili produit a lui tout seul presque la moitie du cuivre mondial). L'extraction, malgre le cout exorbitant de la main d'oeuvre (1600$ en moyenne, tres bien payee et affluant de tout le Chili pour venir travailler ici, 7000 employes), d'exploitation (500 Mw.h de consommation electrique, et 14% de la consommation nationale de carburant, 83 camions de 330 ou 360 tonnes coutant chacun 3 millions de dollars, dont les six pneus de trois metres de diametre coutent 30 000 dollar piece, et qu'il faut changer tous les six mois), permet a la compagnie de degager chaque annee plus de 3 milliards de benefices. Pour une livre de cuivre vendue 1.54$, le cout total d'extraction est de 43 cents.
La mine mesure 4.5 km de long, 3 de large et 850m de profondeur. Les 83 camions remontent 24h/24 la terre a la surface. Tout autour de la mine, de veritables montagnes artificelles ont vu le jour depuis l'ouverture du site il y a plus d'un siecle. Pour creuser ce trou, il a fallu deplacer toute la terre qui est a l'interieur, logique, non? Cours de college: volume d'un cone? Prenons un rayon moyen de 1.8 km, on a V = 1/3xpixR2xh = 2.88, soit presque 3 kilometres cubes. Rellement impressionant. Ces camions font donc des allees et venues incessantes, 24h/24 7j/7, dans un chaos apparent de trajectoires. Mais tout est controle par systeme GPS temps reel (suivi de flotte), et les 10 points critiques du reseau (croisements ou autres) sont passes en toute securite grace a ce systeme d'information. La base de donnees topographique est integree dans ce systeme, mais, du fait de ses continuelles modifications (extraction et mouvements sismiques), elle est actualisee toutes les deux semaines. Ici, l'espace est represente a nouveau par la technologie la plus avancee, finie la geantropie et ses idees de subjectivite. Lorsque des vies humaines sont en jeu, on revient a l'exhaustivite, l'objectivite et la fiabilite de l'information, devrait-elle meme en perdre toute poesie. Mais quelle poesie dans cette plaie? Il faut au moins un Neruda pour reussir a sortir du poetique de ce materiau hostile et de ce lieu infame. "J'ai vu le cuivre a Chuquicamata..." et je ne connais pas la suite. Les conditions sanitaires du lieu sont des plus defavorables, dixit un expert en environnemant mandate pour proposer une solution d'amelioration de la qualite de l'air au fond du gouffre, et qui a eu la bonte de me prendre en stop et de me conter tout ca, chose que je n'aurais jamais apprise si j'avais voyage en bus.
Le lendemain, retour en stop a San Pedro Atacama, et tentative de stop pour aller jusqu'en Argentine. Ce fut le debut d'une autre aventure, a suivre...
Plus sur
http://geantropie.free.fr, rubrique "en direct d'Amérique Latine"