La diminution du nombre de tigres en Inde associée à la hausse de la fréquentation touristique entraîne une dégradation des conditions de visite dans certaines réserves. En Inde comme en France, les agences de voyages en viennent parfois à retirer les safaris de leurs circuits.

Moins de tigres, plus de touristes : les safaris deviennent-ils des zoos ? ©AFP
Chaque année, les quelque 1500 tigres d'Inde sont pourchassés. Non seulement par les braconniers, en grande partie responsables de la disparition des félins dans le pays, mais aussi par les touristes, qui rêvent de rencontrer Shere Khan. L'agissement des premiers influence les loisirs des seconds.
Le déclin des tigres dû au braconnage peut en effet être spectaculaire. La réserve de Panna (Madhya Pradesh) a annoncé au mois de juillet qu'elle n'en abritait plus aucun. La réserve de Sariska (Rajashtan) en fit de même il y a trois ans. Le 25 juillet dernier, le directeur de l'Autorité nationale de sauvegarde des tigres a annoncé que la situation était "bonne" dans douze réserves, "satisfaisante" dans neuf et "mauvaise" dans seize.
A la menace écologique et culturelle que représente la diminution des tigres dans le pays où ils sont le plus répandus, s'ajoute une menace sur la qualité des conditions de visite de certaines réserves.
Les agences de voyage intègrent en effet dans leurs circuits les réserves où les chances de voir des tigres sont maximum. Les touristes se concentrent donc aujourd'hui dans les quelques réserves où ils ont le plus de chances d'apercevoir les félins.
A cela s'ajoute la multiplication des touristes indiens. Ils étaient 462 millions à visiter leur pays en 2006, contre 366 millions en 2004, selon le dernier rapport annuel du ministère du tourisme indien.
La qualité des safaris s'en ressent. "Le gouvernement limite le nombre de véhicules, mais pas leur capacité", explique Hervé Fourneau, directeur de l'agence de voyage Objectif Nature à Paris. "Il y a quatre ans, il y avait 14 jeeps à Ranthambore (Rajasthan). Aujourd'hui la moitié sont des bus pouvant chacun contenir 32 personnes." "Dans certains parcs, dès l'aube, il y a 25 voitures qui attendent. Alors quand on a fait 10.000 kilomètres pour avoir l'impression de se retrouver dans un zoo, ça peut être très décevant", compatit-t-il.
D'autant plus que l'affluence contraint parfois les parcs à organiser des tirages au sort pour les visites. "Un groupe est revenu fou de rage de Bandhavgarh (Madhya Pradesh) car tout le monde n'avait pas pu monter à dos d'éléphant", se souvient Janine Renard, de Terres d'aventure. "Il y a deux ans à Ranthambore une famille avait dû céder sa jeep à une personne ‘importante' de passage. Ils ont fait la visite dans une espèce de camion inconfortable", rapporte pour sa part une responsable de Terres oubliées.
La hausse des prix est une autre conséquence de la hausse de la fréquentation. "L'Inde est devenue l'un des pays les plus chers d'Asie", déplore Janine Renard. "Les hôteliers sont pleins avec la clientèle locale, ils n'ont aucune raison de baisser les prix." Les prix d'entrée des parcs ont également fortement augmenté ces dernières années.
Cette situation amène parfois les agences de voyages à supprimer des réserves de leur offre. "On a enlevé Bandhavgarh il y a quelques années car c'était devenu n'importe quoi. Nos clients se retrouvaient parfois avec des chauffeurs de taxi au volant plutôt que des naturalistes", témoigne Hervé Fourneau. "C'est certain que si on a encore de mauvais retours, on les enlèvera", envisage Janine Renard, qui a déjà retiré de ses programmes la promenade en bateau à Periyar (Kerala), car "il y a trop de monde, trop de bruit, ce qui fait fuir les animaux".
Braconnage, manque de moyens, guides pas toujours bien formés, concentration des visiteurs, hausse des prix…les safaris tigresques semblent perdre une partie de leur attrait. Les réserves moins fréquentées peuvent alors constituer une alternative intéressante, même si la rencontre avec le tigre n'est pas garantie. "C'est plus excitant quand la rencontre est inattendue, et c'est un grand moment de le croiser dans un endroit désert", fait valoir Janine Renard.