Bonjour Eyterrtye,
Et comme "mon" Triandaphyllidis annonce également que "les cas obliques du pluriel des noms communs proparoxytons sont paroxytons", je suis parfaitement convaincue.
Merci pour ces diverses informations.
Deux dernières curiosités :
- je note en observant la version démotique et la version classique du texte que la prononciation des lettres est sensiblement différente : le "delta", l"ita", le "vita" en particulier. Comment sait-on qu'ils se prononçaient ainsi il y a quelques 2 500 ans ?
- que signifie ce "endon" devant Thalasses ?
Bon dimanche,
Catherine
Bonsoir, Anàssa.
Veuillez tout d'abord pardonner ma réponse plus que tardive, près de trois mois après votre message...
La grammaire de Manolis Triantafyllidis est en effet fort bien conçue. Du reste a-t-elle été traduite dans pas mal de langues, preuve de sa réelle valeur.
Pour la prononciation de /d/, /ê/ et /b/, disons pour résumer qu'on se base avant tout sur les écrits des grammairiens grecs qui, rappelons-le, furent les premiers en Occident à mettre sur pied les fondations de ce qui allait devenir l'analyse grammaticale. On se base en outre sur les transcriptions d'écrivains latins de l'Antiquité et du haut Moyen Âge, sur les recoupements qu'on observe entre les différents états de la langue grecque et de ses dialectes mais également sur le tsakonien (stakônika), un parler grec encore pratiqué de nos jours par quelques centaines de locuteurs et qui semble s'être « figé » dans le temps, conservant par exemple le digamma à l'initiale de certaines diphtongues.
Le lent passage de /b/, /d/, /g/, /kh/ et /th/ vers les fricatives voisées correspondantes , (son équivalant à celui du grec moderne dans edhô, par exemple), (même son que dans egô), (ekhô) et (thelô) a dû se produire durant l'époque d'une koinè en devenir, l'attique athénien fusionnant avec d'autres dialectes.
Le delta s'est amuï en dentale fricative [ð] caractéristique du grec moderne, phénomène remontant sans doute à l'émergence de cette koinè qui, subissant de multiples influences dialectales, dut par ailleurs batailler contre l'expansion de la langue latine... T. R. Bruce a écrit un livre à ce sujet : The pronunciation of delta in Greek and Lycian (University of Chicago Press, 1986). Ces altérations phonétiques ne se sont pas faites en un jour mais sur des siècles, évidemment.
L'epsilon de l'attique était très certainement ouvert et il se confondait parfois avec l'êta (ita en grec moderne), prononcé comme un long... Existait la correspondance quasi-systématique du /a/ long de l'attique avec le /e/ long (êta) de l'ionien, ce qui tend à prouver qu'il se prononçait bel et bien comme un /e/ allongé, phonème qui aboutit à /i/ en grec moderne et se confond désormais avec l'iota du point de vue auditif, sans distinction de quantité.
Le bêta (vita en grec moderne) équivalait sûrement à un /b/, à l'origine, et ce n'est que durant l'ère chrétienne qu'il glissa vers l'allophone , ce que l'alphabet cyrillique hérité du glagolitique et créé à partir de l'onciale grecque semble confirmer : son créateur Cyrille dut en effet excogiter une lettre dérivée de ce bêta pour marquer le son « b », ce qui constitue à coup sûr la preuve que ce dernier n'existait plus et que le passage de « b » – je ne le mets pas entre crochets car le forum l'interprète comme la balise HTML des caractères gras, ce qui a pour effet de rendre le reste de mon texte illisible... – à était largement consommé, en grec du IXème siècle...
Si cela vous intéresse et pour simplifier les choses, j'ai rédigé un tout-petit memorandum destiné à faire le point sur nos connaissances actuelles en la matière. Strictement informatif, il est très loin d'être exhaustif... J'ajoute quelques liens qui vous éclaireront :Kommission für Antike Literatur der Österreichischen Akademie der Wissenschaften :
http://www.oeaw.ac.at/kal/Quelques exemples « audio » issus du site précédent :
http://www.oeaw.ac.at/kal/agp/Compendium of Ancient Greek phonology de Carl Conrad :
http://www.artsci.wustl.edu/~cwconrad/docs/CompPhon.pdfQuelques livres pourraient aussi vous intéresser, eu égard aux nombreuses indications historico-phonétiques qu'ils recèlent (je me limite à des références d'ouvrages en français, anglais & allemand) :André Meillet & Jospeh Vendryes : Traité de grammaire comparée des langues classiques* (Librairie Ancienne Honoré Champion, 1968)André Meillet : Aperçu d'une histoire de la langue grecque (Klincksieck, 1975)Pierre Chantraine : Dictionnaire étymologique de la langue grecque - histoire des mots en deux volumes (Klincksieck, 1984)W. Sidney Allen : Vox Graeca - a guide to the pronunciation of Classical Greek (Cambridge University Press, 1987)Helmut Rix : Historische Grammatik des Griechischen - Laut- und Formenlehre (Wissenschaftliche Buchgesellschaft in Darmstadt, 1992)Michel Lejeune : Phonétique historique du mycénien et du grec ancien (Klincksieck, 2005)Pour finir, le mot endhon (avec esprit doux initial) est adverbial et signifie « de l'intérieur », « en dedans ». Comme vous pouvez l'imaginer, il est formé à partir de la préposition locative en (« dans ») suivie d'un ancien suffixe indo-européen, selon toute vraisemblance. Bien que Mesogeios Thalassa ou même Thalassa se suffisent à eux-mêmes pour désigner la Méditerranée, on peut préciser en plaçant endhon avant Thalassa.
En espérant ne pas avoir été trop long, je vous souhaite une bonne soirée.
* C'est, si j'ose dire, l'opus de référence de tous les étudiants et spécialistes de la question !