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Inch Allah Voyage (texte brut)
Discussion started by Nicodilo on 2010-02-09
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Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-02-09
Pour la nouvelle année, bus, train, câlins puis départ : bateau 4*4, bus train… L’année commence à toute volée alors qu’on m’avait conseillé du repos, de la lenteur, du calme. Je fais tout le contraire. J’aspire au calme, certes mais ma vie n’a jamais été aussi gracieuse, amoureuse, voyageuse. Je me sens porté par toutes ces écluses que j’ai ouverte par un courrant doux et fulgurant à la fois, en direction de gares où j’ai souhaité voir passer ma vie. 6h de train, voiture 15 place N° 43. La vie défile, les gens se bousculent, ils courent, montent, descendent, compostent, cherchent, prennent leur sac, posent leur sac. Je ne bouge plus, j’observe. Le calme, je le trouve mieux dans la tempête.
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-02-09
Salamalekoum
Le bled. Un amas d’immeuble à la limite de l’insalubre, clairsemé dans le désert. Des marocains soumis et honnêtes dans l’agitation perpétuelle des petits commerces de rues. Quand les Français d’origine marocaine rentre au bled, qu’est ce qu’ils se disent ? Peut-être dans mon pays les gens savent vivre, prennent le temps de vivre, mais cette vie de rien, ils n’en veulent plus. Ils préfèrent la France. C’est plus fatiguant, chiant, froid mais il y a tout. C’est presque le top au niveau atteint de la civilisation occidentale.
Je me crois vraiment en Asie, entre l’Inde et le Pakistan mais non, je suis au Maroc. D’ailleurs, je n’arrête pas de comparer , de confondre. Je refait mon voyage. Je me revois au début de cette aventure dans le regard de ceux qui m’accompagnent. Je n’arrête pas de parler de l’Inde et de mon premier voyage en général. Quand vais-je interpréter de façon nouvelle ce que j’observe ici. Quand vais-je réagir, percuter que c’est un nouveau voyage !
Une petit taxi, jeune et fervent, n’a pas osé regardé Marly dans la voiture. Comment qualifié ce comportement culturel et religieux ?
A Nador, nous avons passé la matinée avec Kevin dans le bouiboui d’un soudeur, avec qui, à la fin d’un travail bien fait, nous avons partagé une petite « pipe » sur un vieux fauteuil de voiture entre les moteurs graisseux et les bouts de ferrailles rouillés.
A Guerçin, j’ai rencontré un homme qui m’a guidé pour trouver du charbon dans la ville. Très occidental avec son costume, il n’arrêtait pas de dire « je ne suis pas un terroriste moi »
A Fez, un jeune de la médina nous a donné des tuyaux pour bouffer, trouver du kif, il se nommait Padr.
A casa, grande virée dans le centre ville jusqu’à la nuit. Des gens, du bruit, de l’agitation. Une vie mouvementée. Des gens formidables. Ce voyage s’annonce bien. Profite mon gars. Fume la vie avant qu’elle ne te fume.
Essaouira. Nous sommes arrivés dans cette ville du côté de la médina où sont entassés les touristes. Ca m’a fait bizarre de voir tous ces camping-car, tous ces touristes aux cafés et ses dizaines de magasins spécial touristes. Mais bientôt en s’enfonçant dans la ville un dédalle de ruelles marchandes écrasé entre des remparts, les marocains reprennent toute la place et nous revenons en quelques secondes dans le « véritable voyage au Maroc ».
Comme toujours, ils sont cool, polis…Ils ont la classe, je trouve, avec leur djellaba d’hiver surmontée de grandes capuches pointues.
Dormons dans un superbe appartement dans le cœur de la ville, fait d’arcades, de petites fenêtres sur patio et de décorations fines. Enfin la bouffe est délicieuse, je n’avais jamais mangé d’aubergine pourrait-on dire.
Dans le groupe. L’amitié construite sur la toile est branlante. On se toise, on se test, on devine, on colle une étiquette. Sans doute un peu plus loin sur la route, cela se débridera. La solidarité sera sincère et partagée. Pour le moment notre part d’individualisme, comme collé à notre peau, ne se laisse pas déborder. Chacun pour soi et tous pour sa gueule mais avec courtoisie soyons honnête.
J’ai parfois du mal à me voir dans leurs yeux : insociable, prétentieux… Dernière expérience sociale en Espagne. Jamais vu ça. Obligé d’aller chercher mon meilleur ami à l’autre bout du pays après que sa copine se soit jetée dans les bras d’un autre type pour le rendre fou. C’était réussi. Vlà ce qu’elle s’est pris, et aussi ce qu’elle m’a mis. Mais je fais donc des efforts, je n’ai pas oublié les « exécrable, insolent, insociable » Tu m’étonnes, l’ambiance. Mais des fois c’est plus fort que moi, j’ordonne ! Et quand ça m’emmerde, je le dis. Je suis un con de Français après tout.
Notre chauffeur, guide, coordinateur essaie de faire en sorte que le voyage nous soit agréable. Il y réussit très bien. Sérieux, il assume les tâches qu’il s’est dédié et nous nous en remettons à lui avec confiance. Des années d’Afrique, ça forme un gars pour la débrouillardise. Mais que ramène-t-il dans ses bagages ?
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-02-09
« Bonne arrivée »
La seule différence est la couleur de peau… Seulement il y a trop de teinte entre le blanc et le noir. L’environnement semble vouloir nous éloigner. Il n’y a qu’en fermant les yeux qu’on en peut plus douter. Certains ne ferment les yeux que dans le noir…
Formant un passage dans la brousse écrasés de chaleur et de fièvres, les premiers qui ont fait la route et sont arrivés dans des villages reculés ont du écarquiller les yeux.
Sont-ils des hommes ? Non, pas comme ils ne connaissaient les hommes. Dans un siècle où déjà les européens s’enrôlaient de prétention.
Petite chanson
J’arrive Today in Africa
Pour voir ça, Pour voir ça
Il y a dieu dans les hommes ici bas
Je le vois, Je le vois
Il y a dieu pour les hommes ici bas
Il n’y a pas tous les biens ici bas
Oh, non, il y a tant de besoins
Dans un monde où Certain
Ont plus qu’il n’en faut pour chacun
On plus qu’ils n’en puissent avaler
Le riche à du mal à partager
Les enfants te regardent
Par leur yeux, Ils te voient
Par les yeux, Ils t’appellent
Ils te rappellent à toi
Au cœur qui palpite en toi
Les enfants, c’est le bonheur ici bas.
../..
Bobo Dioulasso
Nous avons pris un appartement dans le 17ème secteur de la ville, le quartier Kunima. Après avoir passé la journée dans un garage en centre ville pour faire la révision de la moto, me faire emmerder par tous les vendeurs ambulants, les mecs qui veulent absolument que tu viennes visiter leur magasin… J’ai appris qu’en Afrique, tu ne vas jamais voir le mécanicien que si ça ne roule plus. Tant que ça roule, ne t’arrête jamais. Sinon, ça ne roulera plus jamais !
A midi, j’ai mangé seul pour 500 francs de mouton grillé sur le bord d’une table. Ce soir, je boit mon thé en regardant danser une libellule. J’ai attrapé un torticolis la nuit avec la moto car il y a des zones « fraîches ». Demain je devrais aller acheter une poule et l’emmener chez le rebouteux du quartier.
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-02-09
5 jours d’Afrique
Enfin au cœur de l’Afrique. Sur les routes de poussière qu’entourent notre quartier, les enfants jouent au foot avec un ballon crevé. Les femmes préparent le repas du soir. Certaines en vendent un peu. Elles sont autour d’une petite table, à la lueur d’une lampe à pétrole. Les hommes sont assis sur les bancs dans l’obscurité d’un arbre ou d’un mur. Ils regardent le silence passer.
Acetou et ses copines se font belles, là bas à la station, pour aller danser. Impudiques, elles interpellent les hommes sur leur chemin.
Les jeunes français de l’association où j’ai revu Marly font de mauvais rêves. Ils voient la solidarité, la bonne humeur mais surtout la mort et la misère. L’émotion les domine, ils pleurent.
Toubabou, Toubabou (le blanc, le blanc)
Ce matin, j’ai essayé de trouver des œufs pour déjeuner. Cela a été difficile. On m’a dit qu’avec la grippe aviaire, il n’y avait plus d’œufs. J’ai fini par trouver mais on dirait qu’ils ont tué les poules. Il faudra éclaircir cette histoire.
Ensuite, au petit marché du quartier, j’ai acheté quelques légumes et de la viande. On se moquait de moi comme si ma femme m’avait envoyé faire les courses par ce que j’étais puni.
Je commence cependant à apprendre quelques mots de Dioula et de Bobo. Il ne s’agirait pas de me faire moquer toujours sans rien avoir à répondre.
Puis après cette petite omelette, je lisais tranquillement dans le hamac, le vent secouait les branches de mon manguier qui me décorait de ses fleurs. Les enfants de la voisine écoutaient toujours aussi fort la même musique. Un groupe de 5 personnes est alors arrivé pour me visiter et savoir quel blanc j’étais. Une porte de cour ne se ferme que la nuit, tout le monde peut y rentrer et sortir mais, jamais on ne rentrera dans la maison.
½ heure plus tard, Alice est venue. Elle notre femme de ménage. Je dis notre par ce que je partage cet appartement avec Guillaume, un ami qui passe ici une année sabbatique pour apprendre le tam tam. Alors, Alice notre femme de ménage, qui a 20 ans et est très jolie, se change en arrivant puis fait le ménage avec les fesses en l’air. Je ne crois pas avoir jamais ressenti autant de gêne la première fois qu’elle est venue. Comme si je ne pouvais pas faire mon ménage. Mais bon, notre ami, le coordinateur, qui traîne de temps en temps par ici, nous la ramené en nous disant qu’elle était « une jeune catholique dévouée qui paie ses études avec les ménages » et qu’en Afrique, on partage l’argent aussi de cette façon…
Puis Fouss est venu me demander la moto pour faire une course. Enfin Guillaume est revenu de sa répétition. Voilà pour la matinée. J’ai eu l’idée un moment de monter dans l’arbre avec mon hamac et de me cacher. Etre un peu tranquille après 20 jours de voiture.
Pour le reste Daoud n’a pas répondu à mon invitation. Clarisse arrive la semaine prochaine. Il faut que j’aille dormir un peu dans la brousse seul. J’ai envie d’être un peu seul je crois, il me faut faire le rangement. Mais voilà Dédé et un autre ami qui viennent boire le thé. Puis Amidou et Siaka arrive aussi. Alice fait toujours le ménage. Il est midi, j’achète à côté des beignets de farine de mil (3 francs le kilo). Tout le monde se régale.
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-02-13
Hier soir, samedi 10 février, on était invité à une fête pour le départ d’un Africain en Europe. Il travaille en Belgique. Rentré pour les vacances, dans ses yeux, j’ai senti la tristesse de repartir. Pour faire une fête ici, on invite un groupe de musique puis on paie les bières et le whisky. Pas d’invitation, le bouche à oreille fait que des dizaines de personnes viennent. Comme nous qui n’étions pas invités mais qui connaissions quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui le connaissait.
Dans la cour de la maison, on a dansait. Cela faisait beaucoup de poussière. Les femmes chantaient aussi. Tout le monde faisait la fête. Tout le monde souriait. Tout le monde nous donner de la bière. On a été mis sur la photo avec les gens puis on est parti.
Alice fait toujours le ménage. La voisine est venu nous demander du poivre. Doucement, nous apprenons les relations que l’on peut avoir avec le gens d’ici.
Samedi Match
C’était un samedi de match au quartier de Bobo. La terre rouge du stade volait en poussière lors de frappes comme des boulets de canon. Les petites jambes des joueurs se mêlaient dans un nuage mouvant et le soleil teintait l’ensemble de son couché. L’arbitre siffla une faute douteuses et les esprits s’échauffèrent. Puis il dit : - Je ne suis pas Dieu. Mon arbitrage n’est pas parfait et ne le sera jamais. Cependant, ma loyauté est sincère. Si cette faute n’est pas, je n’ai pas sifflé pour punir mais je me suis seulement trompé. Alors, elle ne sera décisive que si elle s’insuffle ainsi dans votre esprit. La victoire s’obtient avec l’état d’esprit et non pas forcément avec la technique. Bien que la faute est été sifflée, il vous suffit de passer outre et de vous dire : ma main a peut-être touché ce ballon car j’étais le premier à l’atteindre, ainsi en continuant avec cet entrain, je serai la premier à la mettre au fond du filet !
Ainsi, la nuit s’avançait mais les joueurs, assis sur la terre, écoutaient toujours les vieux qui s’étaient joints au groupe et racontaient des histoires, parfois extraordinaires, mais qui ne manquaient jamais, cependant, de paraboles judicieuse et de morale.
../..
Tout cela est assez bizarre. Beaucoup de gens nous réclament, veulent être nos amis. Toujours par intérêt. Les relations se font et se défont très vite. Seul l’intérêt varie un peu. Juste parler ou récupérer des miettes. Souvent c’est cela. Avec le temps, on va faire le tri.
Comment construire une relation amicale quand la première approche, des deux côtés, est basée sur des intérêts ?
Je vais vraiment mettre le hamac dans les hauteurs. Et puis j’attends ma petite femme. Nous allons continuer un temps, ensemble, le Inch Allah Voyage. Avant cela, j’aimerai partir en brousse, me promener seul, dormir seul, dans la nature sous la moustiquaire.
../..
14 février
Je suis fatigué. Il n’y a rien pour moi, rien de constructif. Je me prend à regretter un bon travail en France et une vie simple et saine avec des enfants. Je suis fatiguer de voyager…
Ce qui apparaît en premier, ce sont les paysages, ensuite la misère. La misère de la vie qu’il faut accepter. En France, c’est la même chose mais c’est notre misère, celle à laquelle on est habitué, celle qu’on ne voit presque plus. Le voyageur traverse ainsi la misère et seulement quelque fois, il est accueilli chaleureusement. Alors, il pense comme se doit être bon de vivre là, d’être cette homme ou cette femme puisqu’ils sont heureux. Mais le plus souvent, comme il ne reste nulle part assez de temps pour voir à travers çà, il marche sur les ruines et les poubelles des générations précédentes qui ont fait tous ces enfants.
Le rapport avec l’argent est réel. Chaque personne qui possède un peu doit donner. Il doit donner à sa famille, ses proches mais aussi aux voisins, aux chefs, à ceux qui n’ont rien. Un jour un vieux m’a dit, ceux qui ne donnent pas, ils pourront crever devant leur porte qu’on restera assis sur notre banc.
Tout l’argent est distribué. Tu dois acheter les choses mais surtout les gens. Alors petit français, quand tu arrives les poches pleines, ou non d’ailleurs, ils te demandent combien de temps tu restes, qu’est ce que tu fais comme travail puis déjà, ils ont mis un montant sur ta tête. Ensuite ils te font cracher. Il faut distribuer pour tout à tout le monde.
Comment veux-tu avoir un ami ici. Comment veux-tu te confier à quelqu’un ici.
Et le rapport avec les femmes ici est la pire des choses. Il n’y a pas d’amour. Il n’y a que du sexe, des enfants et un rapport d’argent.
Pourtant qui sont ces hommes. Des Africains, une ethnie, une famille, un homme. Même faculté, même besoin, même ambition. Pas de moyen.
Il y a Acétou, par exemple. Le peu que je la connais. Un coup elle rie, elle dit qu’elle veut me marier. Le lendemain, elle pleure, elle dit qu’elle a faim. Puis tu la retrouve au matin, te tourner autour en train de rire et de jouer avec ton téléphone. Ensuite, un autre jour, elle te demande 2000 francs sinon, elle se fait virer. Et puis encore, elle sort, elle rie, elle danse, elle boit, elle fume. Alors là, elle rentre dans un dancing avec nous. Peu de temps après, un homme la prend par les cheveux, la sort puis la cogne. Elle court, elle pleure, elle râle, et puis se fait tabasser encore, enfin s’enfuit et disparaît.
Le lendemain, elle vient te voir. Elle sourie, elle danse. Puis d’un coup sérieux, elle te dit que ce n’était rien hier. « Un homme qui voulait me marier mais ma mère a refusé car il me battait trop et m’évanouissait ».
Alors elle vient vers toi, dans les yeux, elle s’assoit près de toi, toute prête et dit comme ça. Nicolas, j’ai un problème : mon petit frère vient de se faire renvoyer de l’école par ce qu’il n’a pas payé. Voilà, il faut 12 000 francs. Mon père est décédé. Il a laissé une maison. Elle est loué. C’est comme ça qu’on vit. Mais il n’y a pas assez d’argent pour 6 enfants. Toi, tu peux aider, tu peux donner un peu, 500 francs. Et puis, un mendiant frappe et tu vas donner. Il faut bien manger…
Inch Allah Voyage (texte brut)
Frosty · 2010-03-07
Salut, j'aime beaucoup la manière dont tu écris.
C'est vivant, c'est brut, c'est sans concession, et c'est surtout 100% juste.
CE que tu racontes sur le Burkina, je l'ai vécu aussi, mais je n'ai pas su mettre les mots aussi bien que tu le fais.
Continues ! 🙂
Inch Allah Voyage (texte brut)
Annaabigha · 2010-03-07
j'ai vécu des choses de ce que vous racontez si bien
parfois c'est scandalisant
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-03-10
Bassam - Côte d’Ivoire 20 mars 2007
Moite, tout est moite. Mes cahiers, mes draps, mes cigarettes. Le soleil s’est à peine couché entre les antennes de télé haut perchées. Les oiseaux suivent le fleuve qui est trop las (trop pompé en amont) pour se jeter en mer. Il termine là, à quelques centaines de mètres, après pourtant avoir parcouru des centaines de kilomètres. Il est cousu de nonchalance, son cour est devenu inerte. Il n’ira pas plus loin.
Papy gueule qu’ils sont bons à rien ces nègres. Feignants aussi bien dans la réflexion. On leur donne tout. Ils n’en font rien. Ils mangent tant qu’il y a manger. Quand c’est fini, ils lèvent la tête et en redemandent encore. Qui va leur donner cette fois ? Les Russes, les Chinois, les Indiens, les Coréens, les Américains ? Tout le monde frappe à la porte. En échange, ils prendront l’or, le pétrole, le cacao. Eux sont trop feignants pour l’exploiter !
Papy n’aime pas beaucoup les nègres. Enfin, il les gronde tout le temps, on peut dire : il les aime comme ses enfants. Surtout les filles, d’ailleurs. Quand elles ont l’âge. Mais ça c’était avant, quand lui avait l’âge aussi. Et puis c’est difficile à avouer surtout quand on a un peu d’orgueil. D’ailleurs, cela je ne l’ai pas vu, ni personne ne s’est plaint quand les mamans mettent les enfants dans la voiture pour que papy les emmènent à la plage. Où est la part des choses ? Ils protègent les enfants, les aime sincèrement mais à côté de ça, quand il avait soixante ans, il allait, d’après les photos qu’il m’a montré, avec des filles d’une quinzaine d’années. Respecte-il celles qui se respectent ? Ca ne veut rien dire. Où est la limite qu’il s’est fixé ? Dans tous les cas, cette limite est très éloigné de ma conscience personnelle, et je crois, de celle de notre culture.
Parlons d’autres choses... Mais je crois. Il n’y a plus rien à dire.
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-03-23
Si peut-être autre chose. Et moi dans tout ça. Je vois ces vieux avec ces jeunes filles très belles, leur assurance, leur fierté même puisque je ne doute pas qu’elle soient très chaudes, même jeunes. Les hommes qui en parlent ici, les Africains, en sue. Ils ont vraiment des difficultés à les satisfaire. Jamais, elles ne leur sont fidèles. Elles brûlent, comme ils disent, même excisées, elles sont sur le feu et elles bouent. On pourrait les baiser comme des ours qu’elle en redemanderait, ils disent. Les pauvres hommes. Où est le plaisir dans tout ça ? Le plaisir de faire l’amour à une femme qu’on aime. Le plaisir de lui sourire quand tu la chatouilles, de l’embrasser tendrement quand elle s’endort, de la prendre dans tes bras quand elle a froid, quand elle a peur, toutes les fois qu’il et bon d’être dans les bras de son mari. Comment ne pas aimer sa femme sincèrement si on veut continuer de vivre avec elle ? Comment peut-on tromper sa femme et continuer de l’aimer ? L’amour existe, bon dieu, je veux continuer d’y croire !
Ma femme me manque. Quelque fois, je prendrai bien un avion pour la rejoindre… Enfin, je suis bien en côte d’Ivoire. C’est un nouveau rêve de réalisé. Je me demande qu’est ce que je vais bien pouvoir faire quand j’aurai réalisé tous mes rêves. Alors, est-ce que je souhaiterai travailler en Côte d’Ivoire comme j’y pensait auparavant ? Non. Déjà, ce ne peut pas être le grand père qui me trouve un super plan dans une région éloignée et magnifique. Il est un peu solitaire. Les gens qui sont ici sont des retraités touristes où des aventuriers alcooliques. Personne de sérieux à rencontrer. Et surtout, pas des surhommes. Hier soir, je suis allé à la soirée proposée par le consul aux Français de Bassam. Que des vieux. Champagne et putes. Ils se disent heureux et respectables (dans un pays où ils ne sont plus les bienvenus du moins dans le Sud). Nous sommes ensuite aller avec quelques gars manger un poulet dans la rue dans un quartier. Tout le monde flippait un peu de se faire braquer puisqu’il était déjà tard et que les blancs attirent la convoitise. Le grand père d’ailleurs ne sort plus après 18h depuis déjà plusieurs années. Bref, pour ce poulet, il y avait Jean Claude un commercial au chômage qui a bien tourné en Côte d’Ivoire. Fred, un jeune de 35 ans, ancien paramilitaire, qui fait tourner 2 pauvres poids lourds et qui a du mal à s’en sortir. Ces employés ont en effet tendance à revendre des pièces du camion sur la route… Son pote Christophe, un autre loulou qui aimerait bien venir vivre en Côte d’Ivoire malgré l’ambiance. Enfin Un vieux con pédophile avec une tête de poisson rouge.
Le grand père a sans doute raison ne pas côtoyer trop les blancs d’ici, ils ont tous un vis. Lui me fait penser à moi, c’est bête, mais dans sa façon de faire des petits tableaux pour tenir ses comptes, dans sa façon de s’organiser dans son appartement, de prévoir les sceaux d’eau à cause de nombreuses coupures… Aussi tout est bien rangé, ce matin il faisait son nettoyage tranquillement. Lui ne tolèrerait pas une femme de ménage bien qu’il a maintenant 78 ans. Et toutes ces petites habitudes font d’un homme sa structure.
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Nicodilo · 2010-03-31
Alors, s’installer en Côté d’Ivoire pour travailler serait possible. A Abidjan, j’ai rencontré quelqu’un. Je vivrais honorablement, mieux qu’en France et au soleil. Mais j’ai l’impression que ce climat pourri les gens comme les choses. Rien ne lui résiste. Et puis dans cet univers raciste, d’une violence inouï, où les armes sont visibles et pullulent, je ne vois pas l’intérêt.
Comment vivre dans cette ambiance. Il faut vraiment avoir vécu là des années.
La culture française me manque déjà. Le cinéma, la diversité musicale et ethnique et j’en passe. Ici sans ami et sans ma famille, non! Sérieusement, je ne me vois plus du tout travailler et vivre ici. Et je m’aperçois même de plus en plus que l’on peut construire une vie agréable en France, si ce n’est qu’un peu plus brumeuse. Même le boulot qu’on me proposerait serait identique. Abidjan est une chaudière dégueulasse. Alors, si j’ose dire, encore un peu de liberté et puis je penserais à me poser.
Ah! si, j’ai eu une idée qui m’a beaucoup fait réfléchir. Il s’agissait de racheter ce restaurant à Bobo puis d’en faire un endroit incontournable. Les jeunes cuisiniers sont déjà formés et travaillent bien. Bobo est, par rapport à Abidjan ou Bassam, une ville beaucoup plus tranquille et où il se passe de nombreuses manifestations culturelles. L’ambiance est bonne et sans danger aujourd’hui. Dans mon plan, j’allais quelque temps à Montpellier me former avec mon oncle. Puis je partais en Chine voir Daoud dans son bar tapas… Enfin, tout ça, c’est du rêve, comme toujours puisque tout d’abord je n’ai pas d’argent. D’ailleurs, le grand père n’a pas mis longtemps à me percevoir. Un gars un peu feignant et rêveur. Mais dans tout ça, même si aujourd’hui la vie est belle, je ne construits rien.
Voilà, on s’est engueulé avec papy, ce soir au restaurant. Une histoire de toiture qu’on lui a volée de la petite maison qu’il fait construire pour sa petite fille. Sa petite fille, dans la famille, personne ne la connaît, pourtant papy l’élève depuis plus de quinze ans. Il me racontait qu’elle était malade et battue par sa famille. Une famille qu’il connaissait bien. Le père travaillait avec lui dans l’entreprise. Il avait onze enfants. Petit à petit, Papy s’est occupé de cette gamine, il lui a payé des soins, puis des études, les années ont passé. Elle l’appelle papy et vient tous les week-end.
Bref, la toiture est partie, le couvreur l’a volée et a déménagé. On a été faire un tour où on nous a dit qu’il était rendu, à une trentaine de kilomètres. Aller à la police, penses-tu, il faudrait payer pour rien. Papy a dit que c’était perdu. J’ai dit que, moi même, je ne laisserai pas ça. Il m’a dit: qu’est-ce que tu connais de l’Afrique toi! Et il est parti. Le lendemain, je retournais à Bobo.
Inch Allah Voyage (texte brut)
Nicodilo · 2010-03-31
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