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Il ne suffit pas de vouloir faire le bien pour bien faire

Discussion started by BoriBana on 2005-10-05

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Il ne suffit pas de vouloir faire le bien pour bien faire

BoriBana · 2005-10-05

A travers ce message je voudrais avant tout provoquer la discussion et le débat sur un sujet qui me parait fondamental pour tous ceux qui veulent partir « faire de l’humanitaire et du développement ».

La première chose qu’il parait important de comprendre c’est que le fait de VOULOIR FAIRE LE BIEN NE SUFFIT PAS POUR BIEN FAIRE. Beaucoup de projets humanitaires, de projets dits « de développement » se révèlent sur le long terme inutiles, voir contre-productifs.

Il ne s’agit pas d’incriminer ceux qui veulent partir « aider » les autres mais de les mettre en garde contre le fait que chaque action que l’on pose aura des conséquences et donc qu’il faut bien réfléchir avant d’agir. Vouloir travailler dans le monde de l’Humanitaire c’est avant tout une lourde RESPONSABILITE.

Il est important de se rendre compte de l’espérance que les personnes concernées par les projets sur lesquels nous sommes amenés à travailler placent en nous. Nous sommes donc responsable vis à vis d’eux. Nous ne pouvons pas aller nous former à l’étranger au détriment des populations locales, « sur le dos des autres ». En effet, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du Sud ne peuvent pas être perçus comme de formidables « cours de récréation » où nous pourrions aller nous confronter au réel grâce à nos échecs, ... Car le problème est que ce réel, ce sont des êtres humains !

Pour imager mon propos je vais vous retranscrire un exemple de projet qui avait semblé au première bord très intéressant mais qui s’est avéré nuisible au final.

Problème repéré par une ONG française dans un petit village au Burkina : les enfants du village doivent marcher pendant 1h30 pour aller à l’école.

Solution proposée : l’ONG a décidé d’offrir un vélo à chaque enfant du village pour qu’il puisse aller à l’école plus rapidement. En plus cette solution rentre dans la mode du « développement durable » puisqu’elle est à la fois simple et écologique.

Résultat à court terme : Les enfants ne mettent plus que 30 minutes pour aller à l’école !

Résultat à moyen terme : Les vélos commencent petit à petit à s’abîmer. Les villageois ne disposant pas de pièces de rechange ils sont dans l’impossibilité de réparer les vélos.

Le constat pourrait s’arrêter là et il serait très classique dans le monde des projets de développement : « un coup d’épée dans l’eau ». Une ONG a voulu bien faire, mais elle n’a pas été au bout de son projet. Tant pis, ce projet n’aura servi à rien…

Mais le problème c’est qu’il n’a pas servi à rien, il a servi, mais pour faire du « mal ».

Résultat à long terme : Non seulement les villageois se sont retrouvés sans vélo mais en plus ils ont été humiliés. En effet certains des villageois se sont dit après coup : « On doit vraiment être cons, puisque des gens sont venus de loin pour nous aider et que nous n’avons même pas été capables d’entretenir le matériel qu’ils nous ont donné... on est des moins que rien… ».

En effet le fait d’être obligé de recevoir l’aide de quelqu’un est toujours un peu humiliant, mais le fait de ne pas réussir à se servir de cette aide l’est encore plus.

Quand on cherche à creuser plus profond on s’aperçoit donc de la possible perversité « inconsciente » de ce genre de projet.

En effet la prochaine association qui va venir faire un projet dans ce village va se trouver face à des personnes très réticentes, voir ouvertement hostiles, car elles n’auront pas envie de « se faire avoir » une nouvelle fois. Pendant ce temps dans un processus d’inversement de la réalité devenu classique dans les relations Nord-Sud, les membres de l’association risquent de se dire, « putain mais ces gens ne veulent même pas qu’on les aide ! »

Parfois il vaut mieux ne rien faire que de mal faire… C’est difficile de se l’avouer mais c’est la réalité…

Bien sûr pour ceux qui veulent partir, c’est dur de se remettre aussi fortement en cause… Dur mais au combien salvateur ! Car cette réflexion, ce travail de remise en question, n’est-il pas un pré-requis nécessaire pour tous nos projets à venir ?!?…

Sur ces quelques idées, je vous laisse.

Ignace

p.s. Pour plus de réflexion sur ce sujet je vous conseil d’aller faire un tour sur un blog qu’on a créer avec des amis justement pour réfléchir ensemble à toutes ces problématiques liés à l’humanitaire et au développement : http://boribana.over-blog.com

BORI BANA signifie en langue malinké : « La course est terminée, la fuite est finie ». Parce que nous pensons qu'il est important de préserver notre capacité d'étonnement, de réflexion, de prise de distance et de révolte, nous avons voulu initier cet espace d’échange et de dialogue. L’important n’est pas de chercher à avoir le dernier mot, mais plutôt le juste premier, c’est-à-dire celui qui nous pousse à s’interroger et à réagir.

Alors allons y échangeons.

Quelques articles à lire en priorité :

- Synthèse des travaux de réflexion sur le concept de « Développement » http://boribana.over-blog.com/article-92702.html

- Les projets de développement, qu'en sais tu ? http://boribana.over-blog.com/article-185101.html

- Allons plus loin sur la question du Développement… http://boribana.over-blog.com/article-91270.html

- Réponse à "Allons plus loin sur la question du Développement…" http://boribana.over-blog.com/article-91545.html

Il ne suffit pas de vouloir faire le bien pour bien faire

Tanss · 2005-10-05

Tout à fait d'accord avec ta vision. Un projet de développement financé par des aides extérieures c'est un partenariat. De ce fait Chacun doit parfaitement connaître l'autre partie pour développer une relation de confiance. Le "financier" doit faire tout son possible pour répondre à une demande, et non pas pour imposer son projet. Il lui faut beaucoup de patience, et parfois d'humilité, pour saisir ce que l'autre souhaite, et éventuellement l'aider à formuler sa demande. Cette approche peut demander beaucoup de temps, avant que l'accouchement du projet se fasse. Ceux qui vont bénéficier du soutien doivent aussi être certains du sérieux de l'engagement des donateurs, afin qu'ils n'aient pas de doute sur la sincérité et le désinteressement de leur acte. Toute cela ne se réalise pas en un jour. Un projet de développement s'inscrit toujours dans la durée, cela se bâtit par petites touches. Très souvent on a l'impression que rien n'avance avant que le processus s'engage vraiment.

Toute personne qui va s'engager dans ce projet devra faire preuve de la même patience pour l'appréhender petit à petit dans toute sa complexité.

C'est pour cela que je saute au plafond chaque fois qu'on insiste pour partir sur le terrain, dans le cadre d'un bénévolat clef en main, sans avoir fait cette démarche qui consiste à s'informer, à comprendre, afin que les compétences puissent être transmises sans heurter, et sans entraîner des conséquences pires que le mal qu'on veut guérir. Il est tout aussi irresponsable que des responsables locaux fassent appel (souvent moyennant finance!) à des bénévoles dont ils ne savent rien et qui ne séjourneront que quelques jours, sans même avoir la possibilité d'acquérir un minimum de compréhension du milieu dans lequel ils sont sensés travailler.

Il ne faut pas oublier ce principe de base: on fait du bénévolat uniquement pour mettre ses connaissances au service des autres. Toute autre motivation ne peut pas être mise en avant. Certes comme toute activité une mission sur le terrain sera certainement un enrichissement personnel, voire une source de satisfaction personnelle, mais ces retombées positives ne peuvent en aucun cas être le moteur et le but de la démarche.

Il ne suffit pas de vouloir faire le bien pour bien faire

BoriBana · 2005-10-12

« Jamais l’homme n’est aussi grand que quand il se fait tout petit.» Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde

Voici un justement à l’inverse de l’exemple ci-dessus un projet qui prend vraiment le temps de comprendre chacun. Ce projet s’appelle la « Cour aux cent métiers » et à été à Ouagadougou au Burkina Faso par l’association ATD Quart Monde.

Sauf indications contraire toutes les citations seront donc des extraits du livre : La Cour aux 100 Métiers, écrit par Michel Aussedat et publié aux Editions Quart Monde en 1996.

Le point de départ de ce projet est très simple, deux « volontaires permanents[1] » d’ATQ Quart Monde décide de partir à Ouagadougou, la capitale du Burkina pour chercher à voir comment il pourrait apporter leur soutien aux enfants qui vivent dans la rue.

Pendant les deux premières années ils ont été simplement chercher à rencontrer véritablement ces enfants en étant à leurs côtés afin de s’imprégner de leur environnement, de comprendre leurs envies, leurs rêves, leurs ambitions ainsi que les mécanismes de solidarité qui existaient déjà entre les enfants des rues eux-mêmes et entre ces derniers et les habitants de la capitale burkinabée.

« Vivre cette première étape sans engager d’action, dans un contexte où les besoins sont énormes, est une difficile exigence, autant pour nous que pour ceux qui nous accueillent. A bien des égards, ce temps pourrait apparaître comme un gaspillage, un luxe inutile. Mais l’expérience montre que, quelle que soit le pays, cette première étape consacrée à la « connaissance » est nécessaire et décisive pour rejoindre la population très pauvre et gagner sa confiance. » p.15

Les volontaires cherchent à se rapprocher des enfants qui paraissent les plus reclus :

« Parmi tous ces enfants et ces jeunes étroitement mêlés à l’activité de la ville, nous parvenons peu à peu à en distinguer quelques-uns se tenant à l’écart. Des passant nous mettent en garde, nous conseillant de ne pas les approcher ». p.17

Ils cherchent à établir un vrai climat d’échange avec les enfants qui ne soit pas basé sur l’aide :

« A chaque fois, nous ne manquons pas de les saluer dans leur langue, le mooré, ce qui ne manque pas d’amener un grand sourire, comme de nous voir nous déplacer à pied plutôt que de prendre notre mobylette. Sans céder à leur demande d’argent, de vêtements ou de médicaments, nous tachons de manifester à leur égard un signe d’attention, une arque de considération : une poignée de main, quelques mots, nos prénoms échangés. » p.18

Très souvent les enfants essayent d’attirer la pitié sur eux, en parlant très mal de leurs parents, mais les volontaires refusent d’accepter cela :

« Nous freinons les confidences : notre amitié n’exige pas qu’ils se découvrent ainsi ni qu’ils soient obligés de mentir pour attirer sur eux notre attention. Au contraire, nous ne pouvons pas accepter qu’ils déshonorent leur famille. La souffrance de tous les parents pauvres rencontrés en Europe, impuissants à offrir un avenir à leurs enfants, nous revient de plein fouet. Affrontant les enfants, nous exigeons d’eux qu’ils accordent le même respect à leurs parents que celui que nous leur accordons en dépit de leur mauvaise réputation. A ce prix seulement naîtra une réelle amitié entre nous. » p.25

Les jeunes qui vivent dans la rue ont beaucoup de mal à trouver du travail :

« Amidou, quinze ans : Quand tu cherches du travail, on te demande où est ta famille et, comme ta famille est loin, on ne te prend pas. Si tu arrives à Ouagadougou et que tu n’as personne, personne ne te prend. » p.27

« Mathias, 18 ans : Les enfants ont peur, ils ne veulent pas s’engager ailleurs et ils restent à la gare. Ils se débrouillent. Tu as une idée du boulot et tu crois que, partout, ça va être pareil. Tu penses que, partout, on fera tout pour te critiquer, soi-disant que tu as perdu quelque chose, pour pouvoir ne pas te payer ou te chasser. » p.27

Beaucoup d’enfants ont le sentiment angoissant d’être devenus inutiles et irrécupérables :

« Mouni, quatorze ans : Personne n’est né pour ne rien savoir. Des gens essayent de nous décourager en citant des proverbes bizarre comme : « Est-ce que le bois sec peut donner du fruit ? » Ou bien ils nous disent que nous sommes devenus comme du bois sec qui ne peut plus lier. Mais moi, je me bouche les oreilles pour ne pas entendre. » p.31

La première « action » au sens courant - en réalité la rencontre est déjà une action en soi - des volontaires est de mettrent à dispositions des enfants, sur leur demande, un robinet pour se laver.

« Ali quinze ans : Si tu es sale, il est impossible que tu trouve du travail. » p.33

En effet, à cause de la saleté et de la honte qui en découlait les enfants n’osent plus chercher du travail, aller au dispensaire et encore moins retourner au village. Beaucoup d’enfants n’osent même plus aller voir les associations qui faisaient des distributions de nourriture et de soins ! Les associations qui avaient critiqué la démarche d’ATD Quart Monde comme trop lente se retrouvent dans une position paradoxale où les « bénéficiaires » de leur programme n’osent plus aller bénéficier de leur aide… Apparaît alors la question de la causalité : on pouvait penser que les jeunes sont sales parce qu’ils sont pauvres, mais l’inverse est aussi vrai.

Il faut toujours faire très attention aux signaux qu’on envoie aux enfants : l’exemple de la paire de chaussure qui divise.

François est un jeune qui a laissé tomber ses études. Aujourd’hui il garde les mobylettes devant la gare, car il a honte de retourner dans son village et d’être considéré comme un bon à rien. Sur la demande de d’autres jeunes de la gare, les volontaires vont rencontrer François et essayer de le soutenir pour qu’il puisse reprendre ses études dans un cours du soir, ce dont il rêve. Cela marche, et devant ses bons résultats du premier semestre, les volontaires décident de lui offrir une paire de chaussures pour l‘encourager. « Les jeunes, qui nous avaient interpellés auparavant, viennent alors chacun à leur tour exprimer leur profond mécontentement. Qu’est-ce qui justifie que François ait reçu une paire de chaussures ? Est-ce que leurs efforts à eux comptent moins que lui ? Est-ce qu’ils valent moins que lui ? Et François ne va-t-il pas avoir honte d’eux maintenant ? Il y a, dans les réactions de ces jeunes, un profond désarroi, un appel de détresse pour que leur camarade ne les abandonne pas. » p.38

« Le geste que nous avons eu leur est apparu comme une tentative pour les diviser. Tous, ils rêvent d’apprendre un métier et d’être comme les autres. Aucun n’est heureux de la vie qu’il mène, mais voilà qu’on leur signifie qu’à nos yeux un de leurs camarades a plus de courage. » p.38

Cet exemple illustre parfaitement le fait qu’il ne suffit pas de vouloir bien faire pour faire le bien…

Les volontaires s’aperçoivent que de toute évidence, il faudra permettre à ces enfants d’être accueillis dans le monde du travail :

« Mais cela devra se faire à partir d’un rassemblement où tous seront solidaires. Que jamais la réussite de l’un ne devienne l’humiliation de l’autre. Que la réussite de l’un, au contraire, devienne la fierté de tous. » p.39

Les volontaires envisagent alors la création d’ateliers professionnels dans la cour. Mais avant cela il faut déjà construire les bâtiments qui accueilleront ces ateliers.

Les volontaires décident alors de proposer à quatre jeunes des plus fragiles, des plus démunis pour travailler sur ce chantier :

« Avec ces quatre jeunes, la réussite n’est pas certaine. D’aucuns nous reprochent notre inconscience, mais une seule chose nous préoccupe : dès le départ, il faut garantir que ce projet de « partage du savoir » soit accessible à tous les enfants, à commencer par les plus démunies d’entre eux. » p.39

Il faut du temps pour convaincre les jeunes de participer à ce chantier. Ils n’ont pas confiance en eux et hésite à accepter. Mais après de nombreuses discussions, ils finissent par accepter le défi.

« Malgré les difficultés, Madi, Alexis, Sayouba et Lamine tiennent bon. Sur le chantier, ils expérimentent les différentes étapes de la construction des bâtiments et découvrent l’importance des travaux de finition. Nous effectuons avec eux toutes les taches ingrates, refusant de les cantonner à des rôles auxiliaires et Matthieu, l’artisan maçon, a compris la nécessité d’accorder son rythme au leur : il est impossible de leur donner un programme de travail pour la matinée et de les laisser se débrouiller seuls. » p.40

Au terme de deux mois et demi de chantiers les deux bâtiments sont construits !

Réactions d’Alexis : « Il n’y a pas d’enfants qui ne veulent pas travailler. Moi-même je ne savais pas que je pouvais construire les murs, tôler une maison et même apprendre l’électricité et le crépissage ». p.40

En voyant ce qu’on construit ces quatre jeunes auparavant méprisés par chacun, les autres enfants sont impressionnés et se disent, « mais s’ils sont capables de construire ces bâtiments, alors nous aussi on peut le faire ! »

Ainsi en choisissant de travailler avec les plus fragiles, les volontaires ont lancé une dynamique positive qui redonne espoir et confiance en eux à tous les enfants qui vivent dans la vue, même ceux qui n’ont pas participé au chantier.

ATD Quart Monde décide donc d’organiser des stages de formations dans ces nouveaux locaux :

« L’objectif de ces ateliers n’est pas de créer un centre d’apprentissage dans la cour mais de réunir des enfants et des jeunes autour d’un artisan, le temps d’un stage. Qu’ensemble, ils prennent part à la connaissance de leurs aînés s’émerveillent de la richesse des métiers et retrouvent confiance en leur capacité d’apprendre. Qu’ils réalisent de leurs mains quelque chose de beau et d’utile pour leur communauté et de là s’ouvrira - peut être - un chemin vers la formation et le travail ». p.43

Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde, s’enthousiasme pour ce projet et dit : « Ce devrait être une Cour aux cent métiers ! »

S’en suivent donc des stages de menuiserie, de poterie, de mécanique, couture…

Ousmane, 15 ans, suite à un stage de maçonnerie : « Je ne m’attendais pas à être là. Par coup de chance, vous m’avez appelé pour suivre ce stage qui va me soutenir dans la vie. Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. Comme j’ai appris quelque chose, je me mets à l’idée que je pourrais retourner chez mes parents et qu’ils seront fiers. Comme, avant, je ne faisais rien, il y avait des rancunes. Si tu ne peux pas donner quelque chose à tes parents, cela ne va pas. » p.46

L’histoire se poursuit avec une participation plus large à la vie de la ville : représentation théâtrale, participation au FESPACO, …

Repères pour l’action

Sans vouloir faire ressortir une méthodologie unique sur la manière de monter un projet qui se fasse réellement au rythme de chacun, c’est-à-dire d’abord des plus fragiles, il est important à partir de cette expérience de chercher à toucher du doigt certains des éléments qui peuvent être les clefs d’un projet où les habitants se sentent réellement acteurs et initiateurs d’un projet. L’importance de prendre le temps de la rencontreLes volontaires ont attendus deux ans avant de faire le premier chantier de maçonnerie. Cela peut apparaître comme un temps très long avant d’entreprendre une « action », mais en réalité, la rencontre est déjà une action en soi !

Claude Heyberger :« Il n'y a pas de rencontre entre celui qui sait et celui qui ignore, entre celui croit savoir et celui qui pense qu'il ignore, entre celui qui a et celui qui demande, entre celui qui a tort et celui qui a raison… La rencontre n'est pas une démarche initiale, elle est la condition permanente d'une relation patiente dans laquelle personne n'impose rien à personne.Dans la rencontre, chacun peut exister dans son savoir, son expérience, sa pensée, sa fierté. Elle est réciproquement valorisante. Elle doit encourager chacun à être en mesure de poser des gestes pour le bien de ceux qui l'entourent et ainsi contribuer à redonner sens à sa vie. »[2] Refuser l’assistanat« Dès le départ la Cour aux cent métiers ne s’est pas bâtie en réponse aux demandes d’assistance des enfants en vêtements, en nourriture, en médicaments, ni pour suppléer à leur manque de logement ou de travail. Non seulement les moyens nous manquaient mais, surtout, une telle prise en charge risquait de rendre dérisoire leurs propres efforts et des les marginaliser d’avantage encore du fait d’une dépendance donc, au plus profond d’eux-mêmes, ils ne voulaient pas. » p.92 S’adapter réellement aux enfants tout en gardant des exigences fortes.« Les temps d’évaluation avec les enfants participant aux ateliers constituent également une véritable école de formation et permettent d’adapter continuellement l’apprentissage en fonction des difficultés et des espoirs de chacun. Mais cette adaptation ne signifie pas pour autant le renoncement aux exigences de tout apprentissage. Trop souvent en effet, face à ces enfants, la tendance est de réduire les exigences, contribuant ainsi à rendre plus durables leurs difficultés. Dans la Cour, nous insistons au contraire sur les exigences de la formation : respect des horaires, qualités du travail, responsabilisation envers le matériel et évaluation mensuelle. Tout en tenant ferme ces exigences, il revient à l’équipe de provoquer des situations où chaque enfant peut constater qu’il progresse effectivement. Dans la Cour, les enfants aiment venir apprendre d’abord parce qu’ils sentent que leur réussite est souhaitée » p.93 Chercher à rejoindre les enfants les plus démunis« Comme dans tout projet qui prend forme et se développe, la tentation est grande parmi l’équipe de volontaires et d’amis de céder au désir de suivre, de réfléchir et d’agir avec les enfants les plus dynamiques, avec ceux qui s’expriment le mieux. Pour parer à cette tentation, l’équipe s’oblige à toujours retourner dans la rue, rencontrer sur leurs lieux de vie les enfants qui n’osent pas venir à la Cour, aller aux nouvelles de celui qui a manqué le cours ou l’atelier et explorer de nouveaux quartiers sans cesse à la recherche d’autres enfants. Ces rencontres dans la rue permettent de rester au plus proche de ce que vivent et espèrent les enfants. A tout moment, les actions doivent pouvoir être repensées et réajustées, dès lors qu’elles ne correspondent plus aux attentes et aux nouvelles situations vécues par les enfants les plus démunis. De cette connaissance sans cesse réactualisée peut naître une réflexion et une action ne mettant personne à l’écart. » p.95 Reconnaître l’histoire des enfants, c’est-à-dire leur appartenance à une famille, à une communauté, un pays.Adama : « On ne peut pas vivre sans sa famille parce qu’on ne pourra jamais être heureux »

Claude Heyberger : « un enfant qui vit dans la rue n’est pas un “ enfant de la rue ” réduit à n’être que sa situation. Il est avant tout un enfant issu d’une famille, porteur d’un savoir familial, d’une éducation, et donc d’un regard sur le monde qui l’entoure.»[3]

« Ainsi, après une première étape pour reprendre force et confiance, les enfants espèrent, dans une deuxième étape, être soutenus dans des projets propres à les revaloriser aux yeux de leur famille et de leur communauté. A cette fin, toutes les activités de la Cour comptent une dimension familiale. Les fêtes annuelles, par exemple, sont avant tout une occasion pour que parents et enfants se retrouvent dans la fierté » p. 95

[1] Les volontaires permanents du Mouvement ATD Quart Monde sont des hommes et des femmes d’origine et de formations diverses, qui rejoignent durablement les populations très exclues de par le monde. [2] Extrait de l’intervention de Claude Heyberger, qui a travaillé 10 ans au Burkina Faso pour ATD Quart Monde, lors de la conférence à 3A sur le thème : « Les projets de développement, Les projets humanitaires, qu’en sais tu ? » le 8 mars 2005. Retrouvez l’intégralité de son intervention sur le site : http://boribana.over-blog.com [3] Intervention de Claude Heyberger à 3A, op. cit.

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