Tout le monde veut maintenant (20 juin 2010) voir le volcan (Islande)
Un article du journal "Le Matin" du jour :
Il a piqué une grosse colère, mais ça va mieux. Le désormais célèbre volcan islandais, dont personne en dehors des pays nordiques n’arrive à prononcer le nom, n’arbore plus qu’un panache de vapeur. Après avoir imposé sa loi, craché des tonnes de cendre et paralysé le ciel européen pendant plusieurs jours, l’Eyjafjallajökull est en passe de devenir l’une des attractions touristiques du moment. L’exaspération est passée, la fascination, elle, est restée. «Tout le monde l’a vu à la télévision et certains ont envie de le voir en vrai», résume Andrea Müller, chez Kuoni. L’agence de voyages suisse a flairé le bon filon et fait actuellement la promotion d’un tour organisé de neuf jours à la découverte du «monstre». Kuoni, qui proposait déjà une escapade en Islande axée sur les volcans (le pays en compte 130!), a simplement revu son offre. «Nous pensions que les gens voudraient surtout visiter ce volcan-là, alors nous avons modifié notre programme. Il y aura beaucoup de choses découvrir, mais l’Eyjafjallajökull sera au cœur du voyage», poursuit la porte-parole. Le premier pèlerinage doit réunir quinze à vingt participants au mois d’août. Pour la coquette la somme de 3990 francs, les amateurs bénéficieront d’un programme respectueux de l’environnement et d’un accompagnateur de luxe: le volcanologue zurichois Peter Diethelm. «Il est de langue maternelle allemande, c’est pour cela que nous avons surtout fait de la publicité en Suisse alémanique, mais les Romands sont les bienvenus, car Monsieur Diethelm parle également français», nous assure Andrea Müller. La cendre a recouvert les pâturages Aucun doute, l’enthousiasme de Peter Diethelm franchit parfaitement la barrière des langues. «Les paysages sont très impressionnants, notamment au sud du volcan où la cendre a recouvert tous les pâturages. C’est unique d’avoir la possibilité d’approcher un volcan en activité sans risque, de voir les conséquences directes d’une éruption, de pouvoir discuter avec les fermiers sur place de ce qu’ils ont vécu. C’est bien plus touchant que de belles images sur fond de ciel bleu!» s’enflamme le volcanologue qui était sur place il y a trois semaines à peine. «Actuellement, on observe surtout des jets de vapeur et, à l’intérieur du cône, se produisent de temps en temps de petites explosions, ajoute Peter Diethelm. On espère pouvoir monter jusqu’au sommet, mais ça dépendra évidemment de la situation.» Un détour par l’Eyjafjallajökull Sur l’île les agences de voyages se sont également mises à l’heure de l’Eyjafjallajökull-mania. «Nous observons une hausse des demandes depuis le début de l’éruption. Beaucoup de clients veulent des excursions vers ce volcan-là spécifiquement et ceux qui avaient des réservations datant d’avant l’éruption cherchent à modifier leur tour pour y inclure le volcan», confirme Erling Aspelund, qui dirige le tour opérator Iceland Encounter à Reykjavik. Son agence propose toutes sortes d’excursions d’un ou deux jours vers l’Eyjafjallajökull, au départ de la capitale. Sur place, il est même possible de louer un petit avion Cessna pour survoler le cratère! «Alors que l’industrie du tourisme en Islande a accusé une chute du nombre de réservations, la plupart des agences qui, comme nous, se sont spécialisées dans les activités outdoor observent le mouvement inverse», confie Erling Aspelund. De quoi se réjouir un peu, car l’éruption du mois d’avril a bien failli donner le coup de grâce à une économie islandaise déjà mal en point. Le tourisme, secteur clé pour l’île, a été frappé de plein fouet, avec une baisse massive des réservations. Le pays a d’ailleurs lancé une vaste campagne de promotion touristique dans toute l’Europe afin de rassurer les visiteurs potentiels. «Bien sûr, une nouvelle éruption est toujours possible, mais le risque d’avoir un panache de cendre aussi imposant qu’il y a deux mois est tellement faible! lâche Peter Diethelm. Ce n’est pas tant la peur qui freine les gens que l’incertitude. Peut-on être sûr de faire l’aller-retour vers Reykjavik aux dates prévues? Aujourd’hui nous n’avons plus aucune flexibilité.» Le géologue et volcanologue genevois Thierry Basset, qui accompagne des touristes sur les volcans dans le monde entier (lire l’encadré) et qui propose deux voyages en Islande, fait un constat similaire: «Je crois que les gens craignent encore de ne plus pouvoir décoller.» Kuoni a d’ailleurs annulé un premier voyage prévu en juillet par manque de réservations. Officiellement, on se veut rassurant. «Le risque est très faible de rester bloqués là-bas. Si ça devait être le cas, nous chercherions une solution appropriée avec nos clients», concède évasivement Andrea Müller Entre crainte et fascination, le volcan Eyjafjallajökull restera sans doute longtemps gravé dans les esprits. Peut-être comme le Pinatubo, aux Philippines, dont l’éruption spectaculaire en 1991 avait radicalement modifié les paysages alentour. Et qui, depuis, est devenu un passage obligé des circuits touristiques.
«Des paysages à couper le souffle» Thierry Basset n’a pas attendu l’éruption de l’Eyjafjallajökull. Voilà dix ans que le Genevois emmène des touristes à la découverte des volcans aux quatre coins du monde. «La demande est en hausse pour des séjours thématiques, en compagnie d’un spécialiste. Aujourd’hui, les gens veulent de plus en plus voyager intelligent», relève le géologue et volcanologue. «Personnellement, je ne fais pas d’excursion spécifiquement en vue de voir une éruption. S’il y en a une au moment où on y est, tant mieux! poursuit-il. En mars, j’étais au Guatemala. C’est un peu le top mondial en matière de volcans. Là-bas, il y en a trois en éruption en ce moment: le Fuego, le Santiaguito et le Pacaya. Sur ce dernier on a pu s’approcher à quelques mètres de la lave. La chaleur vous empêche d’aller plus près, mais ce n’est pas dangereux, les coulées ne vont pas aussi vite que dans les films!» Pour autant, ces excursions sont-elles vraiment sûres? «Il y a toujours un risque, comme lors de n’importe quelle course en montagne, répond Thierry Basset. Prenez le Stromboli, en Sicile, qui est en activité depuis 2500 ans. On peut monter jusqu’au sommet et observer les explosions. Mais on reste à bonne distance. C’est vrai qu’il y a une dizaine d’années, une touriste allemande a été atteinte par une bombe volcanique, mais c’est rarissime. Le risque, en restant là-haut une heure, est inférieur à celui que vous prenez sur la route entre Genève et Lausanne un vendredi soir. Tout est relatif…» Dans son rôle de guide, Thierry Basset vise moins les sensations fortes qu’une démarche pédagogique et contemplative: «Les paysages volcaniques sont généralement hors du commun, parfois même à couper le souffle.» Pour lui, c’est sûr, les volcans sont un excellent prétexte pour voyager. Prochains départs avec Thierry Basset: l’Islande en août et l’Etna en octobre. iTous les renseignements sur son site: www.thierrybasset.ch
Il a piqué une grosse colère, mais ça va mieux. Le désormais célèbre volcan islandais, dont personne en dehors des pays nordiques n’arrive à prononcer le nom, n’arbore plus qu’un panache de vapeur. Après avoir imposé sa loi, craché des tonnes de cendre et paralysé le ciel européen pendant plusieurs jours, l’Eyjafjallajökull est en passe de devenir l’une des attractions touristiques du moment. L’exaspération est passée, la fascination, elle, est restée. «Tout le monde l’a vu à la télévision et certains ont envie de le voir en vrai», résume Andrea Müller, chez Kuoni. L’agence de voyages suisse a flairé le bon filon et fait actuellement la promotion d’un tour organisé de neuf jours à la découverte du «monstre». Kuoni, qui proposait déjà une escapade en Islande axée sur les volcans (le pays en compte 130!), a simplement revu son offre. «Nous pensions que les gens voudraient surtout visiter ce volcan-là, alors nous avons modifié notre programme. Il y aura beaucoup de choses découvrir, mais l’Eyjafjallajökull sera au cœur du voyage», poursuit la porte-parole. Le premier pèlerinage doit réunir quinze à vingt participants au mois d’août. Pour la coquette la somme de 3990 francs, les amateurs bénéficieront d’un programme respectueux de l’environnement et d’un accompagnateur de luxe: le volcanologue zurichois Peter Diethelm. «Il est de langue maternelle allemande, c’est pour cela que nous avons surtout fait de la publicité en Suisse alémanique, mais les Romands sont les bienvenus, car Monsieur Diethelm parle également français», nous assure Andrea Müller. La cendre a recouvert les pâturages Aucun doute, l’enthousiasme de Peter Diethelm franchit parfaitement la barrière des langues. «Les paysages sont très impressionnants, notamment au sud du volcan où la cendre a recouvert tous les pâturages. C’est unique d’avoir la possibilité d’approcher un volcan en activité sans risque, de voir les conséquences directes d’une éruption, de pouvoir discuter avec les fermiers sur place de ce qu’ils ont vécu. C’est bien plus touchant que de belles images sur fond de ciel bleu!» s’enflamme le volcanologue qui était sur place il y a trois semaines à peine. «Actuellement, on observe surtout des jets de vapeur et, à l’intérieur du cône, se produisent de temps en temps de petites explosions, ajoute Peter Diethelm. On espère pouvoir monter jusqu’au sommet, mais ça dépendra évidemment de la situation.» Un détour par l’Eyjafjallajökull Sur l’île les agences de voyages se sont également mises à l’heure de l’Eyjafjallajökull-mania. «Nous observons une hausse des demandes depuis le début de l’éruption. Beaucoup de clients veulent des excursions vers ce volcan-là spécifiquement et ceux qui avaient des réservations datant d’avant l’éruption cherchent à modifier leur tour pour y inclure le volcan», confirme Erling Aspelund, qui dirige le tour opérator Iceland Encounter à Reykjavik. Son agence propose toutes sortes d’excursions d’un ou deux jours vers l’Eyjafjallajökull, au départ de la capitale. Sur place, il est même possible de louer un petit avion Cessna pour survoler le cratère! «Alors que l’industrie du tourisme en Islande a accusé une chute du nombre de réservations, la plupart des agences qui, comme nous, se sont spécialisées dans les activités outdoor observent le mouvement inverse», confie Erling Aspelund. De quoi se réjouir un peu, car l’éruption du mois d’avril a bien failli donner le coup de grâce à une économie islandaise déjà mal en point. Le tourisme, secteur clé pour l’île, a été frappé de plein fouet, avec une baisse massive des réservations. Le pays a d’ailleurs lancé une vaste campagne de promotion touristique dans toute l’Europe afin de rassurer les visiteurs potentiels. «Bien sûr, une nouvelle éruption est toujours possible, mais le risque d’avoir un panache de cendre aussi imposant qu’il y a deux mois est tellement faible! lâche Peter Diethelm. Ce n’est pas tant la peur qui freine les gens que l’incertitude. Peut-on être sûr de faire l’aller-retour vers Reykjavik aux dates prévues? Aujourd’hui nous n’avons plus aucune flexibilité.» Le géologue et volcanologue genevois Thierry Basset, qui accompagne des touristes sur les volcans dans le monde entier (lire l’encadré) et qui propose deux voyages en Islande, fait un constat similaire: «Je crois que les gens craignent encore de ne plus pouvoir décoller.» Kuoni a d’ailleurs annulé un premier voyage prévu en juillet par manque de réservations. Officiellement, on se veut rassurant. «Le risque est très faible de rester bloqués là-bas. Si ça devait être le cas, nous chercherions une solution appropriée avec nos clients», concède évasivement Andrea Müller Entre crainte et fascination, le volcan Eyjafjallajökull restera sans doute longtemps gravé dans les esprits. Peut-être comme le Pinatubo, aux Philippines, dont l’éruption spectaculaire en 1991 avait radicalement modifié les paysages alentour. Et qui, depuis, est devenu un passage obligé des circuits touristiques.
«Des paysages à couper le souffle» Thierry Basset n’a pas attendu l’éruption de l’Eyjafjallajökull. Voilà dix ans que le Genevois emmène des touristes à la découverte des volcans aux quatre coins du monde. «La demande est en hausse pour des séjours thématiques, en compagnie d’un spécialiste. Aujourd’hui, les gens veulent de plus en plus voyager intelligent», relève le géologue et volcanologue. «Personnellement, je ne fais pas d’excursion spécifiquement en vue de voir une éruption. S’il y en a une au moment où on y est, tant mieux! poursuit-il. En mars, j’étais au Guatemala. C’est un peu le top mondial en matière de volcans. Là-bas, il y en a trois en éruption en ce moment: le Fuego, le Santiaguito et le Pacaya. Sur ce dernier on a pu s’approcher à quelques mètres de la lave. La chaleur vous empêche d’aller plus près, mais ce n’est pas dangereux, les coulées ne vont pas aussi vite que dans les films!» Pour autant, ces excursions sont-elles vraiment sûres? «Il y a toujours un risque, comme lors de n’importe quelle course en montagne, répond Thierry Basset. Prenez le Stromboli, en Sicile, qui est en activité depuis 2500 ans. On peut monter jusqu’au sommet et observer les explosions. Mais on reste à bonne distance. C’est vrai qu’il y a une dizaine d’années, une touriste allemande a été atteinte par une bombe volcanique, mais c’est rarissime. Le risque, en restant là-haut une heure, est inférieur à celui que vous prenez sur la route entre Genève et Lausanne un vendredi soir. Tout est relatif…» Dans son rôle de guide, Thierry Basset vise moins les sensations fortes qu’une démarche pédagogique et contemplative: «Les paysages volcaniques sont généralement hors du commun, parfois même à couper le souffle.» Pour lui, c’est sûr, les volcans sont un excellent prétexte pour voyager. Prochains départs avec Thierry Basset: l’Islande en août et l’Etna en octobre. iTous les renseignements sur son site: www.thierrybasset.ch