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Ladakh 2010

Discussion started by Natthalie on 2010-10-30

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Ladakh 2010

Natthalie · 2010-10-30

Voyage de 2 mois en Inde, juillet, août 2010. Je voyage seule avec sac à dos. Je suis à Leh, au Laddhak on est le 6 août 2010.

Bien au chaud dans ma petite guesthouse laddhakie, il est environ 00h30 mais je ne dors pas. J'entends les clapotis d'une petite pluie fine, et la brise. En un instant, tout s'est déchainé. Une grosse puie, des vents violents, puis la grêle, mais surtout des éclairs et du tonerre toutes les 2 secondes. Les arbres vascillaient, les éclairs ne s'arrêtaient plus. Après une courte nuit, cherchant un petit dej. vers 8h du matin, dans les ruelles de Leh, je ne comprenais pas pourquoi tout était fermé. Je descendis donc, à pied vers la gare routière voulant prendre un bus pour visiter les villages environnant. A mesure que je descendais, je ne comprenais pas pourquoi je ne reconnaissais pas vraiment le coin. En arrivant à la gare routière, je cherchais la place , les bus, etc, mais je ne voyais que des bouts de toit, des bouts de mur. J'ai alors compris. Où était les petits commerces de la place? Ils étaient balayés. Il y avait des bus retournés, encastrés dans des restes de maison, en fait je me demandais où je marchais par rapport à ce qu'il y avait avant. En regardant dans les hauteurs on pouvait facilement voir le chemin de la trainée de boue, les traces du glissement étaient nettes. Petit à petit, en regardant les détails de l'endroit où je me trouvais, je faisais automatiquement la comparaison entre avant et après. En réalité tout était sans dessus dessous. Il y avait un attroupement de gens, des locaux, autour de couvertures, mais je ne distinguais pas ce que c'était. Il s'agissais de cadavres enveloppés dans des couvertures. Au bout de quelques secondes un touriste s'est approché de cet attroupement, et a commencé à prendre des photos des cadavres. J'observais la scène avec écoeurement, dégoût du touriste. L'être humain avec un appareil photo peut parfois manquer cruellement de dignité. A quoi pense cet homme à ce moment là? Peut-être qu'il se dit qu'il pourra épater ses amis à son retour de voyage, vu l'intensité des photos... C'était lamentable. L'ampleur des dégâts apparaissait de plus en plus, et les gens comme moi, déambulaient au milieu du chaos. Les choses n'avaient plus leurs contours habituels, la rue, les maisons, tout était flou, mélangé. Au loin, des centaines de gens remontaient à pied vers Leh, la tête baissée, d'une marche lente et ordonnée. lls venaient des villages environnant. Que s'était-il passé plus bas? Pourquoi autant de gens? Je suis reparties vers ma guesthouse, pour réfléchir à tout ça, et me poser un peu. Le 6 aout au soir, les locaux étaient terrorisés, certains criaient dans la rue "panee, panee", pensant que l'eau allait revenir. D'autres se réfugiaient sur les toits des maisons. Il n'y avait rien de rassurant. Au soir, la ville s'est retrouvée dans le noir total, plus du tout d'électricité, presque tout était fermé, il régnait une effervescence palpable. Le 7 aout, je marchais dans le centre ville et j'aperçu une organisation associative pour venir en aide aux victimes. En une heure, je me suis retrouvée dans une jeep, pour partir pour Shoglamsa, un village situé à 6 km au sud de Leh. Et là c'était encore pire, le désastre total. Je ne savais pas encore en quoi allait consister mon aide. Dans une zone boueuse, les hommes creusaient et nous les femmes ramassions des pierres où figuraient des mantras, notre tâche était de les gratter afin d'enlever la boue, et de les entreposer ailleurs. Pendant quelques secondes, je me suis demandée si mon aide valait quelque chose, je m'attendais plutôt à aider des gens et non à ramasser des pierres... et puis je me suis dit que cela était précieux pour eux, alors vu que j'étais là, autant le faire. Je dois dire aussi que c'était bien d'occuper son esprit dans une telle atmosphère. Nous avons été mitraillés de photos, par les locaux, les militaires, et à chaque fois je me disais qu'il y avait sûrement plus important que de prendre des photos. Un homme de la télévision local est même venu et m'a posé quelques questions, caméra à l'épaule. Le 9 août je suis reparties dans une jeep, mais là c'était pour aller aider à l'hôpital de Leh. D'innombrables chaînes humaines se formaient pour passer, de mains en mains, de grosses assiettes en métal pleine de boue. Il fallait enlever des tonnes de boue, et nous n'avions que des pelles et des assiettes en fer. Impensable, et pourtant la réalité. Les couloirs vides de cet hôpital rendaient les sonorités de nos actions décuplées, mais le plus impressionnant furent les chants que les hommes marquaient à chaque coup de pelles pour donner la cadence. Pendant des heures nous avons porté cette boue collante à l'extérieur mais il en restait toujours, il y en avait tellement. Vers midi, les laddhakis criaient:"rest, lunch", pour le repas. Là encore, une chaine humaine, assiette en alu. à la main, et repas collectif. Puis on a repris la cadence des pelletées de boue... Dans les rues, chacun y allait de sa petite histoire, du nombre possible de morts, du nombre de km d'effondrement de la route qui mène à Leh, du nombres de roupies pour prendre l'avion, du nombre de jours d'attente pour avoir une place d'avion. D'un jour à l'autre ce n'était jamais les mêmes nombres. Certains locaux racontaient que dans peu de temps, la nourriture et l'eau commenceraient à manquer. Je n'y croyais pas trop. Des touristes ont fait des réserves d'eau, je les voyais dans la rue trimballant de gros cartons remplis de bouteilles, mais la plupart se sont jetés à l'aéroport qui a vite saturé. Les gens attendaient toute une journée dans le petit aéroport de Leh, pour finalement ne pas pouvoir partir faute de place. Je ne m'inquiétais pas plus que ça, ne fit aucune réserve et ne voulu pas partir tout de suite. Mais au bout de quelques jours l'ennui a vite pris le dessus. Leh était devenue une ville sans déplacement, sans attrait, poussièreuse, triste. Une ville à reconstruire. J'avais mis 38 heures pour arriver à Leh par la route, et là il fallait repartir par avion, en peu de temps je serais à Delhi. Les agences de voyage avaient surgonflé le prix des billets. Je me suis rendue à l'aéroport, voulant partir le lendemain. Le prix du billet étant fixe, il s'agissait d'avions suplémentaires compte tenu du contexte, mais on me dit de revenir le lendemain à 5 heure du matin. A 5 heures du matin, le taxi me déposa devant la grille d'entrée de l'aéroport où, déjà, une file d'attente s'était formée. Certains étaient là depuis 4 heure du matin pour être sûr d'avoir une place. Quand la grille s'est ouverte, certaines personnes se sont mis à courir pour rejoindre le guichet extérieur et être sur place avant les autres. Le plus étonnant dans l'histoire c'est que ce sont les moines bouddhistes qui ont couru le plus vite, et sont arrivés au guichet avant des gens qui étaient devant la grille avant eux. La file d'attente n'avait servie à rien, c'était chacun pour sa gueule! Ca piaillait dans la file, et dans toutes les langues, les gens avaient la crainte de ne pas pouvoir partir, et moi aussi du même coup. Car même si je n'avais pas envie de me retrouver à Delhi, je n'en pouvais plus de Leh. Après plusieurs heures j'étais finalement dans l'avion, soulagée de partir, avec toutes sortes d'images dans la tête, des tristes, et des joyeuses, mais à coup sûr toutes émouvantes. Cette catastrophe c'était aussi une énorme solidarité, les sourires des laddhakis malgré le contexte, leurs mercis incongrus, pour notre aide; leurs croyances; les chants qui donnent du courage; et, parfois, leur optimisme inaltérable. Nathalie

Ladakh 2010

Sokomano · 2010-11-01

Un très beau témoignage malgré la catastrophe

Ladakh 2010

Merluchi · 2010-11-01

merci pour ce récit sobre et poignant... avec ce condensé d'âme humaine... le tsuntab n'empêche pas la peur et les moines bouddhiste ont aussi un long chemin spirituel à parcourir!

Ladakh 2010

Gyges · 2010-11-03

En lisant votre texte, j'en ai eu froid dans le dos ! Face à ce genre de situation, je ne sais pas comment j'aurais réagi et je trouve que vous avez su garder un remarquable sang froid. Une chose est sure, je n'aurais jamais eu le réflexe ou l'envie de sortir mon appareil photo devant cette scène et je ne comprends pas non plus ce genre d'attitude.

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