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L'Éthiopie, monde à part

Discussion started by Colombiano on 2010-11-30

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L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-11-30

En Mai-Juin 2010 je me suis rendu en Éthiopie et au Somaliland (je posterais le carnet du Somaliland dans un message à part). L'Éthiopie c'était un peu ma destination rêvée. Un endroit où je me devais d'aller. Pourquoi? Parce que pour moi l'Éthiopie ne se résume pas aux famines, à la pauvreté, aux guerres, non. L'Éthiopie c'est le pays de l'une des plus ancienne civilisation au monde, le pays africain qui n'a jamais été colonisé, le pays où l'on écrit en amahrique... Certains rêvent d'aller en Italie, en Grèce, en Chine etc pour visiter ce qui concerne les civilisation anciennes, moi mon rêve c'était l'Éthiopie.

Vous trouverez ici petit à petit mes impressions sur ce pays. J'espère me faire comprendre facilement. À tête froide je me rends compte maintenant que le rêve est devenu réalité, je ne vais pas pouvoir m'en "débarasser" facilement. Ce fut mon premier voyage en Éthiopie, certainement pas le dernier.

First time in Ethiopia ?

A quatre heures du matin, Addis-Abeba est une ville morte. Non qu’il n’y ait personne dans les rues, au contraire, elles sont pleines de mendiants, d’amputés de guerres et de chèvres. Sauf que tous dorment ! Le taxi que j’ai attrapé à l’aéroport semblait être dans ces rues la seule trace de vie. Musique à fond, le chauffeur, tout en brûlant les feux rouges et en poussant sa vieille Lada au maximum, me parle avec les mots d’anglais usuels : « Where you go ?... No no no 250 birrs[1], this is really good price!... First time here ?... Like soccer ?... You know, Arsenal is best team ! ». Après un trajet sans aucun stop depuis l’aéroport, j’arrive à l’hôtel Taitu, premier à avoir été construit en Ethiopie et qui, à défaut d’avoir conservé son charme des années 1900, offre un confort d’origine. Me voilà arrivé, je ne sais que penser. Pourtant j’étais prévenu, l’Ethiopie est difficile à imaginer, il faut y aller pour comprendre. Mes premières quarante-huit heures ici ressemblent un peu aux premiers moments d’une relation amoureuse. Elles sont les prémisses de la relation à venir. L’Éthiopie me semblait être une fille pleine de promesses mais hermétique au premier contact. Il faut s’armer de patience pour la découvrir, mais une fois que l’on sait comment l’aborder, elle enchante.

Après cette première nuit, il me fallait commencer mon voyage. Quoi de mieux pour sentir une ville qu’expérimenter les transports publics ? De nombreux minibus arpentent les principales artères de la ville. Le principe est simple : pour un itinéraire donné, ils partent d’un même endroit, une fois remplis, ils démarrent, déposent les passagers à leur destination en en faisant monter d’autres en chemin. Addis se prête bien à ce système de minibus avec ses grandes artères qui permettent de naviguer facilement d’un quartier à l’autre et ses nombreuses places très utiles pour servir de terminus aux Toyota. Il y a neuf places assises dans la Toyota mais le coxer n’hésite pas à embarquer jusqu’à 14 personnes. Les minibus sont pratiques mais ne sont pas fait pour quelqu’un qui débarque et ne parle pas un mot d’amharique. A l’intérieur, on croise la « classe moyenne » éthiopienne, principalement des fonctionnaires, des étudiants et des personnes âgées. Le coxer représente l’archétype du travailleur exploité. C’est à lui qu’il revient de crier la destination à travers la fenêtre, d’ouvrir et de fermer la porte du véhicule et de faire payer les passagers. La conduite et la programmation de la radio sont réservées au chauffeur (qui en profite pour nous révéler ses préférences musicales). Mon but consistait à trouver l’ambassade du Somaliland pour y faire mon visa. Une fois l’ambassade découverte – pardon, le bureau de liaison puisque le Somaliland n’est reconnu par aucun pays –, le processus administratif fut d’une rapidité à toute épreuve ! Trente minutes et quarante dollars plus tard, mon passeport se voyait attribuer le visa numéro 160… Il ne me restait plus qu’à arranger mon départ pour le Nord du pays, premier périple de mon voyage.

Marie vit depuis 19 ans à Addis, elle possède une jolie maison fleurie sur les hauteurs de la ville. Il y a 30 ans, elle découvrait l’Ethiopie et depuis, elle ne s’en est jamais vraiment remise. Photographe de profession, elle a pu sillonner le pays de long en large. Pour y avoir vécu aussi longtemps, elle a réussi à le démystifier. Comme un vieux couple, l’Ethiopie et Marie ne peuvent se séparer, mais Marie sait y poser un regard critique. Je ne pouvais tomber sur meilleure mine d’informations avant de partir ! De plus, Marie connaît beaucoup de monde. Grâce à elle, j’ai pu avoir un 4x4 plutôt qu’un bus pour me transporter jusqu’à Gondar, ma première étape dans le Nord, de précieux contacts dans l’Est et, surtout, des conseils qui m’ont permis d’apprendre à aborder l’Ethiopie. « Non, ne va pas là, c’est pourri par le tourisme… Alors, tu fais bien attention, hein, parce qu’ils ne vont pas te faire de cadeaux… Ah mais alors, si tu vas là-bas, il faut absolument que tu appelles Yaya ! Tu voyageras en bus ? Bon, bah, tu es au courant que ça va prendre du temps, hein ? Avant de payer la chambre, tu regardes s’ils lavent les draps… »

Une fois les dernières formalités remplies, il ne me restait plus qu’à passer ma dernière nuit au Taitu, à ingurgiter ma première platée d’injera[2] et à me réveiller pour un long trajet vers Gondar. Mon tout premier contact avec l’Ethiopie m’a surpris. Au Canada, j’avais essayé des restaurants éthiopiens, écouté de la musique éthiopienne et remarqué à quel point tout était particulier. Mais une fois en dans le pays, j’ai compris une chose : l’Ethiopie fut, est et restera toujours un monde à part. Elle s’est affirmée à sa manière, n’a jamais accepté de se faire envahir et a su s’adapter aux cultures auxquelles elle était confrontée pour les rendre « éthiopiennes ». En une seule journée, j’ai découvert qu’il ne fallait pas que je m’attende à quelque chose en particulier, puisque tout pouvait arriver, pour le meilleur comme pour le pire. Il me fallait percer l’intrigue.

J’ai rendez-vous à sept heures avec mon chauffeur. Très vite j’apprendrais que les Ethiopiens se lèvent tôt, très tôt. Alors qu’à 4 heures du matin, la ville m’avait paru morte, à 7 heures, elle vibre. Les minibus s’affairent à transporter le plus de gens possible, les vendeurs à la sauvette commencent leur longue et éprouvante journée, les bus longues distances partent vers leurs destinations, les cafés s’emplissent de gens qui viennent pour le premier de leur dix expressos/macchiatos quotidiens. Moi, je pars à Gondar, 750 km au nord-est d’Addis-Abeba. Le Nord de l'Ethiopie consiste en une succession de hauts plateaux (altitude moyenne 2000-2500 mètres). Ainsi, lorsque l'on sillonne les routes de cette région, on admire au loin le relief et, tous les 200-300 km, on dégringole d’un plateau pour monter sur le suivant. Dégringoler n’est pas un vain mot : la descente est très abrupte, la remontée tout autant... Le paysage est splendide, certes, mais on prie le ciel pour que le chauffeur soit raisonnable ! Une fois remonté sur un plateau, même scénario : 200-300 km au milieu de champs ponctués de villages, descente, puis remontée. Hormis le paysage, ce qui fascine, c’est l’activité au bord des routes. D’innombrables personnes marchent sur le côté, parfois accompagnées d’un âne ou d’une vache. En raison de manque de transport, les Ethiopiens marchent. Les enfants agrémentent leur randonnée jusqu’à l’école de jeux stupides, du genre « Qui va rester le plus longtemps possible au milieu de la route à l’approche d’un véhicule pour l’éviter au dernier moment en sautant sur le bas-côté ? ». Les femmes se rendent au marché en commérant. Les paysans naviguent d’un champ à l’autre en débattant sur la force respective de leur mule. Les pèlerins profitent parfois de la platitude de la route pour en faire un lit… Autant dire que conduire n’est pas de tout repos pour le chauffeur qui doit sans cesse faire attention à n’écraser personne. Peu à peu, je m’habituerais à ce spectacle permanent qu’est la route en Ethiopie. Mais au début je suis resté fasciné devant tant de vie. Nous croisions un village à peu près toutes les trois heures. Dans chacun d’entre eux il y avait foule au bord de la route (rude tâche pour le chauffeur…). Kapuscinsky notait en qu’en Afrique, les maisons sont trop petites pour qu’on vive à l’intérieur, « les cases ne servent en effet qu’à dormir »[3]. Le trajet nous prit deux jour. Un bon premier aperçu de l’Ethiopie rurale après ma brève expérience de l’Ethiopie urbaine à Addis : j’étais préparé.

[1] Environ 15 dollars US. Le trajet se fait normalement pour 70-100 birrs.

[2] Les repas éthiopiens se composent d’une sorte de crêpe « l’injera » sur laquelle on dépose différents ragoûts (wat). La technique consiste à envelopper avec ses doigts une partie du ragoût avec des morceaux d’Injera puis de les diriger vers sa bouche.

[3] Ebène, aventures africaine, éditions Pocket, p.248

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-11-30

Gonder

Deux jours de route plus tard me voilà arrivé à Gonder. La ville fut fondée en 1635 par l’empereur Fasilidas après deux siècles durant lesquels la monarchie resta itinérante. Ville de province par excellence, ses habitants sont plus bavards que dans la capitale. Le caractère historique de la cité est immédiat dès les premiers pas. Construits autour d’un vaste château, Gonder et ses alentours abondent en édifices rappelant chacun à leur manière les différentes époques de l’histoire éthiopienne depuis sa fondation. Le château renferme des bâtiments datant du XVIIe au XIXe siècle, époque à laquelle la capitale fut transférée à Addis-Abeba. Les Italiens, qui envahirent brièvement l’Éthiopie dans les années 1930 offrirent à la ville de somptueux bâtiments Art déco ; en effet, ils avaient eu le projet de faire de Gonder une des capitales administratives de « l’Africa Italiana ». Enfin, Mengitsu ne put s’empêcher de créer une place de la Révolution, tribune d’honneur et route militaire incluent pour que défilent les troupes, en souvenir de l’amitié qui liait l’Ethiopie à Moscou ! Aujourd’hui, Gonder compte environ 150 000 habitants. Elle a perdu de son aura administrative au profit de Bahir Dar (capitale de la région Amhara). Selon les gens d’ici, la ville vivrait plutôt sur son passé. Elle reste néanmoins une destination touristique privilégiée pour son importance historique.

Gonder est plus agréable et plus accessible qu’Addis pour un premier contact avec l’Ethiopie. Bien moins étendue et mieux entretenue, elle offre de nombreuses surprises. D’abord , le château, Fasil Ghebi de son nom local. Enclosure royale d’environ 70 000 mètres carrés ses bâtiments de divers styles architecturaux alternent entre influences arabes et indiennes. L’église de Debre Birhan Sélassié, ensuite, dont l’intérieur est l’un des plus raffiné que connaît l’Ethiopie. Les murs sont recouverts de peaux de chèvres sur lesquelles ont été peintes des scènes de la Bible, tandis que le plafond est orné de 81 anges, tous différents. On s’émeut face à ces peintures d’un style que l’on pourrait qualifier de naïf mais qui révèlent une richesse incroyable. Les lignes graphiques sont simples mais dictées par un code bien précis déterminé par les patriarches orthodoxes. Les yeux, par exemple, sont peints de manière à ce que l’observateur se sente observé quel que soit l’endroit où il se trouve. Certainement une bonne manière pour l’Eglise d’affirmer son pouvoir sur ses sujets.

Je ne pouvais toutefois limiter ma visite à ces lieux historiques. Pendant mon séjour, l’Ethiopie était en pleine fièvre électorale et je voulais en savoir plus. Les dernières élections en 2005 avaient fait plus de 200 victimes, suite à la manipulation du scrutin par le parti au pouvoir (l’EPDRF). Je voulais savoir comment celles-ci allaient se dérouler et ce que penseraient les Ethiopiens de ce scrutin. La victoire de l’EPDRF était acquise. Le Premier ministre Meles Zenawi, qui ne voulait absolument pas renouveler le scénario de 2005, avait enfermé ou exilé tous les opposants crédibles. L’opposition restante, MEDREK, était constituée d’une plateforme de partis aux idées bien distinctes, dont le seul fil d’Ariane consistait en… une opposition au gouvernement en place ! Toutefois, pour éviter les conflits entre les différents partis, la coalition avait choisi d’instaurer une présidence tournante, ce qui rajoutait au désordre ! Enfin, nul besoin de parler amharique pour comprendre que les trois quarts des nouvelles concernant les élections étaient réservées aux abeilles, symbole de l’EPDRF. Bref, un parti au pouvoir ultra-dominant, une opposition désorganisée et des medias aux ordres : tout était en place pour une victoire sans surprise. Restait à savoir ce qu’en pensaient vraiment les Éthiopiens et comment les abeilles allaient orchestrer leur spectacle démocratique.

Je me rendis donc dans un « quartier populaire », c'est-à-dire un quartier où les visiteurs ne mettent généralement pas les pieds. J’y allais avec un peu d’appréhension, n’étant pas informé des quartiers fréquentables et infréquentables de la ville. Comme partout en Afrique, une nuée d’enfants se dirigea rapidement vers moi. Tous cherchèrent à me serrer la main, les plus téméraires m’accompagnant quelques pas. Certains en profitaient pour répéter les trois phrases qu’ils avaient apprises à l’école : « Hello Mister!.. How are you ?... Where coming from ?... », où encore la phrase apprise dans la rue : « One birr please ! ». Au bout d’un moment, pensant m’être suffisamment éloigné du centre-ville, je m’assis dans un ché bet (littéralement maison à thé) : quatre bancs protégés de la pluie, un petit comptoir où bout de l’eau où l’on vend quelques morceaux de pain. Très vite, je fus rejoint par les quelques habitants ayant de vagues notions d’anglais, trop heureux de pouvoir pratiquer. Je ne tardai pas à amener la conversation sur les élections, avec tout d’abord des questions d’ordre général. « So, how is the voting system ? – We receive a card, after we go to the pool and we vote. – How many people are registered in the pool ? – Sorry, repeat, I don’t understand what you say – How many people go to vote in the pool ? – There are more or less 400 people that should vote at the pool. – You think voting is good ? – Wait, wait ! You are election observer? Journalist ? Très vite, en effet, je fus soupçonné de cacher mon jeu. Alors je trouvai la réponse la plus simple à leur question : je faisais des recherches sur les processus démocratiques en Afrique et c’est pour cela je m’étais rendu en Ethiopie. Parler à un étudiant chercheur était peut-être ce qui effrayait le moins, je pouvais continuer à poser mes questions, tout en sachant qu’il me fallait y aller molto-crescendo. « You think voting is good ? – Yes, voting is very good. – And who do you think is going to win the elections ? – You know… government they always win! – Why ? (Pourquoi ?) – Because they control everything, and they have money ! – So are you going to vote? – Yes we will go, if I don’t go they will know it. – So why do you think voting is good ? – Voting is good in real democracies, not in Ethiopia »

L'Éthiopie, monde à part

Thevert7 · 2010-11-30

merci pour ce texte, j attends la suite avec impatience

bonne journée ;)

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-01

Simiens

Après quatre heures de bus depuis Gonder sur une route cahotante, je suis arrivé à Debark. Debark est la ville étape type, où l’on passe sans rester. Située à mi-chemin entre Gonder et Shire, elle est la porte d’entrée de la région des Simiens, ce qui lui a permis de se développer. Du sud au nord on traverse successivement le bureau du parc, la station-service, la station de bus, le marché, quelques maisons et puis voilà : rien ne séduit à Debark, mais pourtant c’est une Éthiopie, un Afrique, en taille réduite. Soulagement, je peux enfin sortir du bus ! Le choc en comparaison de Gonder est fort, ici point de bajaj[1] où de minibus qui filent en tous sens, quelques garis[2] et encore… La seule circulation à laquelle on peut s’attendre est celle des véhicules empruntant la route Gonder-Shire. Comme partout en Ethiopie, l’étranger ne passe pas inaperçu, surtout dans une région touristique. Mais cette propension des gens à vouloir vous parler relève plus de la curiosité personnelle que de l’intérêt commercial. On cherche à pratiquer son anglais, à se faire de nouveaux amis, à ne pas laisser seul l’étranger, car ici la solitude n’est réservée qu’aux fous, même les mendiants ont un groupe. À Debark j’ai rencontré Giber, il m’a montré les terrains d’entraînement de l’association d’athlétisme locale (un champ à peu près plat sur lequel on a tracé des marques de distance), les quartiers du bourg, on a parlé un peu des élections. Ce genre de rencontre est facile en Ethiopie, à chacune de mes étapes, quelqu’un m’a servi plus ou moins de guide local, d’introduction auprès de certaines personnes. Ce qui m’a aidé à mieux comprendre ce pays, à l’apprécier.

J’ai ainsi pu dans l’après-midi organiser mon trek et rencontrer mon équipe : le guide, d’une gentillesse à toute épreuve, un gardien armé d’une vieille kalachnikov et une mule avec son conducteur pour transporter mes affaires. Je me suis senti comme un vrai pacha ! Mitiku, mon guide, m’a invité à partager son repas la soirée avant de partir, injera et shiro[3] au menu, ce qui serait le menu de tous les soirs suivants.

Le réveil à 6h00 a été difficile. Je voulais prendre une douche car je savais que ce serait un luxe dans les montagnes. Mais le matin, pas d’eau, ou plutôt, réticence marquée du propriétaire de l’hôtel pour allumer l’eau.J’effectue mes derniers achats avec Mitiku, puis nous partons vers les montagnes. Très vite nous pénétrons dans une campagne traditionnelle. Nous croisons une multitude de paysans qui vont et viennent dans les deux sens car mercredi, c’est jour de marché à Debark. Les femmes marchent par groupe de maximum quatre, bébés sur le dos, sac dans les mains et commérages constants au bord des lèvres. Les adolescents ont été réquisitionnés par les parents trop âgés pour porter leur maigre production. Parfois passe un convoi exceptionnel : un tronc d’eucalyptus qui a été déraciné pour être vendu à un grossiste de Debark.

Tandis que femmes et enfants sont partis s’affairer au marché, les hommes s’occupent à labourer la terre. Là aussi, technique de base : forme un Test formé avec deux troncs en bas duquel est fixé une lame tordue. La partie supérieure du T est fixée au dos de deux ânes, deux chevaux ou deux vaches (cela dépend du niveau de vie du fermier) qui vont faire de constants allers-retours dans le champ à contre flanc de la montagne. Des montagnes qui sont en fait de hauts plateaux, dont nous atteignons rapidement les sommets. De là, spectacle incroyable : une vaste plaine perchée à plus de 3 000 mètres d’altitude et dominant d’autres plateaux. Le premier choc vient de l’immensité du paysage alentour, aux reliefs acérés mais où chaque précipice, du point de vue d’où l’on se situe, semble n’être qu’un vulgaire trou. La végétation là-haut est quasiment absente mais dès que l’on redescend et que l’on s’approche d’une rivière, elle devient luxuriante.

Nous continuons notre route en longeant la crête. Après m’être pris pour un pacha, me vient la sensation de dominer le monde. Il me semble à portée de main ici, comme si je pouvais tendre mes bras et le façonner selon mes désirs. La marche est moins dure que ce que j’attendais. Mitiku est impressionné, il me dit que je vais très vite alors que d’habitude les non habitués ont tendance à souffrir, notamment de l’attitude. Au bout de sept heures de marche à vive allure, nous arrivons au camp de Sankaber à 3 600 mètres de haut. L’installation se fait rapidement et nous profitons des derniers rayons de soleil pour aller observer la faune locale. J’ai pu prendre une douche, ce sera la dernière des 4 prochains jours.

Plus j’avançais dans le trek, plus j’appréciai le cheminé J’aimais aussi me sentir coupé du monde. Nous marchions vers quelque chose d’indéfini. Pour mon équipe, c’était clair, nous nous dirigions vers tel sommet, tel camp en prenant telle route. Moi, je ne savais plus ce que je découvrais. Etaient-ce les paysages ? la vie locale ? la faune ? la flore ? Mes émotions étaient confuses. Bien sûr, c’était évident, je découvrais tout cela en même temps. Mais tant de nouveautés en un seul coup mélangeaient mon esprit, je ne savais plus où donner de la tête. A cela s’ajoutaient les contrariétés matérielles : la sensation d’être sale, le froid, la pluie. Celle-ci s’infiltrait la nuit dans la tente, tandis que les oiseaux ne trouvaient rien de mieux à faire que d’y donner des coups de becs, intrigués par ce nouveau relief… Vers la fin du trek, le manque de repos commençait à gêner ma marche. Rien de bien grave, juste une sensation continue de fatigue qui rendait mon jugement de plus en plus difficile chaque jour.

[1] Tuk-tuk, le nom Bajaj vient du nom de la compagnie (indienne) qui les fabrique.

[2] Cahrettes tirés par une mule ou un cheval

[3] Sorte de purée de pois chiches épaisse

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-01

Pimp my bus ride

Je suis arraché de mon lit à 4h30, la nuit est encore noire, une longue journée m’attend. A moitié endormi, je rejoins le bajaj qui doit m’amener à la gare routière. Les grilles ouvrent à 5h00, mais déjà la foule devant forme une masse compacte : voyageurs, coxers et vendeurs à la sauvette. L’ouverture de la gare est épique : tout le monde court en tous sens pour rejoindre le plus rapidement son bus. Non pas pour s’assurer une place, il reste des sièges vides jusqu’au départ, mais pour choisir la bonne. Chacun a sa préférée, mais en général, on s’accorde pour désigner les places avant comme les plus confortables. En effet, le chauffeur conduit son bus comme s’il ne le faisait que pour lui. Dès qu’il doit franchir un obstacle sur la route, il ralentit, passe doucement les deux roues avant, puis, ne ressentant plus aucun cahot, il accélère un grand coup sans se préoccuper de ses suspensions arrière ! Malheur pour la moitié de l’équipage … Les bus stationnent serré les uns contre les autres, de manière à ce qu’un maximum puissent tenir dans la gare. L’espace entre chacun d’eux correspond plus ou moins à une corpulence humaine. Une fois les passagers installés, les coxers évaluent le nombre de sièges restant à vendre et partent à la pêche aux voyageurs perdus en quête d’un bus se rendant à leur destination. La loi éthiopienne interdit de faire voyager plus de personnes que de sièges assis dans le bus. Les propriétaires rivalisent alors d’ingéniosité pour en optimiser le nombre dans leur véhicule. Les options sont variables : créer des sièges sur le moteur (trois de plus), remplacer lesbanquettes de deux passagers confortablement assis pour des banquettes de trois passagers serrés (10 sièges deplus). Installer un petit banc dans la rangée du milieu (huit sièges de plus). Toutes ces solutions peuvent évidemment se combiner, l’important étant que chacun soit assis, peu importe comment ! Entre 5h00 et 5h30, les trois quarts du bus se remplissent, mais il reste un dernier quart à vendre. Quelle que soit alors l’étape, tant qu’elle se trouve sur le trajet, il s’agira d’attirer le badaud concerné. Pendant ce temps, s’invitent dans le bus vendeurs de cafés, de beignets, de chewing-gum, de fruits, de gâteaux, de journaux, prêcheurs chrétiens et musulmans et tout autre petit métier susceptible d’accrocher le voyageur Vers 6h15, le chauffeur commence à s’énerver, les coxers s’activent de plus belle. Le moteur se met à vrombir, mais le départ n’aura lieu qu’une demi-heure plus tard. Le chauffeur aura eu le temps de régler son MP3 préféré et de s’assurer que sur le toit, fonctionne le haut-parleur qui sert à se faire annoncer de loin, lors de l’arrivée dans un obscur village, pour permettre de récupérer deux à trois passagers de plus. Puis c’est tout un art pour le chauffeur d’extraire son véhicule du stationnement. Avancer en braquant doucement, puis reculer, avancer, reculer encore, avancer encore, klaxonner, reculer une dernière fois… Une nuée de gamins s’attelle à indiquer l’espace restant de chaque côté pour que le bus ne vienne pas cogner ses voisins. Une fois dégagé, on se croit en route pour de bon… Non ! Voilà le chauffeur qui descend et abandonne le bus au milieu du passage. Pas pour longtemps, car bientôt la portière rouvre, tandis que monte au volant le vrai chauffeur, qui s’assure que son employé a bien rempli le bus, a installé le bon MP3… et nous voilà partis ! Il est 7h00, ce n’est que le début du voyage.

En Ethiopie un bus c’est une communauté de destin. Tout le monde est embarqué dans la même galère. On bavarde avec son voisin, on voit si l’on n’a pas une connaissance en commun, on lui demande d’où il vient et où il va. Quand un passager se sent mal, tout le bus se met sens dessus dessous pour s’assurer qu’il ne va pas vomir, l’un ouvre la fenêtre (sinon elle reste fermée durant tout le trajet[1]), l’autre va chercher un sac en plastique auprès du chauffeur, le troisième s’enquiert d’une bouteille d’eau auprès de ses voisins… Dans ce pays, le groupe est extrêmement solidaire, peu importe d’où l’on vient, ce qui touche un membre de ce groupe implique l’ensemble.

Le trajet est chaotique. On ne dépasse pas les 25 km/h en montée, les 50 km/h sur le plat. Il faut un sacré sang-froid pour conduire ces mastodontes sur les routes éthiopiennes. Un bus mesure environ 6 m de long sur 2 de large, les quatre roues motrices ont la taille de roues de tracteur. Ces engins durent au moins 15 ans et c’est bien ainsi, quasiment que de la mécanique, beaucoup plus facile à réparer en cas de problèmes de moteur en route. La tâche la plus ardue, c’est de passer les virages, et dieu sait s’il y en a ici étant donné le relief du pays. Dans chaque descente, on prie le ciel que les freins ne lâchent pas et que les chauffeurs des bus qui montent soient aussi prudents que le sien…

Nombre d’évènements qui dans d’autres circonstances ne mériteraient guère d’attention pimentent ce voyage long et fatiguant. La pause toilette, par exemple, ne s’obtient qu’au bout d’une dizaine de demandes et permet aux quarante autres passagers de se dégourdir les jambes. Chaque étape dans un village signifie pour les uns la fin du voyage, pour d’autres une opportunité de se rendre à destination plus rapidement qu’à pied. Les nouveaux arrivants animent parfois le bus avec les poules qu’ils emportent avec eux. Dans l’Est du pays, les bus sont assaillis par les marchandes de qat dès qu’ils ralentissent. Ce sont les travaux qui entravent la circulation. La scène est alors la même sur toutes les routes. Deux ou trois ingénieurs chinois donnent à des ouvriers éthiopiens en haillons et chaussés de frustes sandales des instructions qui seront exécutées avec des outils rudimentaires.

La pause déjeuner permet de souffler un peu et de se préparer à la deuxième partie du voyage, tout aussi éprouvante que la première. Il faut aimer la nourriture éthiopienne et ne pas être trop regardant sur les conditions d’hygiène ! On s’arrête dans les endroits les plus improbables, là où, probablement, le chauffeur a un arrangement avec le restaurateur local. L’esprit de groupe fonctionne alors de manière mécanique. Comme on ne peut occuper une table à cinquante, on se divise en groupes d’une dizaine de personnes qui partagent ensemble le repas, devisant sur les péripéties passées et à venir. Les groupes se forment naturellement, par classe d’âge, de sexe, de professions.

Quand le bus approche de la destination de ceux dont bientôt la souffrance va s’achever, on sent monter l’excitation à bord. Les heureux élus rassemblent leurs effets, saluent leurs compagnons encore en route, s’assurent de n’avoir rien oublié à bord. Enfin, le bus s’arrête, les portes s’ouvrent, le coxer décharge les valises du toit, et une multitude de porteurs improvisés tente sa chance auprès des débarqués. De nouveaux passagers potentiels, courent vers le bus (premier arrivé premier servi), les marchands essaient de refourguer bouteilles d’eau et snacks. Une fois les nouveaux passagers débarqués, le bus lui, dans un nuage de poussière, repart, il lui reste encore de la route à faire…

[1] La légende raconte que l’origine de cette tradition plutôt étrange viendrait d’une recommandation du l’empereur Haile Selassie pour éviter les grippes. L’autre explication plus rationnelle est que les fenêtres sont fermées pour éviter que le bus ne se remplisse de poussière.

L'Éthiopie, monde à part

Saint · 2010-12-01

bonjour.

Je suis allé plusieurs fois en Ethiopie. On ne peut être que séduit par ce pays..qui est en fait loin, très loin des clichés traditionnels. tu le raconte trés bien.

Si tu veux aller à Gambela.. regarde mon post àce sujet.

"Vous qui n'allez jamais à Gambella"..

Bonne continuation.

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-02

Lalibela

« I swear by God in Whose power I am, that all that is written is the truth, and there is much more than what I have written » («Je jure par le Dieu dont je suis le serviteur que tout ce qui est écrit est la Vérité, et il y a bien davantage encore que ce que j’ai écrit ») Francisco Alvares, missionnaire et explorateur portugais, premier Européen à avoir, au début du XVIe siècle, découvert Lalibela

Quand j’évoque Lalibela, je ne peux m’empêcher de citer cette phrase qui traduit avec tant de justesse l’émotion ressentie lors de la visite de ce lieu magique. Lalibela : onze églises monolithes creusées et taillées en profondeur dans le roc. Pourquoi creusées en profondeur ? Il n’existe pas de réponse précise. Ce qui enchante à Lalibela, c’est le mystère que ce site porte en lui. Quand l’Eglise éthiopienne prétend que les églises furent édifiées en un jour grâce à l’aide des anges, les historiens se battent pour déterminer une période allant du VIIIe au XIIIe siècle…

Lalibela est située au sud du pays Wollo – l’épicentre de la famine de 1984–, une région restée longtemps inaccessible par avion. Cette situation à l’écart des grandes routes commerciales, où rien à priori n’attirerait militaires, voyageurs ou commerçants, incita très probablement le roi Lalibela à faire de Roha (l’actuelle Lalibela) sa capitale. C’est lui qui ordonna la construction de ces églises, actuellement rassemblées en deux groupes : 6 églises dans le groupe Nord et 4 dans le groupe Est. A l’écart, plus au sud, se situe une dernière église, Bet Giorgis, la seule à ne pas avoir été recouverte des toits hideux érigés par l’UNESCO pour protéger les autres églises sérieusement menacées par l’érosion. L’objectif du roi Lalibela était de bâtir une nouvelle Jérusalem, laquelle avait été envahie par les musulmans. Lalibela devint la capitale de l’empire d’Abyssinie entre les XIIe et XIIIe siècle. Par la suite, la monarchie éthiopienne devint nomade, s’installant au gré des saisons et des nécessités militaires dans des campements qui ne duraient pas plus de six mois.

A la différence des autres chrétientés africaines, la chrétienté éthiopienne n’a pas été imposée par les colons. L’Ethiopie fut chrétienne avant même que Rome ne le devînt. En 337 après J.-C., Ezama fit du christianisme la seule religion officielle de son Empire (dont la capitale était alors Axum). Lors de l’arrivée des jésuites en 1622, Suseyos, le roi de l’époque, tenta de convertir le pays au catholicisme. Mais, abandonné par ses sujets, il abdiqua en 1632 tandis que montait sur le trône Fasil (le roi fondateur de Gonder). Dès lors, l’Eglise éthiopienne retrouva et conserva son statut de religion d’Etat, s’alliant à la noblesse pour maintenir le régime féodal. Ce ne fut qu’en 1974 que fut abolie cette féodalité, au profit d’un régime communiste qui confisqua toutes ses terres à l’Eglise et à la noblesse. Une fois le Derg[1] renversé, le régime foncier ne fut pas modifié en profondeur (ce qui est notamment une des causes du manque actuel de productivité agricole en Ethiopie) Lalibela est aujourd’hui pour les chrétiens éthiopiens un important lieu de pèlerinage, égalant Jérusalem en sainteté. Tous les mois, des centaines de pèlerins affluent des quatre coins du pays, souvent vêtus d’une simple couverture blanche (gabi) et avec pour tout bagage un bâton. Loin d’être un simple site historique, Lalibela reste avant tout un lieu saint, que la timide fréquentation touristique ne dénature en rien. Bien sûr, les prêtres essaient d’en profiter, mais ils le font autant avec les pèlerins qu’avec les touristes. Le mystère du lieu est savamment exploité par les autorités religieuses. Bet Maryam, considérée comme l’église la plus sainte de Lalibela, est construite autour d’un pilier sur lequel serait révélé comment les églises sont sorties de la roche et comment finira le monde. Mais les prêtres recouvrent ce pilier d’un drap, qu’ils changent tous les ans, prétendant que la faiblesse des humains ne leur permettrait pas de supporter ces vérités. De même, le prêtre de Bet Abba Libanos convainc les visiteurs qu’un point lumineux sur le mur intérieur de l’église brille 24 heures sur 24. Or l’Eglise n’ouvrant que le jour, difficile de vérifier cette affirmation…

Tandis que nous nous cheminons vers Bet Giorgis, mon ami anglais et moi, nous sommes accostés par un petit garçon qui veut nous parler. Par habitude, nous feignons plus ou moins de l’ignorer, mais il insiste. Au bout du compte, comme il parle assez bien anglais, nous nous mettons à échanger. Il nous propose un jeu : nous choisissons un pays et il nous en donne la capitale. « England ? - London ! - The USA ? - Washington ! - Kenya ? - Nairobi ! Come on this is too easy ! - Ok ok, Romania ? - Bucharest ! - Chile ? - Santiago! I told you I know everyone!.. » Nous sommes impressionnés par ses connaissances en géographie, mais aussi en l’histoire : il nous cite les voyages de Marco Polo, évoque les débats qui suivirent les découvertes de Galilée… Lorsque nous lui demandons pourquoi il étudie autant, il nous répond qu’il voudrait être avocat ou docteur et qu’il il faut donc beaucoup travailler. Sa famille vivant à 40 kilomètres de là, il réside chez sa tante à qui il doit payer une contribution qu’il finance en cirant des chaussures. A l’approche de l’église, il nous quitte précipitamment car si la police le voit avec nous, elle risque de l’embêter.

Je rencontrerai Benjamin deux jours après au marché. Il me guide dans les étals, me montre les épices, le café, m’aide à négocier du miel. Il se fait parfois rabrouer par les locaux qui lui ordonnent de me laisser tranquille. Il me présente sa mère qui est venue de son village pour vendre sa maigre production. Je rends un hommage particulier à cet enfant de dix ans d’une maturité que certains n’atteignent pas à vingt ans ! Il essaye de s’en sortir dans un pays qui lui ne lui fera certainement pas de cadeaux, mais je garde l’espoir de le revoir dans vingt ans revêtu d’une robe d’avocat ou d’une blouse de docteur. Il me quitte en me promettant de prier pour moi, mais c’est moi qui prierai pour lui.

[1] Littéralement comité. Nom donné au régime de Mengitsu Haile Mariam qui gouverna l’Éthiopie de 1974 à 1987

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Colombiano · 2010-12-02

Somali

Une vaste plaine verdie par les pluies, telle m’apparaît la région Somali d’Éthiopie lorsque je la survole. J’ai embarqué dans une sorte de bus volant qui part d’Addis-Abeba et dessert plusieurs villes du « Far East » éthiopien. Les passagers me dévisagent avec étonnement lorsqu’ils réalisent que je vais descendre à Jijiga, la capitale de la région. Géographiquement parlant, je suis toujours en Éthiopie, mais sur le terrain la situation est plus complexe. Cette région, peuplée de Somalis, un peuple musulman aux traditions très différentes de celles de l’Éthiopie chrétienne, est encore affectée par les combats qui opposent toujours le FLO, le Front de Libération de l’Ogaden (partie de la région limitrophe de la Somalie), à l’armée éthiopienne.

A l’aéroport je suis accueilli par Yaya, un chauffeur du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU. Il me dépose à mon hôtel et s’excuse de devoir me laisser mais il est appelé sur le terrain pour fixer quelques poutres dans un camp de réfugiés situé à proximité. Assis sur la terrasse, je me remémore les mots de Marie lorsque nous discutions de Jijiga : « Toi, tu ne réalises pas où tu vas atterrir! »

La ville est coupée en deux par une artère qui ressemble plus à une piste d’atterrissage qu’à une avenue. D’un côté le quartier Amhara, où se sont installés les premiers fonctionnaires coloniaux éthiopiens. On y trouve de nombreux bars crasseux dans lesquels trône une table de billard et où l’on peut parier une bière avec son voisin sur l’issue de la partie. De l’autre côté, le quartier des Somalis, plus commerçant, où les marchandises électroniques fraîchement arrivées du Somaliland voisin sont plus faciles à trouver que la moindre goutte d’alcool. Pour la plupart des habitants, les relations sont cordiales mais distantes avec les membres de l’autre groupe ‑ on ne peut ignorer les tensions qui existent à quelques kilomètres de là. Au marché, on ne demande pas à un étranger s’il est en visite mais s’il travaille pour la CIA où le Mossad. Dès que la nuit tombe, les portes des hôtels sont cadenassées, les fenêtres barrées. Tout le monde est soumis à une fouille plus ou moins rigoureuse à l’entrée dans un bar où un restaurant. Les conversations tournant autour du FLO sont prohibées en public. Enfin, l’armée impose un semi couvre-feu à partir de 19h00, seules les voitures privées sont autorisées à circuler.

Assis à la terrasse du café de l’hôtel, j’ai le temps d’observer ce qui se trame autour de moi. Les assemblées d’anciens débattent du commerce, des affaires de familles, des mariages dont le but est surtout d’apaiser les tensions et/ou agrandir les troupeaux. Les quelques visiteurs qui peuplent les chambres des hôtels sont soit des fonctionnaires gouvernementaux, soit des commerçants. Les hôtels les plus chers abritent les hauts gradés de l’armée, les travailleurs de l’ONU et les membres des ONG. Ces deux derniers, totalement dépendants des autorités éthiopiennes pour la bonne réalisation de leurs tâches, sont volontairement coupés de la population locale qui ne les apprécie guère, les accusant d’être à la solde du gouvernement et d’adopter un comportement hautain. Je traîne deux jours à Jijiga pour tenter d’en savoir plus sur le Somaliland et m’assurer des contacts. Puis enfin, me voilà en route pour Hargeisa, la capitale. Une camionnette archi-bondée me mène jusqu’à la frontière où je devrai trouver un camion de marchandises acceptant quelques passagers pour arrondir ses fins de mois. À la frontière, l’ambiance tout à coup s’anime. Alors que Jijiga et ses environs paraissent vivre sous une chape de plomb, la ville frontière de Wajaale grouille d’activité. Des camions chargés de qat arrivent d’Ethiopie et repartent pleins produits électroniques échangés contre leur chargement avec des camions somalis, ceci à longueur de journée. Comme toute ville frontière, elle grouille de petits contrebandiers qui font des allers-retours avec téléphones portables, pierres précieuses ou cigarettes.

Une fois réglées les formalités administratives, je réalise brusquement que, voilà, j’y suis, au Somaliland, cette région sécessionniste de la Somalie réputée pour être l’une des plus dangereuses au monde. Peu de personnes osent s’y aventurer, les informations dont on dispose sont maigres. Je n’ai pas la prétention d’apporter une vision éclairée sur les problématiques somaliennes, je veux seulement témoigner de ce que j’ai pu observer sur place.

- --Note-- Je vais dans ce post continuer à mettre des textes sur l'Éthiopie. J'ai aussi un carnet sur le Somaliland que vous pouvez consulter si vous souhaitez continuer à voyager "dans l'ordre de mon voyage" Merci. - --

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-07

Harar

Harar, un nom qui fait rêver des milliers de fanatiques de Rimbaud. Harar, la cité du commerce, la quatrième ville sainte de l’Islam, les légendes qui l’entourent, son peuple si particulier, les Harari. Unique ville entourée de murailles qui subsiste dans l’Est de l’Afrique, Harar est à l’opposé de l’Éthiopie chrétienne.

Située sur un plateau s’élevant à près de 2000 m, Harar surprend en premier lieu par sa végétation. Que l’on arrive de Somalie (à l’est) ou du Danakil (à l’ouest), Harar reste une oasis verdoyante. Tout autour de la ville est cultivé le meilleur qat du pays, expédié à grande vitesse aux quatre coins de la région, soit par avion, soit en « Al-Qaïda » (des petits camions japonais qui tiennent leur surnom de la vitesse à laquelle les conduisent leurs chauffeurs…). Vient ensuite la ville fortifiée, le Jugal, qui rappelle un souk : dédale de ruelles dont chacune à sa fonction – la rue des tailleurs (rue des machines à coudre), la place des bouchers, la place du Qat… Impossible enfin d’évoquer Harar sans parler de sa spiritualité, avec ses quatre-vingt-dix-neuf mosquées disséminées dans le Jugal. Chacune dispose de jours et d’heures à laquelle elle peut appeler à la prière grâce à un accord âprement négocié entre les imams locaux. Il s’agit en fait de maisons réaménagées sur lesquelles ont été édifiés les minarets ; mais les appels à la prière se font davantage du haut du balcon que du haut du minaret. Habitué aux mosquées imposantes, j’ai l’impression d’être devant des temples de poupées !

Les habitants d’Harar s’enorgueillissent de leurs différences, les visiteurs se laissent séduire par cette ville profondément musulmane à l’intérieur d’une Éthiopie chrétienne. Mais il existe une part d’ombre. Harar a toujours été la ville des commerces les plus répugnants de la région. Le poète Arthur Rimbaud y séjourna entre 1880 et 1891 pour organiser un trafic d’armes plus ou moins légal avec l’empire Éthiopien (il se lia d’ailleurs d’amitié avec Ras Tefari, le futur Hailé Sélassié). Richard Burton explorateur anglais, dans la description d’Harar qu’il fait en 1855 confirme l’opinion des Somali : « Harar est un paradis peuplé de faces de culs. »

À vrai dire, je n’ai trouvé Harar ni merveilleuse ni répugnante. C’est une ville intéressante à visiter pour ce qu’elle représente mais elle ne vaut pas à elle seule un déplacement en Éthiopie. L’influence française se sent fortement dans la région, la voiture la plus populaire n’étant autre que la Peugeot 404 ! On en voit circuler par dizaines sur l’avenue principale de Charleville-Mézières, avec pour fonction de tenir lieu de minibus. Ce que je retiendrai surtout d’Harar, c’est son petit côté ville coloniale à la française. Le Jugal est intéressant, mais cela n'est après tout qu'un souk et il en existe un bien plus beau de l'autre côté du golde d'Aden, Sanaa. C’est aussi la seule ville au monde où l’on m’a recommandé de ne pas m’aventurer seul la nuit afin d’éviter de me faire dévorer par… des hyènes !

L'Éthiopie, monde à part

Renata1 · 2010-12-07

très interessant! j'attends la suite, avant mon départ le 15 janvier! amicalement

L'Éthiopie, monde à part

Chris06 · 2010-12-07

😉 et les voilà les hyènes de Harrar !

L'Éthiopie, monde à part

Alan · 2010-12-10

😉 et les voilà les hyènes de Harrar !

Grand souvenir Chris ..... 😉 j'ai meme un film .... mais de la a se faire devorer, n'exagerons rien, je me rappelle le premier soir y etre alle et avoir vu cette Maman partir dans le noir, avec son bebe dans le dos, les Hyenes derriere elle et pas le moins du monde inquiete .....

Dire que Harrar n'est pas une ville fantastique est manque de discernememt .... j'y suis alle par deux fois, et c'est vraiment magique ... pas beaucoup d'endroit de par le Monde ne m'ont laisse une telle impression de bout du monde ....

Et parler d'influence francaise ..... 🤪 alors que la majorite des anciens baragouinent encore un mauvais italien ....

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-10

Dire que Harrar n'est pas une ville fantastique est manque de discernememt .... j'y suis alle par deux fois, et c'est vraiment magique ... pas beaucoup d'endroit de par le Monde ne m'ont laisse une telle impression de bout du monde ....

J'essayais juste d'interpréter ce que j'ai pu ressentir à Harrar. Je conçois tout à fait que l'on puisse adorer Harrar et la trouver magique, je n'ai juste pas été touché comme certain on pu l'être par cette ville. Tu parles d'une impression de bout du monde, ceci je l'ai ressenti à Jesus au Parguay, dans un village abandonné en Alberta... Pas à Harrar. Je ne nie pas que ce soit une ville formidable et très intéressante. J'ai essayé de pondérer au maximum mes impressions mais c'est vrai que j'ai été déçu par Harrar (comme certains peuvent être déçu par l'Éthiopie en général). Je pense avoir été aveuglé par les récits dythirambique que certains on pu faire sur Harrar et que je m'attendais à beaucoup plus. Comme on dit en anglais: too bad for me.

Et parler d'influence francaise ..... 🤪

J'évoque le fait qu'Harrar est la ville "la plus française" que j'ai visité en Éthiopie. Voir des peugeots, un centre culturel français et l'avenue Charleville Mézières en Éthiopie me marque plus qu'un ancien qui baragouine italien où des édifices arts décos (choses relativement communes en Éthiopie) . En me relisant je reconnaît m'être mal exprimé. Harrar n'est pas "une ville coloniale française" mais j'y ai ressenti l'influence de la France. C'est le seul endroit en Éthiopie que j'ai pu comparer à Dakar par exemple. L'influence française est quand même très présente, Rimbaud et Monfreid sont les plus connus mais il y eut nombres de français (où d'Européens francophiles) qui se sont établis à Harrar et aux alentours.

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Colombiano · 2010-12-11

Bishoftu et Addis

Mon dernier arrêt sur la route entre la Somalie et Addis-Abeba sera Bishoftu. Située à 80 kilomètres d’Addis, la ville est le lieu de week-end favori des habitants de la capitale. Les rues s’étendent entre trois lacs volcaniques dont un qui s’assèche 6 mois durant pendant l’année. Le premier lac, le lac Bishoftu, a été envahi par diverses constructions à vocation hôtelières dont le goût est plus que discutable. J’ai pu néanmoins « admirer » les goûts architecturaux des nouveaux riches Éthiopiens! Le deuxième lac important, le lac Hora, a été protégé de la destruction paysagiste grâce à la présence de l’ancien palais de villégiature d’Hailé Sélassié. Un sentier suit les berges du lac mais la présence de brigands oblige à être accompagné pour en faire le tour. La nature est luxuriante, un paysage auquel je n’ai guère été habitué en Éthiopie. Le plus envoûtant pour moi fut d’observer les oiseaux au plumage multicolore. Je comprends facilement que Bishoftu soit apprécié par les éthiopiens. La ville est calme, la nature y est reposante et on est proche d’Addis. Les premiers à en profiter sont les militaires qui disposent à Bishoftu de plusieurs centres d’entrainement et de repos parmi les plus avantageux pour eux. De retour à Addis, je retrouve Marie, malheureusement pas aussi disponible que lors de notre première rencontre. Son déménagement en Colombie approchant, elle était en proie à une grande tension. Je suis resté quelques jours dans la capitale, rendant visite à mes contacts, aidant Marie dans ses démarches et profitant des quelques musées. Je suis sûr que chacun de nous a une liste d’endroits où il rêve de mettre les pieds même si il n’y connaît strictement rien. Addis, ça fait partie de mes endroits mythiques quelque chose d’irrationnel m’amenait à penser que cette ville était ma propre Atlantis. C’est une ville fascinante, parce que c’est l’Éthiopie actuelle tout en étant son avenir. Là où se rassemblent les destins de la mosaïque de peuples que constitue l’Éthiopie. Il y a bien sur le bordel ambiant, les vendeurs à la sauvette, les mendiants, les minibus, la circulation chaotique, les cireurs de chaussures… C’est le premier contact que certains ont d’Addis et souvent le dernier. Toutefois il existe d’autres manières de l’appréhender, lorsqu’on décide vraiment de s’intéresser à la ville elle nous révèle toute sa beauté et sa complexité. C’est la ville de l’intelligentsia éthiopienne. Les étudiants, les professeurs de lycée, les membres assidus des représentations culturelles occidentales, tous se sont donnés rendez-vous. On dirait même qu’ils ont tous convenu de se rencontrer à Piazza où ils organisent d’interminables débats sur la situation de leur pays tout en sirotant leurs cafés. Mélange de peuples africains, Addis est aussi le mélange le plus étrange de peuples européens. Italiens, arméniens, grecs, français… Tous semblent un peu perdu dans ce pays qui ne sera jamais vraiment le leur. Pourtant jamais il ne pourrait le quitter, où l’abandonner totalement. Ils y ont vécu tellement de moments inoubliables que pour rien au monde ils ne pourraient être arrachés d’une terre qui n’est pas totalement la leur. Mais avant tout Addis est une grande ville africaine, or en Afrique les villes reproduisent généralement les structures villageoises en 10, 15 fois plus grand. Les quartiers sont des rassemblements d’exilés ruraux. Les cérémonies rituelles s’y déroulent toujours de manière traditionnelle. Il n’est pas rare d’y voir des bergers traverser les grandes avenues embouteillées au milieu de la journée avec leurs chèvres ! C’est là toute la beauté et la complexité de ces villes, si déroutantes pour les novices. L’avenir de l’Afrique se dessine dans ses villes, que ce soit Addis, Nairobi, Lagos, Dakar, Johannesburg, Kinshasa. Toutes ces villes vivent la transition qui s’opère en Afrique. Je dis transition car je crois fortement que le continent est sur la voie d’une transformation. Où cela mènera, je n’en sais rien. Il existe nombreuses routes pour les années à venir, mais j’ai espoir que l’Afrique empruntera celle qui lui siéra le mieux.

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Jneraf · 2010-12-11

Harar est une fille prude, à contrario des beautés bipèdes que l'on peut croiser dans ses venelles à la tombée du jour... Elle ne se découvre que lentement, par petites touches, à un coin de rue, dans une échoppe du marché couvert, à la terrasse du café Alibal de la place Feres Megala, devant un brasero de tibs de chèvre à la nuit venue, ... Harar n'est pas au bout du monde, elle est une monde en elle-même. On la découvre petit à petit au fil des séjours entre ses murs (j'y suis déjà allé 4 fois), elle se livre vraiment que si l'on prend la peine de ne pas la brusquer. Elle se donne vraiment qu'aux personnes contemplatives, peu pressées et prêtes à tout découvrir. Inutile de vouloir l'apprivoiser en deux jours! Harar est une fille facile, mais plutôt difficile à dévoiler.

Inutile de lire tout Rimbaud et Monfreid pour partir à sa découverte, mais se plonger dans cette époque trouble (fin 19e, début 20e) permet de "lire" la ville close avec une approche particulière peu affectée par le développement actuel. Suffit de monter sur le haut de la ville en direction de Jijiga pour être plongé dans un calme propice à la méditation, s'imaginer à la belle époque des trafiquants d'arme et surtout contempler la ville avec un recul nécessaire. Quant à dire qu'Harar est la ville la plus française d'Abyssinie c'est méconnaître Dire Dawa, son chemin de fer et surtout son histoire presque totalement influencée par la France. Harar n'a de français que le fait que Rimbaud et Monfreid (accessoirement) y aient séjourné. Arrêtons de voir Harar comme la France en Éthiopie: Harar est profondément éthiopienne, ou tout au moins somali. Seul la Légion et les militaires/fonctionnaires français basés à Djibouti y séjournaient du temps d'Hailé Sélassié, lorsqu'ils désiraient passer des vacances "à la montagne".

Les Peugeots hararis sont montées depuis Djibouti dans les années 50-70, ont été pieusement conservées à travers les troubles des guerres éthio-somaliennes et l'époque du DERG. Aujourd'hui elles sont maintenues en état de rouler grâce aux copies des pièces de rechange fabriquées au Brésil et en Thaïlande. Mais les Bajajs (tricycles indiens) les concurrencent dangereusement et l'époque on l'on pouvait se faire véhiculer dans Harar en se vautrant dans le vieux cuir odorant d'une 403 est bientôt révolu. Dommage selon moi!

N'hésitez pas à découvrir la vraie Harar, parfois cachée, mais si facile d'accès. Car si Harar n'est pas l’Éthiopie, l’Éthiopie sans Harar n'est pas vraiment l’Éthiopie.

L'Éthiopie, monde à part

Maesjl · 2010-12-11

Je suis tout à fait d'accord avec toi concernant le charme d'Harar. Chaque fois que je vais en Ethiopie (2 fois par an), je fais un saut pour passer une journée à Harar (et aussi pour rendre visite à Mama Kiki à Awash). Les hyènes...bon. Que cela amuse les touristes et permette à quelqu'un d'avoir un revenu : tant mieux.

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-11

Harar est profondément éthiopienne, ou tout au moins somali

Je ne trouve pas qu'Harar soit Somali. Même si de nombreux somalis y vivent, Harar est avant toute chose Harari. Lorsque je visitait Harar je revenait du Somaliland J'ai vraiment senti la différence qu'il existe entre les deux cultures (Harari-Somali). Bien sur, à force de co-exister ensemble elles ont pu mutuellement s'influencer.

Comme toute ville, il est nécessaire d'y passer un certain temps avant de l'apprécier à sa juste valeur. Mais ce n'est pas tout le monde qui a l'opportunité d'y aller plusieurs fois par an. Encore une fois, je n'essaie pas de dire qu'Harar c'est nul, ça ne vaut rien etc etc... J'exprime juste le fait que j'ai été personellement déçu par rapport aux attentes que j'avait. Il y a des villes que l'on aime au premier contact (New York/Rome/Londres/Chicago/Buenos Aires) et des villes qui laissent indifférentes les premiers jours mais qui peu à peu s'avèrent passionantes(Montréal/Montevideo/Athènes/Addis Abeba/Los Angeles). Personellement je classerai Harar dans cette deuxième catégorie, libre à chacun d'établir ses préférences.

J'adorerai aller à Harar avec l'un de ses fervents défenseurs et je suis sur que j'apprécierai mieux la ville.

Pour le côté français encore une fois je ne prétends pas qu'Harar est une ville française, mais que l'influence de la france s'y fait ressentir beaucoup plus que dans les autres endroits que j'ai pu visiter en Éthiopie. J'imagine bien que Dire Dawa est bien plus "française" mais je n'y suis pas allé.

L'Éthiopie, monde à part

Chris06 · 2010-12-12

😛 allez je vais y mettre mon petit grain de sel moi aussi ....

Harrar est une ville totalement différente du reste de l'Ethiopie : adieu les hauts plateaux abysins et les paysans amharas en short et chamas , adieu le sud et ses tribus fascinantes , adieu la vallée du rift et les lacs , et ainsi de suite je pourrais citer toutes les régions du pays , rien de comparable . Harrar , j'ai adoré bien sur , bien plus que les grandes villes du monde dont tu parles , mais ceci est un choix uniquement personnel .... Je ne suis déjà pas trop emballé par les grandes mégapoles , sans pour cela les trouver dénuées de charme ... Donc d'emblée on ne part pas sur la meme "grille de départ " ce qui faussera tout le jugement futur ... Tu en attendais trop et tu n as pas été séduit c'est tout ...peut etre ton age n 'est-il pas aussi propice que le mien à une certaine forme de séduction et que tu en attendais autre chose ! Alan par exemple qui adore trainer dans les grandes villes de ce monde est pourtant tombé lui aussi sous le charme de Harrar ... Harrar vous séduit , vous charme ... Harrar se vit une fois , deux fois , toujours surement Je n'y suis allé qu'une fois mais quand je retournerais en Ethiopie , avec quelques jours devant moi , je ne manquerai pas son marché au kat , ses venelles tortueuses ses restos cachés , sa population bigarrée , ses mendiants , ses remparts ...etc... Quelques villes pour lesquelles j'ai bien accroché te donneront une idée pour comprendre comment Harrar a su m'accrocher : Saana au Yemen une ville magique , Habbaba dans les montagnes du nord Yemen et sa citerne , Mascate au sultanat d'Oman surtout mutrah et la corniche , Luang Prabang au Laos malgré le rush touristique , Vancouver au canada , Manado à Sulawesi indonésie , Fira à Santorin iles greques mais hors saison , Ispahan et Yazd en Iran ...

bon dimanche

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2010-12-12

d'emblée on ne part pas sur la meme "grille de départ " ce qui faussera tout le jugement futur

Je comprends ce que tu veux dire. D'ailleurs je n'ai pas vraiment aimé Vancouver que tu as apprecié (et encore une fois je ne risque pas de me faire beaucoup d'amis 😊).

Quoi qu'il en soit je retournerais certainement en Éthiopie et je retournerai à Harar rien que pour rencontrer les amis que je me suis fait là bas et aller qater avec eux! Je pense qu'avec le recul j'apprécierai mieux la ville. De là à dire que je la classerai comme mon endroit préféré en Éthiopie... Je suis quelqu'un de têtu 😏

Bon dimanche à toi aussi

L'Éthiopie, monde à part

Merluchi · 2011-01-04

je ne suis encore jamais allé en Ethiopie... et donc ne peux participer à la polémique sur Harar😉!

en tout cas merci pour ce récit qui me confirme dans l'idée de découvrir ce pays que je ne connais que par reportages TV interposés ou témoignages comme le tien.

Mon désir étant de découvrir la vallée de l'Omo puis celle du Rift en descendant vers le Kenya, accompagné de ma fille!... est ce réalisable?... je n'en sais rien pour le moment!

lorsque je préparerai ce voyage je viendrai m'enrichir sur ce blog

merci encore pour ce témoignage... et toutes ces réactions qu'il suscitent😉

L'Éthiopie, monde à part

Colombiano · 2011-01-04

Merci!

Je ne connais pas du tout la région que tu envisages de visiter malheureusement. Je pense que c'est faisable avec une fille mais peut être pas avant qu'elle ait 7-8 ans. Pour qu'elle puisse avoir des souvenirs déjà et aussi qu'elle soit plus forte (parce que c'est dur de passer de l'Europe à l'Afrique, il faut faire ses défenses corporelles).

L'Éthiopie, monde à part

Maesjl · 2011-01-05

Le moment venu, il faudra préciser l'âge de ta fille. Le sud de la vallée de l'Omo vaut vraiment le voyage. Si tu veux te faire une idée, va voir ma page perso : maesjl.perso.sfr.fr Ensuite, si tu veux, je pourrai tenter de répondre à tes questions.

L'Éthiopie, monde à part

Merluchi · 2011-01-05

merci à vous,

ma fille à 12 ans et elle a (déjà) l'habitude des voyages "roots"; elle est déjà allée entre autre en Indes et Bornéo, Namibie, ....

cet été 2011 je prépare notre voyage au Pérou et en Bolivie avec quelques jours en forêt amazonienne (côté péruvien ou bolivien, je ne sais pas encore car je veux la découvrir hors des gros circuits touristiques)

L'Éthiopie, monde à part

Phil64 · 2011-03-09

Quelques villes pour lesquelles j'ai bien accroché te donneront une idée pour comprendre comment Harrar a su m'accrocher : Saana au Yemen une ville magique , Habbaba dans les montagnes du nord Yemen et sa citerne , Mascate au sultanat d'Oman surtout mutrah et la corniche , Luang Prabang au Laos malgré le rush touristique , Vancouver au canada , Manado à Sulawesi indonésie , Fira à Santorin iles greques mais hors saison , Ispahan et Yazd en Iran ...

Dans cette liste je ne connais encore que Sanaa, Isfahan et Yazd, et j'imagine alors aisément combien Harar me prendra aussi... Je commence à m'intéresser sérieusement à l'Éthiopie et vos carnets m'y transporte déjà. Merci !

Du coup je me réécoute les émissions de "Là-bas s'y j'y suis", il nous propose d'ailleurs une visite d'Harar... 😉 Génial ce Daniel...

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