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Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Discussion started by AsianPat on 2010-12-12

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English translation pending — showing the original.


Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-12

Kyaukme.

Le bus Mandalay-Hsipaw m’a déposé la veille à 20h30 au ‘A Yone Oo Guest House’ de Kyaukme. Le seul à posséder une licence, je l’apprendrai plus tard. C’est une heure totalement absurde pour débarquer quelque part, j’en conviens. Mais j’assume.

Ce matin, je sais qu’il suffit que je demande au Manager d’appeler le plus jeune des 3 guides pour qu’il vienne frapper à la porte de ma chambre dans le quart d’heure. Mais j’ai son adresse sur un bout de carton format timbre-poste qu’il m’avait donné il y a 2 ans et demi alors que j’étais de passage dans sa ville pour quelques heures seulement. On avait parlé autour d’un thé. J’avais aimé sa timidité, son humour. Son courage aussi, parce qu’il en faut pour aborder un touriste dans une langue étrangère quand on a 19 ans. Je me souviens lui avoir dit qu’un jour, je reviendrais avec plus de temps devant moi. Il doit entendre ça souvent. Je ne sais pas s’il m’a cru.

Après deux échecs auprès de mototaxis, alors que j’ai quitté le quartier du marché, un gars m’aborde en anglais, il vend des chapatis. A tout hasard, je tente ma chance. Oui il le connaît, c’est pas loin, il peut m’accompagner. L’endroit est calme, sent la campagne. La moto est là, les parents et les sœurs sont absents. Il est seul, écoute de la musique… C’est comme ça que j’ai débarqué dans la vie de Joy le 1er novembre dernier.

On raccompagne le Chapatis-man que je remercie chaleureusement. Puis direction un tea shop où l’on va refaire connaissance, poursuivre une conversation entamée en mars 2008. Les élections toutes proches, l’absence de touristes, tellement à dire… A mon arrivée hier soir, il était déjà au lit parce que pas de touriste ni au bus ni au train.

A midi, pendant que je procède à un changement de chambre, il rentre chez lui chercher des casques extra-light ‘made in Kyaukme’. Mieux vaut pas avoir d’accident avec ce genre de casque. Puis on sort de la ville. La campagne est belle. Et bien plus verte que lors de mes séjours en février-mars. Petit restaurant au calme au milieu des rizières.

Je lui parle de Christophe qui est venu en septembre. Je sais qu’ils ont fait un trek ensemble sous la pluie. Oui il se souvient. D’ailleurs, il a écrit un mot en français dans son carnet. Je vais lui traduire.

On reprend la moto, puis direction des chutes d’eau pas très éloignées. On marche à travers champs puis on pénètre dans la forêt où de toute évidence, Joy est dans son élément. Malgré l’absence de chaussures de marche, il est d’une agilité déconcertante. Plus tard, je lui dirai que je peux marcher toute une journée, mais que grimper et descendre en forêt, c’est pas vraiment mon truc. D’ailleurs, la Belgique s’appelle le Plat Pays, il y a certainement un lien de cause à effet. Il m’appellera le ‘City Boy’. Je l’appellerai le ‘Kid’ ou ‘88’, clin d’œil à Naing Naing, autre guide de Kyaukme devenu célèbre et qui a maintenant son nom dans certains livres, au contraire des deux autres.

Il me parle d’un moine qui a vécu 5 ans en ermite dans une grotte proche des chutes. De retour à la moto, il me dit qu’il est seul dans un monastère de l’autre côté de la route, et qu’il aime pratiquer son anglais. On y va ? Le bonze coupe du bois, l’accueil est chaleureux, il nous invite à entrer.

Je connais Joy depuis quelques heures à peine et déjà je me dis que j’ai beaucoup de chance d’être là dans ce monastère à écouter ce moine de 70 ans qui en fait 15 de moins, nous raconter la vie du Bouddha et l’histoire de l’Etat Shan, alors qu’un chat s’est assoupi sur la jambe de mon copain.

On va passer la soirée ensemble. Polar de rigueur. Il me dit qu’Internet ne fonctionne pas. Il y a deux Cybers à Kyaukme, un dans la rue de l’hôtel et un autre à la gare des bus, tenu par le gouvernement. Je découvre Kyaukme by night. Quelques tea shops, restaurants, beer stations. Il m’explique qu’il y avait une discothèque, mais elle est fermée. ‘A cause des élections ?’ Non elle a été fermée par le gouvernement il y a 3 ans… ‘Il y a une grande statue de Bouddha à la sortie de la ville, on y va ?’ ‘Tu es fou, je ne veux pas être transformé en bloc de glace…’ Retour au Guest-House à 21h. On se voit demain à 9h.

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Ce matin, on va prendre un bout de la route qui mène à Mogok. Au sommet, il y a un village. Il m’a demandé hier ce que je voulais voir. Je lui ai laissé carte blanche. Il est surpris. Les touristes ont des attentes, parfois des exigences. Je lui explique que j’ai tellement manqué de temps lors de mon dernier passage ici, que tout ce qu’il voudra bien me montrer du Pays Shan m’intéressera.

Arrêt éclair à la ‘grande’ statue de Bouddha. Enfin, arrêt… Il fait le tour du complexe en moto, puis s’apprête à reprendre la route. ‘Tu t’arrêtes pas ?’ ‘Ben, tu m’as pas dit de m’arrêter’. ‘Je savais bien qu’il y avait un problème avec ton cerveau ! Demi-tour’. On rigole bien ensemble, la complicité s’installe.

La route part à l’assaut de la montagne, elle est vraiment pourrie avec de la caillasse. Deux heures et demi de grimpette dans des paysages superbes. En chemin, on devine des villages sur les collines, il m’explique les endroits où il passe la nuit quand il emmène des touristes en trek. Il me montre une enveloppe qu’il a reçue d’un voyageur Polonais. Elle a mis un mois pour lui parvenir. Bien sûr, elle a été ouverte avant d’arriver à destination, mais la lettre et les photos étaient toujours à l’intérieur. S’il y avait eu de l’argent dans cette enveloppe, nul doute qu’il ne l’aurait jamais reçu. On s’arrête au monastère pour donner les photos. Puis on grimpe au sommet pour une vue assez majestueuse sur les environs. Ensuite ce sera une Chan Noodle Soup absolument délicieuse à 1000 K les deux, face à la pagode. A 14h30, on reprend la route. Quand on atteint la vallée, la lumière est magique.

Internet fonctionne. Je lui montre le blog de Christophe où son nom est cité. Il me montre des photos de Kyaukme prises par une touriste où on le voit avec les cheveux très courts. Il sortait d’une retraite dans un monastère à Mandalay.

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Hier, Joy m’a parlé d’un endroit où il n’est allé qu’une seule fois avec un touriste, il y a bien longtemps. Pour aller là, il doit enlever les garde-boue de sa moto. Une route très étroite dans la forêt où il faut s’arrêter régulièrement pour marcher parce qu’à deux sur la moto, ça ne passe pas. C’est prometteur, alors on y va. Je vais vite me rendre compte que le meilleur moyen de transport dans le coin, c’est le cheval. On va en croiser régulièrement.

Au bout d’une heure, on va arriver dans un village de 6 maisons au bord d’une rivière. Ce sont des Lisus. Les gens viennent nous saluer pendant qu’on nous sert le thé. Il n’y a rien ici, mais il y a la TV. Sur une des cases, il y a une carte du monde. Joy explique d’où je viens. Bruxelles-Amsterdam-Bangkok-Yangon-Mandalay-Kyaukme. La route a été longue pour arriver à ce village. Une vieille femme a des problèmes d’estomac. Je demande à mon pote si on ne peut rien faire pour elle, genre acheter des médicaments à Kyaukme et revenir demain parce que le médecin ne vient jamais jusqu’ici. Il m’explique qu’on peut en trouver au prochain village.

On y arrive à la mi-journée, sous un soleil de plomb. Des gosses partent en courant en nous voyant arriver. A ce stade-là, la route n’existe plus, faut laisser la moto dans ce village où il ne connaît personne, et continuer à pied vers le village suivant où il a des amis. Pour éviter de fondre, il me propose… la visite du vieux monastère au bout du village. Ben oui, tant qu’à faire… C’est alors qu’on croise un gars qu’il a connu à Kyaukme mais dont il ignorait qu’il habitait ce village. On est sauvés. La maison est grande, 3 enfants et pas mal de gens qui travaillent pour lui. La fraîcheur est saisissante alors qu’on cuit littéralement dehors. C’est l’heure du repas, alors on est invités. Ce sera de la biche. Cuite ou en brochette. Un régal.

La visite du monastère nous fera faire la connaissance du maître des lieux, un moine volubile et exubérant, visiblement ravi d’avoir de la visite. On va encore rester un moment là-bas à grignoter toutes sortes de gâteries en mimant le long trajet en moto dans la forêt pour venir jusqu’à lui, ce qui le fera beaucoup rire.

On n’a plus le temps d’aller à pied au village suivant. On s’arrêtera à nouveau chez les Lisus pour donner les médicaments à la vieille dame. La notice explicative est en français, je traduis en anglais et Joy traduit en birman ou en chan, je sais plus.

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Hier, j’ai dit à Joy qu’aujourd’hui, c’était congé. Mais comme je ne peux déjà plus m’en passer, je lui ai proposé de se retrouver à la mi-journée pour un restaurant au choix. Comme pendant les 90 % de mon séjour à Kyaukme, je suis le seul touriste à l’hôtel. En prenant mon breakfast à 7h, je regrette déjà ma décision, mais j’ai envie de me retrouver seul quelques moments. Je passerai la matinée en solitaire près d’une pagode au sommet d’une colline à essayer de remettre de l’ordre dans tout ça…

De retour en ville, je suis abordé par un homme, 55 ans, origine indienne. Il est de Namhsan, il veut me présenter sa famille. Il est coiffeur, n’est pas en très bonne santé actuellement. Il a été chauffeur routier pour un patron chinois. Pendant longtemps, il a fait la route entre Muse à la frontière chinoise et Yangon à transporter des semences dans un camion à 12 roues, une rotation par mois. Trois filles, un garçon, une épouse adorable. Une partie de sa famille est toujours à Namhsan. Ils sont tous coiffeurs.

Namhsan… Déjà en 2008 quand j’avais rencontré Joy, je l’avais branché sur le sujet. Il m’avait dit qu’en moto, c’était possible, les transports étant très aléatoires pour cette destination. Mais que ce ne serait pas une partie de plaisir…

A 13h, il est fidèle au rendez-vous. Ce sera du riz gluant sauce tomate avec champignons dans un petit restaurant proche de la gare. Comme il est ‘libre’ aujourd’hui, il m’avait dit qu’il partait à la recherche d’un ‘client’ potentiel dans le train. Il propose que je l’accompagne. Ce sera vite réglé, le train a beaucoup de retard… ou ne viendra pas. On repart donc vers les campagnes, la route grimpe, les rizières sont magnifiques. Arrêt photo. On s’assied sur le bord de la route et il me parle de Katha, où il a été traducteur… pendant 9 jours. A un moment, il me dit qu’il y a plus loin un endroit plus confortable pour admirer le paysage. ‘Pourquoi tu le disais pas plus tôt ?’. ‘Mais c’est toi qui a voulu t’asseoir ici !’. Et de fait, on va rester un très long moment à parler sur la terrasse près du Golden Rock avant de rentrer en ville par le chemin des écoliers.

Depuis quelques jours, il ne mange plus chez lui avant de me retrouver le soir. J’en avais marre de manger seul pendant qu’il me faisait la conversation. C’est raté pour Internet ce soir encore. Je lui ai demandé ses deux carnets. D’habitude, je ne suis pas très fan de ce genre de bouquin où les louanges s’accumulent. Mais je suis curieux de savoir ce que les voyageurs qu’il a rencontrés depuis 3 ans pensent de lui, malgré le peu de temps passé en sa compagnie.

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Le lendemain sera également une journée mémorable. On emprunte la route Kyaukme-Namhsan, en tous cas jusqu’à un certain point, parce qu’au-delà, il y a un endroit où les touristes ne sont pas les bienvenus… Donc, on bifurque avant la ville en question vers un village où une soupe de nouilles fera l’affaire. Les paysages ont été splendides pendant la plus grande partie du trajet.

A certains moments, il a fallu traverser des zones de travaux. Tous ceux qui connaissent la Birmanie ont un jour croisé ces chantiers où des villageois cassent des pierres le long de la route. Ce genre de rencontre se fait généralement derrière les vitres d’un bus bondé ou d’une voiture avec chauffeur. Comme on est à moto, et qu’ils ont disposé de grosses pierres sur tout un tronçon de chaussée, je mets pied à terre pendant qu’il traverse tant bien que mal en solo. Il m’attend à la sortie du chantier. Depuis qu’on est ensemble, je lui ai dis de ne pas s’arrêter constamment pour les photos. J’en fais en roulant et ça fonctionne très bien. Merci le numérique ! Ca veut donc dire que j’ai l’appareil photo autour du cou quand je traverse le chantier. C’est une situation assez surréaliste. Parce que le touriste n’est pas censé assister à ce genre de scène. Lors d’une de ces traversées pédestres, un Birman me demande ‘Are you OK ?’ C’est lui qui me demande si ça va !!! Je lui réponds ‘I am OK merci’. Il rigole. Quand je rejoins la moto, Joy me dit ‘Pas de photo s’il te plaît’. Je sais… On s’arrête plus haut. ‘Si je m’assieds au milieu de ces travaux, histoire de causer un peu, il se passe quoi ?’. ‘Tu vois ce gars-là, c’est le chef de chantier, il va sûrement pas te laisser faire !’.

J’ai lu ses deux carnets. Que de bonnes choses comme d’habitude dans ce genre de Livre d’Or. Il n’est pas dupe et n’y attache pas trop d’importance. Le plus souvent, c’est par la parole que Joy accroche le voyageur de passage. Je n’ai pas pu lui écrire quelque chose, parce que Christophe, très en verve, ne m’a pas laissé beaucoup de place… Il me dit alors qu’il a un 3e carnet bien épais relié cuir flambant neuf, qu’une touriste a inauguré en Polonais une dizaine de jours avant mon arrivée…

Evidemment, Internet ne fonctionne pas. De retour à la chambre, il allume la TV. Dans deux jours, ce sont les premières élections depuis une éternité, et on a droit à des jeux débiles, un documentaire animalier chinois et un reportage sur l’inauguration d’un pont impressionnant par le Général Machin-Chose… N’importe quoi.

J’ai une demi-douzaine de raisons valables pour passer quelques jours à Mandalay le temps des élections. J’emmène son carnet tout neuf avec moi. La semaine prochaine, je reviens à Kyaukme et en route pour Namhsan…

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Evidemment, le lendemain, rien n’est allé comme prévu. Le bus-cargo de 7h qui devait passer me prendre à l’hôtel m’a oublié. Il a fallu contacter la compagnie. Qui a reconnu son erreur. Ils m’ont envoyé un mototaxi gratuit avec le remboursement du billet. Ensuite, j’ai été emmené à la Highway où il ne me restait plus qu’à croiser les doigts pour trouver une place dans un des nombreux véhicules qui font la ligne Lashio-Hsipaw-Mandalay. Ca m’a ramené deux ans en arrière et je me suis dit qu’il était décidemment bien compliqué de quitter Kyaukme. Je trouverai place dans un autre bus-cargo, à l’arrière, sur les sacs de riz. L’avantage des bus-cargo sur les bus air-conditionné confortables. Même complet, il y aura toujours place pour un passager supplémentaire… Départ à 11h du matin. Sept heures seront nécessaires pour rejoindre Mandalay. Parce que pendant que les passagers se restaurent à Pyin U Lwyn, le bus s’en va décharger une partie de sa marchandise dans les environs. Les paranos apprécieront le fait de voir disparaître le bus dans un nuage de poussière avec les sacs à bord. Et quand les gens seront prêts à repartir, le bus reviendra et il faudra attendre un long moment que le chauffeur et ses acolytes aient pris un repas bien mérité.

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-12

Namhsan.

Hier, Joy m’a suggéré une journée relax histoire de me ménager avant le grand départ pour la montagne et récupérer du trajet retour Mandalay-Kyaukme en bus-cargo. Enfin, ‘relax’… Il nous a fallu rebrousser chemin à deux reprises tant la piste était gorgée d’eau. Quelques villages, un monastère, un peu de marche. Complicité et déconnade. On inaugure en soirée un nouveau Cyber à Kyaukme et c’est gratuit…

Ce matin départ à 9h, après quelques courses sur le marché et le plein fait à ras bord, sans oublier 2 litres d’essence supplémentaires en bouteille plastic. Un arrêt thé à Hsipaw, puis direction plein Nord pendant une heure jusqu’à un carrefour où la direction ‘Namhsan’ est clairement indiquée sur la gauche. Tiens, il y a un vieux bus dont on apprend qu’il est quotidien, ce qui est plutôt encourageant quant à l’état de la route. Peut-être 5h de grimpette dans des paysages impressionnants. Ici, on est loin de Hsipaw et Kyaukme. La route ne se révèlera pas si catastrophique que ce que l’on craignait.

Quand on arrive à Namhsan, surprise, à l’entrée de la ville, un immense hôpital flambant neuf dont on se demande s’il ne se retrouvera pas au fond de la vallée à la première saison des pluies… La ville n’est pas très grande et on ne doit pas chercher bien longtemps pour trouver le Guest House dans la rue principale. La chambre est microscopique avec deux lits, une table, une fenêtre, et pas grand-chose d’autre… En fait, rien d’autre. WC à la turc et douche froide au rez de chaussée + éviers extérieurs donnant sur la cour arrière. Ce sera 3000 K pour le touriste et 2000 K pour le local. Une bouchée de pain. Mais ça ne vaut pas plus. Douche chaude sur demande à 500 K.

Il y a une unité architecturale à Namhsan, qui la rend différente et attachante. Visiblement, la ville existe pour et par le thé. Les soirées sont fraîches là-haut, et on va vite se rendre compte, mais ça on le savait déjà, qu’après le restaurant, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que d’aller dormir. Ceux qui trouvent les soirées à Hsipaw ou Kyaukme bien calmes devraient venir faire un tour à Namhsan…

Dans la chambre, c’est le choc des cultures. Je lui dis ‘Tu vois, si je rentre dans une chambre comme ça, il me semble que je mets l’oreiller à l’autre bout du lit, de façon à dormir face à la porte’. ‘Tu peux pas. Bouddha est par là’ il me dit en me montrant la porte. ‘Comment tu sais que Bouddha est là ???’ Il lève les yeux au ciel, l’air de dire ‘Quel gland celui-là’. ‘Ouvre la porte’ il fait. Derrière, dans le couloir, un autel avec statue de Bouddha, bâtons d’encens et offrandes. Il y en a tellement partout que j’y fais même plus attention… ‘Mais toi comme tu n’es pas Bouddhiste, tu peux dormir dans l’autre sens’. Je m’abstiendrai. On va dormir tout habillés sous deux couvertures.

Le lendemain, on se lave le bout du nez puis on ‘visite’ ce qu’il appellera le plus petit marché aux légumes d’Asie, juste derrière l’hôtel. Puis breakfast Soupe de Nouilles et café dans un restaurant chinois tout proche. Joy m’apprend que celui-ci propose une douche chaude moyennant 1000 K… le prix de deux Soupes de Nouilles. Je lui dis que je ne survivrai pas à une deuxième nuit sans douche chaude, ce sera pour ce soir. Lui apparemment s’est mis en mode ‘Jungle Trek’ et a décidé qu’il ne se lavait pas pendant tout le séjour. Trop froid ici ! On va pas arrêter de la journée. La moto vient bien à point pour sillonner les environs. Les paysages sont sublimes sur 360°. Où que l’on aille, ça monte ou ça descend. Dans un des villages, on sera même invités à un mariage. Apparemment, il y en a plusieurs dans le coin…

Le soir, au fond de la cour derrière le restaurant chinois, une porte quelconque dissimule une vraie salle de bain carrelée avec baignoire, douche chaude, WC à l’occidentale, évier, miroir. Le Nirvana doit ressembler à quelque chose d’approchant ! Joy s’est laissé convaincre. C’est mon cadeau et il ne peut pas y échapper. ‘Dans 3 minutes, je suis là’. Je lui dis ‘Pas dans 3 minutes. Profites !’. Je le reverrai trois quarts d’heure plus tard.

Pendant ce temps, je reste devant l’hôtel. Un homme m’aborde. Il est venu hier soir tard pour pratiquer son anglais, mais on était dans la chambre. Il est coiffeur. J’en crois pas mes oreilles. Je lui montre les photos de la famille prises à Kyaukme la semaine dernière. C’est son frère…

A l’aller, je sais qu’il n’a pas vraiment profité du paysage, tant il était concentré sur la conduite. Sur la route du retour, on se fait quelques arrêts photo. Je veux qu’il profite de ce qu’il a devant les yeux, c’est son pays. C’est la première fois qu’il emmène un touriste jusqu’ici. Il est venu une seule fois quand il était petit en compagnie de sa mère. ‘Si j’avais un appareil photo, je crois que je prendrais des milliers de photos. Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre que de profiter pleinement du paysage’. Certains touristes mitraillent puis regardent les photos de retour à la maison sans vraiment jouir de ce qu’ils ont devant les yeux…

Il m’a promis un stop salvateur à des sources chaudes à mi-chemin entre Hsipaw et Kyaukme. J’imaginais quelque chose de… différent. Un bassin vraiment pas très grand au milieu des champs, avec un mur en béton du plus bel effet, mais… pas très haut, pour séparer les girls des boys. Tout un poème. Quand on est arrivés, il n’y avait pas un seul gars. Des filles partout. Elles vont vite battre en retraite et passer les 40 minutes suivantes à chercher vainement les clefs de la moto. D’autres vont arriver. ‘Hello, where are you from ? Nice to meet you’.

Retour à Kyaukme à 16h. A Mandalay, j’ai acheté un carnet, je lui tends. Quand on se quittera après-demain, on aura passé 11 jours ensemble. Je veux qu’il m’écrive quelque chose. C’est bien son tour. Il est désarçonné. Limite panique. ‘Quoi, j’ai jamais fait ça. D’habitude ce sont les touristes qui… Qu’est-ce que tu veux que j’écrive ? J’ai besoin de mon prof d’anglais sinon tu vas te moquer de moi’. Non Joy t’as besoin de personne. Laisse venir, ça va aller tout seul… On se retrouve en soirée pour un Chapati délicieux puis retour à l’hôtel.

Dialogue hier soir dans la chambre à Namhsan.

- On se voit demain.

- On se voit en rêves…

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

- On peut espérer que je rêve de toi et que tu rêves de moi.

- Non Joy, je crois pas que je vais rêver de toi…

Fin du premier acte.

Suite du dialogue ce soir sur le pas de la porte. ‘Alors, tu as rêvé de moi hier ?’ ‘Non Joy désolé’. ‘Moi bien j’ai rêvé de toi’ il fait. ‘Ah bon !’. ‘Ben oui, ça m’arrive souvent. Quand je pars avec des touristes, ça m’arrive de rêver d’eux’. ‘Ah bon ! Et c’était comment ? Racontes !’. Il écarte les bras, prend un air étonné ‘Je sais pas, tu gravissais une montagne et moi je te poussais !’.

Je crois que mes jambes m’ont lâché quand j’ai entendu ça. ‘Et tu comprends la signification de ce rêve ?’ ‘Ben non, va falloir que tu m’expliques !’ A ce moment, j’ai failli le faire entrer dans la chambre pour lui parler toute la nuit de la signification des rêves. Au lieu de quoi je l’ai renvoyé dans sa famille. ‘Moi aussi, j’ai fait un rêve la semaine dernière, mais tu n’étais pas dedans. On en parlera demain’.

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C’est mon dernier jour à Kyaukme. Ce garçon est la ponctualité même. On achète un ticket de bus pour Mandalay le lendemain départ 7h. La même compagnie que celle qui m’a oublié la semaine dernière. Puis un tea shop. Puis un restaurant. On tourne en rond. Il ne sait pas où m’emmener… ‘Tu connais déjà tout’. Je sais où je veux terminer l’après-midi, mais on en est encore loin. Je laisse faire les événements.

En passant devant la maison de son ancien prof d’anglais, il me dit que je devrais le rencontrer. Au cours de la conversation, celui-ci nous apprend qu’il y a un Festival dans un monastère quelque part dans les campagnes. Alors on y va. Une dizaine de jeunes enfants deviennent moines pour la première fois de leur vie. Plus tard, on va encore se balader dans un village où on sera invités à prendre un rafraîchissement dans une maison.

En sortant de là, je lui demande de nous emmener au Golden Rock. Il m’explique que c’est juste à côté. Mais il est stupéfait par ma demande. Parce qu’à Namhsan, je lui avais dit à un moment qu’on allait arrêter avec les pagodes, monastères et statues de Bouddha en tout genre, que maintenant je voulais voir des villages avec des gens et des gosses qui jouent. On s’installe sur la terrasse qui domine les rizières. Je lui dis que demain matin, je m’en vais, que s’il a quelque chose à me dire, c’est maintenant. Alors le puzzle va se mettre en place progressivement. On va parler pendant deux heures.

Pendant le temps qu’on a passé ensemble depuis mon arrivée à Kyaukme, on a appris à se connaître. Au début, lui comme moi avons parfois commis des maladresses par méconnaissance de l’autre. Puis très vite, la complicité et l’amitié se sont invitées. L’humour a trouvé une place de choix dans notre relation. Entre deux déconnades, on a aussi beaucoup parlé. Dans les tea shops, les restaurants de toutes sortes, les monastères, au bord des routes, et jusque dans la chambre de l’hôtel. On n’en avait jamais assez. Petit à petit, il s’est découvert, m’a parlé de sa vie, ses espoirs, ses doutes, ses projets. De la retraite qu’il a effectué pendant dix jours dans un centre de méditation à Mandalay ces deux dernières années au moment du Water Festival.

Il était également à Mandalay pendant la répression sanglante de septembre-octobre 2007. C’est au lendemain de ces événements que j’ai acheté un billet pour la Birmanie après 12 ans d’absence. Ce voyage de la redécouverte était un geste politique. C’est comme ça que j’ai débarqué dans sa ville en mars 2008 et que j’ai fait sa connaissance. Il sait exactement où j’en suis de ma relation avec son pays et son peuple. Il sait que c’est mon 3e voyage en 3 ans, que son pays m’a marqué au fer rouge comme jamais aucun auparavant.

Sur la terrasse du Golden Rock, il va me reparler du Bouddhisme. De cette part d’ombre que chaque être humain porte en lui et qu’il doit s’efforcer d’éradiquer. De ses tatouages et de leur raison d’être.

De mon côté, comme on est à l’heure de vérité, j’ai relevé chez lui un certain manque de confiance et je lui en fais part. Au début, il me disait qu’à Kyaukme, il y a 3 guides et lui est le Guide n° 3. Le plus jeune et le plus inexpérimenté. Je lui ai dit que j’ai passé un long moment à lire ses deux carnets. Je sais ce qu’il en pense, il n’y attache qu’une importance relative. Je ne doute pas que ça lui sert de passeport dans le train auprès des voyageurs en route pour Hsipaw qu’il doit convaincre sur les quelques minutes que dure l’arrêt. Je lui explique que la majorité des voyageurs qui ont écrit quelques lignes, ont passé relativement peu de temps avec lui, deux jours, trois jours à marcher de village en village, rarement plus. Et pourtant, sur ce faible lapse de temps, ils l’ont bien cerné, ils ont relevé chez lui des qualités humaines certaines et ne se sont pas privés pour l’écrire et le faire savoir… Il en convient et reconnaît que je n’ai pas complètement tord, il devrait croire en lui un peu plus qu’il ne le fait.

Pour achever de le convaincre, je lui dis qu’en débarquant à Kyaukme il y a deux semaines, j’avais au fond de mon sac l’adresse de deux guides. Et c’est vers lui, le plus jeune et le plus inexpérimenté que mes pas m’ont conduit, parce que ce que j’avais entraperçu de lui deux ans auparavant, m’avait donné envie de faire un bout de chemin en sa compagnie…

Puis je lui parle de mon rêve de la semaine dernière et de sa signification. Il écoute, pose des questions, veut comprendre. Ensuite, je tente de lui expliquer son rêve de la dernière nuit à Namhsan. Ces deux rêves sont étrangement complémentaires et leur addition donne quelque chose d’assez vertigineux. Qui nous lie pour l’éternité.

Alors il se lève et m’entraîne sur l’esplanade qui domine les rizières. Il me dit ‘Avec tout ce que tu viens de me dire, je crois que je vais pouvoir écrire quelque chose dans ton carnet !’ On va rester un moment comme ça. Le soleil ne va pas tarder à se coucher, il est temps de reprendre la route.

En regagnant la moto, on lâche un peu la pression. ‘Tu vois Joy, là, la lumière est magique, il y a un moine qui monte le sentier vers le monastère avec les rizières dans le fond, ça donnerait une bonne photo. Mais évidemment, au milieu de la carte postale, il y a une moto qui gâche tout, tu savais pas la garer ailleurs ???’.

Ce soir, il me ramènera le carnet en me disant qu’il aurait pu le remplir intégralement. ‘Pourquoi tu l’as pas fait ?’. ‘Parce que j’avais pas le temps !’…


Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Rangoon · 2010-12-12

Patrice ,

Il faut que tu fasses éditer ces passages !!!! J'ai lu ton récit en m'accrochant au pc , tellement ça m'a captivée ... 😉😉😉😉😉😉😉😉😉

Quelle rencontre magique , quelle intensité d'échanges ....

Chapeau !!!! Bises de Bxl

Sylvie

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Hermetre · 2010-12-12

à 20h30 C’est une heure totalement absurde pour débarquer quelque part, j’en conviens.

ben pourquoi ? 🤪

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Hermetre · 2010-12-12

Il faut que tu fasses éditer ces passages !!!!

bah faut pas exagerer non plus

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-12

Quelle rencontre magique

C'est un beau résumé.🙂 Et je t'envie de partir bientôt...

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Fabd · 2010-12-14

Beau texte! La Birmanie s'y prête bien:-)

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-14

La Birmanie s'y prête bien:-)

Thank you...🙂 Bien d'accord là-dessus.

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Kristofe · 2010-12-18

Bonjour,

Je vois que tu as rencontré Joy pour un trek à Kyaukme, cela me rappelle bien des souvenirs : de belles rencontres sous la pluie de l'été. Et puis désolé d'avoir rempli deux pages du petit carnet de Joy et de ne pas t'avoir laissé de place. Bon pour moi, le retour en Birmanie se précise à la fin du mois. Cette fois, je prévois un retour à Mrauk U et peut-être Kengtung. Encore merci pour ton récit.

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-19

Bonjour,

Tu es pardonné, mais c'est bon pour une fois...

Je comprends que tu partes dès la fin de ce mois. Il s'est quand même écoulé 3 mois depuis ton dernier séjour là-bas. Une éternité !😏

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

26alain · 2010-12-22

bonjour, merci et bravo merci de faire rêver et bravo de me faire retourner en birmanie, pays aux gens oh combien accueillant !!

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-24

bravo de me faire retourner en birmanie, pays aux gens oh combien accueillant !!

Merci... Sens figuré je présume.

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

ASA82 · 2010-12-28

Bravo , un grand plaisir à te lire

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2010-12-31

Bravo , un grand plaisir à te lire

Merci, c'est le but. Le plaisir...

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Balata · 2011-01-10

Bravo, 🙂 c'est toujours aussi intéressant et aussi bien écrit. Juste une question, j'ai vu en effet les travailleurs qui refont les routes avec de "petits paniers!!!" mais pourquoi sont-ce principalement des femmes? et même des enfants aussi parfois, les hommes en général touillent le goudron dans les tonneaux.

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2011-01-12

Juste une question, j'ai vu en effet les travailleurs qui refont les routes avec de "petits paniers!!!" mais pourquoi sont-ce principalement des femmes? et même des enfants aussi parfois, les hommes en général touillent le goudron dans les tonneaux.

J'ai vu la même chose que toi en différents endroits du pays. Mais j'ai pas la réponse...

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Ilivic · 2011-01-17

Pat, devine qui j ai rencontre hier soir, sur le quai de Kyaukme? 😉

t as raison c est vraiment un garcon special...

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2011-01-17

t as raison c est vraiment un garcon special...

C'est précisément ce qui fait tout son intérêt.

Et merci pour ce petit 'coucou' depuis Kyaukme. C'est une divine surprise...😏 Si ce post peut en inciter d'autres à partir à la découverte de cette région chère à mon coeur, il n'aura pas été inutile.

Bonne route.

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Laisla · 2011-06-19

Pat,

Dans un peu plus de deux semaines, je serai en route pour la Birmanie... Je suis de plus en plus impatiente ! Sais-tu où je pourrai trouver Joy quand je serai à Kyaukme ?

Merci !

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

AsianPat · 2011-06-19

Salut Laisla,

A Yone OO Guest House. C'est le seul guest autorisé pour les touristes. C'est donc là que tu dormiras OBLIGATOIREMENT à Kyaukme. Demande au Manager, il le trouvera pour toi, s'il n'est pas en trek à ce moment-là (Joy, pas le Manager...🤪).

Si tu veux être sûre qu'il soit à Kyaukme lors de ton passage, tu peux le contacter par mail. Son adresse mail est sur son site : http://www.lonelytreetrek.page.tl/Home.htm

T'imagines même pas comme je t'envie...

Birmanie: Kyaukme - Namhsan (novembre 2010)

Laisla · 2011-06-19

T'imagines même pas comme je t'envie...

Oh, mais si je m'en doute bien 😉 En tout cas, j'aurai une pensée pour toi quand j'arriverai à Kyaukme

Merci Pat pour le lien, je vais tenter de le contacter...

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