Rêver de voyage, est-ce déjà voyager?
« Rêver de voyage, c’est déjà voyager ».
Je ne sais pas qui a dit ça un jour (un rapide coup d'oeil sur le web pourrait me le dire, mais cela n'a que peu d'importance ici), mais cela ressemble à la reddition d’un homme face à un quotidien qui a fini par le vaincre. Rêver de voyage quand on est cloué sur place, c’est souffrir, pas voyager.
Cette nuit, et ce n’est pas la première, mes rêves ne me hantent plus ; ils m’usent…
Rejoindre Lhassa en traversant l’Himalaya et les plateaux tibétains à vélo. Ressentir l’ivresse et l’oppression sur le sommet du monde. Traverser la Mongolie à cheval, en vibrer de liberté. Imaginer le bout du monde dans les fjords jusqu’au Cap Nord. Hurler de vie sur les rives du Baïkal. Se laisser porter par les vents entre les îles Micronésiennes. Contempler l’œuvre des hommes et du temps depuis la Grande Muraille jusqu’au promontoire rocheux du Machu Picchu.
Sombrer dans le doux lieu commun du « tant de choses à voir, si peu de temps pour le faire » implique une action en cours, abstrait l’immobilisme imposé par les contraintes du quotidien.
Pourtant, j’ai déjà gouté aux délices subtils d’un voyage dans l’inconnu ; j’ai touché le rêve du doigt. Avec le recul, peut-être est-ce la pire des choses que j’ai pu faire de ma vie jusqu’ici. Parce que depuis lors, plus rien qui ne touche à l’idée même du voyage et de la découverte, aux sentiments exquis de liberté et d’accomplissement qu’ils procurent, n’a de saveur.
Condamné dès ce premier retour il y a près de 8 ans à rester à quai pour des raisons qui en sont devenues d’autres aujourd’hui, la vie a suivi son cours, et je suis là, cette nuit, à me frapper le crâne contre d’immatériels murs une nouvelle fois, partagé entre ma colère sombre, ma haine du monde et de moi-même, et le bonheur que je cherche désormais ailleurs, dans les yeux de ma fille. Mais c’est lui faire porter un poids bien trop lourd que de lui demander chaque jour d’effacer de mon cœur le souvenir de l’exaltation de la découverte, le sentiment rare d’avoir, pendant quelques instants, quelques semaines, été vraiment moi.
Aucun rêve n’est plus possible.
Partir à nouveau, c’est la perdre, elle, mais aussi sa petite sœur qui n’a encore rien vu du monde puisqu’on ne l’y attend qu’en juin prochain. Partir à nouveau, c’est vivre le voyage d’une vie avec cette image profondément ancrée au fond de l’âme de deux enfants qui cherchent leur père et ne le trouveraient pas. Partir à nouveau, c’est prendre le risque qu’elles ne comprennent pas.
Il ne reste donc que la solution d’attendre, puis espérer pouvoir partager avec elles cette passion qui me dévore et dont je ne peux aujourd’hui parler sans susciter au mieux le simple agacement amusé, au pire l’indifférence acerbe de leur mère. Une maman formidable. Si pleine d’amour pour ses deux filles – bien que la seconde n’ait pas encore montré son visage – qu’elle l’estime suffisant, exclusif. Il n’est selon elle besoin d’autre sentiment au bonheur que le privilège de les voir grandir au jour le jour : le reste est superflu. Toute remise en question de ce précepte de base ne serait que pur égoïsme ; et tout espoir de vivre autrement qu’une utopie qui s’effacera avec le temps.
Partir aujourd’hui serait vivre un rêve éteint, suffoqué par l’insupportable douleur de l’absence et la séparation. Attendre encore, c’est vivre sur un espoir qui n’existe plus, et laisser filer le temps comme le sable entre les doigts.
Tout ceci n’a plus de sens. Je suis fatigué de rêver. Rêver de voyager, c’est mourir un peu ; Rester et s’ignorer, peut-être pire encore.
Quel choix me reste-t’il ?
Je ne sais pas qui a dit ça un jour (un rapide coup d'oeil sur le web pourrait me le dire, mais cela n'a que peu d'importance ici), mais cela ressemble à la reddition d’un homme face à un quotidien qui a fini par le vaincre. Rêver de voyage quand on est cloué sur place, c’est souffrir, pas voyager.
Cette nuit, et ce n’est pas la première, mes rêves ne me hantent plus ; ils m’usent…
Rejoindre Lhassa en traversant l’Himalaya et les plateaux tibétains à vélo. Ressentir l’ivresse et l’oppression sur le sommet du monde. Traverser la Mongolie à cheval, en vibrer de liberté. Imaginer le bout du monde dans les fjords jusqu’au Cap Nord. Hurler de vie sur les rives du Baïkal. Se laisser porter par les vents entre les îles Micronésiennes. Contempler l’œuvre des hommes et du temps depuis la Grande Muraille jusqu’au promontoire rocheux du Machu Picchu.
Sombrer dans le doux lieu commun du « tant de choses à voir, si peu de temps pour le faire » implique une action en cours, abstrait l’immobilisme imposé par les contraintes du quotidien.
Pourtant, j’ai déjà gouté aux délices subtils d’un voyage dans l’inconnu ; j’ai touché le rêve du doigt. Avec le recul, peut-être est-ce la pire des choses que j’ai pu faire de ma vie jusqu’ici. Parce que depuis lors, plus rien qui ne touche à l’idée même du voyage et de la découverte, aux sentiments exquis de liberté et d’accomplissement qu’ils procurent, n’a de saveur.
Condamné dès ce premier retour il y a près de 8 ans à rester à quai pour des raisons qui en sont devenues d’autres aujourd’hui, la vie a suivi son cours, et je suis là, cette nuit, à me frapper le crâne contre d’immatériels murs une nouvelle fois, partagé entre ma colère sombre, ma haine du monde et de moi-même, et le bonheur que je cherche désormais ailleurs, dans les yeux de ma fille. Mais c’est lui faire porter un poids bien trop lourd que de lui demander chaque jour d’effacer de mon cœur le souvenir de l’exaltation de la découverte, le sentiment rare d’avoir, pendant quelques instants, quelques semaines, été vraiment moi.
Aucun rêve n’est plus possible.
Partir à nouveau, c’est la perdre, elle, mais aussi sa petite sœur qui n’a encore rien vu du monde puisqu’on ne l’y attend qu’en juin prochain. Partir à nouveau, c’est vivre le voyage d’une vie avec cette image profondément ancrée au fond de l’âme de deux enfants qui cherchent leur père et ne le trouveraient pas. Partir à nouveau, c’est prendre le risque qu’elles ne comprennent pas.
Il ne reste donc que la solution d’attendre, puis espérer pouvoir partager avec elles cette passion qui me dévore et dont je ne peux aujourd’hui parler sans susciter au mieux le simple agacement amusé, au pire l’indifférence acerbe de leur mère. Une maman formidable. Si pleine d’amour pour ses deux filles – bien que la seconde n’ait pas encore montré son visage – qu’elle l’estime suffisant, exclusif. Il n’est selon elle besoin d’autre sentiment au bonheur que le privilège de les voir grandir au jour le jour : le reste est superflu. Toute remise en question de ce précepte de base ne serait que pur égoïsme ; et tout espoir de vivre autrement qu’une utopie qui s’effacera avec le temps.
Partir aujourd’hui serait vivre un rêve éteint, suffoqué par l’insupportable douleur de l’absence et la séparation. Attendre encore, c’est vivre sur un espoir qui n’existe plus, et laisser filer le temps comme le sable entre les doigts.
Tout ceci n’a plus de sens. Je suis fatigué de rêver. Rêver de voyager, c’est mourir un peu ; Rester et s’ignorer, peut-être pire encore.
Quel choix me reste-t’il ?